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Please Save my Earth : Réincarnations de Saki Hiwatari

Titre : Please Save my Earth : Réincarnations

Auteur : Saki Hiwatari

Editeur vf : Tonkam (shojo)

Années de parution vf : 1999 – 2001

Nombre de tomes vf : 21 (série terminée)

Résumé : Alice est une jeune fille étrange, capable de communiquer avec les végétaux. Elle vient de s’installer à Tokyo en 1991. Un jour, alors qu’elle est en grande conversation avec des camélias, elle surprend deux garçons de son école en train d’échanger des mots doux !!! Pensant surprendre un couple gay, Alice ne se doute pas qu’elle vient d’entrer de plain-pied dans une aventure qui concerne aussi bien son passé, son présent et son futur… !!

Mes avis :

Please Save my Earth : Réincarnations fait partie de ces tous premiers titres que j’ai lus ado lorsque j’ai élargi mes connaissances en manga, découvrant notamment d’autres catalogues que ceux de Glénat, J’ai Lu et Kana. C’était révolutionnaire pour moi à l’époque de lire un titre de SF écrit et dessiné par une autrice avec une sensibilité qui lui était propre. J’avais été profondément émue par cette série et j’en avais donc parlé sur le blog lors de son ouverture (lien) mais j’ai eu envie de le relire et je vais désormais vous proposer des avis au fil des tomes.

Tome 1

Lorsque la série sort en 1999 chez nous en France, Saki Hiwatari est une inconnue et Please Save my Earth est probablement l’un des premiers si ce n’est le premier shojo de SF qui nous est offert. Il est cependant daté, il est paru au Japon plus de 10 ans plus tôt, à la fin des années 80, et cela s’en ressent fortement dans les premiers tomes au dessin particulièrement daté. Heureusement cela évolue de manière fulgurante au fil des tomes et pour qui aura réussi à passer outre, ce sera une très belle aventure qui s’offre à lui/elle.

L’histoire de Please Save my Earth est une histoire teintée d’écologie comme l’indique son titre. Nous allons suivre des personnages, réincarnations de scientifiques extraterrestres dont la mission était autrefois de protéger notre planète bleue. Cependant nous ne découvrons ceci que tout tout doucement et ce premier tome n’est qu’une longue introduction assez étrange.

Pour être honnête, si je n’avais pas lu la suite, je n’aurais pas eu de coup de coeur ici. Saki Hiwatari offre un solide premier volume mais un volume à l’ambiance à part, comme dans les vieux films teintés de mélancolie. C’est assez particulier. L’autrice mélange cela avec une vie lycéenne on ne peut plus classique avec une héroïne un tantinet trop gentille qui a des problèmes avec ses voisins, qui a du mal à s’adapter à son nouveau lycée ou encore qui parle aux plantes. C’est très singulier.

Petit à petit, l’autrice va faire glisser ce récit somme toute banale vers un récit plus fantastique. En suivant la mélancolie de son héroïne, elle va nous faire croiser les rêves étranges de deux de ses camarades de classe, et sans le vouloir Alice va ainsi se retrouver embarquée dans un monde qui va vite la dépasser, un monde fortement inspirée par les écrits de Moto Hagio, où songes, volonté de protéger la Terre et relations troubles sont légion dans un monde où la nature semble être l’élément qui les relie tous. C’est fascinant.

La narration voulue par l’autrice est douce, lente et entêtante comme ses personnages. Elle nous happe peu à peu dans les mystères qui entourent les songes et les relations de ses héros. On a d’un côté une héroïne, Alice, archétype de la gentille japonaise qui prend sur elle pour plein de choses, qui parle aux plantes. Elle fait la rencontre d’un petit garçon, Ring, son tout jeune voisin, qui n’arrête pas de l’embêter mais suite à un accident celui-ci vire secrètement en un mini-Tetsuo. Au lycée, deux de ses camarades, Jimpachi et Issei, qui ont des relations troubles très inspirées par le Boys Love, font en fait chaque nuit des rêves communs d’un temps où ils auraient vécu dans l’espace à surveiller la Terre. Tout cela mis bout à bout crée une ambiance étrange et prenante, fascinante et émouvante où l’on est fortement intriguée par les personnages et leurs relations.

Cependant, le titre ne démarre pas vraiment ici, l’autrice ne fait que nous proposer une belle mise en bouche. Elle mélange mystère, émotion et humour, dans une ambiance très marquée années 80 aussi bien dans les décors, vêtements, design des personnages, que dans l’humour « rustique » si populaire à l’époque. Cela dénote complètement avec ce qu’on a l’habitude de lire de nos jours. Moi, j’adore ce ton surréaliste, décalé, mais la traduction datée peu déplaire à certains.

Il en a de même pour les dessins qui sont vraiment maladroits, presque naïfs, avec une esthétique pas des plus séduisantes, mais déjà un charme certain, une douceur et surtout une composition des pages dans la veine des grandes autrices de shojo  des années 70 et du Tezuka de la période Gekiga. Elle a un énorme potentiel qu’elle fera éclater dans les prochains tomes. (Je vous ai mis quelques planches en-dessous pour que vous puissiez voir).

Si vous souhaitez découvrir la série, ne vous arrêtez pas au premier tome qui clairement ne montre pas tout le potentiel émotionnel, narratif et graphique de la série. Celle-ci est l’une des plus belles et émouvante épopée de science-fiction humaniste et écologique que j’ai pu lire, avec de beaux personnages aux relations complexe, des compositions à tomber au fil des tomes et des thématiques de SF toujours d’actualité. Plongez vous aussi dans LA série culte de Saki Hiwatari (même si elle n’est pas facile à trouver de nos jours…) !

Tome 2

Avec un joli ton old school toujours aussi singulier entre mélancolie et humour, Saki Hiwatari continue de nous plonger dans la drôle d’aventure de ses héros réincarnés.

J’aime toujours autant la lente construction de ce récit qui sortait vraiment du lot à l’époque et encore aujourd’hui. J’y retrouve l’ambiance un peu étrange et malaisante que j’avais senti aussi dans X des Clamp et je me demande clairement si ces dernières ne s’en sont pas inspirés tant les similitudes sont nombreuses… Thèmes futuristes, écologie, personnages torturés et mélancoliques, influence d’Akira, découpage à la Moto Hagio, tout y est !

Dans ce nouveau tome, on laisse un peu Ring de côté, alors que c’est clairement de ce son côté que ça devient intéressant tant il a changé depuis son accident. C’est devenu un vrai petit Tetsuo manipulateur et barré à souhait, qui contrôle une bande de bikers pour n’en faire qu’à sa tête. Il est obsédé par Alice et la Tour de Tokyo, ce qui ne peut que mal finir.

Du côté des autres héros, Alice se révèle être l’une des réincarnées aux côtés de Jimpachi (Gyokuran) et Issei (Enju). Ensemble, ils partent donc à la recherche des autres membres de leur ancienne équipe. Par un tour de passe passe assez simple mais crédible (le magazine de faits extraordinaires), ils tombent sur deux autres d’entre eux, et ensemble ils échangent des informations. On ne peut qu’être intriguée par ce qu’on apprend sur leur mission, leur origine, leur histoire. Cela donne le cadre général du futur drame, mais c’est encore bien fin.

L’autrice cultive donc son mystère ici mais également avec les autres personnages que l’on croise au fil des pages. Ainsi, tous les personnages intervenants semblent plus ou moins liés de près ou de loin, c’est la force de ce genre d’histoire. On croise par exemple le sosie de Shion, l’amoureux de Mokuren (Alice), qui connait le protecteur du petit chef de la bande de motard que manipule Ring. Ouf ! Tout semble vraiment emberlificoté ! Et même temps, tout fait lien pour créer une vaste fresque qui à coup sûr va nous émouvoir.

