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Belle: Ryū to sobakasu no hime de Mamoru Hosoda

Titre : Belle: Ryū to sobakasu no hime

Réalisateur et scénariste : Mamoru Hosoda

Studio d’animation : Studio Chizu

Compositeur : Taisei Iwasaki

Année de sortie : 2021

HistoireAprès avoir perdu sa mère lorsqu’elle était jeune, Suzu, une lycéenne de 17 ans, vit désormais dans la campagne de la préfecture de Kochi avec son père. Elle adorait chanter avec sa mère plus que tout au monde mais après la mort de cette dernière, elle n’a plus été capable de chanter. Suzu décida de fermer son cœur au reste du monde et même à son père.
Un jour, après avoir compris que la musique était tout pour elle, Suzu découvre « U », un réseau en ligne massif, où elle décide de prendre l’apparence de Belle.
Suzu comprend rapidement que quand elle prend l’apparence de Belle, son avatar dans « U », elle peut chanter naturellement. Alors qu’elle continue de mettre sa musique en avant dans ce monde virtuel, Suzu devient rapidement l’étoile montante de « U ».
Alors que tous les yeux sont fixés sur Belle (Suzu), une mystérieuse créature ressemblant à un dragon apparaît devant elle.

Mon avis  :

Il y a quelques années, ici même, je vous parler de mon coup de coeur ou plutôt coup de foudre pour le premier film que je découvrais de ce réalisateur : Ame & Yuki : Les enfants loups. J’avais été profondément émue par cette histoire familiale et je ne pensais pas revivre un jour la même chose. J’ai pourtant persisté en regardant ses autres réalisations, souvent séduisantes, mais à qui il manquait cette puissance émotionnelle. Je l’ai enfin presque retrouvé dans Belle, sa nouvelle réalisation.

Petite précision avant de commencer : j’ai eu la chance de voir le film en vostf et je pense que c’est le meilleur moyen de l’apprécier car la bande-son est juste sublime ! (et que je me voyais mal entendre la voix de Louane sur ce type d’histoire… *avis tout à fait personnel ><*)

Ame & Yuki était une histoire mettant en scène de jeunes enfants ayant perdu leur père. Belle reprend ce principe avec cette fois une jeune adolescente ayant perdu sa mère. Tout le film repose là-dessus, du moins tout ce que j’ai aimé dans celui-ci, car sous l’habillage très pimpant et high-tech se cache en fait une fable poétique et émouvante sur le deuil, la perte et l’enfance malmenée par les adultes. L’auteur n’ayant pas son pareil pour aborder de tels thèmes, on ressort le coeur en miette et les yeux bien humides.

Mais l’histoire débute de manière originale et pourtant actuelle avec le récit de la création d’un univers virtuel où la jeune héroïne, Suzu, se crée un avatar. Dans cet univers virtuel hyper immersif, la jeune fille, qui est encore bouleversée par la mort brutale de sa mère survenue 10 ans plus tôt, peut à nouveau chanter, ce que sont PTSD l’empêche de faire dans la vraie vie. Nous allons donc assister à une vraie renaissance pour elle, ce qui ne se fait pas sans émotion.

Tout le talent de l’auteur est de mettre en scène parallèlement la vie de Suzu IRL et virtuellement, les deux se nourrissant mutuellement. On est émue par sa détresse dans la vie réelle où elle ne parle plus à son père, où elle s’est refermée sur elle-même et ne semble côtoyer que sa meilleure amie, une geek à la langue très bien pendue, qui m’a donné des barres de rire grâce à ses piques ! Alors quand on la découvre rayonnante et presque libérée dans le monde virtuel où elle chante enfin toute sa peine et sa détresse dans des mélodies merveilleuses et une mise en scène soigneusement étudiée par son amie, on ne peut qu’être émerveillée. C’est sublime !

