Livres - BD / Illustrations

Lumière noire de Thomas Gilbert et Claire Fauvel

Titre : Lumière noire

Auteurs : Thomas Gilbert et Claire Fauvel

Editeur : Rue de Sèvres

Année de parution : 2021

Nombre de pages : 202

Histoire : Ava, chorégraphe reconnue, ironise sur le fait qu’elle vient d’obtenir une bourse pour la création d’un spectacle alors qu’elle a décidé d’arrêter la chorégraphie. Après une ascension fulgurante, Ava est vide de toute inspiration, désabusée, jugeant son art inutile face aux enjeux sociétaux du moment. Son amie Suzanne, lui conseille tout de même de monter ce spectacle et pour lui changer les idées, l’entraîne au gala de fin d’études de l’école de danse contemporaine dans laquelle Ava a été formée. Dès les premiers instants, l’oeil d’Ava est aimanté par Ian, l’un des danseurs, dont la fougue et la passion sur scène, lui rappelle sa propre jeunesse. À la fin du spectacle, Ava le retrouve et sans prendre totalement la mesure de ce qu’elle est en train de faire, lui explique qu’elle travaille sur un nouveau spectacle pour lequel elle aimerait lui proposer le rôle principal. Ava n’ a aucune idée en tête mais juste l’envie de créer une nouvelle façon de danser, basée sur l’improvisation. Les deux commencent à travailler ensemble, à échanger et découvrent qu’ils partagent une certaine vision du monde, des questions sociales et écologiques et bien plus encore …la passion de leur art et une attraction l’un pour l’autre de plus en plus forte. Petit à petit, l’inspiration revient à travers un conte dont le personnage principal n’est pas sans rappeler Ian. Les deux amants s’enferment dans leur bulle créatrice, tout entiers à leur passion. Tandis qu’au dehors, le contexte social s’endurcit, le chaos que vit la société va-t-il finir par transparaître dans leur relation ? La sensibilité de ces deux passionnés les entrainera-t-elle dans les affres de l’autodestruction ?

Mon avis :

Je vais me répéter mais Rue de Sèvres a vraiment un catalogue de BD engagées qui me parle énormément. Après Alicia, prima ballerina assoluta et Idiss ces derniers mois, qui évoquaient Cuba et l’URSS, place à Lumière noire qui propose une uchronie assez sombre de la France et Paris.

Grâce à cette bande dessinée, je fais la rencontre de Claire Fauvel, illustratrice puis dessinatrice de BD depuis bientôt 10 ans, qui a déjà publié La nuit est mon royaume et La guerre de Catherine chez Rue de Sèvres, deux titres déjà engagés ; et Thomas Gilbert, qui lui a publié chez eux la saga de fantasy : Bjorn, le morphir. Ils se livrent ici à un vrai travail à quatre mains particulièrement réussi aussi bien du côté du scénario que des dessins et de leur composition.

Lumière noire, histoire complète en un volume, démarre comme le récit d’une danseuse chorégraphe en panne d’inspiration qui peine à imaginer son prochain spectacle et se fait embarquer par une copine pour aller voir de jeunes danseurs sortant de l’école. Elle a un coup de foudre artistique et romantique pour l’un d’eux, ce qui va l’amener à lui proposer de danser avec elle sur le prochain spectacle qu’elle n’a pas encore imaginé.

Tout commence de façon on ne peut plus classique mais très vite les auteurs nous font sentir que le récit va être plus qu’un récit autour d’une passion commune : la danse. En effet, si Ava a une telle panne d’imagination, c’est que, sans qu’elle s’en rende compte, elle vit très mal tout ce qui se passe autour d’elle. Le Paris qu’elle connaît, est un Paris oppressif, excluant et violent, où il ne fait pas bon vivre. Alors quand elle croise, Ian, le jeune danseur engagé pour qui l’environnement et le futur sont des causes essentielles, sa liberté et son souffle l’attirent.

Les auteurs vont ainsi se servir de la collision de ces deux personnalités aux antipodes, de leur attirance imprévisible, de leur passion pour la danse qui permet à leur corps d’exprimer toutes leurs passions et angoisses, pour nous proposer un récit uchronique puissant et remuant. On souffre comme les héros, on est déchirés et perdus comme eux, on ressent leur malaise, on a envie de s’en sortir et la danse en sera peut-être l’un des moyens mais pas le seul.

J’ai aimé voir des héros passionnés. Les pages où ils s’expriment par la danse sont entêtantes et violentes, faisant échos aux événements qui se passent. Si au début, j’ai pris la passion pour l’écologie du héros un peu par dessus la jambe, peu à peu, le tournant oppressif que prend la vie en France m’a interpelée et fait réagir, et j’ai compris son engagement. C’est très intelligent de la part des auteurs de parvenir à conjuguer ces deux personnalités si différentes autour d’une lente danse étrange et douloureuse mais cathartique.

Le propos n’est pas facile. La mise en scène est exigeante. Les personnages, en particulier Ava, ne sont pas toujours agréables. Mais ce que cherchent à nous raconter les auteurs avec ce lent glissement oppressif qu’on accepte l’air de rien alors qu’il nous bousille, est vraiment profond. J’ai adoré le parallèle qu’ils dressent entre entre les événements présents, la danse qu’imagine Ava, leur duo et le passé de celle-ci avec le conte qu’elle met en scène. C’est très intelligent et cela se goupille parfaitement !

Alors clairement, je ne m’attendais pas à un tel récit quand je me suis lancée mais j’ai adoré être surprise. Si je ne suis pas une adepte du trait des auteurs et de la colorisation numérique, je reconnais en revanche une vraie force dans la composition de leurs planches. Que ce soit les scènes de danse, celles de leur passion, ou celles des violences auxquelles ils assistent, tout est vraiment percutant ! Et c’est en ça que, même si esthétiquement ça ne me plaît pas, c’est un très bon titre également graphiquement parlant.

Lumière noire, comme les autres titres engagés de l’éditeur, est un cri du coeur de ses auteurs, non pas sur un passé sur lequel il faudrait qu’on réfléchisse, mais sur un présent qu’on a trop tendance à laisser couler alors que les dérives font vraiment peur. C’est donc un titre résolument moderne, qui pousse à s’interroger sur ce qui se passe actuellement en Europe, notamment vis-à-vis des migrants et de nos réactions bien trop policières et violentes… Chapeau !

(Merci à Rue de Sèvre pour cette lecture et leur confiance)

> N’hésitez pas à lire aussi les avis bien plus pointus de : Les Lectures de Mylène, Marinette, Vous ?

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5 commentaires sur “Lumière noire de Thomas Gilbert et Claire Fauvel

  1. Ta chronique sur Alicia m’avait donné bien envie. J’ai découvert cette BD sur le blog Les lectures de Marinette et ta chronique donne envie également, je suis curieuse de découvrir ce Paris oppressés et l’univers de ces personnages unis par leur passion. Merci pour ce beau retour 🙂

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