Livres - Mangas / Manhwa / Manhua

Le Cauchemar d’Innsmouth de Gou Tanabe et H.P. Lovecraft

Titre : Le Cauchemar d’Innsmouth

Auteurs : Gou Tanabe et H.P. Lovecraft

Éditeur vf : Ki-Oon (Latitude)

Années de parution vf : 2021-2022

Nombre de tomes vf : 2 (série terminée)

Résumé : En 1927, le jeune Robert Olmstead débarque à Newburyport. En quête de ses origines, il n’a d’autre option, pour atteindre sa destination, que de prendre un bus qui passe par Innsmouth, ville voisine sur laquelle courent d’effroyables rumeurs : pacte avec les démons, habitants difformes, culte ésotérique d’un étrange dieu marin… La peur qu’elle inspire est telle que personne n’ose s’y rendre, et nul ne sait ce qui se cache derrière les façades de ses maisons délabrées…
Pourtant, les mises en garde des résidents de Newburyport, loin de décourager Robert, le poussent au contraire à s’intéresser à ce lieu pestiféré : il décide d’explorer les méandres de la cité maudite ! C’est le début d’une descente aux enfers qui le mènera aux portes de la folie…

Mes avis :

Tome 1

Dans la famille des textes de Lovecraft adaptés en manga, je demande celui au titre le plus imprononçable : Le Cauchemar d’Innsmouth. Avec lui, voici ma collection complète pour le moment jusqu’au prochain tome visant à compléter cette histoire et ensuite il ne restera plus qu’une ultime adaptation et on aura rattrapé la production japonaise !

Au programme de ce nouveau volume, une nouvelle belle édition avec une reliure imitation cuir dans un beau vert vaseux à l’image de cette ville de pêcheur où se déroule l’histoire. Une traduction et une édition de qualité dans l’ensemble avec quelques rapides pages de présentation de l’oeuvre, et comme toujours le dessin très singulier de Gou Tanabe pour adapter comme il se doit l’ambiance des textes de Lovecraft en étant le plus fidèle possible, comme j’ai pu le vérifier dans ses premières adaptations.

Le Cauchemar d’Innsmouth est une histoire à la frontière des deux ambiances qu’aime cultiver l’auteur : le mystère et la profondeur effrayante des anciens de les Montagnes hallucinées et la banalité qui bascule dans le fantastique dans La Couleur tombée du ciel. Cela donne un mélange singulier encore plus intriguant que dans d’autres histoires mais dans un rythme assez lent, presque entêtant pour mieux nous entraîner dans la spirale fantastique de la mythologie qu’il invente ici. Les connaisseurs de l’auteur ne seront pas dépaysés. Cela peut aussi être une bonne porte d’entrée pas trop compliquée, étrange et fascinante. Pour ma part, même si je ne fus pas soufflée comme sur d’autres textes, j’ai été bien prise par cette atmosphère singulière et immersive.

J’ai aimé me mettre dans les pas de ce jeune homme intrigué par l’étrangeté de la ville d’Innsmouth, qui va décider d’y aller en villégiature pour tenter d’en percer certains mystères et qui va se retrouver embarquer malgré lui dans une histoire séculaire bien singulière. La plongée progressive dans le fantastique est très bien menée. Le lecteur est vraiment pris par la main, accompagné à l’aide du héros dans la peau duquel il se glisse pour suivre le récit.

On est dans une histoire qui repose sur les légendes urbaines et autres rumeurs qui aiment se transmettre et répandre dans les petites communautés. Cela plonge le lecteur dans une ambiance poisseuse, étouffante et limite claustrophobe où il se sent épié de partout, où le malaise est partout et où l’angoisse monte au fil des pages et de l’étrangeté qu’on découvre de plus en plus prégnante. C’est extrêmement bien fait.

Alors certes, l’histoire de ce tome s’arrête pile au moment où ça démarre mais est-ce vraiment dérangeant ? Non. Ça permet de donner encore plus envie de lire le suivant pour découvrir ce qui se passe dans l’étrange ville d’Innsmouth où la population semble être partie et où ceux qui restent ont des faciès très étranges et proches des poissons, avec qui leurs ancêtres semblent avoir passé un marché de dupe. La mythologie de Lovecraft change un peu ici, ce ne sont pas les Anciens au coeur du mystère mais un peuple marin et piscicole qui pourrait tout de même s’en rapproche et qui réveille certaines de nos peurs.

Dans un cadre urbain américain à l’ancienne, Lovecraft et Gou Tanabe dans cette adaptation, associent nouvelle mythologie marine poisseuse inquiétante et légende urbaine étouffante pour une histoire qui nous entraîne lentement mais sûrement vers une horreur du quotidien dont il est difficile de sortir. Encore une très belle réussite !

