Livres - Mangas / Manhwa / Manhua

Next Stop d’Atsushi Kamijo

Titre : Next Stop

Auteur : Atsushi Kamijo

Éditeur vf : Glénat (Kaméha)

Année de parution vf : 1997-1998

Nombre de tomes vf : 2 / 7 (série arrêtée)

Histoire : Saito est une jeune étudiante pas très loquace, dernièrement elle ne pense qu’à une chose : aller à Okinawa. Une fois là bas elle se met à la recherche d’un ami d’enfance qu’elle n’a pas vu depuis 6 ans : Natsu. Au cours de son investigation, elle tombe sur un jeune homme encore moins bavard qu’elle, ce garçon nommé Yuki accumule les pires délits, c’est un voleur, un bagarreur et en plus de ça, il est daltonien ce qui ne fait pas de lui quelqu’un de très respectueux des feux de circulation. Elle va alors se lier à lui et l’accompagner car il lui rappelle le fameux Natsu…

Mon avis :

Tome 1

C’est au détour d’un passage dans une librairie obscure, que je suis tombée il y a quelques semaines sur ce titre oublié – et arrêté – publié par Glénat à la fin des années 90. Ni une, ni deux, mon regard a été accroché par un style graphique me rappelant des auteurs que j’adore : Hiroyuki Asada ou encore Sho-U Tajima. Alors tant pis si la série n’avait pas de fin en vf, il me fallait cette vieillerie, conservée en plus en parfait état dans la-dit librairie !

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Je ne saurai jamais pourquoi Glénat a choisi de sortir ce titre en particulier dans la bibliographie de l’auteur pour ensuite ne pas le suivre mais je suis ravie qu’ils l’aient fait. Ça m’a permis de retrouver un style de dessins que j’adore, fortement inspiré des loubards japonais avec leurs yeux en amande et leurs sourcils rasés, un style que l’auteur Atsushi Kamijo a participé à propager au Japon dans les années 80-90, influençant fortement les auteurs que je citais plus haut, qui eux ont été largement publiés chez nous.

L’auteur a débuté en 1983 avec un style volontiers innovant pour l’époque. Il publie en 1984 Zingy mais c’est l’année d’après avec To-Y un shonen qui traite de la scène japonaise underground avec un héros chanteur de punk rock, qu’il trouve son public. Avec un sujet dépassant le cadre de son magazine de prépublication, l’auteur s’orientera ensuite vers le seinen. En 1988, il commence Sex (Next Stop chez nous) un titre plus contemplatif sur fond de délinquance et quête de liberté. En France, la série est d’abord publiée dans le magazine Kaméha avant de paraître en volumes reliés. La publication en France par Glénat en 1997-1998 (sous le titre Next Stop) sera interrompue après le deuxième volume, parce que c’était alors les seuls tomes sortis au Japon. Les 5 tomes suivants de la série la complétant ne sortent au Japon qu’en 2005, malheureusement ils ne sont jamais publiés en France. Dessinant à un rythme irrégulier, Kamijo est considéré comme un mangaka contemporain réputé dont le travail demeure une source d’inspiration pour les auteurs plus récents. Au-delà de son travail sur les manga, l’auteur a aussi produit des pochettes de CD de musique et réalisé des illustrations pour la publicité.

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Mais revenons au titre présent, Next Stop ou Sex en vo, est un objet hybride singulier, entre l’artbook et le manga contemplatif. Il possède une force visuelle rare mais une narration alambiquée qui peut déstabiliser faite de beaucoup de poses/pauses et arrêts sur image. Personnellement, j’en suis fan. C’est un style graphique très percutant et avec une vraie visée artistique et narrative, mais je peux comprendre qu’elle ne parle pas à certains lecteurs, surtout avec les nombreuses ellipses qu’elle implique dans l’histoire.

Cette histoire est pourtant assez simple, elle emprunte fortement aux codes des années 80-90 qu’on retrouve par exemple chez Keiko Ichiguchi ou Akimi Yoshida. On suit une héroïne, Saitô, lycéenne une peu à la dérive, qui cherche un de ses amis d’enfance : Natsu, pendant un voyage de fin d’étude à Okinawa. Elle y fait la rencontre du singulier, Yuki, un loubard indépendant daltonien, qui semble le connaître et l’entraîne avec lui dans un road trip.

Les personnages, tout comme l’histoire, sont assez particuliers à suivre. Ils semblent totalement détachés de tout. Saitô n’est pas surprise de la violence à la laquelle elle assiste ou dont elle est victime. Yuki est un grand pourvoyeur de violence sous ses airs froids. Ils semblent tout deux errer dans leur vie sans but précis. La quête de Natsu est ce qui les réunis, nous faisant découvrir des paysages so années 80 du Japon.

