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Maison Ikkoku (Juliette, je t’aime) de Rumiko Takahashi

 

Titre : Maison Ikkoku

Auteur : Rumiko Takahashi

Editeur vf : Tonkam

Année de parution vf : 2000-2003

Nombre de tomes vf : 10 (série terminée)

Histoire : Kyoko Otonashi, récemment veuve, devient la nouvelle concierge de la résidence Ikkoku. Elle va vite faire connaissance avec les locataires loufoques du lieu. Godaï, l’un de ceux-ci, cherche désespérément à entrer à la fac et est accessoirement le souffre douleur du groupe, à tel point qu’il envisage de quitter la résidence. Il ne va pas tarder à tomber sous le charme de la jolie concierge…

Mon avis :

Tome 1

Quand on a grandi comme moi avec le Club Dorothée, impossible d’être passé à côté de la douce et drôle comédie romantique Juliette, je t’aime. Mais à l’époque personne ne savait qu’elle était tirée du seinen Maison Ikkoku de Rumiko Takahashi, à qui on devait déjà Lamu, et qui avait publié ce joli titre de 1982 à 1987 dans le Big Comic. Pour retrouver l’ambiance de la série, j’avais lu le début et la fin du manga lors de sa première parution chez nous entre 2000 et 2003, mais jamais celle-ci en entier. Avec mon entreprise de relire les classiques de ma mangathèque, j’ai donc décidé de réparer cela et de découvrir l’ensemble de l’oeuvre signée Rumiko Takahashi.

En France, Maison Ikkoku fait partie du patrimoine du manga, la preuve l’éditeur en est à sa deuxième réédition. La série a eu droit à une première parution début 2000 avec une belle édition blanche grand format avec page couleur, introuvable désormais…, puis une édition bunko petit format 7 ans plus tard et enfin une édition appelée « perfect », mais qui ne l’est pas, qui vient de se terminer.

Dès les premières pages, celui qui a regardé le dessin animé retrouve l’ambiance de la série. Le trait de Rumiko Takahashi a beau être assez daté, normal pour une série de plus de 30 ans, on y ressent tout l’humour, la bonhommie et la joyeuseté que l’autrice a voulu mettre dans sa série. Ainsi ce premier tome est-il l’archétypique de ce que sera la suite. Nous suivons dans des chapitres quasi indépendants, le quotidien de Godai Yusaku, jeune étudiant qui n’arrête pas de rater ses concours, dans une pension de famille où les locataires sont tous farfelus. Un jour où s’en est trop pour lui, alors qu’il est sur le point de tout quitter, débarque la nouvelle responsable : une femme superbe, sous le charme de laquelle il tombe instantanément.

Les chapitres se suivent et se ressemblent. Nous assistons à la façon dont les locataires de cette pension font tourner en bourrique ce pauvre Godai, qu’ils surnomment « Le raté » et leur responsable Kyoko. On rit des blagues potaches des uns et des autres, de leur tendance à boire, du voyeurisme de l’un, de l’exhibitionnisme de l’autre, de la naïveté du héros et de la jalousie de Kyoko. C’est toujours très drôle et bon enfant. Cependant, c’est un humour très années 80 et peut-être que certaines choses passeront moins auprès des lecteurs désormais, comme l’humour autour du viol et autres actes ou attouchements contraints. Pour ma part, remettant les choses dans leur contexte, je pardonne à l’autrice, surtout que tout finit toujours bien.

Alors que le tableau est déjà répétitif sur certains points, j’ai tout de même aimé l’art de la mise en scène de l’autrice qui parvient toujours à faire de belles variations autour des mêmes thèmes. Elle sait quand ajouter une révélation pour approfondir une relation et casser avec l’humour omniprésent, quand ajouter un nouveau personnage pour changer une dynamique, quand apporter une situation nouvelle pour enrichir son récit. C’est parfaitement maîtrisé et même si les tomes sont bien épais, on ne se lasse pas. J’ai juste été surprise de la rapidité avec laquelle elle introduit les personnages phares de l’histoire puisque dès ce premier tome nous avons déjà rencontré l’ensemble des personnages de la pension, Kyoko et sa famille, Mitaka le prof de tennis, Kozue la jeune fille qui craque pour Godai, et même entraperçu le club de marionnettes que va rejoindre Godai. On n’a vraiment pas le temps de s’ennuyer.

