Livres - Mangas / Manhwa / Manhua

Kuzuryu de Shotaro Ishinomori

Titre : Kuzuryu

Auteur : Shotaro Ishinomori

Editeur vf : Kana (Sensei)

Année de parution vf : 2011

Nombre de pages  : 672

Résumé : A travers les 672  pages de ce oneshot originellement disponible en trois tomes, l’auteur nous raconte le voyage de Kuzuryû, vendeur ambulant de médicaments. Mais pas seulement, Kuzuryû est également un tueur à gage. Il souhaite retrouver son passé et le seul souvenir qui lui reste est la mort de sa mère, assassinée. Au fil de son voyage, Kuzuryû rencontre un joueur de luth aveugle. Ce dernier lui prédit son destin…

Mon avis :

Je continue sur ma lancée de lecture de mangas au décor historique et plus particulière au décor pré – ère Meiji. Après Kaze no Shô : Le Livre du vent de Jirô Taniguchi et Kan Furuyama la semaine passée et surtout Hokusai du même auteur la semaine encore avant, je m’attaque cette fois à un joli pavé : Kuzuryû.

Lors de mon article sur Hokusai, je vous avais déjà rapidement présenté l’auteur, Shôtarô Ishinomori, le papa de Cyborg 009 entre autre, je ne vais donc pas le faire ici, sauf à ajouter qu’en plus des oeuvres de SF qu’on lui connait, il y a aussi tout un pan de sa biographie consacré à l’Histoire passée du Japon, ce que Kana contextualise très bien ici, grâce à une postface signée Karyn Poupée (autrice de nombreux essais sur le Japon et journaliste ainsi que correspondante permanente de l’AFP à Tokyo). Elle explique ainsi, le goût de l’auteur et des Japonais pour ce pan de leur histoire comme un moyen de se rassurer lors des périodes incertaines. Mais surtout, elle explique bien à quel point il ne faut pas lire ici cette oeuvre comme étant le reflet des pensées de l’auteur, mais plus comme un hommage que ce dernier rend à cette époque en essayant d’y être le plus fidèle possible, quitte à froisser certains prêchi-prêcha de notre époque, qui eux commettraient volontiers quelques anachronismes pour rester dans la bienpensance, ce que l’auteur n’a jamais fait, lui. Bref.

J’ai personnellement vu en Kuzuryû un très bel hommage aux films de chambara, ces films japonais où on magnifiait l’art du sabre. Ce fut donc pour moi avant tout une lecture de genre, une lecture esthétique et une lecture d’ambiance et en cela c’est fort réussi. L’auteur nous plonge vraiment dans l’incertitude et la misère de cette époque, en suivant son héros sur les routes populaires et solitaires du Japon d’autrefois. Shôtarô Ishinomori fait preuve d’une belle dose de réalisme dans ses dessins des décors et autres arrières-plans, ce qui m’a souvent fascinée. On y sent tout la puissance et la majesté de la nature, mais aussi son danger et son âpreté, comme celle de l’époque où vit le héros.

Ce dernier est un apothicaire, tiens comme le héros de Père et Fils, mais ce n’est qu’une couverture pour la mission qu’il s’est fixée. Enfant, il a vécu un terrible drame, tous ses proches ont été exterminés. En quête de vengeance, il cherche celui ou ceux à l’origine de cela pour les éliminer, son seul indice : une broche en forme de dragon à 9 têtes. Le drame est posé !

J’ai aimé cette ambiance volontiers dramatique, dure et cruelle du titre. C’était immersif de suivre un héros anti-héros en quête de vengeance qui affronte ce que l’homme fait de pire. Il y avait un vrai souffle dans ses duels, forcément à mort, où le sang et les têtes giclaient, toujours dans une forme de poésie cruelle et morbide. La mise en scène de l’auteur jouant beaucoup avec ces pétales de fleurs, ces flocons et autres éclats de sang qui viennent s’en mêler s’imposant dans le champ. C’est très beau. On est vraiment dans un titre qui magnifie l’art du sabre et tout ce que cela englobe comme dans les vieux films. Le problème, c’est que cette beauté n’est présente que lors de très brefs moments et que la majorité du temps, à l’inverse, on s’ennuie ou plutôt je me suis ennuyée.

