Livres - Mangas / Manhwa / Manhua

Sans complexe ? de Ryo Ikuemi

Titre : Sans complexe ?

Auteur : Ryo Ikuemi

Éditeur vf : Akata (M)

Année de parution vf : 2022

Nombre de tomes vf : 2 / 3 (en cours)

Histoire : Tsubomi vient de finir le lycée, mais contrairement à la plupart de ses camarades, pour elle, les études s’achèvent ici ! Sans passer par la case université, elle commence à travailler à temps partiel dans un vidéoclub de quartier… tout en squattant chez ses parents. Sans avenir, sans rêve, elle prend le quotidien comme il vient, tandis que sa cousine, de son côté, commence une carrière dans l’entertainment. En comparaison, Tsubomi se trouve bien ordinaire. Mais quand, au travail, elle rencontre Shiro et Nasukawa, le propriétaire d’un petit restaurant, la jeune femme complexée décide de se prendre en main. Cependant, la route est longue pour s’accepter…

Mon avis :

Tome 1

Akata ne pouvait pas me faire plus plaisir pour débuter l’année. Ils offrent enfin une possibilité aux lecteurs français de retrouver Ryo Ikuemi, cette autrice de mangas au féminin qui m’avait tant bouleversée avec Puzzle. Alors merci, merci, de lui offrir une nouvelle tribune en 2022.

Avec Puzzle, nous avions une oeuvre multi facette très humaine et poignante abordant notamment les difficultés de l’adolescence et la question du deuil. Avec Sans complexe ? c’est le passage difficile à l’âge adulte qui est mis en lumière par l’autrice mais non pas avec de jeunes étudiants comme bien souvent, mais plutôt avec une fille faisant des petits jobs et avec elle et ses rondeurs, la question du corps et des apparences sera également centrale.

Étant moi-même une ancienne obèse, je me suis tout de suite identifiée à l’héroïne, en qui j’ai reconnu mes difficultés à parler au sexe opposé, mon manque de confiance en moi, ou encore cette image négative que j’ai souvent de moi-même, malgré le souhait de changer. Je peux ainsi dire que Ryo Ikuemi une fois de plus vise juste et est très réaliste dans le portrait qu’elle propose de cette jeune femme.

Le titre se présente comme une tranche de vie, celle de Tsubomi surnommée Bomi qui après le lycée fait le choix de direct entrer dans le monde du travail. Sauf qu’au fond d’elle, elle reste une jeune ado, elle n’est pas encore une adulte et l’autrice va décrire avec beaucoup de subtilité et de bienveillance les fragilités de celle-ci. Le portrait de cette jeunesse à la recherche d’indépendance, à la recherche de maturité et à la recherche de soi est éclairante ici. L’air de rien, lors de petites anecdotes du quotidien, elle vise juste. Ainsi, on ressent à fond le plaisir que Bomi prend à dépenser son premier salaire pour lui. On ressent parfaitement aussi ses premières hésitations sur son lieu de travail. On est touché par le premier ami garçon qu’elle se fait. On s’amuse des sentiments qu’elle développe pour un autre garçon croisé au boulot. Cela rappelle beaucoup First Job New Life de chez Kana mais avec une sensibilité encore plus exacerbée.

Il faut dire que l’autrice n’a nulle pareil pour croquer des portraits de personnages parfaitement humains et attachants, que ce soit Bomi en qui je me suis reconnue comme je l’ai dit plus haut, ou Shiro, son jeune collègue, avec qui elle forme un duo très frais. J’adore leur dynamique reposant sur leurs différences. Là où elle est réservée, il est hyper ouvert. Là où elle est complexée, il est hyper franc et jovial voire un peu trop. C’est un personnage vraiment frais et solaire et qui fait un bien fou face à la morose Bomi et on aime le peps qu’il lui apporte. Cela déstabilise ainsi d’autant plus de le voir dans une relation sentimentale avec une autre fille, potentiellement assez sombre elle aussi, qui semble traîner de belles casseroles et qui sait appuyer là où ça fait mal pour Bomi. Pourquoi ? Par jalousie ?

Toute cette capture de l’âme humaine est vraiment bien réussie. On a de la peine pour Bomi et ses complexes relevant essentiellement de son corps qu’elle assume difficilement, encore plus avec la comparaison que les autres la pousse à opérer avec sa cousine. Et en même temps, on est plein d’espoir pour elle quand on la voit avec le désir d’apprendre à s’aimer. Je suis juste chagrinée qu’une fois de plus cela passe, peut-être il me semble, par des changements physiques, une perte de poids, un peu de maquillage, plutôt que par un apprentissage à apprécier son corps tel qu’il est, ce que j’aurais préféré et ce que j’espère voir dans ses relations futures avec les hommes.