>> N’hésitez pas à lire aussi les avis de : L’étagère imaginaire, Vous ?

Tome 2 – Fin

Seconde partie tout aussi angoissante et anxiogène que la première, Le cauchemar d’Innsmouth propose un autre pan de panthéon horrifique de Lovecraft, dans un milieu campagnard de bord de mer où huis clos et folie aquatique nous saisissent pour ne plus nous lâcher.

Dans sa quête de réponses sur les origines de sa famille, notre jeune héros se retrouve dans une ville des plus étranges où de drôles de légendes côtoient des habitants tout aussi étranges aux particularités physiques frappantes. Dans ce second tome, tout va s’emballer et les réponses qu’il va trouver ne seront peut-être pas celles qu’il espérait.

J’ai beaucoup aimé ce sentiment d’enfermement qui s’empare de nous au fil de la lecture, ces portes qui se renferment sur nous et nous prennent au piège. C’est vraiment stressant, angoissant et glaçant, nous conduisant nous même aux portes de la folie comme le héros, qui ne sait plus ce qui tient du rêve cauchemardesque ou de la réalité. Avec une narration toujours aussi méticuleuse, Gou Tanabe retranscrit très bien le récit d’origine. On sent vraiment qu’il accole le texte d’un classique, avec son rythme et son phrasé, sur ces dessins remplis d’une horreur froide. L’angoisse monte au fil des pages comme elle monte au fil des heures qui passent pour le héros.

Ce cadre d’un petit village dirigé par une secte étrange et cauchemardesque est parfait pour faire monter le sentiment de peur chez le lecteur. L’auteur s’appuie à merveille à la fois sur sa mythologie issue des profondeurs et sur l’envie de réponses du héros, qui se mélangent pour ressortir sur un moment de frayeur pure. Quand on le sent piégé devenir à son tour une proie, on sait que ce qui va suivre est inéluctable. Alors on fuit avec lui le coeur au bord des lèvres, lors d’une séquence où le temps est à la fois suspendu et extrêmement compressé. On soupire de soulagement quand on le voit réussir mais on sent bien qu’on ne peut en rester là. Et ainsi, on n’est pas forcément surpris quand on voit un peu la malédiction de ce village le rattraper. C’est glaçant mais logique.

J’ai beaucoup aimé la singularité de ce récit avec ses différentes ambiances. Il y a d’abord tout l’aspect mythologique qui bien que succinct dans les données qu’on a dessus prend une ampleur incroyable au fil des pages qui se déroulent. Il y a également ce sentiment d’inéluctabilité qui nous saisit et ne nous lâche plus comme si c’était écrit d’avance à partir du moment où il est né dans cette famille. On a ainsi une sorte d’horreur – ordinaire vraiment glaçante qui prend encore plus son sens dès qu’on est dans Innsmouth.

Le jeu des temporalité est aussi un gros atout de ce titre. Le temps s’étire dans le premier tome avant de se condenser et de s’arrêter ici au moment où l’horreur est à son comble et nous a figé nous aussi. Puis la reprise de celui-ci marque la reprise des recherches, de la quête des réponses, et quand celle-ci arrive on a l’impression que l’aiguille s’emballe avant de se casser tant on n’est plus dans le même monde. C’est saisissant.

Mon seul bémol dans le titre, outre mon édition qui comporte une erreur de montage vu qu’il me manque un cahier entre les pages 136 et 166, c’est du côté des dessins. S’ils rendent à merveille la puissance de ce mythe, la profondeur de l’horreur et de la folie qui s’empare du héros, ils ont quelque chose à nouveau de trop figés. Ils manquent de vie, de dynamisme, de vitesse en quelque sorte, proposant plutôt des tableaux figés dans le temps la plupart du temps. Ça me gêne un peu.

Le cauchemar d’Innsmouth m’aura permis de découvrir une nouvelle facette de l’oeuvre de Lovecraft, celle faisant le lien entre La couleur tombée du ciel et Les montagnes hallucinées. J’ai adoré cette horreur ordinaire qui nous enfonçait toujours plus dans la folie d’une secte millénaire remplie de créatures atrocement déformées autrefois humaines mais que le destin avait inéluctablement changés pour servir leur dieu des profondeurs. Une quête familiale terriblement sombre.

(Merci à KiOon pour ces lectures et leur confiance)

Ce diaporama nécessite JavaScript.

6 commentaires sur “Le Cauchemar d’Innsmouth de Gou Tanabe et H.P. Lovecraft

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s