Rumiko Takahashi nous propose autour d’eux un tranche de vie romantique rempli d’humour mais qui se veut aussi profond. En effet, avec Godai elle traite de la difficulté d’être étudiant et trouver sa voix pour un jeune dans le Japon des années 80 ; avec Kyoko, on aborde la difficile question du deuil et de la reconstruction ; et je parie que les autres nous cachent d’autres surprises. Pour autant, on n’est jamais du mélo, l’autrice tourne un peu tout en dérision à de rares exceptions comme le deuil de Kyoko, pour le reste on rit non-stop. Pour ma part, j’ai adoré leur façon de faire tourner Godai en bourrique, j’ai adoré voir mes manifestation de la jalousie de Kyoko, je me suis tordue de rire devant la grande peur de Mitaka et c’est sans parler de tous ces petits moments savoureux dans la pension. L’ambiance est vraiment chaleureuse et bon enfant, ce qui est ultra agréable.

Le dessin de Rumiko Takahashi, lui, n’a pas encore atteint la finesse que je vais lui apprécier plus tard. Il est plus souvent drôle et beau mais j’adore sa mise en classique et pourtant ultra efficace. Les planches sont claires et directes. Il y a une grande variété dans l’expressivité des personnages. Elle se plait aussi à bien planter son récit dans son époque à travers les vêtements à la mode et les objets typiques de l’époque. La pension prend vraiment vie sous son trait. Ainsi, si comme moi vous n’avez rien contre un trait vintage, celui-ci a plutôt bien vieilli et vous replongera à merveille dans la série de votre enfance.

Ce long premier tome de Maison Ikkoku est l’introduction parfaite pour savoir si la série va vous plaire ou pas. Il y a tout ce qui fera le sel de la série sur des tomes et des tomes. Pour ma part, je trouve les dessins de l’anime bien plus fins et poétiques, mais j’ai adoré l’humour qui se dégageait de ceux-ci, et surtout ce fut un grand bonheur de replonger dans l’ambiance de cette pension de famille où les habitants aiment tant martyriser leur cher « monsieur le raté » et jouer de la jalousie de leur propriétaire. Drôle et réconfortant !

 >N’hésitez pas à lire aussi les avis de : L’Apprenti Otaku, Kloliane books, Otakritik, Psylook, Vous ?

BONUS : Le site Maison Ikkoku

Tome 2

Rumiko Takahashi ayant déjà posé des bases solides à son récit, il ne lui reste plus qu’à décliner celles-ci dans l’ensemble des chapitres qui rythment ce deuxième tome et qui rythment la seconde année de vie commune des habitant de la Pension des Mimosas.

La répétition est de mise dans le schéma narratif choisi par l’autrice, avec juste de subtiles nuances montrant le lent avancement des héros dans leur petite routine quotidienne et leur vie. Ainsi, l’autrice nous montre-t-elle un Yosaku plus entreprenant avec Kyoko, mais également plus compréhensif envers ses sentiments. Elle met aussi en scène Kyoko avec sa famille et on découvre le caractère très têtu de la jeune qui souhaite mener sa vie comme elle l’entend même si ça ne leur plait pas. Shun passe aussi à l’action et se déclare, tandis que l’amie avec qui Yusaku aime bien se balader le présente à ses parents. Nous avons donc un quatuor romantique de mieux en mieux défini autour duquel on va tourner désormais. Voici pour les grandes lignes.

S’ajoute ensuite des petites scènes toujours aussi savoureuses de leur vie quotidienne. Les locataires aiment toujours faire tourner en bourrique Yusaku et Kyoko, mais ils le font peut-être un peu moins fréquemment et de manière plus subtile. On rit ainsi toujours des mésaventures du premier et de la jalousie irrépressible de la seconde. C’est amusant de voir la maladresse de Yusaku, mais aussi son petit côté obsédé qui se dessine de plus en plus. On sent une certaine proximité s’installer de plus en plus entre lui et Kyoko mais celle-ci garde tout de même ses distances à sa façon, comme avec tout le monde.