Même s’il reste à peaufiner, j’ai encore été soufflée par le trait de l’autrice ou plutôt ses compositions tellement inspirantes. J’adore comment elle met en scène cette ambiance mélancolique présente et passé, et ce drame à venir. J’adore la façon dont elle joue des noirs dans sa composition. J’adore ses compositions romantiques dès qu’il y a un couple et il me tarde encore plus de revoir les pages quand son trait aura atteint sa maturité dans les tomes à venir. En attendant, je me régale également des petits traits d’humour qu’il insère comme les têtes enflées des héros après une barre où on dirait les gars de Kimengumi (Le collège Fou fou fou).

Même si la série prend son temps pour démarrer, qu’elle est datée dans ses dessins et certaines de ses scènes, je prends vraiment plaisir à replonger dans cette ambiance étrange déjà présente et dans le drame dans lequel Saki Hiwatari va nous emmener. Elle se plait à poser tranquillement les jalons, elle s’inspire de titres de SF que j’adore et en inspire d’autres. C’est vraiment un grand titre en devenir.

Tome 3

Comme prévu, petit à petit l’autrice creuse son univers et renforce cette ambiance d’étrangeté qui lui sied si bien, avec un joli focus sur la psychologie des personnages qui était bien attendue.

Je trouvais intéressant qu’on s’intéresse un peu à Ring, LE personnage que je trouve le plus fascinant jusqu’à présent. L’autrice m’a entendue. Elle ouvre ce tome sur lui et ne le quitte plus ensuite. Avec ce dernier, on s’intéresse de près aux effets de la réincarnation. En effet, il est le parfait mélange entre l’âme torturée de Shion, son incarnation passé, et l’âme en colère du Ring présent qui a 7 ans. Cela donne un mélange détonnant, inspiré comme je l’ai plusieurs fois dit par le Tetsuo d’Otomo, ce qui donne un superbe rendu. Les scènes où il laisse exploser sa colère sont également pleine de nuances car le Shion qui transparait n’est pas juste un homme hargneux et vengeur, mais aussi un homme qui a profondément aimé Mokuren et souhaite exaucer son souhait.

Le souhait des personnages est un autre thème fort ici. Car certes ils se sont rencontrés dans leurs nouvelles incarnations mais que désirent-ils de plus désormais ? Qu’est-ce qu’ils souhaitent retirer de tout cela ? Certains s’intéressent à leur histoire passée, ce qu’ils ont vécu, comment cela s’est terminé. Mais pour d’autre, c’est plus que ça, c’est un vrai bouleversement de leur présent. Et ces retrouvailles permettent d’avoir quelqu’un avec qui échanger, notamment dans le cas d’Issei, qui se questionne sur sa sexualité.

L’autrice oriente donc son récit vers deux lignes directives : le récit de leur passé et leurs aspirations présentes suite à ce bouleversement. Pour Issei, c’est une question d’ordre intime. Pour Ring, c’est une question avec potentiellement des répercussions bien plus vastes.

J’ai continué à aimer le mélange qui est fait entre mélancolie passée et présente, et humour un peu basique introduit par l’autrice, avec des références très drôles sur Saint Seiya (Les chevaliers du zodiaque) et ses tendances BL (Boys Love). J’aime le jeu de masque qui est peu à peu introduit. J’aime les questions sur la sexualité ainsi que celles sur le poids des réincarnations et du passé, notamment dans le cas d’Haru (Shukaïdo). Tout cela confère une atmosphère à part au titre.

Pour ma part, je suis de plus en plus à fond dedans. Je trouve que l’autrice approfondit bien son histoire et qu’elle offre de plus en plus de place à la psychologie torturée des personnages, ce qui me plaît. Elle doit juste faire attention à ne pas trop verser dans le mélo comme c’est le cas lors de certaines scènes où c’est un chouïa trop appuyé pour moi ><

Tome 4

Bien que j’apprécie la place qu’elle offre au développement de chacun, je commence à trouver cette introduction à l’univers un tantinet longue et j’aimerais entrer plus de plein pied dans l’intrigue, car comme disent les personnages, on commence à se demander dans quel but tout cela a lieu…

En effet, alors qu’on commençait à effleurer leur passé, le tome actuel se passe majoritairement dans le présent. On explore les pouvoirs que détenaient nos amis extraterrestres. On est alors en plein dans la mode des mangas avec des pouvoirs parapsychiques comme Rain Man ou X des Clamp. Ici, seuls les garçons en ont fait preuve pour le moment et si c’était pour se défendre pour les uns, ce sont également des pouvoirs qui peuvent faire bien du mal. J’ai hâte de les voir un peu plus en action pour justement dynamiser un récit un peu plan plan pour le moment.

L’autrice préfère pour le moment s’attarder sur les relations entre les héros, relations présentes et passées. C’est chouette parce que cela complexifie chaque personnage mais cela freine aussi un peu la lecture, alors qu’on souhaiterait voir plus de souffle à ce moment-là de l’histoire. J’ai aimé voir la relation trouble qui se tisse entre Shion/Ring et Shukaïdo/Haru, et les hommes que cela implique en marge qui vont se retrouver dans une histoire qui les dépasse. J’ai juste un peu le sentiment parfois d’avoir des pièces rapportées. Je suis par contre moins fan des relations amoureuses que posent l’autrice pour le moment. Je les trouve assez maladroite, de la pseudo romance Jimpachi-Issei, à l’histoire Jimpachi-Alice-Ring. Il manque quelque chose.

Alors cela a beau être un récit qui me plaît, une ambiance que je savoure, un univers dont je me délecte, ce tome me laisse clairement sur ma faim, mais je sais que l’autrice saura faire les petits réglages qu’il faudra.

Tome 5

Y a pas à dire, quand on repart dans les mystères qui entourent ce qui s’est passé sur la Lune, là j’adore. Alors s’il vous plait, Miss Hiwatari continuez à nous alimenter dans ce sens !

J’avais été un chouïa déçue par le tome précédent où j’avais l’impression qu’on n’avançais pas ou peu et qu’on était bien trop dans notre monde. L’autrice a dû arriver au même constat car le glissement vers le fantastique et la SF est bien plus présent dans ce tome. J’en suis ravie !

Au programme, toujours la relation trouble Shion/Shukaïdo avec les remords du dernier et la folie du premier. S’ajoute en plus l’élément Alice, qu’on soupçonne d’être Mokuren alors qu’elle pense que non. J’ai aimé la façon dont Ring clarifie les choses à son sujet. Il entretient d’ailleurs avec elle une relation plus qu’ambigüe, se montrant tour à tour tyrannique ou plein de gentillesse. Mais surtout, on commence à plus entrevoir leur vie sur la station, et ça c’est super.

Autant dans le présent, en dehors des magouilles de Ring, je trouve l’histoire un peu plan avec les recherches M Tamura et les pseudo romances, autant j’accroche aux drames et disputes qui se passent sur la Lune. Le fait de ne montrer que des bribes sans chronologie précise ajoute du mystère au mystère. On entrapercevoit des moments de leur vie sans bien tout saisir. On ne les voit en plus qu’à travers les uns de l’un ou de l’autre, ce qui peut pas mal fausser le jugement. Ainsi, le Shion vu à trouver le regard de Mokuren n’a rien à voir avec celui vu par les autres à ce stade. J’aime beaucoup cette multiplicité des regards, des liens et des scènes. Quant à ce que Ring entreprend sur Terre, il y a encore plein de questions à se poser. Est-ce vraiment pour le bien de tous qu’il cherche à réunir les codes, pour mener au bout les désirs de Mokuren, ou cache-t-il de plus sombres intensions ?

Ainsi ce mélange de pouvoirs, de romances compliquées, de relations tendues passées et présentes et de mystères à tous les étages, confère à la série une aura de plus en plus étrange mais prenante. J’adore les voir évoluer, enquêter, magouiller, tromper. C’est fascinant. En plus, le trait de l’autrice évolue de plus en plus joliment. Ayant d’abord touché les personnages masculins, il commence à affecter les femmes de l’historie également et ça nous promet de belles heures à admirer ses oeuvres.

