Livres - Science-Fiction

Etrangers de Gardner Dozois

Titre : Etrangers

Auteur : Gardner Dozois

Traduction : Jacques Guiod

Éditeur : Pocket (SF)

Année de parution : 2022

Nombre de pages  : 256

Histoire : La première fois que Joseph Farber vit Liraun Jé Genawen, il la trouva pleine de mystères. C’était durant l’Alàntene, « la Pâque du solstice d’hiver, l’Ouverture-des- Portes-de-Dûn » sur la planète Lisle. Pour l’extraterrestre, Farber bravera tous les interdits et tabous, jusqu’à se faire modifier génétiquement pour pouvoir s’unir à elle. Et pourtant, comme toutes les plus grandes histoires d’amour, leur idylle connaîtra une fin tragique…

Mon avis :

Une fois n’est pas coutume, c’est attirée par la superbe couverture de la réédition de Pocket que j’ai eu envie de découvrir ce roman datant des années 70 dont je n’avais pourtant jamais entendu parler. Puis, j’ai découvert que j’avais à faire à un auteur au parcours singulier, un homme qui en plus d’écrire romans et nouvelles était surtout le rédacteur en chef du magazine Asimov’s Science Fiction de 1984 à 2004, LE magazine de SF aux États-Unis. Ma curiosité était piquée.

Gardner Dozois est un auteur à la plume délicate et poétique qui m’a d’emblée rappelée celle d’Ursula Le Guin avec laquelle il partage aussi un univers commun ou du moins un intérêt commun pour traiter de manière ethnologique la société qu’il veut nous conter. Il n’a publié que peu de romans au cours de sa carrière : 5 dont 4 ont été édités chez nous. Il y a d’abord eu la novella Le Fini des mers publié chez Le Bélial’, « Une heure-lumière », Poison bleu, chez Denoël, « Lunes d’encre » coécrit avec George Alec Effinger, L’Étrangère/Etrangers, d’abord publié chez Denoël, « Présence du futur », Le Chasseur et son ombre, paru chez Bragelonne et coécrit avec George R. R. Martin et Daniel Abraham. Reste City Under the Stars (Version augmentée du roman court The City of God)  coécrit avec Michael Swanwick encore inédit chez nous. C’est donc un auteur qui s’est fait rare tout au long de sa vie puisqu’il est mort en 2018 à l’âge de 70 ans.

Le présent titre est plutôt court, à peine plus de 250 pages, et pourtant extrêmement complet et complexe. Avec une belle mélancolie et dramaturgie, il nous plonge dans la découverte d’une société aux us et coutumes très différents des nôtres avec lesquels nous allons pourtant essayer d’interagir et même plus. Un peu à la manière d’une Ursula Le Guin dans La Main gauche de la nuit, mais également un peu comme Barjavel dans La nuit des temps, il va décortiquer pour nous cette société à travers un couple maudit. Drame garanti !

J’ai beaucoup aimé plonger dans la découverte de cette altérité, cette autre civilisation avec laquelle les terriens ont établi des relations. C’était poétique et mélancolique, dramatique aussi à la Roméo et Juliette et tous ces couples maudits à travers l’Histoire. Il reprend à merveille les tropes du genre. On découvre lentement leurs us et coutumes mais le focus se fait sur nos méprises et mauvaises interprétations, incompréhensions de ceux-ci et les drames que cela engendre, ce qui est prenant et percutant. Pour cela, nous suivons un couple mixte, un terrien et une autochtone qui ont une sorte de coup de foudre. Une relation étrange se tisse entre eux, différente de celles qu’on connaît entre terriens, dans laquelle le héros semble trouver son équilibre malgré ses singularités. C’est à travers ses yeux et cette relation qu’on va découvrir leur société.

Cette société extraterrestre est par nature étrange à nos yeux, comme dans les romans d’Ursula Le Guin, on y découvre d’abord un pan très patriarcal où les femmes sont propriétés des hommes, mais les rôles sont quasi inversés à partir du moment où on parle de procréation et grossesse. On retrouve ainsi des pères nourriciers, avec trois tétons, et des femmes sans protubérance mammaire. Sociologiquement, elles gagnent aussi leur indépendance et forment une sorte d’élite sociale quand elles sont enceintes. On découvrira que tout cela est lié à l’évolution biologique de l’espèce et géologique de la planète, ce qui est fascinant.

Avec entrain nous plongeons donc dans la lente découverte insidieuse de cette société tellement différente de nous. On se sent parfois, comme le héros, un peu extérieur à ce qui se passe mais la fascination et la curiosité sont toujours là pour nous faire avancer. Un peu comme dans les récits picaresques où les héros conquérants partaient à la découverte des populations autochtones en vivant avec elles ou en étant capturés par elles, on découvre leur fonctionnement de manière un peu interloquée en faisant nombres spéculations qui tombent souvent à côté mais qui approchent de plus en plus de la vérité. C’est très entraînant, immersif et dérangeant à la fois avec une chute poignante. 

Avec talent et poésie, l’auteur offre une oeuvre mélancolique moderne qui interroge sur les rôles que la société fait peser sur chaque individu genré au sein du couple et de la société quand la procréation et la survie de l’espèce entrent en jeu. C’est lent, insidieux mais ça frappe juste et cela fascine. Une très belle plume et des idées fortes me donnent envie de découvrir ses autres oeuvres !

(Merci à Pocket pour cette lecture et leur confiance.)

> N’hésitez pas à lire aussi les avis de : Sometimes a book, Epaule d’Orion, Papillon dans la lune, BlackWolf, Fairy Stelphique, Amaruël, Nevertwhere, Lorkhan, Le chien critique, Nébal, Les Fantasy d’Amanda, Vous ?

8 commentaires sur “Etrangers de Gardner Dozois

  1. Je suis d’accord avec ton analyse et le coup de coeur pour la couverture (Aureliiiiiien !!!!). J’ai par contre un bemol : j’ai eu du mal à sentir l’amour dans le couple… du coup je passe un peu à côté de cet aspect.
    Bon, faut que je rédige ma chronique moi 😅

    Aimé par 1 personne

    1. Tu n’as pas tort, c’est un amour assez froid dans son expression, tu as raison, on est loin de la passion amoureuse et pourtant je me dis que ça doit exister les gens ultra pudique dans l’expression de leurs sentiments comme ça, alors ça ne m’a pas gênée surtout avec ce côté E.T./Humain.

      Courage à toi pour la rédaction, c’est toujours challengeant les oeuvres de SF pour ça, je trouve ^^

      Aimé par 1 personne

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