Livres - Science-Fiction

Vision aveugle de Peter Watts

Titre : Vision aveugle

Auteur : Peter Watts

Editeur vf : Le Bélial’

Année de parution vf : 2021

Nombre de pages vf : 448

Histoire : La Terre a été prise  » en photo  » depuis l’espace. Les mystérieux visiteurs sont-ils sur cet artefact découvert dans notre système solaire ? Le vaisseau Thésée part en mission. A son bord, cinq membres d’équipage recrutés avec soin : une linguiste aux personnalités multiples, un biologiste qui s’interface aux machines, une militaire pacifiste et un observateur, Siri Keeton, capable de déchiffrer à la perfection le langage corporel de ses interlocuteurs. Leur commandant est lui aussi bien étrange : c’est un homo vampiris, autrement dit, un vampire aux facultés intellectuelles remarquables. Pourtant, malgré leurs aptitudes exceptionnelles, rien ne peut les préparer à ce qu’ils vont découvrir lors de ce voyage terrifiant…

Mon avis :

Quelle expérience de lecture ! J’avais entendu avant même de lire ce roman que celui-ci était en quelque sorte la pierre angulaire des ouvrages de SF traitant de premier contact, de premières rencontres et qu’il était à la fois dense et singulière, mais je ne m’attendais pas à vivre cela ! Même si je n’ai pas tout compris à ce que j’ai lu, loin de là, je ressors particulièrement satisfaite et fascinée par cet auteur de Hard Science qui aura su me séduire sur deux ouvrages très différents.

En effet, cette année avec cette édition, Le Bélial’ nous offre de redécouvrir l’oeuvre phare de Peter Watts. L’an dernier, ils nous avaient déjà proposé avec Eriophora, une novella de hard sf particulièrement accessible, des réflexions très pertinentes sur notre rapport aux I.A. et à l’industrie du travail, mais il est question de tout autre chose ici. Cependant, l’éditeur avec l’esthétisme qu’on lui connaît nous offre une belle édition augmentée, d’un roman déjà paru il y a une dizaine d’année, avec à nouveau une couverture du plus bel effet signée Manchu.

Alors que contient ce texte que je tarde à vous présenter : il représente tout ce que j’aime (ou presque) de la SF, c’est-à-dire une histoire, dense, complexe, qui fait énormément réfléchir et en même temps des personnages profondément humains qui vivent une expérience totalement inimaginable. Tout commence lorsqu’une drôle de pluie s’abat sur la Terre du futur, les terriens s’aperçoivent alors qu’ils viennent en fait d’être pris en photo par une autre intelligence. Ils décident donc d’aller à sa rencontre mais ne sachant à quoi s’attendre, ils envoient cinq ambassadeurs : Siri Keeton un homme à qui il manque la moitié de son cerveau ce qui le rend inapte aux émotions et observateur parfait, Jukka Sarasti un vampire ressuscité par le génie génétique et personnage très mystérieux, Susan James une linguiste schizophrène ayant de nombreuses personnalités qu’on appelle le Gang, Amanda Bates la militaire du groupe qui tient sous sa coupe des robots guerriers et Isaac Szpindel un biologiste au corps modifié pour pouvoir s’interfacer aux machines. L’auteur nous embarque donc à leur côté pour aller à la rencontre de cette espèce qui semble s’intéresser à nous.

La plume de Peter Watts, comme dans Eriophora, se veut d’emblée accrocheuse, fluide et simple à la fois, elle nous fait rencontrer dans un premier temps son drôle de narrateur : Siri, de manière très simple. On se dit alors qu’on va suivre une aventure pleine d’allant et pas trop compliquée à suivre. C’était mal le connaître, car sous cette apparente simplicité se cachent des concepts qui vont peu à peu venir fournir sa réflexion et nous mettre, nous lecteurs, sur orbite !

Le récit mêle passé et présent, découverte de cette Terre augmentée, de la vie à bord et des manoeuvres faites pour rencontrer cette nouvelle espèce qui s’est manifestée à nous. Les premiers temps sont plaisants, on découvre une évolution possible de notre humanité faite de personnages augmentés et de créatures issues de notre bestiaire de monstres à qui on donne ici une existence et une évolution crédible. Puis peu à peu, on bascule dans le récit de la vie à bord où l’on découvre les particularités de chacun et un brin de leur passé parfois. C’est fort plaisant. Cependant, l’auteur prend un peu trop son temps et il noie légèrement le lecteur sous des pages et des pages qui auraient mieux fait d’aller droit au but car elles apportent peu au récit. Heureusement, il en est parfaitement conscient et corrige ce défaut dans la seconde partie.

En effet, à partir du moment où Peter Watts décide de prendre le taureau par les cornes et de s’intéresser vraiment à cette espèce extraterrestre à la rencontre de laquelle on va, le récit devient bien plus nerveux et proprement fascinant. Il manie alors des concepts pointus aussi bien en rapport avec les voyages dans l’espace, le fonctionnement du vaisseau et des habitants à son bord, qu’avec de la philosophie, de la neuroscience ou de la biologie expérimentale. Ça pousse le lecteur dans ses retranchements, ça l’oblige à être hyper attentif pour tenter de suivre et comprendre ce que l’auteur cherche à développer sous ses yeux sur la conscience de soi et l’intelligence, sur la forme d’existence que sont les Brouilleurs, sur la biologie des Vampires, sur la réalité des personnalités multiples, sur la vie en tant que personne câblées, sur la condition humaine en fait. C‘est très riche et complexe, parfois on se perd, mais c’est ce qui rend le titre encore plus marquant.

