Livres - Classique

Le Portrait de Dorian Gray d’Oscar Wilde

Titre : Le Portrait de Dorian Gray

Auteur : Oscar Wilde

Année de parution originale : 1890

Nombre de pages : 253

Histoire : – Ainsi tu crois qu’il y a seulement Dieu qui voit les âmes, Basil ? Ecarte le rideau et tu verras la mienne. Il avait, prononcé ces mots d’une voix dure et cruelle.
– Tu es fou, Dorian, ou tu joues, murmura Hallward en fronçant les sourcils.
– Tu ne veux pas ? Alors, je vais le faire moi-même, dit le jeune homme qui arracha le rideau de sa tringle et le jeta par terre.
Une exclamation d’horreur s’échappa des lèvres du peintre lorsqu’il vit dans la faible lumière le visage hideux qui lui souriait sur la toile. Il y avait quelque chose dans son expression qui le remplit de dégoût et de répugnance. Grands dieux ! C’était le visage de Dorian Gray qu’il regardait ! L’horreur, quelle qu’elle fût, n’avait pas encore entièrement ravagé sa stupéfiante beauté. Il restait encore des reflets d’or dans la chevelure qui s’éclaircissait et un peu de rouge sur la bouche sensuelle. Les yeux bouffis avaient gardé quelque chose de la beauté de leur bleu. Le contour des narines et le modelé du cou n’avaient pas encore perdu complètement la noblesse de leurs courbes. C’était bien Dorian. Mais qui avait peint ce tableau ? Il lui semblait reconnaître son coup de pinceau. Quant au cadre, il était de lui. C’était une idée monstrueuse et pourtant il eut peur. Il prit la chandelle allumée et la tint devant le portrait, Son nom figurait dans le coin gauche, tracé en longues lettres d’un vermillon brillant.

Mon avis :

Je m’étais promis de lire plus de classiques cette année, alors certes ce n’est pas une découverte mais une relecture que je fais avec Le portrait de Dorian Gray, mais du coup cette fois j’ai décidé de lire le texte dans sa version d’origine et ce fut un bonheur de découvrir la plume d’Oscar Wilde ainsi.

Le portrait de Dorian Gray est le premier classique que j’ai découvert de moi-même au collège. J’avais croisé le titre dans une BD et fascinée par l’histoire mise en scène, ça m’avait donné envie de lire le roman auquel j’avais beaucoup accroché. Mais je ne me rappelais que de ce qui avait trait au titre du roman et pas de toute la richesse qu’il y avait à côté.

Pour cette relecture, j’ai donc voulu bien faire les choses et lire le texte d’origine. Pour ce faire, j’ai quand même comparé à plusieurs reprise avec la traduction française de Richard Crevier pour juger de la qualité de celle-ci et je peux vous dire qu’à mon sens, il a fait de l’excellent travail ! La plume de Wilde, elle, est parfaitement accessible même pour le lecteur du XXIe siècle car il a une prose, certes recherchée, mais très visuelle, ainsi même sans comprendre l’intégralité des mots, on se fait très facilement une idée générale de ce qu’il raconte et pour les curieux, dans le texte que j’avais, il y avait également beaucoup de notes pour contextualiser, ce qui a rendu ma lecture encore plus riche.

Du Portrait de Dorian Gray, on ne rappelle en général que de la relation entre le héros et l’oeuvre qui le représente, mais en fait j’ai réalisé que ce n’était présent que dans la seconde partie du texte et que l’oeuvre de Wilde était bien plus riche. En plus, d’un texte fulgurant sur la peur de vieillir, la folie et les masques, c’est également un portrait très cinglant de la société élitiste anglaise du XIXe siècle.

J’ai autant aimé qu’été freinée par cette grande volubilité de l’auteur sur ce thème. En effet, toute la première partie du texte, ainsi qu’une certaine part de la seconde, est consacrée à une chronique de la société anglaise d’alors du point de vue de dandies. C’est drôle, grinçant et pince sans rire. Telle une pièce de théâtre, l’auteur en vient, Dorian Gray étant d’ailleurs son premier texte long, les personnages sont à la recherche de la petite phrase qui fait mouche. Il y a donc énormément de mots dans leur bouche que nous reprenons encore de nos jours. Ils discutaillent de philosophie, d’art, de musique, de théâtre, de la politique, des différents courants de pensée de l’époque, mais aussi des femmes, de l’amour, de la vie, etc. C’est aussi fulgurant que vain malheureusement comme le sont ces discussions dans la vraie vie, ce qui m’a autant plu qu’ennuyée parfois ^^!

Au milieu de tout ça, le personnage de Dorian Gray m’a semblé perdu. Il m’a émue par sa fragilité. C’est un gentil garçon au début, mais qui perd pied suite à un échange avec un ami, puis une première déception amoureuse qu’il a mal géré, se montrant alors cruel et bête, tel un jeune fat, ce qu’il a réalisé ensuite. Avec lui, on virevolte d’une société à l’autre, puisqu’il semble ne pas trop savoir où est sa place. Avec lui, nous avons une sorte de portrait en miroir de son auteur et ce sentiment que j’ai vite éprouvé fut confirmé par les notes fournies en cours de lecture. Oscar Wilde a glissé beaucoup de lui en Dorian Gray.

Ainsi, la première partie, bien que brillante dans sa critique acerbe de la société anglaise m’a un peu ennuyée par sa volubilité et son côté vain. En revanche, quand le héros bascule dans la folie et que le fantastique pointe le bout de son nez, là cela devient clairement excellent !

