Livres - Mangas / Manhwa / Manhua

Ranking of Kings de Sosuke Toka

Titre : Ranking of Kings

Auteur : Sosuke Toka

Traduction : Sébastien Ludmann

Éditeur vf : Ki-Oon (Kizuna)

Années de parution vf : Depuis 2022

Nombre de tomes vf : 2 (en cours)

Histoire : Le royaume de Boss est en péril. Son fondateur, connu pour sa force herculéenne, est gravement malade, et l’héritier, le jeune prince Bojji, est loin d’avoir le profil pour prendre sa place… Sourd et muet, d’une faiblesse telle qu’il est incapable de manier l’épée, il est la cible de toutes les moqueries, du chevalier au paysan ! S’il accède au trône, le pays est promis à la déchéance dans le classement des rois, dont le principal critère est la puissance des souverains. De ce point de vue, c’est le prince cadet, Daida, qui remporte le soutien populaire…

Mes avis :

Tome 1

Cette année, Ki-Oon renoue vraiment avec leur amour de la fantasy mais une fantasy différente avec des thématiques dans l’air du temps et un traitement qui sort légèrement du lot. Ranking of Kings l’un des derniers phénomènes japonais s’inscrit dans cette dynamique.

Ranking of Kings, c’est le projet métaphorique d’un salary man de 40 ans qui décide de tout claquer pour se mettre au manga et mettre ses tripes dedans. Il parle donc de ce qu’il connaît, le mérite non récompensé quand on est différent et qu’on ne rentre pas dans les cases, alors que pourtant on fait de son mieux et que ce mieux mérite d’être regardé.

Alors pourquoi un tel phénomène ? Pas à cause des dessins qui sont clairement ceux d’un amateur même si on s’y fait au bout du compte mais on ne restera jamais à admirer la beauté ou la composition d’une page. On a plutôt l’impression d’être dans un ouvrage pour enfant maladroitement dessiné. Pas à cause de son histoire, du moins en surface, car elle est on ne peut plus banale avec ce jeune héros looser sourd-muet qui voudrait devenir roi à la place de son jeune frère bien plus parfait que lui. Pourquoi alors ? Parce que derrière ce classicisme se cache une belle profondeur.

En effet, on s’identifie très vite à ce jeune héros maladroit et mal aimé. On a de la peine pour lui mais on ne tombe pas dans le misérabilisme. Celui-ci étant très courageux, on a juste envie de l’encourager et de le voir réussir, de le soutenir donc dans ses actions, comme va le faire l’Ombre qui va se mettre à son service. Et surprise, au fil des chapitres, assez courts et bizarrement découpés, on va découvrir des personnages qui cachent leur vraie personnalité derrière des masques peu amènes. Ainsi, la méchante reine use de ses pouvoirs de guérisseuse pour le jeune prince au besoin, ainsi son père aux allures si terrible a voulu bâtir ce royaume pour lui, ainsi l’ombre moqueuse va tout faire pour l’aider, ainsi le jeune prince n’est pas si nul qu’on le croit.

Petit à petit, comme dans les contes pour enfants dont s’inspire largement l’auteur, les apparences vont se révéler trompeuses et nous allons découvrir un tout autre monde que celui que nous montre le premier chapitre. Entre influences de RPG avec ces Rois classés en fonction de leurs forces, et influences plus littéraires à la Rabelais, j’ai eu l’impression dans les dernières pages de tomber dans une version japonaise des Ogres Dieux, cette saga de BD française avec des géants à la tête d’un royaume dont l’héritier est de plus en plus petit et sans force par rapport à eux. Tiens, Bojji n’a lui aussi pas la force et la taille de ses parents.

L’auteur a construit son récit avec beaucoup d’intelligence, nous démontrant que petit à petit la profondeur de ses propos, avec un héros qui n’est pas si looser ou du moins qui n’est pas responsable de son état, mais aussi avec des valeurs qui se redéfinissent. Ainsi la méritocratie qu’on aurait pu croire mise en avant est bien plus nuancée au fil des chapitres, le traitement de la différence également, tout comme de la famille recomposée ou de la transmission intergénérationnelle. Je comprends pourquoi le texte a autant séduit les lecteurs.

Je sais qu’il existe également une version animée qui cartonne et ayant quand même un peu de mal avec l’aspect graphique du titre, je risque de me pencher dessus en espérant qu’elle soit plus belle mais aussi pour découvrir la suite des aventures émouvantes de Bojji dans des décors plus séduisants, car ici malgré une belle inspiration jeunesse, c’est quand même bien maladroit. Il faut dire que j’aime les beaux livres jeunesses de mon côté ><

Ranking of Kings est un phénomène éditorial assez singulier dans le paysage manga. Il a de quoi séduire un jeune public aussi bien qu’un public adulte grâce à sa double grille de lecture s’inspirant des contes pour enfants. J’y vois pour ma part une belle relecture d’une saga que j’adore et j’espère y retrouver un peu de sa profondeur, malgré la frustration d’un dessin vraiment très maladroit, mais les idées sont là et elles correspondent si bien à ce que j’aime en littérature jeunesse que ce serait dommage de passer à côté juste pour un dessin différent, comme il serait dommage de passer à côté d’un garçon comme Bojji parce qu’il est différent. Ki-Oon a encore osé un joli coup de poker, j’espère qu’il leur réussira !

