Livres - Mangas / Manhwa / Manhua

Tokyo en Avril… de Haru

Titre : Tokyo en avril…

Auteur : Haru

Traduction : Laurie Asin

Éditeur vf : IDP – Boys Love (Hana)

Années de parution vf : 2020-2021

Nombre de tomes : 2 (série terminée)

Histoire : Lorsque Kazuma arrive des États-Unis pour commencer à travailler dans une entreprise à Tokyo, il retrouve par hasard Ren, un ancien camarade de classe du collège, devenu graphiste réputé et chef d’équipe. Ren était le meilleur ami, le premier amour de Kazuma, mais les deux hommes ne se sont pas vus depuis dix ans, après une soudaine séparation lors d’un été mouvementé. Passé la surprise de leurs retrouvailles, Kazuma s’attend à redevenir aussi proche de Ren qu’il l’était autrefois, mais la distance que celui-ci pose entre eux l’étonne et le blesse.
Que s’est-il passé dix ans auparavant ? Ren aurait-il quelque chose à cacher à Kazuma ?

Mon avis :

Tome 1

Comme beaucoup, j’ai des gimmick que j’aime retrouver dans les titres que je lis et c’est encore plus le cas dans les romances dont je suis friande. C’est le cas des histoires entre anciens amis d’enfance. C’est sur cette base que je me suis lancée dans Tokyo en avril… dont en plus la poésie du titre m’attirait tout comme la douceur que je percevais entre les personnages sur les couvertures.

Avec ce titre, je découvrais comme beaucoup la mangaka HARU dont c’était la première oeuvre parue chez nous, mais ce court diptyque sera bientôt rejoint par un autre, également en 2 tomes, qu’IDP Boys Love compte sortir cet été : Tokyo quatre saisons. J’ai déjà hâte de le lire car en une série, l’autrice m’a convaincue qu’elle avait un talent certain pour les histoires émouvantes et importantes où elle savait jouer les funambules.

J’ai d’emblée aimé suivre une histoire sur deux amis qui ont été un peu ensemble au collège, qui se sont perdus de vue et qui se retrouvent adultes à bosser dans la même entreprise de publicité, l’un comme graphiste, l’autre dans les ressources humaines. C’est un gimmick que j’aime beaucoup et en plus, j’ai trouvé ça intéressant d’être en présence d’adultes dans le milieu de l’entreprise. Cerise sur le gâteau, l’autrice nous offre une narration qui oscille entre passé et présent, ce qui réserve sa part de mystère et est parfait pour titiller la curiosité du lecteur.

Premier point positif : le monde de l’entreprise est très bien rendu. C’est un cadre challengeant pour l’histoire car ça change des romances lycéennes ou des histoires d’adultes qui se cherchent également professionnellement. Là, on est avec deux professionnels, un script que je n’ai pas toujours eu la chance de lire dans les yaois de ma bibliothèque. En plus, l’autrice rend très bien la complexité de ce milieu, son exigence envers les employés, les jalousies qui existent, mais également le favoritisme et les boss qui ne se sentent plus et abusent de leur autorité. C’est très bien fait.

Mais ce qui m’a le plus charmée dans ce titre, ce sont clairement les héros, deux très beaux personnages émouvants avec une relation faite de non-dits qui crée une superbe tension et émotion tout du long. Les retours dans leur passé étaient en cela absolument nécessaires dans leur construction et sont très bien gérés. J’ai aimé découvrir d’abord Kazuma, puis Ren à travers ses yeux, avant que l’autrice inverse les rôles. C’était amusant de voir la fascination qu’ils exercent l’un sur l’autre sans le savoir dès leur première rencontre alors qu’ils sont tout jeunes. C’était émouvant d’en avoir un se sachant gay et se torturant pour ça, tandis que l’autre va se découvrir des sentiments pour son ami garçon sans se poser la question du gay ou hétéro. Rien n’est facile entre eux et en prime un drame assombri leur passé avec plein de non-dits. Kazuma ne sait rien de ce qui s’est vraiment passé, tandis que Ren se méprend quant à lui sur une partie de ce passé. Cela donne une histoire passionnante à lire mais également très émouvante et éprouvante tant elle prend aux tripes.

L’autrice fait preuve de beaucoup de générosité dans son écriture des personnages. Ainsi on a envie de soutenir les deux garçons pour qu’ils ouvrent leur coeur et réalisent leurs sentiments réciproques parce que pour l’instant ils sont trop tristes. Certes ils se sont rapprochés mais rien n’est encore clair entre eux et ça les fait souffrir. L’autrice est à la fois douce et crue avec eux. Elle montre que sentimentalement parlant, ce sont tout deux de grands enfants qui ont été marqués par leur expérience passée. En revanche, pour le sexe là c’est bien plus cru. Mais j’ai apprécié en même temps que l’autrice ose parler d’éléments spécifiques aux gays, comme les passifs et actifs, comme la difficulté de faire son coming-out et de s’assumer et donc le besoin de trouver des partenaires de manière parfois un peu glauque. C’était dur mais évocateur.

J’ai vraiment adoré ce premier tome, je me suis attachée aux personnages que j’ai vraiment eu envie de prendre sous mon aile et d’encourager à ouvrir leur coeur pour trouver le bonheur ensemble car ils le méritent et j’espère les voir ainsi assumer leur relation jusque sur leur lieu de travail pour en boucher un coin à tout le monde !

