Livres - Mangas / Manhwa / Manhua

Le Rakugo, à la vie à la mort de Haruko Kumota

Titre : Le Rakugo, à la vie à la mort

Auteur : Haruko Kumota

Editeur vf : Le Lézard Noir

Année de parution vf : Depuis 2021

Nombre de tomes vf : 1 / 5 (en cours) – Volumes doubles

Résumé : Dans le Japon des années 1960, Kyoji est libéré de prison pour bonne conduite. Sans famille ni attache, il est déterminé à devenir le disciple de Yakumo, un grand maître du théâtre Rakugo, depuis qu’il a assisté à son impressionnante prestation au bagne. Étrangement le sensei choisit de prendre le jeune homme sous son aile, alors qu’il n’avait jusque-là accepté aucun apprenti, et lui donne même un nom de scène : « Yotaro ». Une nouvelle vie s’ouvre dès lors pour Yotaro qui tentera de faire perdurer cet art l’ayant tant aidé durant ses heures les plus sombres, avec le soutien du domestique Matsuda et de la jeune Konatsu, fille d’un célèbre Rakugo-ka, décédé de façon tragique, qui fut autrefois l’ami et le rival de Yakumo…

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Mon avis :

Tome 1

Pour être tout à fait honnête, j’avais déjà découvert le titre il y a quelques années en anglais grâce au forum de mangaverse où on en avait fait une très belle pub. Je n’avais cependant pas pleinement apprécié le titre et je n’avais jamais continué. Or, avec l’édition française portée par un vrai conteur de Rakugo qui s’en est fait le traducteur ici, j’ai eu envie de redonner sa chance au titre et j’ai eu raison.

Dans un style proche des déesses du josei que sont pour moi Yûki Kodama (Kids on the slope), Akiko Higashimura (Le Tigre des Neiges, Tokyo Girls Tarareba…) et Natsume Ono (Ristorante Paradisio, Gente…), Haruko Kumota a fait le parti pris pas facile à assumer de mettre en scène un pan très particulier de la culture japonaise : le stand-up humoristique sur fond d’histoires se déroulant pendant l’ère Edo, ce qu’on appelle plus simplement le Rakugo. Cet art, je ne le connaissais pas, et je le pensais assez hermétique. Pourtant, elle le porte ici en étendard dans une histoire qui va bien plus loin que la promotion de cet art.

La première fois que j’avais lu cette oeuvre, je lui avais trouvé tout plein de qualités que je lui retrouve encore, dans sa narration, ses personnages, sa facilité à allier récits tranche de vie et polar historique, etc. Mais je n’avais rien compris au Rakugo et ça m’avait même prodigieusement ennuyée. Avec la superbe traduction de Cyril Coppini et surtout sa postface qui explique son parcours et son rapport à cet art, j’ai complètement changé d’avis. Alors je vous invite à faire comme moi et à la lire avant pour vraiment vous immerger dans cet art si particulier !

La saga, regroupée ici dans des volumes doubles, met en scène dans les années 60, un jeune ex-yakuza qui sort de prison et va demander à devenir le disciple d’un grand maître de Rakugo qui le fascine. A la surprise générale, celui-ci qui n’a jamais pris de disciple avant, accepte. Va commencer alors leur vie de maître et de disciple en compagnie de la fille du meilleur ami décédé du maitre, qui était lui aussi un grand artiste dans ce domaine.

Dans un premier temps, l’histoire se veut assez classique. L’autrice nous fait découvrir cet art, son fonctionnement, assez complexe pour la néophyte que je suis, je l’avoue, heureusement qu’il y a des aides à la fin et tout au long grâce aux notes explicatives. Cependant ce train train ronronnant n’est pas désagréable. Il permet de s’installer dans la drôle de dynamique qui régit l’entourage de Maître Yakumo, un homme aussi charismatique qu’il est mystérieux.

Cependant, le titre prend vraiment toute son ampleur quand la jeune fille qu’il élève, Konatsu, l’accuse de la mort de son père, qui était tout autant son meilleur ami que son rival. On comprend alors la relation ambigüe qui relie les deux et surtout l’ambiance étrange qu’il y avait dans leur demeure. Le récit va alors prendre une trajectoire entre le récit de vie et le polar, le doute s’installant sur la relation qui unissait Yakumo à Sukeroku.

Haruko Kumota n’a alors pas son semblable pour croquer les émotions très particulières qui occupent nos héros. On se délecte de l’apprentissage de Kyoki, sa joie de vivre, sa drôlesse et sa grande naïveté malgré ce qu’il a vécu, ainsi que de sa passion pour chaque maître qu’il croise, tandis qu’il cherche son style. On ne peut que resté scotché devant la classe et la grande maîtrise de Maître Yakumo, mais il a aussi une froideur qui peut faire froid dans le dos et on ne sait jamais sur quel pied danser avec lui. Il est très secret. Vient ensuite Konatsu, cette jeune fille à fleur de peau, à qui son père manque énormément et qui regrette de ne pas pouvoir monter sur scène à son tour car elle est une fille et le Rakugo est interprété uniquement par des hommes. Tout cela crée un vrai maelström d’émotions qui nous emporte fugacement au fil des pages. 

