Livres - Contemporain

Le Restaurant de l’amour retrouvé d’Ito Ogawa

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Titre : Le restaurant de l’amour retrouvé

Auteur : Ito Ogawa

Editeur vf : Picquier

Année de parution : 2013 / 2015 (poche)

Nombre de pages : 254

Histoire : Une jeune femme de vingt-cinq ans perd la voix à la suite d’un chagrin d’amour, revient malgré elle chez sa mère, figure fantasque vivant avec un cochon apprivoisé, et découvre ses dons insoupçonnés dans l’art de rendre les gens heureux en cuisinant pour eux des plats médités et préparés comme une prière. Rinco cueille des grenades juchée sur un arbre, visite un champ de navets enfouis sous la neige, et invente pour ses convives des plats uniques qui se préparent et se dégustent dans la lenteur en réveillant leurs émotions enfouies.

Mon avis :

Je lis peu de littérature contemporaine japonaise hors manga et c’est un tort. J’essaie de réparer cela mais j’avoue que je vais rarement vers de tels livres ayant peur de ne pas accrocher aux thèmes ou au style.

Mais ici avec Ogawa Ito, il y avait un je ne sais quoi qui m’attirait dans la douceur et la poésie de la couverture, la tendre amertume du résumé. Ça résonnait en moi. Et j’ai bien fait de me laisser porter, car j’ai fait une très belle découverte, celle d’une autrice à la plume sensible mais sans fioriture, ce qui m’a donné envie de découvrir ses autres titres.

Née en 1973 à Yamagata, Ito Ogawa a ensuite fait des études de Japonais classique dans une université de Tokyo. Elle commença sa carrière en écrivant des chansons et des livres illustrés pour les enfants. Son premier roman, Le restaurant de l’amour retrouvé paru au Japon en 2008 fut un succès critique et public qui a même eu droit à une adaptation au cinéma en 2010 sous le titre de Rinco’s Restaurant. En 2016 parait son deuxième roman : Le ruban, qui raconte l’histoire d’une grand-mère passionnée d’oiseaux et de son nouveau compagnon à plumes. Puis elle revient avec Le jardin arc-en-ciel où elle conte le quotidien d’une famille homoparentale, en mêlant les points de vue divers et variés de ceux qui la constituent. Enfin, elle publie ces dernières années la duologie : La papeterie de Tsubaki et La république du bonheur où l’autrice met en scène une jeune femme faisant ses premiers pas comme écrivain public, art que lui a enseigné sa grand-mère, une femme exigeante et sévère.

Le restaurant de l’amour retrouvé est l’histoire d’une jeune femme qui perd tout du jour au lendemain quand son petit ami la quitte en emportant toutes ses affaires et son argent, alors qu’elle avait durement économisé pour sa passion : la cuisine. Elle rentre alors chez sa mère, une femme fantasque et difficile à appréhender, à côté de laquelle elle va ouvrir un restaurant un peu particulier.

J’ai été frappée par la plume singulière de l’autrice. Il n’y a aucun chapitre dans ce texte, juste une succession de paragraphes. L’écriture est simple et dépouillée par moment mais très poétique dès qu’elle traite de cuisine et de nourriture, ceux-ci étant le reflet de l’âme de l’héroïne. Ayant perdu la parole suite au choc de ce qu’elle a vécu, c’est par la cuisine qu’elle s’exprime et j’ai trouvé ça superbe ! (en plus d’être fort appétissant ^^)

Les relations singulières aussi entre la fille et la mère sont finalement le coeur de l’histoire. Nous somme ici dans quelque chose de très japonais. On se retrouve avec cette relation si étrange entre un parent et un enfant qui ne se parlent pas, ne se connaissent pas, et qui pourtant peuvent toujours compter l’un sur l’autre, ce que l’on résume souvent par les termes de « pudeur toute japonaise ». Je trouve cela un peu enfermant. J’ai plutôt eu le sentiment de quelque chose d’assez universel dans cette relation mère-fille dysfonctionnelle mais pas tellement et j’ai adoré en suivre l’évolution en coulisse.

Car l’autrice cherche un peu à nous tromper. Elle met en avant le restaurant ouvert par la jeune femme, les rencontres qu’elle y fait, le plaisir qu’elle prend à y cuisiner et à rendre les gens heureux, la belle relation qu’elle noue avec un ancien professeur à elle. Mais tout ça, bien que très émouvant et intéressant à suivre, car l’autrice donne vraiment vie aux plats préparés par la jeune cuisinière, n’est que l’arbre qui cache la forêt. Et quand on découvre la richesse des émotions de sa mère, on est frappés par leur histoire.

Ainsi, j’ai vraiment savouré cette courte lecture, qui m’a plongée de manière un peu surréaliste, dans la vie d’un petit village campagnard japonais, le temps de quelques mois auprès de deux femmes singulières pour qui la communication n’a rien de simple tant la solitude les étreint. C’était beau, c’était poignant, c’était terriblement appétissant et ça donne envie de voir encore ce que cette autrice a à raconter.

> N’hésitez pas à lire aussi les avis de : Les mots de Mahault, Demoiselle Tournesol, Les lectures de Sophie, Un peu de futilité, Au temps des livres, Mes expériences autour des livres, La plume et le pinceau, Vous ?

11 commentaires sur “Le Restaurant de l’amour retrouvé d’Ito Ogawa

  1. Merci pour la découverte de cette autrice ! J’ai noté son nom, je vais sûrement me laisser tenter. Comme toi je ne lis pas assez de littérature japonaise en dehors du manga et c’est un tort car chaque fois que je le fais, je tombe sur un excellent livre.

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    1. Je pense effectivement que c’est une autrice dont l’univers et la sensibilité peut plaire à pas mal de monde. Et clairement, c’est bien de s’ouvrir aussi à la littérature jap et pas seulement aux mangas, on est d’accord 🙂

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  2. Mis à part Murakami et Ma Jian que j’adore, je suis comme toi et je lis très peu de littérature asiatique. Il faut dire que c’est un style assez particulier ou l’onirique ainsi que les métaphores sont souvent mis en avant et qu’il est parfois difficile de comprendre le message derrière.
    Malgré cette crainte, ton article donne envie de découvrir cette auteure qui a l’air de t’avoir totalement charmé 😉

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    1. J’ai un peu le même a priori sur la littérature asiatique mais je me demande si ce n’est pas parce qu’on nous en a donné cette image au début en limitant nos choix. Je suis sûre qu’il existe des textes bien plus facile d’accès désormais comme celui-ci mais il faut avoir le courage de fouiller et de se lancer, et j’avoue souvent j’en la flemme ><

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