Tome 6

Alors que le réel se fait de plus en plus complexe, l’autrice nous plonge de plus en plus dans les réminiscences passées de nos héros, une vaste fresque dramatique commence alors à se dessiner devant nous.

J’ai adoré voir la narration se plonger de plus en plus dans les incarnations précédentes de nos héros dans ce tome. Je trouve passionnant et fascinant de remonter le fil de leur vie passée à tous, tout en faisant le lien avec ceux qu’ils sont à présent. Cela donne une saveur toute particulière à chacune de ces incarnations.

Ainsi, nous découvrons par bribes la vie qu’ils ont eu : leurs origines, comment la mission s’est montée, ce qu’il s’est passé pendant celle-ci, leur vie à bord, leurs relations entre eux. C’est pour le moment encore assez flou et décousu. Il manque beaucoup d’éléments et il existe certains mensonges qu’il reste à percer. Mais déjà, c’est assez fascinant. L’autrice appuie notamment, dans ce tome, sur le personnage de Mokuren et la place presque sacrée qu’elle a au sein du groupe à cause de son pouvoir lié à leur grande religion. On découvre la place qu’elle occupe, le pouvoir qu’elle possède et l’emprise qu’elle a sans le vouloir sur les hommes.

Dans le présent, sans le vouloir, tout tourne aussi autour d’elle. Il y a bien sûr le fascinant Ring, réincarnation de Shion, qui préfère le cacher pour ne pas être détesté d’elle. Il n’est pas tout à fait Shion, ni tout à fait Ring, juste une mélange de plus en plus perdu des deux. Je le trouve aussi fascinant qu’émouvant dans sa solitude qui commence à poindre due à ce qu’il a pu vivre et aux souvenirs qu’il en a. C’est poignant. Ainsi, il tente de s’éloigner d’Alice pour qu’elle soit heureuse mais sans vraiment y parvenir, continuant à manipuler sournoisement les uns et les autres, ce qui en fait également un personnage dérangeant. Quand je disais qu’il était complexe…

Mais il n’est pas le seul à tourner autour d’Alice, qui commence à faire preuve de ses pouvoirs de kitché-saajarée, Jimpachi ne peut s’en empêcher non plus, Haru aussi et même Issei s’y met à sa façon. Les relations complexes entre l’ensemble de ces anciens scientifiques est vraiment de plus en plus au coeur de l’histoire, des relations passées mais aussi présentes, et j’aime la façon dont Sakura met les pieds dans le plat. Cela permet de traiter, bien que de façon légèrement datée, de la question de l’homosexualité voire de la pansexualité (si je ne me trompe pas). Ça n’a rien de simple mais c’est passionnant à suivre dans ce faux rythme drôle et mélancolique.

Côté dessin, l’autrice évolue de tome en tome, affinant ses personnages féminins désormais après avoir déjà évolué du côté des hommes. Je trouve Alice de plus en plus séduisante, comme le dit bien Jimpachi. Il reste cependant des petites soucis de proportions lorsque les personnages sont croqués en pied, notamment côté épaules et hanches, mais je lui pardonne. Je trouve vraiment un grand charme dans cette nature qui s’immisce de plus en plus dans les pages et les interstices de celles-ci.

Même si le coup de coeur tarde encore un peu à vraiment m’emporter, je suis de plus en plus séduite par l’ambiance, les thèmes et sujets de la série. L’autrice prend son temps pour poser son univers et ses bases, développer les relations des uns et des autres, ajouter des mystères et complexifier les personnages. Je suis déjà totalement fan de Ring pour cela et je commence à être très intriguée par nos anciens scientifiques lunaires.

Tome 7

Après un tome très orienté SF avec un retour important sur les incarnations passées de nos héros, place cette fois à un tome plus orienté fantastique et psychologique avec le passage à l’acte d’un Ring de plus en plus en roue libre !

Ring devient de plus en plus le personnage central de cette histoire. A travers lui, nous suivons à la fois le retour d’Alice dans le groupe et son duel avec Tamura, le protecteur d’Haru, deux éléments phares. Alice a enfin été convaincue de rejoindre à nouveau le groupe. On continue donc à en apprendre plus sur elle et sur Mokuren, notamment à travers le retour de l’étrange Shion, un homme blessé qui a perdu ses attaches. Si le personnage n’a en apparence rien de reluisant à part à côté beau gosse, on ne peut qu’être touchée par sa solitude et la grande perte qu’il a subi et dont il peine à se relever. Le début du portrait de cet orphelin de guerre est assez saisissant.

Vient ensuite, et occupe une bonne partie du tome, sa relation compliquée avec Haru et le proche de celui-ci, Tamura, qui a mis sur le chemin de Ring, Mikuro, un détenteur de pouvoirs extrasensoriels (ESP) comme lui. J’adore l’ambiance qui se dégage de cette partie de l’histoire. C’est sombre, malsain et malaisant. Ring est l’image même du jeune complètement barré, qui a perdu la tête et toute considération pour les autres, tant il est allé loin. Il est glaçant dans sa folie. Il va hyper loin pour ne pas laisser de trace et obliger Haru à lui obéir. Son duel avec Mikuro est excellent, un superbe moment de déploiement de puissance autour des fameux pouvoirs d’Esper, un modèle du genre ! C’est archi dynamique, tendu, ça claque et ça fait bien peur. Epique !

Avec toujours un décor de science-fiction en arrière-plan, l’autrice développe aussi le côté fantastique et terrifiant de son oeuvre avec un héros qui vire de plus en plus schizo. La folie mise en scène par Saki Hiwatari fait froid dans le dos, mais c’est particulièrement efficace aussi pour rendre le personnage fascinant et l’histoire haletante. On a envie d’en apprendre plus sur ce que cache Shion. On a envie de voir Ring en action mais on a aussi envie de le voir se racheter et redescendre. Seule Alice reste un peu trop falote et fait pâle figure aux côtés d’une Sakura par exemple. Alors c’est bien d’avoir des personnages masculins forts, encore faut-il en faire de même avec l’ensemble des femmes.

Tome 8

L’autrice a bien senti, et elle a aussi tout fait pour depuis le début, que ce que les lecteurs voulaient, c’était plus de Ring et plus de Shion. Elle y répond parfaitement ici !

Après la suite et fin d’un combat de pouvoirs psychiques dantesques avec de terribles conséquences, place à un focus important sur l’incarnation précédente de Ring : Shion. C’était vraiment bienvenue d’avoir quelque chose de plus conséquent et longitudinal autour de ce personnage qu’on ne faisait que croiser. Cela permet ainsi de mieux cernes ce que vit Ring, lui qui habite en lui la mémoire de cet ancien bonhomme hyper torturé.

J’ai d’abord adoré la façon dont l’autrice présente la détresse de ce petit garçon, de sa folie à ses blessures, de sa vive intelligence à sa très grande solitude. On voit les adultes autour de lui tenter impuissants de faire quelque chose. C’est déchirant. Et avec le dessin de plus en plus fin de l’autrice, on ressent encore plus la force de leurs sentiments, notamment chez Alice, en qui Mokuren semble de plus en plus s’éveiller. C’est magique !

Arrive alors le retour dans le passé de Shion, tandis qu’on plonge dans les souvenirs de Ring. On s’attend tous à ce que ce ne soit pas rose, mais ça l’est encore moins que prévu. Toute l’arrogance et la méchanceté qu’on nous avait montrées chez ce personnage ne résulte que d’une enfance traumatisante au possible. Le récit tragique de cet enfant de la guerre est magnifiquement porté par l’autrice. Elle ne fait pas de concession. Si elle ne montre pas les ravages réels, physiques de la guerre, elle en montre toutes les horribles conséquences psychologique chez un jeune enfant. Shion est l’archétype de l’enfant soldat et Saki Hiwatari nous montre la difficile vie d’après.