Tout au long des trois tomes qui composent cette histoire, regroupés ici en un seul volume, l’auteur répète inlassablement le même schéma scénaristique, un schéma qui pourrait faire écho à ce qu’on trouvait à l’époque de l’écriture de celui-ci (1974) à la télévision, mais un schéma qui manque cruellement de punch. C’est très linéaire et prévisible et pendant au moins les deux premiers tomes, ce n’est qu’une succession de rencontres sur les routes et à côté, se terminant inlassablement par des morts, sans forcément que la quête du héros avance ou que ce dernier soit développé, laissant plutôt un sentiment de remplissage décousu. L’intrigue a un fil rouge ténu qui ne se renforce légèrement que dans le tout dernier tome, c’est fort peu. De plus, je vais être honnête, au bout d’un moment, je me suis un peu perdue au milieu de tous ces visages qu’il croisait ou qui voyageait avec lui. Je n’arrivais plus à dégager une chronologie, je me demandais même si l’auteur ne jouait pas avec celle-ci. Bref, je ne savais plus où j’en étais… Un sentiment pas très agréable.

Il y aurait également beaucoup à dire sur la place qu’on fait tenir aux femmes dans cette oeuvre, tout à tour victimes ou tentatrices. C’est fort perturbant pour un lecteur ou une lectrice de notre époque. Je veux bien que ce soit pour rester fidèle à l’époque où se déroule l’histoire, mais quand cela manque quand même de finesse. Il y a bien une tentative avec Hebi-Hime qui se met à suivre le héros au bout d’un temps et qu’il vient à aimer, mais c’est écrit tellement maladroitement que je ne sais qu’en penser, tout comme son complexe ou plutôt sa peur du corps nu des femmes, souvenir d’un traumatisme de sa mère. C’est particulièrement étrange…

Ainsi, même si j’ai beaucoup aimé l’expérience visuelle et l’ambiance historique dramatique dans laquelle j’étais plongée, je me suis plus forcée à finir cette lecture que je n’y ai pris plaisir. La narration trop molle pour moi, le manque d’intérêt pour un fil rouge mal exploité et l’absence de vrai développement du héros pendant de longs longs chapitres ne m’ont pas motivée. C’est dommage parce qu’il y avait de quoi faire un récit beaucoup plus tendu et incisif.

> N’hésitez pas à lire aussi les avis de : Il était une fois un manga, Les grimoires d’Eleanor, Les mots de la fin, Vous ?

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6 commentaires sur “Kuzuryu de Shotaro Ishinomori

  1. Dommage parce que le début de ton avis avait éveillé en moi un vive intérêt avec ce souci du contexte et réalisme historique, cette quête de vengeance qui peut être un très bon ressort scénaristique quand elle est bien exploitée et l’esthétique qui a l’air sympathique. J’aime d’ailleurs beaucoup la couverture.
    Mais la narration molle et ton souci vis-à-vis de la manière dont sont présentées les femmes rendent la lecture nettement moins attrayante…

    Aimé par 1 personne

  2. J’ai lu Kuzuryu il y a un peu trop de temps maintenant mais dans mes souvenirs je partage totalement ton avis. Le manga est à la fois passionnant pour sa reconstitution historique et pour certains visuels vraiment sublimes mais pêche de par son scénario très répétitif et peu emballant.
    J’avais trouvé ça aussi génial qu’ennuyeux. Seul la dernière partie m’avait vraiment emporté et dans mes souvenirs la place des femmes était vraiment problématique (mais comme tu le dis ça doit être question d’époque..)
    Je pense essayer de relire ce manga une période où je vais me faire une cure de Ishinomori^^

    Aimé par 1 personne

    1. Effectivement je te rejoins totalement dans ton commentaire. Il y avait vraiment du potentiel mais ça ne l’a pas fait. Peut-être que sur un autre titre historique plus narratif l’auteur pourrait nous plaire. En tout cas, j’ai beaucoup aimé Hokusai de lui 😉

      Aimé par 1 personne

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