Tome 2 – Fin

Ce second tome m’a encore plus surpris que le premier. Moi qui pensais avoir seulement une romance entre deux amis ayant des choses à résoudre dans leur passé, je suis tombée sur une histoire puissante mettant intelligemment en avant le phénomène #MeToo. J’ai adoré !

Nous retrouvons les héros là où on les a quittés, dans une nouvelle relation bancale de sex friends qui débute entre eux et ne satisfait vraiment aucun des deux. L’autrice, à défaut d’être subtile, est touchante quand elle met en scène la façon dont Kazuma entreprend de briser les barrières de Ren, tranquillement en prenant son temps. On est touché par l’instauration petit à petit d’une vraie relation entre les deux qui va dépasser ce statut de sex-friend et faire tomber le masque sur ce passé qui les ronge.

L’autrice pour cela joue à nouveau d’une narration sur plusieurs temporalités, que je trouve à nouveau fort bien gérée et pertinente dans les propos qu’elle offre, suscitant souvent beaucoup d’émotion chez moi, car j’aime beaucoup les jeunes Kazuma et Ren et je trouve leur écho dans leur moi présent poignant. HARU se montre cependant assez crue et parfois malaisante dans la relation qu’ils entretiennent avec un Ren à fleur de peau qui cherche à bousiller leur relation en la rendant glauque. C’est donc d’autant plus beau de voir Kazuma lutter contre ça pour lui faire comprendre ses vrais sentiments et la force de ce qui les unit.

Cependant, l’autrice a plusieurs fois flirté avec le précipice pour moi. Elle plonge son histoire dans de nombreux drames qui sont parfois à la limite du too much pour moi qui ne suis pas très sensible à ce genre de mélodrame, mais elle réussit heureusement à chaque fois à éviter de justesse la chute. Ainsi quand on tombe sur le sempiternel passé caché, le mensonge, la révélation puis la fuite, heureusement 1/ ça ne dure pas, 2/ ça permet de tomber sur un sujet encore plus fort et 3/ ça permet de faire éclater le nuage au-dessus de leur tête en un moment de rare émotion.

Le sujet important que la mangaka a mêlé à son histoire, c’est le phénomène #MeToo, que je crois je rencontre pour la première fois en tant que tel dans un manga et que ça fait du bien ! Après avoir créé un cadre autour du milieu de l’entreprise assez crédible, elle y ajoute ce drame des employées violées par leur supérieur, lui-même couvert par son patron. A vomir ! L’histoire va alors prendre un tour dramatique qui a flirté avec les limites de ce que je peux supporter pour ma part avec une tentative de viol montrée en direct, je préfère prévenir, et une altercation verbale particulièrement violente à ce moment-là. Mais l’important, c’est que l’autrice ne met pas ça sous le tapis comme dans bien des séries, n’est-ce pas En proie au silence et Don’t fake your smile qui ne vont pas assez loin dans la condamnation de l’auteur du criminel. Ici, ce n’est pas le cas, la justice a lieu et j’en fus ravie !

Ce volet a vraiment permis à l’histoire de prendre une autre dimension et de m’offrir la fin que je souhaitais avec l’évolution du couple telle que je l’avais imaginée, celle d’un couple épanouie qui est allée au bout de sa concrétisation personnelle et professionnelle. Désolée pour le spoiler mais c’était important pour moi de le mentionner tant je suis souvent frustrée à ce stade. J’ai même eu droit aux petits moments de la vie quotidienne que je chéris tant et qui me font fondre face à la chaleur que les héros découvrent enfin dans leur couple. ❤️

Tokyo en avril ne fut pas exactement le titre que j’imaginais mais c’est justement pour ça que j’ai encore plus aimé ce que j’ai lu. J’ai été agréablement surprise par la profondeur d’écriture des personnages et de leur relation qui dépasse le cadre de la romance gay pour juste être une romance entre deux êtres qui se sont justement trouvés. J’ai adoré les trouvailles narratives de cette jeune autrice que l’on découvre chez nous et la puissance des thèmes qu’elle a osé aborder, même si elle a souvent flirté avec l’insoutenable pour moi. Elle a heureusement toujours réussi à ne pas aller trop loin dans le drame, la tragédie et la violence. Je sors donc conquise et je suivrai ses prochaines parutions.

 > N’hésitez pas à lire aussi les avis de : Demoiselle Tournesol, Vous ?

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5 commentaires sur “Tokyo en Avril… de Haru

  1. Je suis plus enemies to lovers, mais la relation que tu dépeins entre les deux hommes et leurs retrouvailles emplies d’incertitude et d’attirance a l’air très touchante. Et c’est intéressant cette alternance présent/passé que je rencontre plus souvent dans les thrillers que les romances.
    Si la dimension dramatique me fait un peu peur, le cadre de l’entreprise me plaît et encore plus le fait que l’autrice ose évoquer le phénomène #MeToo. Bref, je note, surtout en deux tomes !

    Aimé par 1 personne

    1. Oh j’aime aussi le ennemies to lovers (j’aime beaucoup de plots en fait xD) mais ça fait du bien aussi quand c’est un peu plus calme.
      Comme toi, j’ai été agréablement surprise de trouver cette alternance présent/passé ici.
      Et c’est tellement rare de voir le phénomène #metoo cité dans une oeuvre japonaise qu’il me fallait le souligner !

      Aimé par 1 personne

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