En effet, les questions du deuil et de la reconstruction restent centrales ici. L’autrice aborde le fait que pour la société japonaise, il faut que les femmes se (re)marient jeunes pour pouvoir avoir des enfants. Nous avons donc une héroïne qui subit une grande pression. Cependant elle tient bon et c’est là la force de l’autrice, dénoncer cette société qui met trop de pression aux femmes sur la question. J’ai aimé l’humour des rencontres entre Kyoko et son père et sa mère. C’est tordant de les voir se disputer en haussant le ton comme des poissonniers. C’est poilant de voir son père la suivre comme un stalker. C’est surprenant de voir Kyoko leur tenir tête ainsi. C’est excellent.

Même c’est moins que dans le tome 1, l’humour est toujours omniprésent et je retrouve de plus en plus, les prémisses de Ranma dans certaines situations cocasses vécues par les héros, notamment Shun qui est un mélange de Ranma (peur des chats / chiens) et de Hyoga (seconde roue du carrosse). Il y a aussi le poids des rumeurs de la vie dans un petit quartier, qui rappellent celles du lycée où vont aller les héros de Ranma et l’héroïne au fort caractère qui rappelle Akane. Bref, c’est du tout bon.

Même si la lecture reste copieuse du fait de l’édition en 10 tomes, contre 15 à l’origine au Japon, c’est toujours un plaisir de replonger dans cette ambiance drôle et loufoque, mais tendre et émouvante. Les personnages évoluent très lentement mais on les suit avec tendresse.

Tome 3

Alors que les deux premiers volumes étaient une sortie d’introduction à l’univers sous forme de petites histoires indépendantes, l’autrice se fend d’intrigues qui se suivent un peu plus au fil des chapitres, ce qui donne une nouvelle saveur à sa série.

J’ai beaucoup aimé ce nouveau tome centré sur le « couple » Kyoko – Godai. Tout en reprenant des éléments déjà vus et qui seront les éléments phares de la série : la naïveté de Godai et la jalousie de Kyoko, l’autrice commence à enrichir tout cela, donnant lieu à des histoires plus conséquentes, fort plaisantes à suivre. De plus, elle revient également sur le passé et les traumatismes de notre gardienne de coeur, faisant ainsi le pont entre celle qu’elle était autrefois et celle qu’elles est en train de devenir, ce qui est charmant.

J’ai beaucoup aimé la courte histoire sur Soichiro chien et mari défunt, avec sa conclusion fort symbolique impliquant Godai. Rumiko Takahashi y fait preuve d’une mise en scène ultra efficace et impactante malgré sa sobriété. Elle y a l’air du cadrage. On retrouve d’ailleurs cela dans le chapitre sur les baisers volés où le temps de quelques planches, elle renverse tout et fait magistralement évoluer l’histoire. C’est magique.

Au milieu de ces tours de génie, elle prend également le temps de développer une histoire plus longue centrée sur Godai et sa peur de voir Kyoko lui filer entre les doigts. Il quitte ainsi ponctuellement la pension. Dans ces quelques chapitres, on retrouve tout ce qui fait la force du duo principal : la naïveté tellement touchante de Godai qui le pousse à être trop gentil, sa caractère emporté aussi, qui complète si bien celui de Kyoko, et les sentiments de celle-ci entre jalousie, tendresse sororale et peut-être amour romantique qui commence à naître. J’ai adoré l’ambiance plus posée de ces chapitres, qui prennent plus le temps là où souvent les autres reposent sur un humour outrancier.

Ainsi, l’autrice n’introduit pas de nouveau personnage à proprement parler ici. Elle préfère développer ceux qu’elle a déjà et elle le fait avec talent. On est touchés par la lente évolution de chacun, les sentiments qui commence à poindre, les réalisations qui tardent à venir, et surtout la tendresse qui s’installent entre les deux héros, dont la relation est si émouvante. C’est vraiment une ambiance à part, qui parlera à tous les amoureux de tranche de vie, de romantisme et d’histoires d’amour qui prennent leur temps.

Tome 4

Quel joli nouveau tome, avec ses chapitres variés et enjoués, il m’a encore beaucoup amusée mais également attendrie. Tout doucement l’autrice fait mûrir ses personnages et au détour de situations toujours aussi loufoques nous les voyons gentiment avancer, ce qui est touchant.