En tout cas, il se dégage à nouveau une force poignante de ce récit. Si les compositions graphiques ne sont pas aussi percutantes que dans Puzzle, on retrouve cependant à nouveau tout le talent de l’autrice pour poser des ambiances en peu de pages, en peu de cases. Elle a un sens inné de la mise en scène percutante avec peu d’éléments, juste avec le bon objet, le bon angle, le bon cadrage et ça me fascine toujours de voir tout ce que je peux ressentir avec ce trait pourtant si épuré. Je suis fan aussi de la palette d’expression de ses personnages, de la jovialité, à la profondeur derrière un sourire ou un regard triste. Je la trouve magique.

Akata revient une nouvelle fois avec une série qui promet de me marquer. Fable banale d’un quotidien qui ne fait pas rêver, pourtant Sans Complexe ? émeut par son héroïne si vraie, si jeune, qui est encore en train de se chercher et fait de belles rencontres, qui ont l’espère, la mettront sur le bon chemin.

Tome 2

J’ai beau adorer l’autrice, sa façon de capturer les sentiments de ces jeunes adultes et le portrait de la société qu’elle propose, je suis très partagée sur le rapport au corps qu’elle offre ici. J’espère toujours un twist final car pour le moment, je n’adhère pas à cette valorisation du régime comme moteur de séduction…

En effet, nous retrouvons Bomi après un léger bond dans le temps et celle-ci a perdu bien du poids pour pouvoir séduire l’homme qui lui plaît et en mettre plein la vue à sa cousine. Cependant, malgré ces efforts qui sont certains, le résultat est plutôt triste car très peu reconnaissent son changement et leurs sentiments restent les mêmes. Ainsi même si ça me dérange énormément d’avoir une héroïne qui tombe dans le piège du régime pour plaire, je me dis que peut-être l’autrice cherche à nous dire justement que pour les gens ça ne compte et que donc ce n’est pas son poids qui compte mais qui elle est vraiment. Si c’est le cas, je suis à fond avec elle.

Dénoncer une société qui reposerait sur les apparences me plaît. Montrer qu’un beau corps ne fait pas tout me plaît car que ce soit Bomi ou son amie du lycée, on voit bien que malgré leur minceur, elles ne sont pas heureuses. L’amie de Bomi a des complexes d’insécurité qui n’ont rien à voir avec son apparence, elle ne tire donc aucune assurance de sa minceur et de la reconnaissance de sa beauté dans son boulot de mannequin. Quant à Bomi, malgré sa jolie silhouette, elle ne parvient pas plus à ses fins avec l’homme qui lui plaît et au contraire, elle vit une situation de harcèlement sexuel au boulot avec son nouveau manager qui a les mains qui traînent.

Dans tout ça, la seule constante est l’amitié entre Shiro et Bomi, qui existait déjà auparavant et se consolide encore. J’aime. Shiro le dit lui-même, il est bien avec elle. Il se sent en paix. Il peut être lui-même sans pression avec elle parce que c’est son amie et il en va de même pour elle. Mais n’est-ce pas plus de l’amitié qui naît entre eux quand on voit combien Shiro prend soin d’elle et la défend sans cesse même contre sa propre copine ? Une interrogation légitime mais que j’aurais aimé ne pas me poser, tant je rêve d’une histoire avec juste une belle amitié garçon-fille.

Cependant malgré mes bémols, j’ai adoré ma lecture. Je trouve l’écriture de Ryo Ikuemi vraiment belle et sensible, très fine et épouvante. En un rien de temps, elle a imaginé une héroïne souvent un peu morose mais plein de bonne volonté qu’on a envie de soutenir dans son parcours malgré ses maladresses dues à une méconnaissance des relations humaines, amicales ou amoureuses, avec des hommes. Son pendant masculin, Shiro est aussi super attachant dans ses relations avec les filles. On le sent maladroit mais il veut faire de son mieux. Il se comporte vraiment en ami avec Tsubomi mais ça inquiète légitimement sa copine, même s’il est très bien avec elle. Il est juste encore maladroit face à tout ça. La mangaka croque à merveille la complexité derrière l’humanité de ces relations pourtant commune dans le vie. C’est un très beau tranche de vie.

Avec son héroïne encore en plein cheminement personnel, Ryo Ikuemi nous offre un portrait d’une jeune femme actuel terriblement sensible avec des questionnements pertinents sur notre rapport au corps, à l’amour, à l’amitié homme-femme et dénonce la tyrannie de la beauté mais aussi le harcèlement sexuel des femmes. Un très beau josei.

 >N’hésitez pas à lire aussi les avis de : , Vous ?

© 2005 by Ikuemi Ryo / ©2022 Editions Akata

 

 

8 commentaires sur “Sans complexe ? de Ryo Ikuemi

  1. Je pense que ça pourrait me plaire et que, comme toi, je risque fort bien de m’identifier à l’héroïne… et prendre plaisir à découvrir son duo avec son collègue. Il est juste dommage que l’acceptation passe par le changement physique, d’autant que dans la réalité, ce n’est pas parce qu’on change de corps qu’on apprend à s’aimer… À part ce bémol, ce manga semble touchant et susciter chez les lecteur.ice.s pas mal d’émotions !

    Aimé par 1 personne

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