La lecture est dense. J’ai dû m’y reprendre à plusieurs fois, faire des pauses, entrecouper avec d’autres choses, pour digérer tout ça, mais j’y suis toujours revenu avec le plaisir de retrouver des personnages appréciés et un univers qui me fascinait. L’autrice fait en sorte de nous plonger progressivement dans cet univers. Elle trouve le bon équilibre entre drame, humour et mystère, alternant les chapitres introductifs, développant l’histoire ou revenant sur le passé des personnages. C’est extrêmement bien écrit. Elle rend aussi bien hommage à cet art passé méconnu qu’elle bâtit une histoire autour de ses personnages. C’est très plaisant.

Son trait épuré, offre une grande liberté dans la narration et une belle respiration entre chaque case qui fait du bien dans un récit aussi dense en émotions et événements. J’adore sa façon de planter le décor quand les héros montent sur scène. On les écoute alors religieusement, tout comme on rit quand ils sont drôles. Elle a d’ailleurs une belle palette d’expressions, allant du vieux beau hyper classe, au jeune idiot, en passant par le type mystérieux ou le satire. Elle croque aussi bien les vieux que les jeunes, les chevelus que les chauves, les hommes que les femmes, les riches que les loqueteux, le temps d’après guerre que d’avant guerre. Et il se dégage vraiment quelque chose quand l’esprit de Sukeroku est invoqué, c’est quasi mystique !

Même si ce n’est pas un titre simple à appréhender, j’ai vraiment ressenti quelque chose de fort à sa lecture. J’ai adoré découvrir cet art inconnu pour moi, ses codes et ses histoires. Je me suis rapidement attachée aux personnages, à leur passé et à leur présent. Mais surtout, j’ai été soufflée par le talent de conteuse de l’autrice, qui parvient à jouer sur de nombreux registres, mais toujours avec une vive émotion qui m’a rendue à fleur de peau. C’est une très très belle découverte. Merci au Lézard noir d’avoir osé le pari !

Pour les curieux, voici le premier article que j’avais écrit dessus, il y a 3 ans… (Lien)

>> N’hésitez pas à lire aussi les avis de : , Vous ?

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© 2011 by Haruko Kumota

9 commentaires sur “Le Rakugo, à la vie à la mort de Haruko Kumota

  1. Si tu ne l’as pas encore regardé et si tu as l’occasion, n’hésite pas à jeter un œil sur l’adaptation anime 🙂 Elle est de nouveau dispo sur ADN 😉
    Et comme toi, j’ai trouvé la lecture très dense, je ne suis pas vraiment convaincue par le choix du double tome, et j’ai dû faire des pauses dans ma lecture. Et le travail de traduction est top, j’ai apprécié le mot du traducteur qui explique son parcours. Une belle découverte ❤

    Aimé par 1 personne

    1. J’aimerais bien découvrir l’anime à l’occasion effectivement pour entendre ce phrasé que j’imagine assez particulier.
      Après pour la question du volume double, j’imagine que c’est tout simplement plus économique pour l’éditeur et que ça évite une érosion trop rapide du titre ^^’
      Mais ravie de voir que je ne suis pas la seule à avoir été séduite 😉

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  2. Merci pour cet article éclairant. Je pense passer mon chemin après lecture car j’ai peur de justement ne pas rentrer dedans à cause de la densité du titre. Et comme en plus l’esthétique des planches ne me parle pas de prime abord ET que j’ai déjà fait quelques craquages, il serait plus sage de rester prudent !

    Merci à toi du coup !

    Aimé par 1 personne

    1. Il faut arriver à trouver des raisons pour écrémer vu toutes les sorties, je le regrette, mais je comprends aussi, nos porte-monnaies ne sont pas extensibles ^^!
      Après si jamais le titre est dispo en médiathèque, tu auras peut-être l’occasion d’en lire quelques chapitres pour te faire une idée, car vraiment je pense que l’histoire de ce repris de justice et du vieux beau pourrait tout de même te plaire >< (non je n'insiste pas…)

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  3. Déjà merci pour la découverte d’un art que je ne connaissais pas mais sur lequel je vais faire quelques recherches.
    Si je ne pense pas craquer, en dehors d’un éventuel emprunt, cette œuvre a l’air d’une densité exigeante, mais enrichissante et fortes en émotions. L’autrice semble capable d’offrir une large palette d’émotions en plus de savoir illustrer avec un talent constant des physiques très différents…

    Aimé par 1 personne

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