Livres - Mangas / Manhwa / Manhua

Share de Yuu Mitsuha

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Titre : Share

Auteur : Yuu Mitsuha

Éditeur vf : Akata (M)

Années de parution vf : 2021-2022

Nombre de tomes vf : 3 (série terminée)

Résumé : Haru n’a que seize ans, mais elle n’a déjà pas d’objectif de vie ni de rêve… En parallèle du lycée, elle économise un peu d’argent, sans même savoir ce qu’elle va en faire. Pourtant, un jour, dans le café où elle travaille, elle croise Rio, un jeune homme gay. Très vite, elle est intriguée par ce dernier. De fil en aiguille et alors qu’elle ne se sent plus à l’aise chez elle, elle décide de fuguer. C’est dans la colocation de Rio qu’elle trouve un nouveau lieu de vie. Mais puisqu’aucune chambre n’est disponible, elle partagera le même lit que lui… à ses côtés, elle ne sent pas en danger. Mais à cet âge si compliqué, Haru se cherche… Pourra-t-elle étouffer les sentiments qu’elle commence à ressentir avant de souffrir ?

Mon avis :

Tome 1

Akata continue à faire plaisir à son public avec la sortie en volume reliée d’une de leurs dernières pépites, un titre plein de sensibilité. 

Cette publication permet au lectorat français de découvrir une nouvelle autrice qui pourtant écrit depuis plus de 15 ans : Yuu Mitsuha, dont Share est cependant la première série longue. Celle-ci fera 3 tomes et l’on sent dès les premières pages la maîtrise de l’autrice.

L’histoire de Share est totalement dans la veine moderne et actuelle des shojo que tentent de nous présenter Akata avec leurs dernières parutions. C’est une histoire belle et âpre sur fond d’amour à sens unique envers des personnes inaccessibles, un thème qui me parle totalement de par son potentiel émotionnel et dramatique. En plus, avec les dessins de Yuu Mitsuha qui rappellent un peu ceux de Ryo Ikuemi, je suis totalement en terrain conquis. J’y ai trouvé beaucoup de douceur et de sensualité, un très beau travail sur la puissance des regards et une certaine sobriété et candeur/pureté qui m’a touché en plein coeur.

Share propose de partager l’histoire de Haru, une héroïne réservée et taiseuse, qui livre ses émotions avec parcimonie car elle se sent incomprise. Cela me parle énormément. En nous mettant dans ses baskets, on plonge de plein pied dans une histoire à l’ambiance et au rythme un peu étrange, comme elle. On est en plein dans le spleen adolescent, ce moment où les jeunes sont dans un faux rythme assez lent, où ils ne voient que la grisaille du monde qui les entoure et où la lumière peine à pénétrer. Cependant, après une rencontre marquante, Haru va peu à peu s’éveiller et c’est ce moment magique que l’autrice va réussir à parfaitement capter.

Le début de l’histoire est assez improbable. Fascinée par un jeune homme croisé dans le bar où elle travaille, Haru va le suivre, trouver où il habitude et décider d’emménager dans sa coloc. C’est totalement surréaliste et malgré tout ça passe crème. On suit le développement de leur drôle de relation d’un regard bienveillant mais surtout l’éveil des sentiments d’Haru dans ce cadre un peu hors du temps où elle se sent protégée donc à même de faire des expériences.

J’ai aimé la fraicheur de cette coloc où chacun ose dire ce qu’il pense, où chacun est atypique à sa façon, où chacun a été ébréché par la société et le monde où il vit. Il y a encore beaucoup de mystères autour de chacun mais ils se dévoilent joliment et l’ambiance atypique fonctionne à fond sur moi. J’avais vite deviné le passé d’Haru mais j’ai tout de même été émue. Le profil de Rio est déjà vu également, avec cette instabilité émotionnelle qu’il comble par le sexe d’un côté et les cajoleries sans conséquences de l’autre mais c’est émouvant tout de même. Nene a du potentiel avec son job d’hôtesse, j’attends juste que l’autrice l’exploite. Seul Tooru est encore très lisse dans cette maison.

Grâce à une mise en scène très naturelle et tranquille, on s’attache rapidement à ce petit univers un peu coupé du reste du monde. C’est certes une coloc comme on a pu en voir d’autres mais il y règne un climat paisible qui fait un bien fou. Cela permet de mieux digérer le ton doux et âpre à la fois très actuel du titre, ainsi que la teinte mélancolique apportée par la voix de l’héroïne-narratrice venant du futur. Cela donne ainsi plus de forces aux moments vécus, un peu comme dans Nana qui utilisait le même procédé. J’adore les moments qu’elle passe avec Rio malgré tous les non-dits. Il y a une grande douceur, confiance et bienveillance entre eux. On sent qu’ils vont mal et on a envie de les prendre dans notre bras nous aussi pour les consoler.

