Livres - BD / Illustrations

Les Pionniers : La Machine du diable de Guillaume Dorison, Damien Maric et Jean-Baptiste Hostache

Titre : Les pionniers : la machine du diable

Auteurs : Guillaume Dorison, Damien Maric et Jean-Baptiste Hostache

Éditeur : Rue de Sèvres

Date de parution : 20 avril 2022

Nombre de tomes  : 1 (en cours)

Histoire : 1894. Paris est au centre du monde. Artistes, inventeurs et industriels se fréquentent dans une grande fièvre. La technique est au centre de toutes les préoccupations. Les arts, comme l’économie ou les sciences, se rationalisent. Le monde entier semble en passe d’être mécanisé… Six personnes détiennent le même secret. Une invention démoniaque dont ils cherchent à comprendre le sens et maîtriser la puissance. Ils sont ingénieur, fils de boucher, magicien, forain ou jeune secrétaire-sténographe. Ils sont jeunes, rêveurs, ambitieux et vont devoir se démarquer. Ils se nomment Léon Gaumont, Charles Pathé, Georges Méliès, Louis et Auguste Lumière ou Alice Guy. Et leur enjeu s’appelle le Cinéma.

Mon avis :

Tome 1 : La machine du diable

En passionnée d’Histoire que je suis quand on me propose une vaste fresque sur les débuts du cinéma : son accueil par le public, ses innovations techniques et les grands noms qui en firent l’industrie qu’on connaît, forcément ça m’interpelle, surtout que je ne connais que peu le sujet.

Aux manettes, un trio fort pédagogue pour nous immerger dans cette histoire complexe entre innovation de l’appareil photo aux salles de cinéma qu’on connaît, et entre rivalité entre deux grands noms : Pathé et Gaumont.  Pour cela, Rue de Sèvres, l’éditeur, nous offre un très bel ouvrage à conserver dans sa bibliothèque avec dos toilé, papier ultra épais imprimé en France avec un superbe rendu de ces couleurs un tantinet sépia. On sent qu’ils ont mis les petits plats dans les grands et ça fonctionne très bien sur moi !

Avec Guillaume Dorison au scénario, d’après une idée originale, une documentation et des conseils historiques de Damien Maric et Jean-Baptiste Hostache aux dessins et à la couleur avec l’aide de Jean-Baptiste Merle sur ce dernier point, nous avons là un groupe d’auteurs chevronnés pour un ouvrage de qualité. Cela s’en ressent dès les premières pages avec une narration accrocheuse et un contexte historique soigné et immersif. J’ai adoré plonger dans cette France de la fin du XIXe siècle en pleine ébullition scientifique où le concept de brevet n’avait encore que peu d’importance. On y fait la connaissance de Charles Pathé, qui sera notre guide ici, qui jeune aventurier revient d’Amérique et cherche à faire fortune pour échapper au destin prévu par son père boucher. Rien à voir avec le cinéma et pourtant, il va vite être fasciner par les possibilités des évolutions des appareils en lien avec la photo et bientôt le cinéma et il va s’y lancer à corps perdu.

Pour le néophyte comme moi, c’est une plongée aride mais bien accompagnée qui se produit dans ce premier tome riche et dense. Nous y faisons la découverte de la course à l’invention et l’innovation en cette fin XIXe si fertile. C’est passionnant et fascinant de voir ces hommes et femmes courir après la nouveauté et essayer de sans cesse dépasser les autres juste avec un petit truc en plus mais qui se fil en aiguille va révolutionner la vie des gens. Nous le vivons de l’intérieur mais avec notre regard averti d’hommes et femmes du XXIe ce qui forcément fascine encore plus puisqu’on connaît l’impact de tout ça. J’avoue que malgré toute la bienveillance des auteurs, je n’ai pas toujours bien suivie et compris les évolutions techniques mises en scène mais c’est déjà passionnant de voir l’évolution générale de ce temps qui passe de la photo à l’image animée.

