Livres - Mangas / Manhwa / Manhua

Maux mêlés de Tohru Tagura et Meguru Izawa

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Titre : Maux mêlés

Auteurs : Tohru Tagura et Meguru Izawa

Editeur vf : Akata (M)

Année de parution vf : 2021

Nombre de tomes vf : 2 (série terminée)

Résumé : Tsukasa Ayase est en deuxième année de lycée. Plus jeune, elle a été traumatisée par un de ses camarades d’école… Depuis, elle fuit les interactions avec les garçons. Habitant avec son père et ses grands-parents, son quotidien va être chamboulé quand, à cause de la baisse du tourisme dans sa région, la pension familiale qui lui sert de maison va devenir une auberge pour lycéens. Du jour au lendemain, elle devra, bien malgré elle, cohabiter avec deux camarades d’école. Mais l’un d’entre eux semble aussi enfouir dans son cœur une douleur inavouée…

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Mon avis :

Tome 1

Pour la rentrée, Akata nous a offert deux jolis titres sur l’importance d’apprendre à se parler, un sujet qui me parle et trouve écho en moi, surtout quand il est associé à d’aussi belles histoires et des dessins doux et poétiques.

Plus classique que son prédécesseur dont je vous parlais la semaine dernière, Le goût des retrouvailles, Maux Mêlés offre cependant une édition qui se veut moins grand public. En effet, pour moins de pages, 148, le lecteur paiera plus cher, plus d’un euro de plus. Cependant, il aura droit à un papier épais, quelques pages couleurs et à quelques pages de roman à la fin du tome. Car oui, le titre est co-écrit par une scénariste Izawa Meguru et une dessinatrice Tohru Tagura (très appréciée pour son manga Love Stories). Ensemble, elles ont imaginé une histoire pleine de sensibilité avec des personnages qui ne se dévoilent que par petites touches.

La série qui sera en deux tomes a une histoire qui se veut assez classique au premier abord. On découvre une jeune ado qui a du mal avec les garçons et dont la famille tient une auberge. Son père, pour l’aider, y prend deux pensionnaires : deux garçons à l’opposé l’un de l’autre mais très populaire au lycée. Cependant derrière ce scénario un peu vu et revu, se cachent une histoire plus complexe sur fond de traumatismes passés à surmonter.

J’ai de suite été saisie par l’ambiance lente et mélancolique donnée par les autrices. Elles impulsent un ton particulier qui tranche avec ce qui se fait habituellement dans plein de shojo mais en rappellent d’autres publiés chez Akata, ce qui donne un effet de collection.

J’ai été touchée par le cadre familiale de l’histoire. J’ai été touchée par ce père qui tente d’aider sa fille à sa façon mais sans savoir s’y prendre. Cela pousse le lecteur à s’interroger sur ses enfants qui grandissent sans l’un de leur parent et sur la difficulté à être le seul parent restant. De plus, l’auberge est un lieu charmant, propice aux rencontres, qui me rappelle forcément la pension des Mimosas de Juliette, je t’aime (Maison Ikkoku). Cela a un charme certain.

On reste cependant sur une thématique qu’on connait : la difficulté à communiquer et à être soi-même avec les autres. Mais quoique classique, c’est encore une fois traitée avec beaucoup de doigté. On sent la subtilité que les autrices ont voulu mettre pour exprimer ce que chacun ressent au plus profond de lui et les peines qu’il ressent. La peur de l’héroïne me parle, moi qui suis souvent très mal à l’aise en contexte de communication en société, en particulier avec les hommes. J’ai donc trouvé le ton plutôt réaliste, n’en déplaisent à ceux qui ne connaissent pas ce malaise.

C’est pour ça que même si, à nouveau, c’est du déjà vu, j’ai adoré les personnalités lunaire et solaire des deux garçons qui viennent chambouler son quotidien. Tout comme j’ai la douceur de Tsukasa, sa peur d’aller vers les autres, son besoin de s’ouvrir et de s’expliquer pour ne pas être mal comprise, j’ai aussi apprécié ce que chacun d’eux lui apporte. J’aime autant le feufollet Miwa que le taiseux Matsuoka. Le premier aime Tsukasa depuis toujours. Il attire tout le monde, a un côté fou fou, mais a la tête sur les épaules et est compréhensif. Le second est plus mystérieux. Il ressemble beaucoup à Tsukasa, ce qui va les rapprocher. Il m’a touchée. Je regrette juste qu’on tombe encore dans un schéma amoureux, parfois j’aimerais aussi de belles histoires d’amitiés platoniques garçon-fille.

Ainsi, l’histoire a beau être classique, son sujet sur le mal être social, la difficulté à communiquer est très intéressant. J’aime aussi qu’on montre une société trop rude envers ses gens-là. Pourquoi serait-ce à eux de s’adapter et pas à la société de les intégrer mieux ? La question est posée pour moi, même si l’autrice prend une autre direction avec une héroïne qui a envie de s’ouvrir.