J’ai aimé que le personnage reste plein de complexité. Ce n’est pas juste une pauvre enfant qu’on aurait envie de plaindre. Certes c’est le cas, mais c’est aussi un enfant très intelligent, qui met les autres à distance, s’ouvre difficilement et à un côté qui peut être difficile à aimer. Enfant, il est attendrissant. Sa rencontre avec les religieuses puis avec son père adoptif, sont des moments chargés en émotion où il est à fleur de peau, et en plus ça finit tragiquement. (J’ai versé ma petite larme avec lui.) Puis on le retrouve à l’adolescence avec toute l’arrogance de cet âge ingrat qui le rend encore plus fermé qu’avant sous des dehors pourtant plus ouvert. L’autrice commence à tisser les ressorts de la future tragédie avec la rencontre entre Shion, Shu et Gyokuran.

Ce focus sur Shion est ainsi l’occasion de découvrir avec une émotion palpable l’envers du décor, les souffrances et doutes que cachent ce jeune garçon. Je trouve le portrait de ce jeune enfant soldat et de ses traumas fort réussi. L’autrice ne verse pas dans le pathos à outrance, elle offre un portrait équilibré où lui aussi à ses fautes, mais à remettre dans leur contexte. Elle offre aussi un premier aperçu des dynamiques qui auront lieu ensuite sur le vaisseau. C’est donc un tome charnière, qui personnellement m’a mis la larme à l’oeil, tant j’ai trouvé triste l’histoire de cet enfant à travers ses différentes incarnations. Et l’évolution plus que positif du trait de l’autrice n’a fait que renforcer ce sentiment. Ça y est nous entrons dans l’âge d’or de la série !

Tome 9

Nous sommes enfin entrés dans l’ère des révélations sur ce qui s’est passé pendant les incarnations passés de nos héros lycéens du présent, ce qui confère une nouvelle teinte très riche au récit que j’adore !

Depuis le début, je suis fascinée par ce qui a pu se passer par le passé et le fait d’enfin y avoir accès est un vrai bonheur. Pour autant, ce n’est pas un joli voyage plein de bons sentiments, au contraire. Le ton sombre et mélancolique de l’oeuvre prend ses racines ici.

On continue ainsi à découvrir le passé trouble de Shion, ce jeune homme au passé si difficile, à qui on n’a pas appris à aimer et qui souffre en permanence. Il est particulièrement antipathique mais l’autrice décortique à merveille les raisons qui le poussent à l’être. On comprend ainsi sa mauvaise relation avec Gyokuran dont il envie la vie si belle et si riche, lui qui n’a jamais connu ça. Il lui reproche donc de ne pas prendre conscience de la beauté de celle-ci et de la dénigrer alors que lui aurait eu envie de la connaître et on ne comprend. Alors oui, Shion n’est pas gentil, mais il est quand même très émouvant et il prend aux tripes, en tout cas, il me prend aux tripes.

J’ai beaucoup aimé le récit que l’autrice fait de cette vie extraterrestre qui est à la fois inconnue et familière. L’autrice réintroduit des éléments de notre vie (école, vie scolaire, relations amoureuses et amicales similaires…) en les saupoudrant d’éléments plus dépaysants comme le chat Kyaaa qui est aussi grand que ses maîtres (et on adore Kyaaa !), les Rians sortes de religieuses mais plus présentes dans le monde, les Saatchess qui ont des pouvoirs parapsy ou les Kitchés saajaréennes qui ont des pouvoirs sur les plantes et les animaux. Tout cela confère une atmosphère étrange et singulière.

Mais la force vient vraiment du personnage de Shion dont on suit pas à pas les tourments, de sa vie lycéenne, à sa vie d’adulte puis jusqu’à ses débuts sur le vaisseau vers KK (=la Terre). Il est super intéressant de voir cette dernière étape se mettre en place. On découvre les incarnations passées de nos héros lors de leur rencontre et de leurs premières interactions. On voit leur vie à bord du vaisseau. Tout semble un peu drôle et léger pour le moment avec juste quelques tensions dues aux différences de caractères, mais on sait que le drame couve. Ainsi, les relations entre Shion et Mokuren sont tendues tant ils sont différents, de même qu’il reste des cendres fumantes des anciennes tensions entre Shion et Gyokuran. Shion n’est vraiment pas facile à vivre.

Alors entre révélation sur ce passé qu’il me tardait de découvrir et récit émouvant, brut et poignant du personnage de Shion, j’ai adoré ce tome. Je me suis sentie à plusieurs reprises à fleur de peau tout comme le héros et il a beau mal se comporter parfois, j’ai du mal à lui en vouloir. Saki Hiwatari joue donc à merveille avec nos sentiments et développe un très beau récit de SF fouillé et solide.

Tome 10

Il ne m’est vraiment pas simple de parler de ce tome pourtant charnière dans l’histoire et très bien mené à une exception près mais une exception de taille…

Saki Hiwatari prépare avec maestria le drame qui va tout faire basculer et propulser l’histoire dans une autre dimension. Elle commence ce tome par le récit long et détaillé de la vie à bord de leur station spatiale. C’est à la fois banal et très riche. On y suit avec intérêt les relations des uns avec les autres, les rapprochements, les tensions, les blagues, le travail effectué mais aussi les pépins en cours de route. Pour tout fan de space opera, c’est très sympa car on découvre une culture à la fois proche et lointaine de nous, où la singularité de Mokuren pèse pour beaucoup dans sa singularité. Pour ma part, j’ai aimé suivre leur quotidien, leurs échanges, leur travail à bord, etc. Je trouve ça passionnant.

Cependant tout nous est raconté du point de vue de Shion, ce qui donne une teinte toute particulière au récit. En effet, on découvre un peu plus à chaque page l’immense solitude de cet homme et la façon dont elle a tout gangréné en lui. Par exemple, avant même de la rencontrer il est fascinée par Mokuren et ses pouvoirs. Lorsqu’il la rencontre cela se confirme et il ne peut s’empêcher d’être attiré par elle, mais comme avec Gyokuran qu’il apprécie et envie autant qu’il le déteste, il ne peut s’empêcher de la tourmenter elle aussi, ce qui tend leur relation. C’est pareil à chaque fois. On se retrouve donc avec un héros hargneux, sans cesse en recherche de conflit, ce qui est pesant à suivre. Alors oui, on est touché aussi par sa détresse et ses perpétuelles difficultés à encore en communication et relation avec les autres, mais est-ce que ça excuse tout ? Non.

Ce qui m’amène au problème majeur de ce tome… Il se produit un événement ravageur pour le groupe, qui va tous les perturber et les pousser à bout. Shion va se retrouver, une fois de plus, en branle à ces derniers mais cela va prendre des proportions énormes quand vont se mélanger ses sentiments pour Mokuren et son mal être ainsi que sa rancoeur envers Gyokuran. L’autrice va alors produire l’une des pires scènes de la série : le viol de Mokuren, que malheureusement elle va bien trop vite excuser d’un côté comme de l’autre et là ce n’est pas possible ! On ne peut pas excuser un viol parce que le héros est en colère et ne sait pas gérer ses sentiments. La victime ne peut pas pardonner et protéger son bourreau… Quel gâchis ! Alors qu’on aurait pu arriver au même résultat sans cette scène…

Je le regrette vraiment car tout le reste est extrêmement bien traité, des relations complexes entre de jeunes gens enfermés à bord d’un vaisseau, du choc de perdre ses attaches, à la gestion d’un élément dérangeant, en passant par les relations romantiques compliquées à bord… J’ai adoré le développement sombre de Shion jusqu’à cette scène, ses relations complexes avec les autres entre rejet et envie d’acceptation, d’amour, sa maladresse à recevoir ce qu’il ne connait pas… C’est donc un joli gâchis que je vais m’efforcer de mettre de côté pour apprécier la suite, mais ce n’est pas facile et pas normal…

Dans ce tome charnière se produisent deux événements clés pour la suite de l’histoire qui vont venir tout bousculer : une annonce concernant leur planète et une énorme erreur commise par le héros. L’une apporte la dynamique dramatique qu’on attendait et lance le premier engrenage du terrible destin qu’on leur connait. L’autre est une grossière erreur de la part de l’autrice aussi qui aurait très bien pu écrire son histoire sans. J’adore toujours autant le volet SF de ce récit. J’adore toujours autant le volet psychologique et j’espère que la suite n’aura plus de tels faux pas.