Cependant, le scénario serait un peu léger peut-être s’il s’arrêtait là. C’est ce qu’a dû se dire Mamoru Hosoda. Car en plus de l’histoire du deuil de Suzu, il a choisi de raconter lui aussi sa version du conte de La Belle et la Bête, pour en faire un objet cathartique pour celle-ci, afin qu’il réalise enfin la portée du geste de sa mère. Pour cela, le réalisateur s’inspire peut-être un peu trop de Disney (c’est l’un des seuls reproches que j’ai à lui faire) avec des scènes presque copiées-collées, mais contrairement au géant américain, il insuffle cependant une noirceur poignante. La Bête, c’est Dragon, un mystérieux joueur que l’on va se mettre à chercher avidement, déclenchant une folie prédatrice. La Belle, c’est bien sûr Suzu, qui va chercher à le comprendre et panser ses peines avant de l’aider réellement.

A travers ce conte revisité et à travers l’histoire de la guérison de Suzu, l’auteur a imagine une double histoire vraiment belle, profonde et poignante. Il est très émouvant de voir Suzu renaître. Il est déchirant de suivre son rapprochement avec Dragon et se découvrir ce que cache l’habit de ce dernier. Le seul gros défaut de ce film vient ensuite malheureusement de la résolution de l’histoire de Dragon qui a été bien trop simpliste et rapide pour être crédible. C’est vraiment dommage car tout le reste est parfait !

J’ai adoré les thèmes développés, de la difficulté de grandir sans un de ses parents, en passant par les sentiments adolescents ou encore du point de vue des adultes, comment faire pour aider quelqu’un en deuil, pour garder le lien… Côté virtuel, il y avait le rôle de l’avatar, les désavantages de l’anonymat, la curée ou folie médiatique… C’est un film très riche où pour moi chaque aspect ou presque est traité avec justesse, surtout le deuil et la douleur de Suzu.

J’ai adoré la performance visuelle. Le décalage entre la banalité du quotidien de Suzu dans sa petite maison à la campagne puis dans son lycée qui ressemble à tous les autres avec la fille populaire, le beau gosse qui s’intéresse à elle, etc ; et la folie graphique et colorée de U, ce monde virtuel où tout nous explose les rétines, est excellent ! J’ai adoré le rendu de cet univers virtuel où tout est tellement sursaturé mais si beau. Il y a des séquences à tomber comme quand Suzu chante sur une baleine volante, quand elle part à la recherche de Dragon ou quand elle trouve où il habite. Le jeu entre le net et le flou a une portée symbolique très forte dans cet univers, tout comme le sens des avatars par rapport au visage réel du joueur. Il y aurait encore tellement à dire…

La musique joue encore un plus grand rôle. Les mélodies se veulent pop et entraînantes mais les paroles lacèrent le coeur de celui qui les écoutent, racontant la détresse émotionnelle de l’héroïne – chanteuse. J’en ai encore des frissons et j’écoute régulièrement la bande-son depuis. Au-delà de la mise en scène des chansons interprétées dans l’histoire, qui est toujours magnifique et originale, invitant vraiment à l’évasion, il y a en plus une portée narrative forte ici dans cette passion cathartique pour une héroïne en besoin d’exprimer ce qu’elle a au fond du coeur et de faire le lien avec sa mère disparue qui était elle-même chanteuse. Quand je vous dis que le film est très riche et puissant.

Ainsi, pour moi, Belle fut une grande expérience, que je suis ravie d’avoir vécue au cinéma, en vo pour une fois. J’ai vraiment profité à fond de toute l’expérience et elle le mérite car le film est superbe aussi bien visuellement parlant que musicalement. J’ai retrouvé le Mamoru Hosoda poignant d’Ame & Yuki avec une histoire sur le deuil et la reconstruction qui m’a beaucoup émue. Alors oui, il y a quelques petits anicroches qui gâchent un peu le plaisir sur la fin, mais ça ne m’a pas fait oublier toute la beauté du reste de l’oeuvre. Après tout, on a le droit de trébucher dans la vie.

A noter : Il existe une version roman qui est parue aussi le 5 janvier chez Pika (lien).

18 commentaires sur “Belle: Ryū to sobakasu no hime de Mamoru Hosoda

  1. Dans ton bel avis, je retrouve tout ce qui fait que ce film a été un coup de cœur ! Au point que j’ai facilement pardonné une résolution, comme tu le soulignes, un peu trop rapide et « simple » pour être crédible. Mais à part ça, c’est un sans-faute.

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