Livres - Science-Fiction

Sous la lune brisée d’Anne-Claire Doly

Titre : Sous la lune brisée

Auteur : Anne-Claire Doly

Éditeur : Mu (label de Mnémos)

Années de parution : 2022

Nombre de pages  : 554

Histoire : Sous les fragments jumeaux de la lune brisée, la République des Neuf Cités tente de survivre sur un continent convalescent, menacée par la corruption grandissante du pouvoir et une guerre aux frontières qui ébranlent le régime des Gardiens.
Des usines métallurgiques où la gronde est plus forte chaque jour aux montagnes ocres où se massent les réfugiés, chacun devra faire face à ses choix, ses secrets et ses désirs pour échapper au chaos, et tenter de dessiner un autre avenir.

Mon avis :

Autant je connais les romans de Mnémos depuis un certain maintenant, autant je ne m’étais jamais intéressée – à tort – aux parutions de leur label Mu, un oubli que je viens de réparer plutôt avec réussite, en allant à la découverte du premier roman d’une professeure de philosophie française : Anne-Claire Doly, que je compte bien suivre désormais.

Avec un premier roman ambitieux, de plus de 500 pages quand même, celle-ci nous embarque dans un univers de SF post-apocalyptique où la Lune a été brisée, ce qui a drastiquement changée la Terre et surtout la civilisation qui peuple celle-ci. L’autrice nous emmène à la rencontre de trois personnages, trois destins, qui vont lutter contre le système très contraignant dans lequel ils vivent et pour cela s’inspire d’une littérature que j’aime beaucoup, celle d’autrices comme Ursula Le Guin et N.K. Jemisin, dont j’ai eu l’impression de retrouver à plusieurs reprise l’ambiance de son chef d’oeuvre La Terre Fracturée.

Pour autant, je m’attendais à avoir un ambitieux décor d’une Terre post-apo avec cette Lune brisée et j’ai été un poil déçue que l’autrice ne brode pas dessus. Elle en parle brièvement mais ne fait qu’esquisser ce changement pour se focaliser ensuite plus sur les dynamiques des nouvelles relations humaines établies que sur les changements géographiques, climatiques ou géologiques. Je suis un peu frustrée.

Cependant, je dois avouer que j’ai été emportée par l’histoire de ces trois personnages et ce qu’il leur arrive dans cette nouvelle société que nous dessine l’autrice. Cela n’a rien d’original mais les thèmes et propos invoqués par l’autrice sont forts et bien développés tout au long de son histoire, qui est ma foi fort longue et aurait pu souffrir d’un étiolement, ce qui n’est pas le cas, malgré un gros creux que j’ai ressenti au milieu… La fin est forte et assène de belles vérités qui font mal.

Nous nous retrouvons ainsi à suivre, dans cette vaste fresque, trois héros très différents mais aux aspirations similaires : être libre et balayer les diktats de cette société restrictive et toxique. Il y a d’abord Aulis, le fils d’une prostituée, fille d’un haut dignitaire de cette société, qui gagne sa vie en couchant avec l’élite de la cité. Aulis a donc une vision totalement biaisée et sombre des relations humaines. Par relation interposée, il croise Ariane, la demi-soeur de sa mère, qui est en apparence une femme médecin assez indépendante, qui remet en question la société très patriarcale et dominante dans laquelle les femmes doivent coucher avec des hommes tirés au sort lors de certains jours liés au cycle lunaire afin de pouvoir procréer et assurer une descendance plus nombreuse à cette humanité qui manque d’enfants. Elle s’y est toujours refusé jusqu’à ce qu’un ami de son frère, le toxique Alexandre, fasse une fois de trop pression sur elle. Et suite à une rencontre dans sa clinique, avec un homme différent de ce modèle, elle va se rendre compte de toutes les oppressions qu’il vit au quotidien depuis toujours. Enfin, il y a Hadrian, fils d’un des dirigeants de cette société, envoyé à l’écart comme enfant puis adulte soldat pour réprimer toute aspiration de rébellion de certains. Il va se lier et entretenir une relation homosexuelle avec l’un de ces rebelles, ce qui est formellement interdit sur les deux points.

Nous allons, ainsi, au cours de longs chapitres, en moyenne près de 50 pages à chaque fois, suivre le parcours de chacun. L’autrice plante d’abord le décor, nous faisant découvrir leur quotidien dans cette Terre qui nous est étrangère et cette nouvelle société singulière mais pas si différente des nôtres autrefois quand le patriarcat était encore plus fort qu’à présent et qu’il ne fallait pas dévier de la norme établie. Puis peu à peu, elle fait découvrir à ses personnages et à nous ce qui cloche dans les relations abusives familiales et « romantiques » qu’ils ont. Leur cheminement est long et complexe, souvent rude et douloureux. Ils sont victimes d’abus et l’autrice n’hésite pas à mettre les mots dessus, que ce soit en parlant de viol, de rejet familial, de séquestration d’une femme, etc. La voix pour s’en sortir n’a rien de simple, elle passe par la rébellion par l’esprit d’abord puis par les actes. Il y a révolution, il y a euthanasie, il y a mort également. C’est volontairement sombre mais un sombre tout sauf racoleur et profond au contraire.

J’ai beaucoup aimé le rythme et la plongée dans l’univers dans les premiers chapitres. J’ai eu un gros coup de mou au milieu suite à une pause de 2-3 jours dans ma lecture. Je me sentais perdue dans les personnages et ce qui se passait et en plus ça ne me passionnait pas. Puis quand les personnages, auxquels je m’étais quand même attachés, ont fait preuve d’introspection et que la révolte de chacun s’est mise en place, j’ai raccroché aux wagons et j’ai adoré le final.

Il y a certes des longueurs mais la teneur de ce roman et son ambiance, très proche par certains côté de La Terre Fracturée de N.K. Jemisin, avec cette Terre ravagée mais proche de nous, cette société qu’on pense en bonne voie mais au final très patriarcale et enfermante. J’ai vraiment beaucoup aimé ce qu’elle décrivait des destins de ses personnages, de leurs abus à leur lutte contre ceux-ci, transformant les chenilles en papillons. C’était dur, rude, mais tellement jouissif et émouvant. J’ai hâte de voir ce que l’autrice a encore à proposer sur le sujet et comment elle l’amènera, quels mots et maux elle choisira avec sa plume si forte et pourtant fragile comme du cristal parfois.

(Merci à Mu et Mnémos, pour cette lecture.)

> N’hésitez pas à lire également les avis de : La Geekosophe, Yuyine, Feygirl, Vous ?

3 commentaires sur “Sous la lune brisée d’Anne-Claire Doly

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