Tome 11

Nous entrons définitivement dans la phase complexe et malaisante du récit. L’autrice mélange de plus en plus passé et présent, incarnations lunaires et terrestres, et les lignes morales sont de plus en plus floues.

Le tome s’ouvre sur l’une des scènes que je juge les plus dérangeantes de la série. En effet, l’autrice nous offre le récit de « l’après viol de Mokuren » et celle-ci a malheureusement la réaction la plus malaisante qui soit, celle de la victime qui en vient à plaindre son bourreau et à l’accepter. Je déteste ça, je déteste que l’autrice ait fait ça à ses personnages, car elle aurait pu initier un tel rapprochement entre eux, avec une Mokuren guérissant les blessures de Shion, dans qu’on en arrive là. Car oui, j’ai été émue par le récit de la détresse de Shion, mais ça ne peut en aucun cas excuser ce qu’il a fait et ça devrait encore moins pousser Mokuren à se mettre en couple avec lui !

Heureusement l’autrice coupe court à celui en rebasculant dans le présent. J’aime alors beaucoup la direction prise par l’histoire avec d’un côté la thématique de la réincarnation et ses conséquences sur l’âme de la personne qui s’éveille ainsi, et le thème purement SF autour de la récupération des codes de la station pour s’y rendre ? l’utiliser ? Les deux se goupillent très bien.

Le focus sur le triangle Gyokuran-Enji-Shushuran m’a paru très émouvant. S’y mélangent la peur de devenir quelqu’un d’autre lorsque les souvenirs de notre vie passée surgissent, la peur de se sentir envahi, absorbé, et les sentiments complexes d’Issei/Enju qui est désormais un homme alors qu’il était autrefois une femme et qu’il pense avoir gardé ces sentiments. La présence de Sakura-Shusuran pour l’aider à trouver son chemin était magnifique. J’ai adoré la douce fermeté avec laquelle elle guide Issei vers une conclusion apaisée particulièrement émouvante. C’est l’un des moments les plus réussis de la saga.

Dans le genre réussi, la transition vers le retour dans les pensées du Ring du présent l’est tout particulièrement aussi. C’est toujours fascinant de voir la difficile cohabitation entre lui et Shion et les conséquences des souvenirs de ce dernier chez le jeune Ring. Cependant, il semble fourbir un nouveau plan ici et le lecteur devra attendre avant d’en savoir plus. C’est cependant mieux que de voir la lycéenne Alice commencer à montrer des signes de jalousie envers celles qui approchent Ring sans que rien ne justifient vraiment ces sentiments.

Il y a donc plein de belles et riches idées dans PSME, de moments marquants et émouvants, de bons développements autour de thèmes forts de la SF, mais aussi beaucoup de maladresses pouvant mettre plus que mal à l’aise car ils portent sur des sujets épineux tels que le viol ou la différence d’âge en amour. Heureusement que j’ai lu le titre il y a 20 ans car actuellement ça m’aurait peut-être bloquée ^^!

Tome 12

L’autrice semble avoir trouvé la formule qui fait recette avec cette fois le juste équilibre entre souvenirs passés, mystères présents, tensions autour de Ring et sentiments exacerbés. J’adore !

Digne d’une vraie tragédie grecque, nos héros n’en finissent plus d’exprimer des sentiments emberlificotés. Dur dur de suivre ce que ressent chacun tant c’est entremêlés avec sa vie d’avant et les mensonges du présent. Alice est la première victime de cela. Elle s’éveille peu à peu à ses souvenirs de Mokuren mais très lentement et le fait que tout le monde ait de l’avance sur elle et donc lui dicte un peu sa conduite à cause de ça, n’aide pas. J’aime assez moyennement d’ailleurs ce côté très paternaliste que certains personnages ont envers elle alors qu’elle cherche enfin à s’affirmer. Alors oui, elle pleure beaucoup mais ce n’est pas pour autant quelqu’un de faible et j’aime cela.

Pour autant les relations entre elle, Ring et Jimpachi/Gyokuran sont bien compliquées et ont de quoi faire mal au crâne. Chacun est jaloux de l’autre mais sans prêter attention à celui qui a des sentiments pour elle/lui. Cela donne plein de scènes avec des sentiments à fleur de peau, ce que j’apprécie beaucoup, car cela offre de beaux développements pour chacun d’entre eux, même si je regrette que du coup tous les autres soient un peu oubliés…

Cette concentration sur Ring et Alice se ressent à tous les niveaux. Il y a Alice qui retrouve quelques souvenirs. Il y a tous les personnages secondaires qui commencent à s’interroger sur Ring et à faire des liens qui risquent de percer à jour ses mensonges, c’est très prenant. On sent le filet se resserrer lentement autour de lui et la panique le gagner, en plus de la folie de Shion qui lui pollue vraiment l’esprit. Cela a des répercussion sur Alice, qui se fait beaucoup de soucis pour lui, de même que sa mère actuelle. Ring est vraiment le personnage central et un personnage touchant dans cette histoire, symbole d’un passé qui le ronge.

Avec ce mélange de coeurs à vif, de recherche de souvenirs passés et d’enquêtes présentes, ce tome est vraiment excellent à suivre. L’autrice continue à prendre son temps pour développer son histoire hautement tragique où les sentiments de chacun et l’honnêteté seront la clé. Vivre avec son passé n’est décidément pas chose aisée.

Tome 13

Ça y est l’autrice passe à la vitesse supérieure, entremêlant passé et présent, sentiments complexes et mystère de plus en plus proche d’être percé, ce tome fut un coup de coeur.

Comme à chaque fois qu’on se centre sur Ring, j’adore ! C’est intense, torturé et tortueux. Et avec Alice qui commence à se mêler à l’histoire grâce à ses souvenir qui s’éveille, la série monte clairement en gamme. C’est passionnant et déchirant de voir la difficulté de ces jeunes à vivre leur présent parce que leur incarnation passé les pollue. L’un s’est réveillé trop tôt et a du mal à vivre avec ses souvenirs. L’autre a tellement peur de se réveiller qu’elle a longtemps nié qui elle pouvait être. C’est superbe !

Dans ce tome, la petite bulle dans laquelle était Ring explose. Ça lui pendait au nez mais ça fait quand même mal. L’autrice met parfaitement en exergue les sentiments tortueux de ce jeune personnage. C’est déchirant de le voir souffrir autant, notamment dans sa relation à sa mère. Ça réveille bien des souvenirs et passé et présent s’entremêlent pour mieux faire monter le drame présent depuis le début. Les scènes autour de Ring et de sa mère sont d’une rare émotion et intensité.

L’avantage de tout ça, c’est que ça pousse les autres personnages à se réveiller, à se poser plus de questions sur Ring et tous les mystères qui l’entourent. Alice entre enfin vraiment dans l’arène de sa propre volonté. Tout s’accélère. Ils sont de plus en plus près de la vérité, ce qui rend le récit de plus en plus palpitant à suivre.

Ainsi entre questionnement sur le vécu de leur réincarnation, torture due à des souvenirs mal absorbés, mystère de plus en plus fin et sentiments exacerbés, ce tome fut à la fois vraiment passionnant à lire et très émouvant. Ring est définitivement un personnage fascinant qui sait émouvoir aussi bien son lectorat que les personnages qu’il croise dans l’histoire.