Après un tome précédent qui s’était concentré sur Yusaku, Kyoko et le passé de celle-ci, mais également un peu sur Akemi, cette fois, ce sont les relations amoureuses présentes qui sont au coeur des histoires, notamment à cause du désir de chacune des familles d’avoir des petits-enfants. Nous retrouvons donc des parents et grands-parents qui cherchent à pousser les héros dans les bras l’un de l’autre ou au moins à se déniaiser car tout seul ils ne sont pas bien dégourdis.

Je me suis à nouveau beaucoup amusée des nombreux quiproquos du tome qui ont réveillé à plusieurs reprises la jalousie de Kyoko. C’est tellement drôle de la voir s’éveiller à de tels sentiments et se comporter alors comme une gorgone. C’est aussi amusant de voir les pauvres Yusaku et Shun en mauvaises postures et hyper mal à l’aise face à cette furie silencieuse. L’autrice nous régale vraiment dans ces scènes-là. Il faut dire qu’elle maîtrise à la perfection le vaudeville et que les habitants de notre petite pension ont le chic pour asticoter les uns et les autres et faire monter la tension, prenant Yusaku comme tête de turc.

Ainsi la première partie de ce tome enchaîne les histoires toutes plus rigolotes les unes que les autres, que ce soit les pensées offertes à Godai, le malentendu de la relation Shun-Kozué, le chapitre où chacun se déguise, celui où Kyoko s’imagine avoir des enfants avec Shun ou Yusaku, la partie de baseball ou encore la rencontre entre Yusaku et Kyoko dans Shinjuku.

La seconde partie, elle, met en avant la grand-mère de Yusaku qui vient lui rendre visite. C’est l’occasion de découvrir ce personnage haut en couleur, qui est typique de la représentation des petits vieux par Rumiko Takahashi. Elle est taquine, manipulatrice mais adore son petit-fils et je l’ai adoré. Les plans qu’elle imagine pour découvrir qui il aime et ensuite le faire se bouger un peu sont hilarants mais aussi plein de tendresses et elle a le mérite de faire un peu avancer les choses.

Au fil des tomes, je trouve vraiment que le dessin de la mangaka gagne en charme. Les pages qui devaient être en couleur à l’origine sont superbes. J’aime, notamment, énormément les représentations romantiques de Kyoko. Son trait s’est adouci, arrondi et est devenu plus précis aussi, tout en gardant sa légèreté et son humour. On arrive pour moi au début des années 90 au summum du style de l’autrice.

Même s’il était plus dans la légèreté que le précédent, ce nouveau tome de Maison Ikkoku fut l’un de mes préférés jusqu’à présent, parce que l’autrice a su y faire tourner tout ce que j’aime dans la série : humour, tendresse, jalousie, romantisme, souvenirs, le tout dans un décor typique des années 80-90, dont la nostalgie fonctionne à merveille sur moi. J’adore voir la lente évolution des personnages et la valse de leurs sentiments.

Tome 5

Nous voilà arrivé au milieu de cette charmante comédie romantique qui fleure bon la nostalgie. Alors que dans mon souvenir, il ne se passait pas grand-chose avant le dernier tome, j’ai eu la surprise de voir arriver une bien belle évolution ici.

En effet, entre les chapitres indépendants contant les dernières mésaventures des uns et des autres, notamment de ce cher Godai et de sa grand-mère qui se tape l’incruste, l’autrice a enfin glissé des petits moments pour pousser les héros dans les bras l’un de l’autre. C’est moins subtile et plus franc que dans les tomes précédents, ce qui bien sûr me ravie. Ainsi, en plus de voir Kyoko toujours aussi jalouse, et Kyoko est très amusante dans ces moments-là, nous la voyons de plus en plus attirée par Yusaku, un Yusaku qui bien sûr répond à ses sentiments. Mais Maison Ikkoku ne serait pas Maison Ikkoku sans empêcheurs de tourner en rond pour venir les perturber dans ce bel élan.

Du coup, j’ai adoré la dynamique romantique de ce tome. Avec Yusaku qui se blesse suite à une dispute avec Kyoko, tout s’enchaîne et nous assistons de jolis moments tendres et prometteurs entre eux, même s’ils sont très brefs. Mais surtout, nous voyons une Kyoko qui commence à revivre pleinement et à oublier son mari décédé, ce qui lui permet d’avancer dans la vie, notamment sentimentalement. Elle a bien évolué depuis les débuts où elle était complètement renfermée. Là, elle devient bien plus réceptive aux avances des deux hommes de sa vie, ce qui amène également des questionnements intéressants sur le deuil et le veuvage.