Malgré un scénario fort ténu, c’est un régal pour les yeux. Le sens du découpage, de la petite phrase remplacée par le dessin qui fait mouche, est incroyable chez Atsushi Kamijo. Ses planches sont incroyablement rythmées et disent énormément de choses sur la désespoir de ses adolescents. C’est un superbe portrait d’une époque révolue pour le lecteur actuel. On y trouve des thèmes que l’on retrouvera plus tard chez d’autres, comme cette adolescence à l’abandon, le poids de la société sur eux, les adultes mal intentionné, les loubards et les yakuzas ou l’errance urbaine. C’est puissant. Ces motifs se retrouvent aussi bien désormais dans le Banana Fish d’AKimi Yoshida, que dans les titres américains de Keiko Ichiguchi ou dans la monde des Furyo d’auteurs comme Ken Wakui.

Je sais que le titre ne devait pas plaire à tout le monde à l’époque car il a une forme très clivante mais ce mélange d’expérimentation graphique et d’histoire à l’aura nostalgique et poseuse me plaît énormément personnellement. C’était une sacrée expérience et je ne regrette pas du tout cet achat compulsif.

Tome 2

Le second tome paru chez nous m’a donné totalement raison d’avoir craqué, car l’auteur y développe encore plus son langage graphique mais aussi narratif, rendu la lecture encore plus fluide et percutante.

Nous avions laissé Saitô en plein road-trip avec Yuki, à la recherche de Natsu, puis de retour dans sa petite vie tranquille avec toujours ce souvenir et cette quête, ce qui continuait à rendre sa vie un peu vide et monotone, comme une longue adolescence n’en finissant jamais. L’auteur la bouscule dans ce tome avec l’arrivée du duo attendu dans la ville où elle habite.

J’ai aimé retrouver une narration une peu plus classique ici pour faire avancer l’histoire et rendre celle-ci plus palpitante et moins contemplative. L’auteur conserve cependant les marqueurs forts de son oeuvre que j’avais aimés. Il a toujours un découpage graphique étonnamment fort et impactant en peu de case. Il a toujours un sens du silence graphique percutant et j’adore ça ! Mais il y greffe un discours de plus en plus fin sur l’adolescence et la recherche de soi.

On suit ainsi son héroïne, qui prend de plus en plus corps, incarnant vraiment un personnage et non plus une figure évanescente. Il en va de même pour le fameux Natsu qu’elle cherchait et qu’on rencontre, de même que Yuki, qui n’est plus juste le personnage totalement fou du premier tome, mais plutôt quelqu’un à la recherche d’un but. Ces adolescents qui semblent avoir grandi trop vite, se retrouvent et s’incarnent dans leur corps et leur rôle grâce à leur nouvelle proximité. Alors ce ne sont toujours pas des adolescents classiques mais c’est justement ce qui fascine.

Le discours de l’auteur sur les voyous, les ado qui ne vont pas en cours, les gens qui se cherchent, est ainsi plus fin que bien d’autres. Il est plein de non-dit et sous-entendu à décrypter et le charisme de ses héros rend cela encore plus fascinant à lire. J’aime cette pause qu’ils marquent dans le temps de leur corps mais aussi du temps des années 80. On aime les voir tenir tête aux adultes. On aime les voir ne pas rentrer dans une case. On aime les voir se chercher. 

Alors oui, il y a plein de petites choses excessives, pas crédibles, entre l’ado livré à lui-même qui vit on ne sait comment (Yuki), celui dont le père le laisse vivre seul et tient tête aux racailles l’air de rien juste par son aura lol (Natsu), ou encore la belle fille qu’on laisse errer comme ça dans la vie (Saitô), sans parler des personnages secondaires tout aussi caricatural comme la mannequin, le prof extorqueur, le prof pédophile, la fausse racaille, etc. Mais l’ensemble dégage un charme certain, un peu comme James Dean dans La Fureur de Vivre ou les ado d’Hartley Coeur à vif dans les premières saisons avec Nick. J’aime ça, ça me rappelle mon enfance !

Je n’ai donc qu’un seul regret maintenant que j’ai découvert cet artiste et cette série, ne pas avoir la suite et ne pas avoir accès à d’autres séries d’Atsushi Kamijo ou ses suiveurs en vf, mais je me dis qu’on y reviendra peut-être avec le succès inattendu du furyo en ce moment. Je croise les doigts en tout cas !

 >N’hésitez pas à lire aussi les avis de : Neun11septembre (sur Manganews), Vous ?

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©1986 by Atsushi Kamijo, © 1997 Editions Glénat

 

 

7 commentaires sur “Next Stop d’Atsushi Kamijo

  1. Ouaaah je ne connaissais pas du tout mais je vais chercher de bonnes occaz car ton article m’a donné envie de lire Next Stop fort fort! Je sens que je vais être frustré de ne pouvoir lire que 2 tomes mais j’ai regardé et j’aime beaucoup la patte graphique, merci pour cette découverte 🙂

    J’aime

      1. Idem j’avais déjà vu les couvertures dans des librairies d’occas il y a des années sans y prêter attention. Je les ai trouvé et déjà reçu pour pas cher et en effet le dessin a vraiment quelque chose!

        Aimé par 1 personne

    1. Ah la politique des couvertures de l’époque était assez particulière… Et il y a encore des éditeurs pour pondre des cadres tout moche autour d’images super belles, les réduisant à portion congrue…
      Heureusement, ça n’enlève rien à la richesse graphique du titre ensuite ❤

      Aimé par 1 personne

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