J’ai donc appris énormément de choses ici et c’est quelque chose que j’aime beaucoup, surtout quand c’est enchâssé dans une vaste intrigue comme ici, et ici tout est historique en prime. Je connaissais la rivalité entre Pathé et Gaumont mais je ne savais pas vraiment comment elle avait débuté ni à quoi elle ressemblait concrètement. Ici, on y assiste aux premières loges. Je savais que les frères Lumières étaient à l’origine de notre cinéma, je n’imaginais pas toutes les étapes entre ce moment et ce qu’on connaît désormais. Je connaissais leurs premières projections avec ces trains entrant en gare, je n’imaginais pas que le cinéma fut d’abord un spectacle de foire avant de se développer dans les salles qu’on connaît. Non vraiment, je ne connaissais pas grand-chose et j’ai vraiment appris plein de choses grâce à la pédagogie des auteurs et nous n’en sommes qu’au début.

J’ai apprécié que les auteurs mettent autant de données historiques. Ils parlent autant de la grande que de la petite histoire, des inventions que des hommes et femmes derrières, des grandes réussites que des grands échecs. J’ai ainsi appris sur les lampes qui permettaient de projeter et étaient bien dangereuses, sur les différents appareils permettant de produire des films, sur la façon dont ils étaient prêtés ou loués, sur les personnes derrières les premiers films aussi et sur leur philosophie différente : produire de l’imaginaire ou le reflet du quotidien. L’auteur parle aussi bien des hommes que des femmes derrière cette épopée, dressant un portrait souvent sans concession en montrant leurs réussites comme leurs erreurs, leurs qualités comme leurs défauts.

Il y a cependant, peut-être, un côté un peu trop classique et rigide ici qui rend cet ouvrage fort convenu. Faire un récit historique, un récit documentaire, ça empêche souvent de mettre son grain de folie et c’est malheureusement le cas ici. C’est passionnant à lire mais pas surprenant. Les dessins et la mise en page sont convenus et sans panache. Ils ont ce côté fidèle à la réalité qui me plaît mais il me manque aussi cette patte unique qui peut me faire vibrer.

Le premier tome de ces Pionniers est donc une réussite dans l’intention de ce groupe d’auteurs de nous produire une somme solide et passionnante sur la naissance et les débuts du cinéma. Grâce à une belle documentaire, on retrouve ou découvre fidèlement les inventions et les hommes et femmes qui ont permis la naissance de cet art. Entre des noms comme Pathé, Gaumont ou Méliès, on retrouve aussi des moins connus comme Mademoiselle Guy qui n’en fut pas moins importante. Une belle épopée qui ne fait que commencer et que je suivrais avec grand intérêt pour encore apprendre plein de choses.

> N’hésitez pas à lire aussi les avis de : SdiMag, Vous ?

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©Rue de Sèvres, Paris, 2022

8 commentaires sur “Les Pionniers : La Machine du diable de Guillaume Dorison, Damien Maric et Jean-Baptiste Hostache

  1. J’ai découvert cette semaine l’existence de cette BD, qui me rend quand même curieux malgré le côté convenu que tu souligne (j’ai surtout peur de ne pas en apprendre beaucoup compte tenu du fait que j’ai eu l’occasion d’étudier tout ça).

    Ca me fait aussi penser que le duo Catel et Bocquet ont proposé une biographie en BD de Alice Guy justement.

    Aimé par 1 personne

    1. Oui j’ai pensé à toi en lisant cette bd, si tu as l’occasion, par exemple au boulot, je serais curieuse d’avoir ton retour sur la justesse des propos.
      Et puisque tu la cites, as-tu lu Alice Guy et recommandes-tu ?

      J’aime

      1. Ma femme l’a lu, et elle la recommande comme tout ce que fait le duo Catel & Boquet (pour ma part j’ai lu Kiki de Montparnasse et je le recommande chaudement, du coup si Alice Guy est du même niveau, ça devrait être très bon !).

        Aimé par 1 personne

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