Pour ce qui est de l’évolution générale de la série, l’autrice nous offre aussi enfin à vous la famille Ichinose dans son entièreté. On n’avait jamais vu le mari et j’ai été ravie de le découvrir, surtout de manière aussi drôle, avec une autrice qui joue à cache-cache avec nous, puis qui le présente comme l’inconnu de la pension lol C’était touchant de voir la dynamique de cette famille, la seule de la pension. Yusaku connait également sa petite avancée puisqu’on le voit commencer à se questionner sur son avenir après la fac. J’ai hâte de continuer à le voir évoluer et grandir.

Ainsi entre humour et tendresse, entre fête et beuverie, Maison Ikkoku est toujours une lecture pleine de charme où j’apprécie l’évolution proposée par l’autrice pour l’ensemble de ces personnages et leur pension si loufoque. Voir Yusaku et Kyoko enfin avancer fait un bien fou. On sourit toujours autant des fourberies des pensionnaires et en prime, ils gagnent un nouveau résident fort prometteur dans les dernières pages. J’ai hâte de voir ce que ça nous réserve ^-^

Tome 6

Toujours dans sa superbe lancée depuis quelques temps, Rumiko Takahashi continue à rendre son histoire de plus en plus savoureuse et pleine d’allant, en centrant son récit sur deux thèmes ici : l’arrivée d’un nouveau pensionnaire et Yusaku qui cherche son premier vrai emploi.

J’ai beaucoup aimé la première partie totalement loufoque et barrée avec le jeune Nozomu. Celui-ci est aussi foufou que les autres résidents de la pension. Son duel avec le voisin de Yusaku est poilant. L’autrice a l’art et la manière pour le mettre en scène sur plusieurs chapitres et causer pas mal de soucis à notre héros. C’est un comique de répétition qui fonctionne à merveille sur moi. J’adore la lenteur d’esprit de Nozomu et les quiproquos qu’il provoque, notamment entre Yusaku et Kyoko, relançant ainsi de plus belle la jalousie de celle-ci. On sent vraiment qu’il y a bien plus d’allant dans ces chapitres que dans ceux du début de l’histoire. Cela s’enchaîne bien plus facilement et rapidement car l’autrice a trouvé le bon équilibre entre humour et avancée de l’histoire.

D’ailleurs celle-ci avance aussi pour Yusaku. Ses études étant sur le point de se terminer, il lui faut désormais partir à la recherche d’un CDI et c’est rude pour lui qui est si nonchalant. J’aime le réalisme qui se dessine sous l’humour des situations que l’autrice met en scène. Elle se moque gentiment de Yusaku mais en même temps elle traite d’un fait réel : la difficulté des étudiants à basculer ensuite dans le monde du travail faute de vraie préparation et d’aide. Elle montre bien que c’est le piston qui fait tout.

Cependant tout n’est pas sombre, nous assistons aussi au premier stage de Yusaku, en tant que prof dans l’ancien lycée de Kyoko, surprise ! L’occasion de mélanger l’intrigue sur la recherche de boulot du héros et sa romance de plus en plus concrète avec Kyoko. J’ai beaucoup aimé ce retour dans le passé pour la jeune femme et sa confrontation avec une jeune fille qui lui ressemblait. C’était amusant de faire le parallèle et de voir Kyoko passer de nostalgique à jalouse quand elle a été consciente de jusqu’où la petite était capable d’aller. L’air de rien, on voit la jeune femme penser de plus en plus concrètement à sa relation avec Yusaku et c’est jouissif.

L’autrice a l’art et la manière de conduire doucement, tranquillement son récit vers le rapprochement des deux héros. Kyoko s’interroge sur les relations de Yusaku avec les autres femmes, mais aussi sur son caractère et la stabilité qu’il pourrait lui apporter ou non s’ils étaient en couple. Ce sont des questions tout à fait censées et qui sortent à point nommées ici, l’air de rien. Tout est fait avec subtilité, naturellement et pourtant avec une pointe de surprise.

