Livres - BD / Illustrations

Mortel imprévu de Dominique Monféry

Titre : Mortel imprévu

Auteur : Dominique Monféry

Éditeur : Rue de Sèvres

Année de parution : 2022

Nombre de pages  : 96

Histoire : Mariée à un riche mais violent médecin de Londres, Edith décide de partir en secret vers la lointaine Amérique pour une nouvelle vie, et y fera la rencontre de Hans, un charpentier dont elle tombe rapidement amoureuse. Poussée par ses sentiments, elle décide de suivre ce dernier dans sa ruée vers l’or, dans le grand nord canadien. Sur place, ils établiront un camp avec trois hommes rencontrés durant leur voyage. Malgré ses personnalités éclectiques, le groupe d’apparence soudé entreprend d’affronter le rude hiver, son froid glacial et les loups affamés rôdant aux alentours. Mais l’isolement et l’avidité peuvent aussi pousser bien des hommes vers les plus sombres et primitifs de leurs aspects…

Mon avis :

Avec sa couverture très happante, Mortel Imprévu a de suite attiré mon attention. J’avais l’impression d’y voir une ambiance sombre et dangereuse comme dans The Revenant, le film avec Di Caprio, qui mettait en scène la rudesse de la nature nord américaine.

Je découvre avec ce titre le travail de Dominique Monféry, un homme aux multiples étiquettes, qui est réalisateur, animateur et superviseur d’effets visuels. Il travaille dans le milieu de l’animation depuis 1987 et a commencé sa carrière chez Disney avec La Bande à Picsou, le film : Le Trésor de la lampe perdue en 1989. Il a ensuite travaillé sur des films comme Hercule, Tarzan, Kuzco ou l’Atlantide. Il a également réalisé Franklin et le trésor du lac ou Kérity la maison des contes, toujours dans le domaine du film d’animation pour enfants. C’est donc le grand écart ici dans cette histoire très adulte qu’il nous propose. 

Avec un trait très immersif et cinématographique, qui n’a pas été sans me rappeler parfois celui d’Yslaire, Dominique Monféry nous embarque dans une aventure qui doit tout à la survie dans l’Amérique du XIXe siècle (?) ou plutôt les paysages sauvages du Grand Nord. Aux côtés d’une femme qui a fui un conjoint violent, il nous fait vivre une aventure dont on ne reviendra pas indemne.

Edith Womble débarque en Californie pour débuter une nouvelle vie. Dans ces grandes demeures qui peuplent alors les territoires américains, elle retrouve l’amour et avec lui, elle part en quête d’un avenir meilleur. C’est la grande mode des chasseurs d’or. Ils intègrent alors un groupe et participe aux recherches, vivant également en bonne harmonie avec les autochtones, mais un jour alors qu’ils sont coincés dans leur cabane par les grands froids, l’un d’eux déraille !

J’ai adoré la peinture de décor historique faite par l’auteur. Il y a vraiment une belle épaisseur en elle. On y croit quand on voit Edith arriver en Californie, puis partir avec son nouveau compagnon, et participer à cette recherche d’or. La vie simple de ces gens dans une nature encore sauvage et sommaire est crédible. L’auteur n’a pas besoin d’en faire des tonnes et de s’y attarder pour que ça fonctionne, ses dessins et son histoire font le reste.

Son histoire, parlons-en. Je n’avais pas assez fait attention au titre car elle m’a bien surprise. J’ai adoré ce moment où elle bascule quand la folie s’empare de l’un d’eux. On retrouve alors un portrait d’une nature et surtout d’une âme humaine terriblement sauvage qui font froid dans le dos. C’est âpre, brutal et imprévisible. Ces instantanés pris au vol nous saisissent et plongent dans une certaine perplexité. On est confronté à une violence qu’on attendait pas et qui semble au final assez inéluctable.

J’ai beaucoup aimé son analyse fine et cruelle des ressorts de l’âme humaine face à une situation qui lui échappe et où la survie est le premier enjeu, que ce soit face à un homme devenu fou ou face à la nature qui nous saisit à la gorge. Le discours de l’auteur est très fin. Il va même sur le terrain du féminisme avec l’histoire de son héroïne vis-à-vis des hommes de son passé et son présent : fuite d’un mari violent, découverte d’un compagnon qui peut faire peur. C’est un portrait qui m’a plu. Edith est une femme à la fois sensible et à poigne.

Mortel Imprévu a donc très bien porté son titre pour moi. Il a su me capturer et me surprendre avec un voyage dans une Amérique âpre et encore sauvage qui correspondait à merveille avec la noirceur et la rudesse de l’âme humaine mise en scène. C’est un beau récit à l’ancienne sur les risques de la vie dans ces contrées-là, à cette époque-là, desservie par un dessin personnel et immersif qui m’a happée. Un intense récit de survie.

Merci à Rue de Sèvres pour cette lecture !

> N’hésitez pas à lire aussi les avis de : Les Voyages de Ly, Vous ?

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9 commentaires sur “Mortel imprévu de Dominique Monféry

  1. Je trouve que la couverture nous donne déjà cette impression de violence latente avec cet homme au visage non identifiable et a l’air déterminé, voire farouche. Si de prime abord, elle ne m’attire pas outre mesure, j’aime beaucoup les illustrations. Quant à l’histoire, elle a l’air d’être sombre comme je les aime, l’âme humaine pouvant nous conduire dans des recoins et recoins peut-être plus dangereux que les pièges que la nature peut nous réserver.
    Je note le titre d’autant que l’aura de folie qui semble planer sur l’un des personnages m’intrigue beaucoup tout comme la dimension féministe apportée par le personnage féminin.

    Aimé par 1 personne

    1. Oui ce fut aussi une surprise malgré la couverture qui donnait le ton de découvrir quelque chose d’aussi sombre et violent mais tout à fait crédible et réaliste. Je ‘e pensais pas aimer ce genre d’histoire très américaine en plus mais j’ai adoré.

      Aimé par 1 personne

  2. Moi je n’ai pas du tout accroché à l’histoire. Autant je trouve le dessin superbe et la mise en couleur, le découpage, tout m’a plus. Autant j’ai trouvé l’héroïne insupportable. J’ai eu beaucoup de mal avec son entêtement. Je l’ai trouvé très antipathique du coup j’ai du mal à m’attacher (j’aurais d’ailleurs préféré un fin plus… cruelle)

    Aimé par 1 personne

    1. Je comprends parfaitement ton sentiment mais moi ce côté « anti-héroïne » du coup m’a plu. J’aime quand on ne nous brosse pas dans le sens du poil. Mais je comprends très bien combien ça peut faire sortir du récit dans ces cas-là U.U
      Au moins l’aspect graphique t’a séduit, c’est déjà ça 😉

      J’aime

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