Livres - Mangas / Manhwa / Manhua

Shinjuku Elegy de Kazuko Makino et Yukio Gotô

Titre : Shinjuku Elegy

Auteurs :  Kazuko Makino et Yukio Gotô

Traduction : Alexandre Fournier

Éditeur vf : BlackBox

Année de parution vf : 2022

Nombre de pages  : 206

Résumé : Dans Shinjuku Elegy, le duo Kazuko Makino / Yukio Gotô nous plonge dans le quartier éponyme de Tokyo à travers quatre histoires.
L’illusion du bonheur : Shigeru, rabatteur peu scrupuleux, tombe sous le charme de Yukiko, une jeune fille aveugle perdue dans la jungle urbaine.
Sans-le-sou : Toshio, un rockeur dans le besoin, croise la route d’Ai, riche héritière avide d’aventures loin du cocon familial.
Good bye : Takeshi, vendeur ambulant de breloques, se voit forcé d’adopter une petite fille qu’il croit abandonnée.
L’illusion du bonheur – Partie 2 : suite à une bagarre pour sauver une demoiselle en détresse, Umitarô, le fils de Yukiko et de Shigeru, enfile les gants et se lance dans le monde de la boxe…
Quatre nouvelles pour découvrir les mille et une facettes de l’âme humaine et du quartier chaud de la capitale !

Mon avis :

Un an après avoir publié La Fureur du samedi soir, BlackBox revient avec deux recueils de nouvelles du duo Kazuko Makino et Yukio Gotô. Je vous ai parlé récemment du premier : Regent Story, celui dont la couverture me tentait le plus. Je reviens aujourd’hui avec le second : Shinjuku Elegy, qui contrairement à ce que je croyais est mon préféré des deux !

On retrouve dans les deux recueils la même volonté des auteurs de croquer une époque, celle des années 80 et un pan de la société, les jeunes en particulier ceux qui partent à la dérive et flirtent avec un pan assez marginal de la société japonaise : les yakuzas. Si dans le premier recueil j’avais trouvé ça bon enfant et dramatique mais souvent violent, j’ai trouvé une plus grande liberté et envolée lyrique dans ce second recueil, bien que le drame et la violence soient aussi présents.

Au cours des quatre histoires de ce recueil, on se retrouve dans le célèbre quartier de Shinjuku à suivre de jeunes marginaux, apprentis yakuzas, adolescents en fuite, mères célibataires, etc. Souvent les jeunes femmes sont en détresse et se retrouvent entre les mains d’hommes peu recommandables. Il y a un côté très caricatural dans tout cela, accentué par l’humour cocasse et un peu lourdingue des auteurs, auquel j’adhère mais qui est particulier. Il y a surtout une sorte de banalisation de ces violences faites aux femmes qui vraiment me dérange à nouveau, comme c’était le cas dans l’autre recueil. Heureusement que l’éditeur nous avertit en avant propos ne pas cautionner cela, car voir des femmes malmenées à chaque histoire et parfois finir en couple avec celui qui les malmène, m’a pas mal dérangée.

Alors pourquoi éditer et publier ces histoires chez nous ? Probablement parce que malgré tout ils sont le reflet d’une époque. Le duo d’autrices n’hésite pas en effet à parler de la façon dont les yakuzas manipulent et instrumentalisent des ados et jeunes adultes pour en faire des hommes de paille ou des prostituées. Ça parle en effet de bains turcs et autres lieux d’exploitation des femmes contre leur volonté. Ça parle aussi de comment on piège de jeunes garçons à l’aide de menace et autre « testament » pour les faire entrer dans le jeu. Ainsi sous ses dehors légers et comiques, les histoires sont assez sombres.

On retrouve d’ailleurs cette dichotomie dans les dessins mêmes de Kazuko Makino, qui ont quelque chose d’un peu grotesque et clownesque, notamment dans les mouvements de ses personnages tout en jambe, qui s’agite comiquement, rappelant un certain théâtre grotesque japonais. Mais qui ont également un côté très dramatique avec les grands yeux larmoyants de ses héroïnes et les effets de surjeux de ses héros lorsqu’ils sont en danger, qui rappelle les mangas dramatiques des années 70. On sent une belle maîtrise de ses classiques pour la mangaka. De plus, détail non négligeable pour moi car fort séduisant, elle s’amuse à briser le quatrième mur dès les premières pages en venant discuter avec nous pour nous interpeler quant au sort de ses femmes alpaguée par les petites frappes. Cela permet de directement entrer dans son univers et c’est assez chouette !

Donc même si je suis assez gênée par cette représentation de la femme et des nombreuses violences qu’elles subissent, j’aime assez le ton plein d’allant et l’humour cocasse et grand-guignolesque des autrices, reflet d’une époque, qui offre un portrait assez saisissant des dessus de Shinjuku, un quartier tellement à la mode dans les décennies suivantes qu’on en a oublié les travers d’avant.

>> N’hésitez pas à lire aussi les avis de : …, Vous ?

6 commentaires sur “Shinjuku Elegy de Kazuko Makino et Yukio Gotô

    1. Je te rejoins, c’est pour ça que j’ai trouvé important de le mentionner. Même si j’arrive parfois à passer au-dessus, je trouve ça vraiment toxique. Il ne faut pas le banaliser et s’en servir comme ressort humoristique.

      J’aime

      1. Entièrement d’accord avec toi. Et c’est bien de le mentionner au début du manga mais ce n’est pas toujours suffisant. Parfois, rebondir sur le récit que les gens viennent de lire et en parler, ça peut être intéressant – enfin j’imagine qu’il faut trouver le bon équilibre, que ça reste pertinent aussi. C’est complexe. Et en effet, il ne faut pas que ça devienne banal ou que ce doit utilisé pour faire rire.

        Aimé par 1 personne

  1. J’ai beaucoup aimé ce voyage dans le temps 🙂 . Je trouve aussi très intéressant le fait de parler des jeunes à la dérive. J’aime ce côté très tranche de vie que l’on ne retrouve plus vraiment dans le manga d’aujourd’hui. Un bon moment de lecture.

    Aimé par 1 personne

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