Ainsi, le ton un peu mélancolique des débuts, qui avait laissé place à de la pure comédie, tourne de plus en plus à la tendresse, sans renier ce qu’il était avant. L’autrice apporte de plus en plus de nuances à sa série au fur et à mesure qu’elle fait avancer ses personnages. C’est très beau et émouvant.

Tome 7

C’est avec ce tome que je teste enfin la nouvelle édition proposée par Delcourt-Tonkam version 2020. Je dois dire qu’en dehors des couvertures que je trouve affreuses et tellement pauvre par rapport à la richesse et à la beauté des précédentes éditions, c’est une réussite. Le format plus grand que l’édition bunko est fort appréciable. J’ai été contente de trouver quelques pages couleurs pour ouvrir le tome et bien surprise d’avoir droit à un marque-page à l’effigie du personnage de la couverture. Le papier est de qualité également et les larges marges offrent un beau confort de lecture.

Mais qu’en est-il de cette lecture ? Eh bien, nous sommes en plein dans un moment que j’adore celui du lent basculement des sentiments de Kyoko. Ses amoureux sont déclarés. Godai a enfin fini ses études et semble se diriger vers l’enseignement auprès des tous petits. Shun, lui, l’a mis dos au mur quant à sa demande en mariage. A elle maintenant de trancher et d’oser dire pour qui elle a des sentiments.

Dans un tome qui se veut plus sérieux que les précédents, où les habitants de la pension Ikkoku font moins de farces à nos héros, nous entrons plutôt dans une phase d’introspection où l’autrice nous en dit beaucoup sur les pensées de chacun. C’est du coup assez lent et mélancolique. On peut s’agacer du chassé croisé amoureux de Kyoko et Godai qui n’en finit pas, ce dernier n’arrivant pas à se déclarer, ne pensant pas encore la mériter tant qu’il n’est pas pleinement installé dans la vie active, et celle-ci attendant, je ne sais quoi… Et malgré tout, on ne peut qu’être attendri face à leurs hésitations et leurs interrogations. Ils sont très touchants tous les deux.

En plus, Rumiko Takahashi a vraiment beaucoup de talent pour mettre en scène cette éternelle romance non consommée et nous faire patienter. Dans ce tome, c’est avec de potentielles fiançailles pour Shun qu’elle nous distrait. C’est fort amusant de voir celui-ci se faire contraindre à une rencontre arrangée qui de fil en aiguille va le pousser à affronter sa plus grande peur mais non pour celle qu’il aime comme il le croit mais plutôt pour celle qui a eu un coup de foudre pour lui. J’en ai adoré la dynamique humoristique reposant sur un enchaînement de quiproquos tellement grotesques qu’on ne peut qu’éclater de rire face à tant de naïveté et de maladresse.

On retrouve ce même talent dans la mise en scène de l’histoire entre Godai et Kyoko dans les ultimes chapitres. Cette fois, ce n’est pas Godai à l’origine du quiproquos mais Kyoko. Cette fois, ce n’est pas elle qui est choquée et jalouse, mais lui et ce renversement illustre le basculement qu’est en train de connaître la série avec le lent réveil amoureux de Kyoko. Bien sûr, il va encore falloir être patient pour arriver à la formation de notre cher couple mais c’est si joliment conté, avec tellement d’émotion qu’on lui pardonne.

Maison Ikkoku est vraiment une belle romance qui prend son temps. Elle a un ton très mélancolique adapté au deuil de son héroïne et aussi un ton très actuel adapté au profil de son jeune héros entrant dans le monde du travail. C’est lent mais touchant et ce tome peut-être plus sérieux que les précédents m’a beaucoup émue.

Tome 8

Dernière ligne droite dans cette saga romantique culte signée Rumiko Takahashi et celle-ci met le turbo. Elle nous offre ainsi un tome plein de surprises où toutes les lignes scénaristiques avancent pour notre plus grand bonheur.

Ce tome signe le grand retour des rivaux déjà bien présents depuis le début. C’était bien nécessaire pour accélérer encore le rapprochement entre Kyoko et Godai qui traînait. Mais quand je dis « traînait », je suis aussi mauvaise langue car c’est un vrai bonheur depuis le début de suivre l’ensemble de leurs péripéties et encore plus depuis quelques temps.

