Livres - Mangas / Manhwa / Manhua

Le Roi Cerf de Nahoko Uehashi et Taro Sekiguchi

Titre : Le Roi Cerf

Auteurs : Nahoko Uehashi (oeuvre originale) et Taro Sekiguchi (manga)

Traduction : Jean-Philippe Dubrulle

Éditeur vf : Casterman (Sakka)

Années de parution vf : 2022

Nombre de tomes : 1 / 2 (série en cours)

Histoire : Van était autrefois un valeureux guerrier du clan des Rameaux solitaires. Défait par l’Empire de Zol, il est depuis leur prisonnier et vit en esclave dans une mine de sel. Une nuit, la mine est attaquée par une meute de loups enragés, porteurs d’une mystérieuse peste. Seuls les rescapés du massacre, Van et une fillette, Yüna, parviennent à s’enfuir. L’Empire de Zol ne tardant pas à découvrir leur existence, il mandate Hohsalle, un prodige de la médecine, pour les traquer afin de trouver un remède. Mais Hohsalle et Van, tous deux liés par le fléau qui sévit, vont découvrir une vérité bien plus terrible.

Mon avis :

Tome 1

Quand j’ai vu passer l’annonce du Roi Cerf, je me suis dit : « Encore un titre de fantasy, ça n’arrête pas. » et sachant que la série serait courte, je suis passée à autre chose. Puis j’ai vu au cinéma la bande-annonce du film dont il est adapté et alors les grosses références à Princesse Mononoke m’ont terriblement donné envie de le découvrir. Ai-je eu raison ? Totalement car j’ai adoré ma lecture !

Gros pavé de plus de 300 pages, ce premier tome sur deux du Roi Cerf, nous est présenté par Casterman dans une bien belle édition à la jaquette sur papier canson et avec les pages couleur du début conservées ainsi que le cahier de croquis final. Ça fait déjà plaisir à voir !

Puis quand on ouvre, nous y faisons la rencontre d’une histoire, comme je le disais, fortement inspirée d’une mythologie semblable à celle de Princesse Mononoke, la dimension écologique en moins et politique en plus, qui me rappelle énormément des romans de fantasy que j’adore lire. L’auteur nous plonge dans un univers où deux peuples peinent à cohabiter suite à l’invasion de l’un chez l’autre et à la fausse entente cordiale qui y règne depuis. Comme pour symboliser ce mal qui ronge les relations entre les deux peuples, une mystérieuse maladie s’abat uniquement sur l’un d’entre eux, portée par d’étranges loups noirs.

L’immersion dans l’univers est totale. J’ai beaucoup aimé être d’emblée totalement dépayser et rester en permanence dans cette ambiance entre mystère fantastique et déchirement politique qui vient impacter sur les peuples. Les deux dimensions se marient très bien autour de l’aventure qui nous est proposée, qui démarre dès les premières pages et ne faiblit jamais ensuite, alliant étrangeté, mythologie, politique et relations humaines sous couvert d’une sorte de malédiction qu’un médecin tente cependant de combattre.

Tout commence dans les tréfonds d’une mine, aux côtés d’un prisonnier différent des autres : Van, ancien chef de guerre, enfin plus précisément chef du clan des Rameaux solitaires, des hommes qui étaient les seuls à monter des cerfs pour combattre l’ennemi Zolien. Il va être témoin de l’attaque de cette mystérieuse maladie portée tel un nuage vengeur par des loups noirs venant mordre et contaminer les Zoliens et laissant les Aquaféens tranquille. Il sera lui aussi mordu mais ne mourra pas suite à cela contrairement aux autres, et il pourra ainsi se sauver, avec la jeune Yuna, qu’il prend sous son aile, rejoignant ainsi sa forêt chérie.

L’aventure nous saisit de suite avec cette aspiration de Van, apparemment, à retrouver sa tranquillité d’avant, mais pourchassé par une traqueuse à la solde de l’Empire Zol car un médecin voit en lui la réponse au Mittsual, la Fièvre du loup noir qui ronge les Zoldiens juqu’aux plus hautes sphère. Nous allons donc suivre Van dans sa fuite, mais également les Zoldiens dans sa poursuite et les troubles qui éclatent au sein de leur Empire dans les plus hauts niveaux. C’est un mélange assez passionnant.

