Livres - Science-Fiction

La Nuit du Faune de Romain Lucazeau

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Titre : La Nuit du Faune

Auteur : Romain Lucazeau

Editeur : Albin Michel Imaginaire

Date de parution : 1 septembre 2021

Nombre de pages : 251

Histoire : Au sommet d’une montagne vit une petite fille nommée Astrée, avec pour seule compagnie de vieilles machines silencieuses. Un après-midi, elle est dérangée par l’apparition inopinée d’un faune en quête de gloire et de savoir. Le faune veut appréhender le destin qui attend sa race primitive. Astrée, pour sa part, est consumée d’un ennui mortel, face à un cosmos que sa science a privé de toute profondeur et de toute poésie. Et sous son apparence d’enfant, se cache une très ancienne créature, dernière représentante d’un peuple disparu, aux pouvoirs considérables. À la nuit tombée, tous deux entreprennent un voyage intersidéral, du Système solaire jusqu’au centre de la Voie lactée, et plus loin encore, à la rencontre de civilisations et de formes de vies inimaginables.

Mon avis :

Découvert avec Latium, j’ai eu grand plaisir à retrouver la plume poétique et philosophique de Romain Lucazeau dans le roman SF de la rentrée : La Nuit du Faune, titre qui semble su réveiller la plume des blogueurs qui n’en finissent plus d’en chanter les louanges. J’ai pour ma part vécu une vraie expérience en lisant la prose de l’auteur mais ce fut fort singulier.

Saluons tout d’abord la superbe couverture d’Anouck Faure, qui de suite en dit long sur le titre. Elle nous plonge entre SF et Merveilleux avec des teintes froides rappelant le métal du premier et un paysage onirique au coeur de racines étranges. C’est une couverture qui donne vraiment matière à réfléchir, tout comme le texte qu’elle illustre.

En effet, avec La Nuit du Faune, l’auteur nous fait le plaisir de se faire plaisir en utilisant une langue très riche et poétique, avec parfois de vrais jeux de phrasé, de rythme et de consonances. Fascinant. Cela faisait longtemps que je n’avais pas dû 1/ prendre un dictionnaire pour y chercher des termes soutenus, 2/que j’avais à ce point senti chanter une langue dans un texte de SFFF. Un vrai bonheur !

Pour l’histoire, ce fut la même chose. J’ai pris énormément de plaisir à plonger dans l’aventure complexe mais enchanteresse proposée par l’auteur, cependant elle fut parfois rudement dure à suivre, notamment dans l’ultime ligne droite où je ne suis pas sûre d’avoir tout saisi…

L’histoire se présente au début comme une sorte de dialogue entre fantastique, merveilleux et SF. Cela fleure bon l’enfance et les récits pour enfants, lorsqu’un faune va à la rencontre d’une étrange enfant qui porte en elle des millénaires de connaissances et de vies. Tout me rappelait les textes de Lewis Carroll ou encore de la Comtesse de Ségur au début avant que l’auteur vienne subtilement glisser quelques mots de SF pour faire glisser son récit. C’est particulièrement singulier, dépaysant, un peu obscur et déstabilisant mais fascinant.

Puis tout s’éclaircit une fois que l’on saisit ou croit saisir le but de la rencontre entre cette enfant, Astrée et ce faune, Polémas. Un beau voyage initiatique nous est alors proposé à travers le temps et l’espace, faisant entrer en jeu énormément de références culturelles, littéraires, philosophiques et scientifiques. C’est un récit à la fois étrange et très dense que l’auteur nous propose avec son héroïne qui entre dans la lignée de ces enfants génies mystiques comme Enée dans Hypérion et Alia dans Dune. J’ai toujours adoré ce genre de figure et de postulat, alors forcément ses aventures m’ont fascinée.

Astrée et Polémas partent à la découverte du temps, de l’espace, des différentes civilisations existantes ou pouvant exister, afin d’en tirer des leçons. Mais ce n’est pas quelque chose de rationnel, c’est plutôt quelque chose de mystique et de philosophique qui les attend. J’ai eu l’impression de me retrouver dans un texte de Voltaire en les suivant, ou de Swift et de son Gulliver ou encore de Collodi et son Pinocchio. C’était ainsi à la fois dépaysant et familier sans que je parvienne à vraiment poser le doigt dessus faute de connaissances précises de ma part. Car le texte invite vraiment à faire des liens, des ponts avec une culture philosophique et littéraire que je ne fais qu’effleurer du bout du doigt.