Comme le dit lui-même l’auteur, souvent quand il est question de Premier contact dans la fiction, on se retrouve au final avec quelque chose d’assez stéréotypée. Ici, ce n’est absolument pas le cas. En s’appuyant sur son imagination mais également sur des échanges avec des scientifiques dans différents domaines, l’auteur est le premier et le seul pour moi à vraiment écrire quelque chose d’original et de dépaysant. Il a réussi à imaginer des êtres à la fois intouchables, inimaginables et monstrueux dont le système de pensé, de communication et de création même n’a rien à voir avec le nôtre, mais à un niveau tel qu’on se triture vraiment le cerveau à suivre. Il couple en plus cela avec des réflexions vraiment très profondes de son héros, le grand observateur de la mission de part sa particularité, sur la conscience, l’intelligence et l’existence. On a donc l’impression d’être à la fois dans un ouvrage de science pointue et futuriste et dans un ouvrage de philosophie ultra fouillé. C’est remarquable.

Saluons en plus l’édition superbe du Bélial’ qui nous offre une préface d’eux-même et de l’auteur, une postface de celui-ci avec ses références, des parties introduites par des illustrations à l’ambiance parfaite et une courte nouvelle pour prolonger l’univers. Top !

Alors bien sûr, il faut s’accrocher. Bien sûr, je ne suis pas sûre d’avoir tout saisi ni compris. Bien sûr, cela nécessitera une nouvelle lecture. Mais rien que pour le vertige et la frayeur que j’ai ressenti avec cette rencontre hors du temps et de l’espace, j’ai envie d’y retourner !

> N’hésitez pas à lire aussi les avis de : Chroniques du Chroniqueur, Herbefol, Océan de pages, Capharnaüm éclairé, Ma petite bibliothèque, Vous ?

10 commentaires sur “Vision aveugle de Peter Watts

  1. Je ne connais pas ce livre (enfin je ne l’ai pas lu quoi). En général je ne lis pas les résumés de livres que j’ai peut etre envie de tenter, parce que j’aime bien entrer dans un livre totalement à l’aveugle et sans idées préconçus. Celui ci restera surement très longtemps dans les « peut etre, si j’ai le courage un jour », parce que j’ai pas du tout aimé Eriophora, étant incapable d’en apprécier les personnages que j’ai trouvé froids et pas agréable à suivre.

    Mais j’ai quand même lu quelques paragraphes et j’avoue que ça m’a fait rire quand tu dis « des personnages profondément humains » et dans le même paragraphe ensuite une liste avec dedans « un sociopathe » « un vampire (????? c’est pas censé être de la hard SF et donc rester dans le crédible scientifiquement parlant?? ou alors je me suis fait une mauvaise image de l’ensemble xD) » « une schizophrène » …
    Et vu comme ça, c’est à dire de très loin, ma première impression c’est « mais qu’est devenu l’humanité pour trouver bonne l’idée d’envoyer les personnes les plus bizarres et du coup les moins représentatives de l’humanité comme ambassadeur? » C’est genre « on ne sait pas quoi faire de ces inadaptés alors on les sacrifie? »
    Pas que je ne trouve pas l’idée intéressante, c’est juste la logique de l’ensemble qui me semble bizarre vu comme ça. Si on m’avait soumis le problème en me demandant d’imaginer un roman de SF sur cette question, j’aurais tout imaginé sauf cette solution, j’avoue xD

    Bref, ça ne me fait pas vraiment changer d’avis sur le point de savoir si je vais le lire ou pas, c’est à dire que je suis toujours aussi indécise, mais je suis contente que ça t’ai plu 😛

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    1. C’est vrai t’es pas plus avancé lol
      J’avoue que je ne me suis pas posé la question de la vraisemblance dans le choix de l’équipe tant ça coulait de source dans la façon dont c’est expliqué au fur et à mesure, tout comme le choix du vampire, ses origines, etc.
      Quant à la hard SF, pour moi, c’est surtout du point du vue des théories scientifiques ^^
      Bref, teste !

      J’aime

    2. ah le pourquoi de l’envoi de cette équipe. Ce n’est pas une ambassade, loin de là. Ce sont juste des personnes qui ne « comptent » pas, car trop bizarres, trop à la marge et donc leur survie n’est pas une priorité. De plus dans leur domaine respectifs, ils font partis des meilleurs pour remplir l’objectif.
      Leur mission est de fournir des infos sur la nature et les intentions à priori de l’entité en question.

      Aimé par 1 personne

  2. Il faut d’abord que je lise Eriophora, mais peut-être qu’un jour, j’oserai tenter ce roman… Parce que si tu n’as pas tout compris, j’ai un peu peur de ne rien comprendre. Cela ne m’empêche pas d’apprécier les récits faisant réfléchir tout en proposant une palette de personnages intéressants !

    Aimé par 1 personne

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