Le seul défaut de ce tome, c’est qu’il va très lentement et qu’il y a encore plein de zones d’ombres et de mystère. Nous sommes face à une longue introduction où les sentiments s’embrasent tout tout doucement et sans faire de vague, alors qu’on sent l’explosion couver.

J’ai décidément beaucoup aimé, c’est probablement le meilleur lancement de l’éditeur depuis longtemps pour moi. J’ai été touchée par ces personnages aux réactions atypiques et la drôle de relation qu’ils nouent. J’ai hâte de percer leurs mystères et carapaces pour voir le bel humain ébréché que cela cache. Merci à Akata pour cette découverte. Je serais curieuse de voir ce que l’autrice a écrit d’autre si c’est dans la même veine.

>> N’hésitez pas à lire aussi les avis de : Les instants volés à la vie, Vous ?

Tome 2

J’avais déjà senti un grand potentiel dans le premier tome de cette courte série, cela se confirme et plus encore dans cette suite juste calibrée pour me faire chavirer.

J’ai été très touchée par la finesse, la subtilité et la justesse de l’écriture des sentiments si complexe de Rio et Haru. C’est si beau. L’autrice a un coup de crayon magnifique, plein de rondeur, de poésie et de douceur pour capturer l’évanescence de leurs sentiments et la pureté de ceux-ci. Ça m’a beaucoup touchée et pourtant ce n’est pas simple mais c’est tellement actuel dans le traitement. J’aime la façon dont elle pose la question des étiquettes qu’on colle à chaque individus et couple sur leur sexualité et leur relation. Elle interroge sur la nécessité toute relative de celles-ci et j’ai trouvé ça fort pertinent car après tout, les héros sont très heureux sans poser d’étiquette, juste en ressentant et en vivant et j’ai trouvé ça très beau.

J’ai adoré la douceur qui entoure la relation de Rio et Haru tel un cocon coupé du monde. Ils sont juste heureux ensemble et c’est tout. C’est agréable et ça leur fait du bien d’être ensemble. Leur contact réciproque leur fait du bien point. C’est très touchant et beau de les voir ainsi, notamment grâce au trait tout en rondeur et douceur de la mangaka. Comme j’aime son travail sur les regards et les cils ! Il se dégage beaucoup de sensualité de celui-ci, sans qu’il y ait la moindre vulgarité, c’est au contraire très pop et pétillant, un peu comme chez Iketani Ricaco (Lollipop, Six Half) mais de manière encore plus léchée. Je suis fan !

Et c’est d’ailleurs quand le regard des autres devient un poids que tout déraille, quand les héros veulent se conformer à des règles édictées par la société, parce que quand ils sont juste entre eux, ils n’en ont absolument pas besoin et tout va bien pour eux. L’autrice montre ainsi combien c’est dur quand on nous impose de choisir, de mettre des mots, et que ceux-ci ne rentrent pas dans la norme. J’ai donc été émue et bouleversée par l’histoire d’Haru et Rio. J’ai beaucoup aimé leur histoire pleine de silence où leur coeur crie discrètement leurs sentiments non-dit. J’ai aimé cette relation ambiguë qui leur fait tellement de bien quand les autres ne viennent pas s’en mêler. J’ai aimé la façon dont ils se découvraient l’un l’autre. C’était si doux et émouvant que j’aurais aimé qu’on les laisse dans leur cocon.

Je me doute que ça ne plaira pas à tout le monde car c’est assez lent et introspectif, avec une autrice qui se rapproche pas mal du travail de Ryo Ikuemi dans son dessin et le traitement complexe des sentiments et situations que cela entraîne. Certains trouveront peut-être leur relation trop ambiguë là où moi j’y vois quelque chose de beau et épanouissant si on les laissait tranquille. Certains trouveront peut-être même ça irréaliste et dans ce cas j’aurai envie de leur demander pourquoi, car pour ma part j’y ai vu une grande ouverte et une grande justesse.

Share, tout comme Autour d’elles, est exactement le genre de titre sur la diversité proposé par Akata que j’adore parce que je le trouve juste et actuel, avec des personnages beaux et émouvants, et un coup de crayon à tomber. Je suis totalement sous le charme !