J’ai beaucoup aimé découvrir les personnages des deux côtés de cette histoire tout sauf manichéenne. Certes Zol est l’attaquant au départ mais on le voit aussi en position de victimes involontaires et c’est parmi ses membres qu’on cherche une solution à cet étrange Mittsual. Le docteur est ainsi un personnage qui me plaît beaucoup, car il se contrefiche de la politique, lui il veut juste trouver un remède pour soigner le plus de gens possible. Quant à Aquafa, c’est peut-être le pays qui a été attaqué, mais il ourdit désormais un complot pour prendre sa revanche et dans tout ça demande peu aux petites gens ce qu’ils en pensent. Van semble d’ailleurs très détaché de cela, aussi dans le présent que par le passé, et cela interroge sur la politique de ce pays.

Mais au-delà de cette dimension politique importante et de cette maladie brutale, effrayante et mystérieuse dans sa manifestation quasi mystique rappelant le mal de Princesse Mononoke, il y a ici de bien belles relations qui sont portées à notre regard. Tout d’abord, revenons sur le titre : Roi Cerf, il en dit long sur la relation de Van avec les pyuika, sortes de cerfs, et la nature. C’est très beau et sincère de le voir évoluer avec eux. Puis, il y a également la jeune Yuna, avec qui il va se comporter tel un père, la protégeant et l’élevant pour qu’elle grandisse et sache sa débrouiller. Enfin, sa rencontre avec des éleveurs de puika va aussi donner naissance à de belles scènes d’amitié dans ce coin du monde tranquille où chacun a le coeur sur la main. C’est reposant. La série est donc très humaine également.

Je suis un peu plus réservée pour l’aspect visuel, que je trouve un peu pauvre par moment. Il se dégage vraiment quelque chose de l’ambiance des décors, des costumes, de la mise en scène du déploiement de cette Fièvre du loup noir, mais après le dessin des personnages n’a rien d’extraordinaire et est assez plat et convenu, avec peu de trait et de profondeur. Les personnages sont tous très lisses graphiquement parlant et je m’attendais à quelque chose de plus fort. On sent que le dessinateur n’a pas cherché à imposer sa patte et est resté proche du film d’animation, qui est lui-même assez lisse et rappelle parfois un style datant des années 70-80… C’est dommage, il y avait matière et possibilité, il suffit de voir quand il est en mode « conte noir », c’est superbe !

Envie d’être dépaysé le temps d’une histoire de malédiction dans un monde de magie proche de la nature où un pays envahisseur se fait punir par des loups vengeant les assiégés, venez lire cette histoire terriblement humaine qu’est Le Roi Cerf où les méchants et les gentils se confondent dans un monde plein de gris mais plein d’amour aussi avec ce héros taiseux pour rassurant et solide. Aventure garantie.

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©Editions Casterman, 2022

 

13 commentaires sur “Le Roi Cerf de Nahoko Uehashi et Taro Sekiguchi

  1. J’ai tout de suite craqué pour la couverture, mais je ne pensais pas ce premier tome aussi riche que ce soit dans sa dimension politique ou les relations entre les personnages. Le fait que ce ne soit pas manichéen me donne encore plus envie de me lancer parce que si j’aime la fantasy, beaucoup de livres manquent peut-être de nuances. Je l’ai feuilleté rapidement et les dessins ne m’ont ni marquée ni choquée, mais vu la couverture, on aurait pu s’attendre à quelque chose de splendide à ce niveau….

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  2. Sur le papier, ce manga me tente beaucoup mais le dessin un peu lisse me refroidis donc je ne sais pas si je vais craquer. La manière dont tu décris l’histoire donne pourtant envie de découvrir ce riche récit.
    Je pensais que c’était un one shot mais le manga comporte plusieurs tomes en fait?

    Aimé par 1 personne

  3. J’ai de suite été attiré par la couverture en voyant ce manga. En plus elle a une texture agréable au toucher. J’ai bien aimé la lecture aussi, même si j’ai trouvé ça parfois un peu lent. J’essaierai peut être de voir le film à l’occasion, après avoir lu le tome 2 du manga.

    Aimé par 1 personne

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