Ainsi, j’ai adoré retrouver Kyoko jalouse de la petite lycéenne qui aime Godai et qui signe ici son retour. Tout comme j’ai aimé voir Godai inquiet à cause des avancées certaines de Shun. Tout cela signe le retour des petits tourments que nos pensionnaires font subir à notre héros et c’est charmant, ainsi que très drôle, mais peut-être moins grotesque qu’au début et plus attachant désormais.

En effet, Godai a changé, ce n’est plus le même et de le voir chercher sérieusement sa voie, on ne peut qu’être touchée. Ce n’est plus le looser du début. Même s’il a encore des rechutes, il affronte plus volontiers la dure vie active et ses rebondissements. Ainsi même s’il perd son travail il se relève et ne se perd plus.

Avec ce nouveau tome, l’autrice amorce gentiment l’arrivée de la fin de la série avec émotion et tendresse mais toujours de façon drôle et grinçante avec également un portrait intéressant des jeunes actifs. On adore !

Tome 9

Suite parfaite du tome précédent, dans ce neuvième opus l’autrice met encore un coup de collier supplémentaire pour accélérer les choses et c’est parfait !

Le triangle amoureux Shun-Kyoko-Godai fait des étincelles ici, avec un Shun mis dos au mur par son potentiel mariage arrangé avec Asuma, mais également un Godai qui avance dans la vie et une Kyoko qui va devoir enfin se montrer honnête. Même si le mélodrame est plus qu’au rendez-vous, j’ai adoré la force de ce tome et des sentiments qui y ont cours.

Entre vaudeville et quiproquos, je ne me suis pas ennuyée un histoire. J’ai beaucoup ri des aventures de Shun, Asuna et Kyoko. L’autrice s’amuse de dynamiques tellement différentes pour mettre en scène les différentes relations impliquées dans cet imbroglio. Quel talent ! J’ai beaucoup aimé le sérieux et la tendresse du Shun voulant conquérir Kyoko à tout prix et accélérant les choses, tout en restant loin de l’image du beauf qu’il donne. Et je me suis amusée de ses mésaventures avec Asuna où les quiproquos ont conduit à tellement d’erreurs mais pour une conclusion si émouvante. C’était excellent !

Avec Kyoko et Godai, ce fut plus compliqué. J’ai apprécié de voir celui-ci grandir encore, s’affirmer, trouver sa place même dans son nouveau travail. C’était drôle de le voir encore une fois finir tourmenté par ses coloc et piégé par sa gentillesse naturelle aussi bien au boulot que personnellement. J’ai beaucoup aimé son nouveau patron et sa gouaille qui semble le pousser à avancer. J’ai été attendrie par le chapitre où il s’occupe des enfants d’une collègue et où il montre le père et mari fiable qu’il ferait malgré tout. Ainsi avec subtilité, l’autrice montre peu à peu le couple équilibré et charmant qu’il pourrait former avec Kyoko.

Mais celle-ci m’a un peu agacée dans ce tome. L’autrice nous a bien montré depuis un moment qu’elle avait su tourner la page de son mari. L’héroïne dit elle-même être prête, mais bon sang que c’est pénible de la voir faire un pas en avant et trois en arrière ! Du coup, j’ai vraiment aimé leur confrontation finale où tout explose enfin. C’était libératoire.

Avec cet avant-dernier tome riche en émotions et aventures, l’autrice écarte peu à peu les rivaux de chacun, laissant la voie libre aux héros. Mais elle ne leur rend pas la vie facile et met d’ultimes obstacles bien sentis sur leur route, comme les doutes de chacun, grâce à un travail tout en nuances sur leur caractérisation. Cela promet un final magnifique !

Tome 10

Ultime chapitre des tendres mais compliquées aventures de Kyoko et Godai, ce tome fut un condensé de ce que l’autrice a fait de mieux dans cette série. Entre émotion, humour et tendresse, elle a su écrire la conclusion parfaite pour cette belle romance.

Kyoko et Godai nous aurons bien fait mariner pendant 10 tomes. On aura suivi leur va et vient romantique avec patience et bienveillance. On se sera amusés de la jalousie instinctive de Kyoko, des bourdes à répétition du naïf Yusaku, tout cela sous notre sourire attendri. Mais il était temps de leur mettre un bon coup de pied aux fesses pour avancer. La vie et les habitants de la résidence s’y emploient pour notre plus grande joie dès le début de ce dernier tome. Au terme d’une dernière crise qui cristallise un peu tout ce qui pose problème, c’est-à-dire le manque de confiance de l’un est l’autre, l’autrice nous propose un vaudeville émouvant parfaitement rodé où aussi bien les parents de Kyoko que les pensionnaires et les héros vont jouer un rôle pour enfin amener à la conclusion attendue.