Tome 3

Share est l’une de ses petites pépites dont Akata a le secret, une série sobre et émouvante sur des amours qui dépassent le cadre des normes qu’on connaît.

Depuis le premier tome, je suis tombée sous le charme du ton, de la sensibilité et des dessins doux et sensuels de Yuu Mitsuha. Cependant, je ne voyais pas comment l’histoire pouvait se terminer avec cette voix off tragique qu’on entendait depuis le début, comme dans Nana. J’avais donc très peur vis-à-vis de ce dernier tome. Pourtant, j’ai été pleinement satisfaite grâce à une autrice, qui même si elle a tâtonné, a tenu le cap pour nous offrir une histoire sensible et tout sauf facile.

J’ai beaucoup aimé la façon universelle dont elle a traité les sentiments de ses héros. Elle ne tombe pas dans la facilité de nous proposer une basique romance entre un homme et une femme où l’amour aurait vaincu toutes les barrières. Non, elle propose une relation bien plus belle, complexe et ouverte entre Rio et Haru. Ce n’est pas simple, cela défie les règles normatives qu’on connaît, mais c’est d’une telle beauté ! J’ai vraiment fondu face à l’évolution si particulière de leur relation dans ce dernier tome où grâce à eux l’autrice parle d’amour au sens large et pas seulement confiné dans une relation de couple ou une relation charnelle. C’est superbe et magistral !

Il n’existe personne au monde dont il est interdit de tomber amoureux. Tu n’es pas obligée de te forcer à l’oublier, continue à l’aimer jusqu’à ce que tu sois en paix !

D’ailleurs tout ce qu’elle vient greffer autour m’a plu et touché. Même si c’était totalement surréaliste, j’ai beaucoup aimé la mère d’Haru et ce qu’elle lui dit sur l’amour et sur les relations mère-fille. C’était beau et touchant. J’ai aussi aimé le discours d’Haru sur la complexité de trouver sa place lorsqu’il parent se remarie, ou encore de trouver sa voie dans la vie à tout juste 17 ans alors que tant d’opportunité existe et qu’on est encore un enfant au fond donc un être inachevé qui se cherche encore. Ainsi, c’est superbe de la voir reprendre le chemin de l’école, sa vie en famille avec les ajustements trouvés grâce à la Share House, ce lieu qui lui a permis d’évoluer.

La fin peut sembler un peu abrupte mais au final l’autrice n’a voulu nous compter d’un bref instant de vie et elle en capture encore d’autres rapidement histoire d’essayer de nous combler un peu. Elle montre en cela que des rencontres inopinées peuvent avoir un grand impact sur nous et se poursuivre ensuite sur le long terme pour devenir quelque chose de très beau. Elle montre aussi la puissance des sentiments qui ne s’éteignent pas quand on le demande mais qui continuent de nous habiter jusqu’à une date indéterminée. Elle montre enfin qu’il faut toujours garder espoir, avancer, car de belles choses nous attendent dans la vie aussi bien dans le passé que le présent. C’est un message plein d’espoir !

Jusqu’au bout, j’ai aimé plonger dans la vie si particulière des habitants de cette drôle de cohabitation, une vie pas facile à cause de la société dans laquelle ils vivent, mais tellement riche d’expérience. L’autrice nous le fait bien comprendre jusqu’au bout avec la belle histoire de vie, émouvante et déchirante d’Haru, qui se trouve, mais à quel prix, et de Rio, dont la solitude reste poignante malgré les amis qu’il a autour de lui. Même le petit chapitre bonus sur Nene fut parfait, avec un portrait à contre-courant, positif et important, d’une jeune femme assumant ses désirs, qui ne mérite pas les horreurs masculinistes et méprisantes qu’elle entend autour d’elle, alors que c’est quelqu’un de droit. Yuu Mitsuha est une superbe défenseuse des opprimés.

Share fut donc une lecture bourrée d’émotion, atypique dans le ton et l’engagement des débuts qui m’a fait m’interroger sur les propos de l’autrice. Au final, j’ai été totalement charmée par ceux-ci, leur ouverture, leur fluidité et leur chaleur humaine au final. Les trajectoires de vie d’Haru et Rio m’ont émue, tout comme leur relation si spéciale, le tout sous un trait très émouvant signé Yuu Mitsuha que j’espère bien retrouver car je suis fan de son travail sur les peaux, les lèvres et surtout les regards. Alors merci à Akata pour cette superbe découverte qui frôle le coup de coeur !

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© 2021 Editions Akata

6 commentaires sur “Share de Yuu Mitsuha

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