Tome 14

Lire ce tome comme moi en parallèle d’un revisionnage de la série animé Blue Seed est une expérience fort singulière car les thèmes écologiques et mythologiques entrent étrangement en résonnance alors que l’un est orienté folklore et l’autre SF.

Dans ce nouveau tome, comme prévu les masques tombent. C’est alors une lecture fort singulière qui s’offre à nous entre mélancolie, peine et colère. Maintenant, il est clair pour tous que Ring est Shion. Il est clair également qu’il fut le dernier survivant à cause de Shu et qu’il vécu seul pendant 9 ans. Il est enfin clair que c’est trop pour l’esprit d’un jeune enfant et que ça explique pourquoi il a viré ainsi. Ce qui n’est pas clair, c’est son but désormais et c’est le nouveau mystère que l’on va s’employer à percer.

Ce voyage à Kyoto aura vraiment été riche pour nos héros. La rencontre avec Tamura et Haru était essentiel pour clarifier les choses et fait du bien. Alice est désormais le nouveau moteur de l’histoire car la seule à devoir encore faire le processus de recouvrement de ses souvenirs. Elle est donc encore un peu passive face à tout ça, sous le choc, et son absence de réaction contrebalance avec celles très fortes de Jimpachi et Issei. Cela m’a fait plaisir de voir le premier en colère pour Shion, contre Shu, comme si finalement il ne pouvait lui aussi s’empêcher d’aimer ce garçon que la vie n’aura pas épargner. La réaction plus mesurée et réfléchie d’Issei, lui correspond bien elle aussi, et marque bien l’idée qu’on n’est pas la même personne que celle qu’on était autrefois et qu’on a droit au pardon et à la rédemption. L’autrice balaie ainsi grâce à eux différentes positions intéressantes face au principe de la Réincarnation.

Saki Hiwatari offre en effet un récit complexe où l’âme humaine est analysée sous bien des angles pour des propositions toujours riches en réflexions, ce que j’apprécie beaucoup. Les émotions de chacun sont à fleur de peau. La question du pardon, de la rédemption, de la confiance dans le futur et dans les autres est au coeur de tout, et c’est superbe. Comment ne pas être touchée par ce qui est arrivé à ce groupe de jeunes scientifiques laissé livré à lui-même ?

Maintenant, l’intrigue se dirige vers une nouvelle partie, celle qu’on n’a pas trop entendue jusqu’à présent malgré son omniprésence : Mokuren. Tout le monde en a parlé, tout le monde l’a adulée ou détestée, mais personne ne lui a donné la parole. Il est temps de corriger cela et j’ai hâte de voir ce que le récit a à proposer sur cette femme et ce qu’elle a vécu !

Tome 15

Voici donc un tome entier consacré à Mokuren, ce personnage que jusqu’à présent nous n’avions connu qu’à travers le regard biaisé des autres, et la découvrir de l’intérieur grâce aux souvenirs d’Alice change tout ! Saki Hiwatari nous offre avec elle une histoire riche, complexe et émouvante sur l’âme humaine, nos rapports à l’autre, à l’amour et à la religion et ses « bienfaits » comme ses souffrances. J’ai adoré !

Avec Mokuren, c’est l’image de la sainte vierge qui est revisitée ici et l’autrice ne se gêne pas pour l’écorner et en faire quelqu’un de terriblement humain. Pour elle, elle propose une narration simple et classique qui retrace sa vie depuis sa naissance. On découvre ainsi d’abord l’histoire déchirante de ses parents, ces deux êtres dotés eux aussi de pouvoirs comme leur fille mais qui y ont renoncé par amour. L’autrice appuie alors lourdement sur leur amour et la naissance de Mokuren, enfant de l’amour et non enfant de dieu. J’ai beaucoup aimé cette distinction et les sentiments qui unissaient ce trio. On comprend enfin d’où vient ce désir de Mokuren de devenir l’atmosphère de la Terre, pourquoi elle a choisi cette planète et d’où lui vient peut-être son pardon pour Shion. Quelle femme et que d’émotion dan cette partie ! (J’ai même versé ma petite larme avec son père).

Loin de l’image de la petite sainte nitouche qu’on lui avait collé, c’est en fait une fille de caractère, une rebelle prête à tout pour s’affirmer. J’ai adoré la découvrir ainsi. Elle envoie un grand coup de pied dans la fourmilière, bousculant tout cet aspect religieux bien gentil et propret que l’on avait jusqu’à présent des Kitchésarajaréens. On découvre une organisation bien moins gentille, plutôt tyrannique et cruelle, mais l’autrice le dénonce sans forcer le trait ni tomber dans la caricature. Elle relate plutôt comment ils étaient conçus, comment ils grandissaient loin de leurs parents, coupés du monde, et les exigences de que la société plaçait en eux. Malgré cette relative noirceur et ce sentiment d’étouffement qui prend aussi l’héroïne, on sent cependant une grande douceur et bienveillance chez les gens qui vieille sur elle, que ce soit Maude ou « Grand mère », ce qui permet d’atténuer un peu tous ces sentiments bien douloureux.

Nous avons ainsi des scènes qui sont de vraies bouffées d’air frais ou qui nous font nous sentir tels dans un cocon. La relation de Mokuren avec son père est l’une des plus belles de la série. Il y a d’ailleurs quelque chose ici, car c’était aussi le cas pour Shion et son père adoptif, Ring et sa mère terrestre, et au passage Alice ressemble beaucoup à la mère de Mokuren. Le premier « amour » de Mokuren est également tout mignon et innocent, très adolescent avec toute la maladresse que cela implique, mais nous avons déjà les prémices de la suite avec un certain rêve qu’elle fait et surtout sa fascination pour KK.

Il y aurait encore énormément à dire sur ce tome où l’émotion m’a vraiment prise aux tripes, tout comme le désir de rébellion et de liberté de cette héroïne décrite comme un peu trop fade jusqu’à présent. On la découvre avec émotion comme une femme forte qui a tout à fait sa place aux côtés du colérique et rebelle Shion, tant ils se ressemblent finalement. C’est peut-être là la clé de ce couple fascinant depuis le début.

Tome 16

On continue de se plonger dans les souvenirs de Mokuren et c’est amusant et émouvant de redécouvrir l’histoire à travers son regard. Cela change certaines choses et offre une nouvelle perspective.

Moins riche en émotions que le précédent, ce nouveau chapitre des souvenirs de la porteuse de kitché, nous la fait découvrir maintenant qu’elle est adulte. L’autrice nous montre les désillusions qu’elle rencontre du fait que les gens la considèrent avant tout comme une madone plutôt qu’un être de chair et de sang. On passe peut-être un peu rapidement là-dessus après s’être tant attardé sur le reste, mais au moins cela nous amène rapidement à sa demande de sélection puis à ses premiers temps sur le vaisseau.

J’aime redécouvrir cette Mokuren que je connaissais si mal. Je suis bouleversée par la forme de solitude qu’elle offre elle aussi, comme Shion. J’adore la belle relation qu’elle entretient avec Maude, sa complice de toujours, celle qui aura toujours été là pour elle malgré son caractère fantasque. J’adore aussi la doyenne de son ordre qui l’aura laissée malgré tout accomplir son destin alors qu’elle savait ce que ça impliquait. Ce sont de très beaux personnages féminins même s’ils n’apparaissent que brièvement.

Elles permettent de découvrir une Mokuren bien différente de l’image qu’on avait d’elle à travers les hommes de l’expédition. D’abord, elle s’est vraiment battue pour être là. Ensuite, elle a du caractère et n’apprécie pas le piédestal sur lequel les hommes la mettent. C’est également quelqu’un d’affirmé mais de sensible et sa fascination pour Shion est présente dès le début, tandis que Gyokuran la met mal à l’aise. On relit vraiment l’histoire sous un autre angle que celui présenté jusqu’à présent, ça fait bizarre. Cependant, ce que j’en retiens, c’est sa grande solitude. Elle n’est à aucun moment vraiment intégrée au groupe, car les autres se connaissaient avant et la mettent aussi à part de part les pouvoirs qu’elle détient. C’est donc un bel avertissement que nous fait l’autrice, de ne pas juger les autres d’après les apparences.