J’ai beaucoup aimé cette réinterprétation moderne du mythe de Narcisse, Dorian Gray y est très touchant comme je le disais car il perd totalement pied et sombre peu à peu. Le thème du poids de la société, de ce qu’elle attend d’un jeune et beau dandy, d’un homme en général peut sembler superficiel pour le lecteur actuel, mais son mal être est tellement puissant qu’au contraire il touche et semble alors transposable à bien des situations. C’est la force d’Oscar Wilde. Il traite ainsi du thème empirique du masque ou des masques que chacun porte avec beaucoup de réalisme, comme Mishima dans sa Confession d’un masque. Il évoque aussi cette peur qu’on a de soi-même, peur du mal qu’on pourrait faire ou dire, peur de notre corps qui change et vieillit. Et la façon dont il invoque ces peurs est fascinante de noirceur poétique.

Je pensais avoir un coup de coeur lors de cette lecture, ce ne fut pas le cas. J’ai été trop souvent sortie du récit à cause de la propension de l’auteur à faire parler ses personnages à tort et à travers. Cependant, je reconnais la fulgurance de sa plume, la force de l’écriture de ce personnage qui pourrait sembler détestable dans sa folie mais qui finalement nous émeut justement pour cela. Je comprends pourquoi j’avais été plus marquée par cette seconde partie et pourquoi tant de gens ne semblent retenir que le lien entre Dorian Gray et son portrait, c’est parce que c’est le plus beau, le plus poignant et le plus fascinant dans ce texte.

> N’hésitez pas à lire aussi les avis de : Maven Litterae, Ma Lecturothèque, What June Reads, C’est en quelle salle, The Cannibal Lecteur, Vous ?

16 commentaires sur “Le Portrait de Dorian Gray d’Oscar Wilde

  1. Bravo pour cette relecture en VO ! Même si elle ne semble pas t’avoir pausé soucis, je ne sais pas pourquoi mais j’ai peur que la prose des siècle soit bien moins accessible que celle actuelle. Je devrais peut-être tenter avec un classique que je connais déjà.
    Pour revenir à Dorian Grey, je me souviens encore de sa plume si sombre et pourtant presque chimérique que j’ai adoré découvrir. Malgré quelques parties assez alambiquées, j’ai aimé découvrir ce texte qui renferme tellement de sujets et de messages que je suis certain de le relire afin de mieux l’appréhender et le comprendre.
    D’autant plus qu’il sera disponible dans la collection Les Maîtres du Fantastique, cela serait l’occasion parfaite 😉

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    1. Oui souvent la vo surtout d’un lointain passé fait peur mais ici je n’ai pas été gênée.
      Oscar Wilde a vraiment une plume bien à lui, que personnellement je préfère dans un format plus court tout de même.
      Je t’en souhaite une belle future relecture dans cette si jolie édition !

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  2. C’est l’une des rares relectures que j’ai prévu de faire bien que j’ai été un peu moins aventurière que toi en achetant des éditions françaises. Mais je tenterai bien un de ces jours la VO.
    Je ne me souvenais pas du caractère volubile des personnages dans la première partie, mais ma lecture commence à sérieusement dater, même si j’ai lu depuis une ou deux adaptations graphiques.
    Dans tous les cas, j’aime beaucoup ta chronique qui met en avant la richesse thématique de l’œuvre et la fragilité du protagoniste qui semble t’avoir touchée.

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    1. J’ai envie de découvrir la plume de mes auteurs phares en vo maintenant et l’été est parfait pour me mettre un coup de pied aux fesses pour le faire ^^!
      Merci beaucoup pour tes jolis compliments. Effectivement la détresse du héros a trouvé écho en moi et quand on connait la vie de l’auteur ,c’est d’autant plus fort.
      J’espère que tu oseras bientôt te lancer, ça vaut le coup 😉

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  3. Bravo pour la VO !
    Cette lecture est effectivement riche et marquante, que ce soit pour son ambiance, le mythe de Narcisse revisité/lien avec le portrait, la relation entre les personnages, … Par contre, je ne me souviens plus de la propension de l’auteur à faire parler ses personnages sans arrêt.^^’

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  4. Je confirme que la plume (traduite, puisque je n’ai lu que la VF – mais je lirais bien la VO d’ici quelques années) est vraiment plaisante ! Et heureusement car certains passages ne sont pas toujours des plus pertinents (je me souviens que Wilde passe plusieurs pages à parler de tissus et/ou de pierres, je ne sais plus, et que, à part prouver qu’il s’y connaissait lui-même très bien, ça ne servait pas à grand chose – en tout cas, il me semble qu’il n’avait pas besoin de faire un tel étalage pour que l’on comprenne que Gray était un fin connaisseur). Donc plume au top, et les propos sur la société de l’époque aussi sont vraiment bien.
    Aussi, j’ai eu beaucoup de peine pour le héros ; d’un jeune homme si pur, si naïf, nous sommes passés à un monstre. En tout cas, c’est bien amené !
    Bref, un roman qui m’a franchement plu =)

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    1. Oui, il y a une description très pointilleuse (trop) de l’époque dans les moindres détails, dont les tissus lol Ça rend la première partie un peu lourde, heureusement la second s’émancipe de cela.
      En tout cas, c’est un roman qui fait beaucoup parler aussi 😉

      J’aime

      1. Je regrette que Wilde n’ait pas écrit un autre roman (des nouvelles, des critiques et des pièces, je crois?). En tout cas, pour sûr, non seulement « Le portrait de Dorian Gray » a fait parler et fait encore parler de lui, mais nul doute qu’il fera parler de lui longtemps encore ^^

        Aimé par 1 personne

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