(Merci à Ki-Oon pour cette lecture et leur confiance)

> N’hésitez pas à lire aussi les avis de : L’Apprenti Otaku, Les voyages de Ly, Vous ?

Tome 2

Après ma découverte de Ranking of Kings qui m’avait démontré une fois de plus que c’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleures soupes, j’ai eu envie de me pencher sur son adaptation animée tellement portée aux nues et j’ai eu un gros coup de coeur pour celle-ci. Rassurée par la direction prise par l’histoire, me voilà retour pour un tome 2 confirmant les belles qualités du premier.

Le ton volontiers enfantin de Sosuke Toka cache vraiment un univers bien plus riche et complexe que son dessin archi simple pourrait le faire croire. Exit la fantasy où tout est blanc ou noir, place à univers où sous couvert d’emprunter beaucoup aux classiques et codes du genre, l’auteur développe une histoire toute en nuance de gris qui fait palpiter notre coeur.

Je vais d’abord être honnête et confesser que j’ai toujours de mal avec le dessin maladroit du mangaka. J’aurais largement préféré un dessin plus beau et travail. Cependant, il a sa patte et ici cela offre une patine toute particulière à l’histoire de ce prince sourd et muet, qui doit donc s’agiter en tout sens pour se faire comprendre. En revenant à quelque chose de très pur, très simple, l’auteur s’oblige à vraiment mettre l’accent sur le sens de nos gestes et de nos actes, mais également sur l’importance de tout ce qu’on peut cacher aux autres à travers cela et c’est fort intéressant.

Il développe par exemple des personnages comme la reine mère Hiling, qui a l’air de tyranniser Boji, alors qu’en fait elle l’adore et fait plein de choses pour lui. Il y a aussi les chevaliers, membres de la garde royale, qui ne sont pas forcément ce qu’on croit et dont les rôles s’échangent bien vite contredisant ce que leur apparence et premières actions nous faisaient croire. C’est fort malin pour complexifier et approfondir l’histoire, mais également pour créer un attachement entre nous et les personnages.

D’ailleurs, c’est en utilisant une fantasy très classique que cela prend forme. En effet, en offrant au héros une quête personnelle pour regagner la place qui lui est due, l’auteur crée une vraie sympathie du lecteur pour le héros, accompagnant celui-ci dans ses aventures, ses réussites et ses échecs. On est touché par ce jeune Boji voulant absolument partir en voyage pour évoluer. Comment ne pas craquer face à son grand attachement pour l’ensemble des espèces humaines et/ou animales peuplant son royaume ? C’est un futur roi fort altruiste qu’on nous promet et qu’on voit grandir.

Ainsi même si ça avance de manière un peu téléguidée, avec un rythme étrange, parfois trop lent, parfois trop rapide, l’attachement envers Boji et ceux qui gravitent autour de lui se crée et rend cette lecture fort belle. On est touché par tous les non-dits et a priori qu’on peut avoir sur certains à cause de leur apparence, alors qu’on découvre en direct ou par flashbacks toutes les bonnes actions et beaux sentiments qu’ils cachent au fond d’eux. De plus, l’aventure commence à être vraiment au rendez-vous, entre un premier Prince qui bascule peu à peu du côté obscur et un second qui part à l’aventure pour s’endurcir et connaît quelques mésaventures en route. Ça fait très vite oublier les dessins à améliorer de l’artiste, surtout qu’il maîtrise déjà bien la science du découpage et du rythme des pages en revanche.

Prenant son temps et développant son univers et ses personnages, Sosuke Toka propose un deuxième tome solide avec aventure et belles relations humaines. J’ai toujours du mal avec les dessins mais j’aime la narration quasi silencieuse du mangaka qui nous oblige à nous appuyer sur autre chose pour transmettre émotions et paroles. C’est très intéressant.

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© Sousuke Toka 2019 / © 2022 Editions Ki-Oon

 

6 commentaires sur “Ranking of Kings de Sosuke Toka

  1. Merci !
    Je n’ai pas encore acheté le manga (c’est prévu) mais l’anime est tout simplement… mon favori des sorties récentes et peut-être tout court. C’est beau, c’est touchant, c’est intelligent. Je suis fan absolu. Et fiston a versé de grosses larmes à l’épisode 2 😉

    Aimé par 1 personne

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