De plus, les chapitres sont de plus en plus sublimement dessinés depuis quelques temps. Il y avait déjà une aura mystique autour de Mokuren depuis le début et c’était un personnage magnifiquement dessiné. En plus donnant chair et corps, l’autrice la rend de plus en plus humaine, de plus en plus expressive, et je me régale de voir ça prendre vie sur le papier sous un trait de plus en plus fin, lumineux et chatoyant. C’est un vrai régal pour les papilles ! – Avis aux amateurs, il existe un superbe artbook sur la série regroupant notamment les pages couleurs sublimes de ces derniers temps 😉

Grâce à cette relecture, l’autrice propose un nouveau regard sur son histoire, toujours plus incisif et noir à sa façon, avec un discours vibrant pour la différence, l’écoute et la compréhension de l’autre sans le juger avec nos pré-requis. J’aime énormément et je comprends pourquoi les figures de Mokuren et Shion étaient celles qui m’étaient tant restées en mémoire.

Tome 17

On continue à être dans les sommets de la série avec cette suite des souvenir de Mokuren qui se mélangent avec le réveil présent d’Alice et la réalisation de son entourage de tout ce qui se trame et qui implique le jeune Ring. C’est passionnant et fascinant !

Je suis totalement sous le charme de cette réécriture des souvenirs lunaires de nos héros à travers le regard de Mokuren. Quand on croise ceux-ci avec ceux déjà relatés par Ring-Shion et les autres membres de la base, cela leur donne une toute autre ampleur, et surtout cela appui le propos de l’autrice qu’il est important de faire attention aux autres car un seul regard ne suffit pas pour comprendre une situation.

Ainsi, elle explique avec une réelle profondeur les relations complexes qui unissent Mokuren et les autres membres de l’équipage, mais aussi Shion et Gyokuran. Tout est remis à plat. J’ai adoré suivre les événements du point de vue de la porteuse de Kitché. On sent combien cela lui pèse d’être mise sur un piédestal et de ne pas être considérée pour l’être humain qu’elle est. L’autrice revisite ainsi très joliment la figure christique et divine, rappelant qu’il y a un homme ou une femme derrière qui aimerait peut-être être apprécier juste pour ça. C’est fascinant.

Du coup, les relations qu’on imaginait entre Mokuren et les hommes du vaisseaux sont totalement différentes. J’ai adoré les sentiments tumultueux qu’il y a entre elle et Shion, la façon dont ils se contredisent, se complètent et se renvoient la balle. On découvre une toute autre Mokuren, loin de la madonne qu’on nous montrait. Et Shion a beau être désagréable avec elle, elle sait voir au-delà de sa carapace, sûrement parce que malgré tout c’est le seul à la voir pour elle-même et non pour une kitchésaajaréenne. A l’inverse, je comprends sa gêne vis-à-vis de Gyokuran, qui en plus insiste et ne se montre pas sous son meilleur jour. D’où le fait qu’elle prenne la défense du premier dans les derniers événements.

Dans le présent, j’ai été touchée par la répercussions des souvenirs sur Alice tandis qu’elle s’éveille mais aussi sur Jimpachi et Issei à son contact. Ceux-ci commencent à voir les choses autrement et à se sentir coupable, ce qui est normal. Alice, elle, trouve du réconfort dans sa famille et voit tout ce qu’elle leur doit en écho avec ce qu’elle a vécu dans son incarnation précédente. C’est beau et émouvant.

Avançant lentement mais sûrement vers les moments clés de leur passé, le récit des événements lunaires vus par Mokuren apportent beaucoup à l’histoire. J’adore le travail qui est fait sur la psychologie des personnages, les regards croisés sur des personnes ou des événements. C’est terriblement beau, puissant et émouvant.

Tome 18

Petite pause dans les souvenirs de Mokuren pour un retour percutant dans le présent où les machinations de Ring et les souvenirs d’Alice sont décidément le moteur de l’histoire.

Après tant de pages et de pages dans le passé et LE fameux moment qui approche, normal de faire une pause. Cela devient dur pour Alice de s’approcher du viol de Shion. C’est douloureux et complexe car elle sait que c’est l’un des gros noeuds de l’histoire. Je trouve donc ça judicieux de la part de l’autrice de faire une pause à ce moment-là pour repartir dans le présent.

On se remet alors à suivre le groupe sur un rythme de polar tandis qu’ils enquêtent et tentent de contrecarrer Ring. Celui-ci est toujours aussi fourbe et perdu. Il veut récupérer les codes d’accès de la base et est prêt à tout pour ça. Mais dans quel but ? On se le demande bien. Nous avons bien quelques petits éclaircissement grâce à Daisuke mais c’est bien léger. En revanche cela permet de découvrir ce personnage, le seul qui n’avait pas encore été développé.

Et l’autrice d’imaginer une histoire mélangeant réincarnations, plan destructeur, guerre de gangs, pouvoirs ESP et romances à travers le temps, c’est fascinant de maîtrise. Tout s’imbrique alors que cela n’a rien à voir. J’aime beaucoup chacun des pans de l’histoire et surtout la façon dont elle offre la parole à chaque personnage même les plus secondaires comme le frère ou l’amie d’Alice, Tamura, Haru et le petit frère du premier, etc. C’est assez fascinant et toujours plein d’émotion à fleur de peau.

Alors oui, ce n’est pas le plus passionnant des tomes après les précédents. Il nous fait ronger notre frein avant de revoir LA scène clé peut-être sous un autre oeil et surtout on patiente encore et encore face au plan mis en branle par Ring. Mais c’est tellement touchant et humain, à l’image des dernières pages où Alice craque et raconte comment Mokuren pense n’avoir jamais été aimée de Shion et juste considérée comme une Kitchess par lui. Déchirant !

Tome 19

Ça y est nous sommes dans la dernière ligne droite et Saki Hiwatari mélange avec saveur souvenirs du passé et drame du présent. C’est émouvant, c’est dur, c’est brut mais tellement bien écrit et mis en scène. L’autrice a atteint le point culminant de sa carrière aussi bien en mise en scène qu’en dessins et c’est magnifique.

Le moment qu’Alice avait tellement peur de revivre est là, mais l’autrice fait un pas de côté, préférant nous relater les conséquences de cette tragédie sur la jeune femme et alors tout fait sens. La détresse incomprise de Shion, sa maladresse, ses non-dits, qui vont pousser Mokuren à se méprendre sur lui. Shion – Ring souffre de ce qu’il a fait, en mal comme en bien. Alice, elle, est perdue face à ce qu’elle pense avoir découvert. Nous sommes en plein drame !

Cela pourrait être abscons et lourd à lire mais ce n’est pas le cas, car l’autrice alterne ces atermoiements sur les sentiments des héros avec les manigances de Ring qui sont toujours plus tordues. Il continue de manipuler son monde, en particulier Tamura et ses proches, pour arriver à ses fins. C’est totalement surréaliste mais excitant et prenant car l’autrice mélange pouvoirs ESP et mafia dans quelque chose d’assez inédit. On enchaine donc les scènes introspectives d’un côté où l’on tente de comprendre la relation compliquée entre Shion et Mokuren, et les scènes d’action pure où Ring passe à l’action et vient chambouler tout le monde. C’est passionnant !