Cependant, j’ai pris plaisir à les voir visiter ces mondes, faire ces rencontres, nouer des liens parfois, avoir surtout souvent un regard critique sur ce qui se joue. L’auteur interroge beaucoup sur notre rapport à l’écoulement du temps, des cycles permanents, de cet éternel recommencement. Il met en avant des thèmes aussi vastes que la Terre, la Nature, la Technologie, l’Histoire, le système solaire, ou la guerre. Il interroge beaucoup sur le sens de la vie mais également la peur, l’angoisse de l’extinction mais aussi de l’éternité en face, et de l’usure du temps.

Le voyage avait un je ne sais quoi qui m’a rappelé celui de Jodie Foster dans Contact (un de mes films cultes en SF). On a l’impression d’être dans un long rêve qui n’en finit pas et peut-être que j’extrapole mais avec un titre pareil, j’ai de suite pensé à la musique de Debussy et au poème de Mallarmé mettant en scène un Faune. C’était vraiment un voyage à la fois intérieur et interstellaire où la rencontre d’autre types, organismes de vie leur donnait un air de précis de civilisation et ainsi de modèles à suivre ou pas. C’était particulièrement onirique et plein de réflexion sur ce qu’on veut possiblement (ou pas) pour notre futur.

Malheureusement, j’ai été rattrapé sur la fin par quelques concepts de Hard Science que je ne suis pas sûre d’avoir parfaitement saisis malgré mais quelques recherches. En effet, la théorie des supercordes ou encore de l’intrication quantique n’ont rien de simple. Cependant le portrait général que nous en fait l’auteur nous permet tout de même de suivre l’histoire, c’est juste que j’aime tout tout comprendre >< Ce n’est donc pas que ça qui m’a gênée dans les dernières pages, mais également l’arrivée de nouveaux personnages (le Prophète, l’Observateur et l’Ennemi) qui ont rendu la fin un peu nébuleuse et rapide pour moi sur le thème des cycles de vie et de l’extinction. Il me faudra donc reprendre tout ça un jour.

Je ne sais pas si ça ressort bien de ma chronique, mais je considère La Nuit du Faune comme un très beau roman, au-delà même de la notion de roman de science-fiction, car Romain Lucazeau y fait vraiment oeuvre d’auteur et ne prend pas ses lecteurs pour des enfants. Il nous pousse au contraire, comme lui, à nous dépasser et à réfléchir sur notre vie, le tout à l’aide d’une plume magique qui est capable de littéralement nous mettre en apesanteur. Ce roman est donc à lire plusieurs fois à différents moments de sa vie pour en saisir toutes les nuances, c’est un vrai ouvrage compagnon, qui nous permettra d’affuter notre pensée et notre compréhension de tout ce qu’il a à raconter. Puissant et singulier.

(Merci à Gilles Dumay et Albin Michel Imaginaire pour cette lecture)

> N’hésitez pas à lire aussi les avis bien plus pointus de : Maki, Apophis, Just a word, L’épaule d’Orion, Gromovar, Fourbis et Têtologie, Yuyine, Vous ?

11 commentaires sur “La Nuit du Faune de Romain Lucazeau

  1. Ne t’inquiètes pas, on sent bien que tu as pris plaisir à découvrir cet univers qui semble riche et plein de poésie ! 🙂 Je te rejoins, la couverture est renversante 🤩
    J’aime beaucoup l’univers que tu nous décris mais je doute que cette lecture soit faite pour moi, j’ai peur de me perdre à cause du côté soutenu, mélangé à la science-fiction. Je suis encore novice dans ce domaine 🤭 en tout cas, tu nous offres encore une fois une superbe chronique ! Merci pour la découverte 🙂

    Aimé par 1 personne

    1. Merci beaucoup, ton commentaire me fait chaud au coeur. Je voulais vraiment rendre justice au titre et je n’étais pas sûre d’y parvenir ><
      Je peux comprendre que tu ne te sentes pas encore assez solide pour le lire, mais j'espère que tu y reviendras plus tard 😉

      Aimé par 1 personne

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