Cependant toute la force de l’autrice est de ne pas résoudre ça en deux coups de cuillère à pot. En effet, les problèmes de Kyoko et Godai sont bien plus profonds et j’ai aimé voir Rumiko Takahashi prendre le temps avec douceur de revenir là-dessus. Ainsi, elle aborde avec justesse la question du veuvage aussi bien du point de vue de la veuve, que de son futur époux, et des familles respectives. C’est avec émotion que l’on voit Kyoko tranquillement tourner véritablement la page, enfin rassurée. C’est avec tendresse que l’on voit Godai apprendre à vivre avec le passé de sa future femme et l’accepter car c’est ainsi qu’il l’aime. C’est avec le sourire qu’on voit ce beau-père rendre sa liberté à sa belle-fille, et ce père inquiet apprendre à refaire confiance pour son bien. Tout cela est vraiment particulièrement émouvant et traité avec justesse.

L’émotion est aussi présente face à l’évolution qu’on constate chez les héros. C’est extrêmement frais de les voir chacun exprimer librement leurs sentiments sans fard et oser être eux-même dans leurs qualités et leurs défauts, leurs peurs et leurs doutes. J’ai adoré voir une Kyoko aussi fraîche qui fait enfin son jeune âge et ose exprimer ses sentiments amoureux. J’ai adoré à l’inverse voir l’altérité entre le Godai plus mature près d’elle et toujours aussi gentil et naïf sinon, qui est toujours trop gentil. C’était émouvant de voir leur relation prendre un tournant vraiment concret et charnel même ! Ce sentiment est accentué par la bande de joyeux lurons qui les entoure et qui aura vraiment apporté beaucoup d’humour à ce tome mais de façon plus tendre qu’au début. Ainsi, je salue le rôle d’Akemi ou de Mme Ichinose qui heureusement était là pour faire bouger nos héros.

C’est donc vraiment avec émotion que j’ai suivi le destin de cette joyeuse bande sur plusieurs années. Maison Ikkoku est l’une des plus belles romances tranche de vie que j’ai pu lire, grâce à une autrice qui a su parfaitement doser son humour, le lent développement de ses héros, l’ajout de personnage venant agrémenter leur histoire et leurs beaux et complexes sentiments. C’est touchant de les voir grandir, s’ouvrir au monde, à la vie et à leurs sentiments. Il y avait une sensation de réalisme dans la façon dont est abordé le veuvage de Kyoko mais aussi l’entrée dans la vie active de Godai. C’est charmant et drôle à la fois grâce à tous les personnages loufoques qu’on a suivi de bout en bout, parfois avec mystère. La conclusion est juste parfaite en cela car on y retrouve toute la chaleur et l’humanité de ce titre tendre et amusant. Ça donne vraiment envie de partager une telle expérience de vie, dans la joie comme dans la tristesse, dans la richesse comme dans la pauvreté, mais toujours avec amour.

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© 1982 by Rumiko Takahashi

 

6 commentaires sur “Maison Ikkoku (Juliette, je t’aime) de Rumiko Takahashi

  1. Olala, Juliette Je t’aime ! Mes cousins avaient les dvd ! J’ai découvert ça sur le tard (genre ado) et ça m’a bien amusée. Comme tu le soulignes, chaque chapitre se ressemble, mais on rit des blagues potaches et de la jalousie du héros. Ca doit être sympa en manga papier.^^

    Aimé par 1 personne

    1. Je regrette pour ma part, d’avoir pensé à l’époque pourvoir me dispenser du milieu de la série à cause des redondances… Je n’ai que le premier et le dernier tome de cette magnifique première édition T.T
      Mais clairement, c’est une bouffée de chaleur de replonger dans cet univers !

      Aimé par 1 personne

    1. Oh, c’est rare effectivement et merci !
      Oui, c’est une saga de mon enfance, première raison d’être attachée à eux, mais en plus les perso sont tellement humains qu’on ne peut que les aimer.
      Alors oui, fais-toi plaisir et fonce !

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