J’ai beaucoup aimé l’intervention des proches d’Alice dans ce tome. Haru-Shukaïdo se révèle quelqu’un de bien plus sensible que je ne le pensais après avoir découvert ce qu’il avait fait à Shion. Il tente vraiment de l’aider à comprendre Shion-Ring pour mettre un terme au drame qui se joue et aider tout le monde à aller mieux. Le frère d’Alice est également un soutien solide et inattendu, j’aime voir ce jeune homme aussi proche de sa soeur. Enfin, il y a Mikuro qui tente maladroitement de tendre à la main à un Ring qui n’est pas prêt pour cela, mais c’est émouvant.

Dans ce tome, Saki Hiwatari accélère donc, faisant passer Ring à l’action, mettant un terme aux souvenirs de Mokuren. C’est avec beaucoup d’émotion que l’on a découvert la vision de celle-ci qui jusqu’au bout aura vécu sa nature de kitchess avec douleur, quelle tristesse. Mais c’est également avec déchirement qu’on assiste à la dérive de ce petit garçon mangé par l’âme passée avec qui il cohabite. Si comme moi vous aimez les tragédies, foncez vous en prendrez plein les yeux et votre coeur sera en miettes !

Tome 20

Pour cet avant-dernier tome, j’ai encore été soufflée par la puissance et la complexité des sentiments qui sont en jeu. Saki Hiwatari nous offre la confrontation qu’on attendait tant et attention, cela fait des étincelles !

Après avec décortiqué tout cet imbroglio, il était plus que temps de mettre Mokuren-Alice face à Shion-Ring. La confrontation est à la hauteur de mes attentes. La discussion est houleuse, les sentiments à fleur de peau et les incompréhensions légion. C’est déchirant de voir combien passé et présent se mélange pour accoucher d’un tel drame. Mais j’ai été très touchée par cette rencontre et par ce qu’il en est sorti. Alice est enfin parvenue à percer le mystère Ring et le duel interne auquel il se livre avec Shion. La perturbation qu’on sent depuis le début vient de là et c’est déchirant. Mais l’autrice ne s’arrête pas là, elle tente aussi de revenir sur la tragique histoire de Shion et Mokuren et leur incompréhension mutuelle, ce qui donne lieu à des scènes d’une terrible puissance émotionnelle. On souffre vraiment avec eux. C’est superbe !

La série n’est cependant pas qu’une longue tragédie amoureuse, il est aussi encore et toujours question de la Terre, cette planète tant chérie par Mokuren et que Shion est venu à protéger pour exaucer son voeu. C’est ce qui est au coeur du plan de Ring/Shion. Il souhaite protéger celle-ci, c’est pour ça qu’il veut rassembler les codes. Tout s’éclaircit enfin, on apprend le plan de chacun mais celui de Ring et celui de Shion ne sont pas les mêmes d’où cette dissonance qui le déchire. Saki Hiwatari en profite tout de même au milieu de tout ça pour pousser un cri du coeur contre la violence, la guerre, la famine et tout ce qui ravage la Terre. En prenant pour héros un ancien enfant soldat et une femme parlant aux plantes, c’est un message éminemment pacifiste et écologique qu’elle porte avec force.

Dans un tome ultra dynamique à lire, l’autrice démêle les fils de son intrigue pour nous conduire vers un final assurément hautement émotionnel. C’est passionnant de voir tout le monde se démener pour Alice et Ring. C’est déchirant d’entendre la souffrance de leurs incarnations présentes à cause de leurs souvenirs passés. Saki Hiwatari nous propose là un récit original qui me touche en plein coeur, porté par des dessins vraiment de plus en plus beau. C’est pour ça qu’il m’avait marqué autrefois et me marque encore aujourd’hui.

Tome 21

Ce n’est jamais simple de conclure une histoire aussi belle, riche et puissante. Rare sont les fins qui satisfont complètement le lecteur, pourtant c’est ce qu’a su faire Saki Hiwatari ici sur un ton doux-amer et mélancolique juste parfait.

Elle entame son tome par une ambiance stressante et électrique où les événements s’enchainent autour d’Alice et de Ring, dont le projet est sur le point de se concrétiser. Mais quel projet ? Celui de Ring ou celui de Shion ? Les deux sont diamétralement opposés. On est touché une fois de plus par la détresse et de ce personnage et tout le monde autour de lui qui tente de lui tendre la main et de l’aider, mais c’est tellement dur pour un petit homme comme lui rongé par les souvenirs déments en plus d’un homme plus âgé et marqué par la vie. La mangaka va vraiment ravager notre coeur dans ces ultimes pages.

Elle va également montrer un talent certain pour la mise en scène de moments où l’action va à cent à l’heure. Que ce soit les confrontations verbales avec Ring ou son affrontement avec les autres utilisateurs de pouvoirs ESP, tout explose de partout. L’action virevolte, les mots volent et les apostrophes aussi. C’est tendu à souhait et on n’attend que le moment de l’explosion finale dans la plus grande fébrilité ! Quand survient alors le dernier message de Shion, la tension retombe alors et on ne peut qu’être ému face à celui-ci et sa portée. Chapeau à l’autrice d’avoir su orchestrer tout ça à un tel rythme et dans une telle ambiance. C’était magique.

Elle a su rendre à merveille les hésitations et déchirements de chacun vis-à-vis de leur passé, mais aussi l’importance de ce sentiment qui pousse à oublier pour aller de l’avant et c’est nécessaire dans la vie. Elle offre donc un message vraiment lourd de sens mais très positif. Et malgré le dérapage de Shion, qui je le répète n’avait pas lieu d’être, elle écrit ici de superbes personnages dont l’évolution m’aura profondément marquée pour chacun d’entre eux.

D’ailleurs l’épilogue qu’elle nous offre est un moment d’émotion pure où chacun des incarnés va tendre la main à ce petit garçon qui en a tant besoin, pour l’accompagner sur le chemin de la vie. Ce chemin, elle, a en plus la gentillesse de nous le faire entrevoir lors d’un ultime chapitre se passant 4 ans plus tard, en mode tout est bien qui finit bien. Ça fait chaud au coeur. On découvre les avancées de chacun. On voit que chacun a trouvé ce qui le rendait heureux, que ce soit l’amour, sa famille ou une passion. L’autrice a l’esprit très ouvert.

C’est donc avec beaucoup d’émotion que j’ai tourné l’ultime page de cette série fleuve même en sachant qu’une suite existe – mais incomplète en France… -. J’ai vécu beaucoup de moments chargés en émotion avec elle. J’ai été très touchée par la dramatique histoire de Ring, de Shion et de Mokuren. J’ai beaucoup aimé l’ambiance douce et nostalgique de la série, ainsi que ses messages en faveur de la paix et de l’écologie. L’idée de ces réincarnations était géniale. Et quelle évolution des dessins de l’autrice au fil de tomes, incroyable ! Please save my Earth a définitivement sa place aux côtés des grandes séries indispensables à ma mangathèque tant elle renferme pléthore de thèmes que j’affectionne. Il ne reste plus qu’à espérer qu’un jour elle ait la chance d’être rééditée en français, elle le mériterait !

> N’hésitez pas à lire aussi les avis de : Le Chapelier Fou, Le manège de Psylook, Vous ?

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4 commentaires sur “Please Save my Earth : Réincarnations de Saki Hiwatari

  1. c’est sans doute mon erreur, je n’ai lu que le premier tome et je me suis demandé pourquoi tout le monde recommandais cette série 😀 bon si l’occasion se présente, je retenterais l’expérience en lisant plusieurs tomes de suite 🙂

    Aimé par 1 personne

    1. C’est effectivement un titre qui mérite qu’on prenne le temps de le découvrir. On attend trop d’une série qu’elle démarre de suite maintenant face à l’offre pléthorique, mais à l’époque on lui laissait le temps de s’installer et heureusement ^^

      J’aime

    1. Merci beaucoup ! Chouette, tu avais donc eu l’occasion de la lire. J’ai l’impression qu’on n’est pas si nombreux que ça sur la toile ou du moins peu de monde en parle alors qu’elle est excellente !

      J’aime

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