Le trait de Tohru Tagura est totalement dans l’air du temps et me rappelle un peu celui de Mika Yamamori (Daytime Shooting Star). Les cases offrent de belles respirations grâce à leur côté épuré et aéré, on va à l’essentiel. Le cadre est très chouette aussi, apaisant, que ce soit l’auberge ou cette ville où l’héroïne aime tant courir. On sent qu’on peut y prendre une grande respiration et que ça éclaircira nos poumons.

Alors que je n’étais pas sûre d’avoir envie de le lire, Maux Mêlés est une bien jolie surprise même si j’ai peur qu’en seulement deux tomes, en plus pas bien épais, cela soit trop court pour tout développer. Cependant malgré un petit sentiment de rush déjà présent ici, j’ai adoré le ton, l’ambiance, la douceur des dessins et des personnages, la plupart vraiment dans la recherche de la compréhension de l’autre. C’est le genre de titre qui fait du bien au coeur et au moral, ce qui est parfait pour démarrer cette nouvelle année scolaire propice aux tensions en société.

>> N’hésitez pas à lire aussi les avis de : Les instants volés à la vie, La pomme qui rougit, Les Voyages de Ly, Vous ?

Tome 2

Il y avait plein de belles choses en germe dans le tome 1, mais j’avais un peu peur que la brièveté de la série la desserve, j’ai été ravie d’être détrompée dans cet ultime volume, qui est un concentré d’émotion pure avec lequel j’ai frôlé le coup de coeur !

Les autrices développent une histoire pleine de bienveillance, de douceur et de compréhension autour de la question des sentiments. C’est classique et pourtant beau et complexe. L’histoire de Tsukasa et des deux garçons qui emménagent chez elle n’a rien de banal et l’autrice s’en sert à merveille pour décortiquer les maux qui les tourmentent tour à tour. Elle use pour cela de scènes et de toc de narration éculés dans le shojo manga mais elle le fait avec beaucoup de force et de poésie, mettant bien en avant la richesse de ce genre qui consiste à analyser l’âme humaine.

Ainsi, j’ai été très touchée par les histoires sentimentales de Matsuoka et Miwa. Le premier, venant d’une famille sur le point d’exploser, tiraillé entre une mère malade ou fatiguée mentalement et une future belle-mère manipulatrice, ne veut pas faire revivre ça à quelqu’un d’autre. Il a donc peur de l’amour et des sentiments qu’il pourrait imposer à l’autre. Le second est quelqu’un de très fin et observateur qui n’a jamais vraiment été amoureux et s’interroge de coup sur ce qu’il ressent ou ne ressent pas. Ainsi sous ses dehors jovial, il a une vrai réflexion sur l’amour mais également l’amitié et les relations aux autres. Quant à Tsukasa, il n’a jamais été amoureuse non plus et tout comme eux ne veut surtout pas blesser les autres. Alors comment sortir d’une telle situation ?

L’autrice a fait le choix de laisser le temps aux personnages, le temps de laisser parler leurs émotions mais aussi le temps de les laisser les découvrir. J’ai beaucoup aimé cette lente temporalité, cette bienveillance aussi de chacun envers l’autre, ce goût pour la compréhension et la communication. C’est doux et rassurant. J’ai aimé la maladresse de chacun, la noirceur de chacun, les doutes de chacun. J’ai aimé leurs échanges. J’ai aime le temps et l’espace qu’ils se laissaient, le tout dans le petit cocon de cette auberge où les adultes observent tout ça de loin, toujours prêts à intervenir au besoin. Cela donne ainsi un cadre vraiment sûr dans lequel grandir et apprendre à s’accepter.

Tohru Tagura occupe ainsi le propos de Meguru Izawa grâce à des compositions ravissantes où le lien prend toute son importance aussi bien dans les contacts rares donc tellement importants, que dans les regards qui en disent long. Son dessin est plein de douceur et de poésie, parfait pour faire palpiter nos coeurs à plusieurs reprises. J’adore sa travail sur les trames. J’adore ses choix de cadrages et de découpage. Il se dégage une force tranquille de son travail.

Avec ce trio tellement humain (et la famille de Tsukasa), j’ai vécu un très beau moment de lecture, avec une romance qui sous ses airs déjà vu est tout sauf traditionnelle car elle présente à la fois une héroïne réaliste qui n’a jamais éprouvé d’amour et un duo de garçons qui apprend à se comprendre lui-même avant d’agir. Plus qu’une romance, c’est une très belle histoire sur la découverte de soi et la découverte de l’autre ensuite. J’ai été très émue et j’espère vite retrouver ce duo ensemble ou séparément chez nous !

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© 2021 Editions Akata

15 commentaires sur “Maux mêlés de Tohru Tagura et Meguru Izawa

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