Livres - Mangas / Manhwa / Manhua

Dur-An-Ki de Kentaro Miura et Studio Gaga

Titre : Dur-An-Ki

Auteurs :  Studio Gaga d’après Kentaro Miura

Traduction : Eléonore Mahmoudian

Éditeur vf : Glénat (Seinen)

Année de parution vf : 2022

Nombre de pages  : 260

Résumé : L’œuvre inachevée
Parallèmement à Berserk, Kentaro Miura s’était lancé dans un nouveau projet : créer un nouvel univers fantasy, qui serait dessiné par les artistes qui l’assistent au quotidien, à savoir le studio Gaga. C’est ainsi qu’est né Dur-an-ki, racontant les aventures trépidantes de Usumgall, mi-dieu et mi-humain, mi-homme et mi-femme qui grandit et chasse aux côtés de ses amis humains.
Suite au décès de Miura, la série a été arrêtée et ne connaîtra donc pas de fin. Cependant, ce tome inachevé contient le scénario d’origine écrit par Miura, ainsi que toutes ses esquisses et documents préparatoires. De précieux documents qui permettront aux lecteurs de se plonger dans le processus créatif du grand maître.

Mon avis :

Il y a quelques années lorsque j’ai redécouvert Berserk, le travail de Kentaro Miura a été une révélation pour moi. Depuis que j’ai commencé à lire des mangas, ce n’est pas le premier artiste que j’apprécie que je vois mourir, mais c’est le premier où ça me touche autant car il laisse une oeuvre inachevée et puissante derrière lui. Alors même si c’est pour un moment éphémère, j’ai eu envie de le retrouver avec Dur-An-Ki un projet auquel il a participé au départ, même s’il fut ensuite mené par les artistes de son Studio. On y retrouve tout ce qu’il aime et que j’aime moi-même : des personnages charismatiques riches de plusieurs épaisseurs et une histoire pleine de profondeur et d’humanité inspirée de la mythologie, ici, antique et de l’Histoire des grandes heures de la Méditerranée.

L’objet est cependant singulier. On nous propose de retrouver dans ce volume unique tout d’abord les quelques chapitres sortis du projet, puis dans un second temps les croquis et le scénario d’une autre histoire qui a inspiré celle-ci qui n’a plus grand-chose à voir avec le projet d’origine au passage ^^! Si c’est louable, j’avoue ne pas avoir trop vu l’intérêt du second pan car au final c’est une idée qui n’a jamais été concrétisée et qu’en plus, c’est assez basique par rapport à l’oeuvre dessinée proposée ici.

De cette oeuvre, Dur-An-Ki, nous avons eu droit à 6 chapitres, les seuls à avoir été publiés et que Miura ne faisait que chapeauter, puisque c’est son studio qui est aux manettes, cependant son aura est palpable. Dès les premiers pages, ils nous plongent dans une histoire faite de mythologie, de mystères et de secrets, dans un monde antique soigné, proche et loin de nous à la fois, où la magie côtoie le réel, un peu comme dans Berserk et vision des contes médiévaux. Le dessin est un peu froid et figé mais parfait pour ce récit qui se veut porté par la mythologie et des figures qu’on a plutôt l’habitude de voir en statues qu’en vrai. On a ainsi l’impression d’être un peu coincé dans une autre dimension faite de dieux, de faunes, de nymphes et autres créatures féeriques et célestes. C’est magnifique.

Pour cela, le Studio Gaga s’inspire fortement de la mythologie grecque, de ses héros et de ses dieux, qu’ils citent expressément dès les premières pages, mais également de mythes religieux comme l’Arche de Noé représenté plus à demi-mots ou encore de l’Histoire des peuples entourant la Méditerranée dont la vie nous apparaît peu à peu au détour des chapitres.

L’héroïne / Le héros est un être singulier, ni garçon ni fille, ni humain ni divin, il semble faire le lien entre tous ces lieux et aspects, le tout avec beaucoup de mystère. Recueilli(e) par un couple âgé en pleine montagne, iel va s’y ébattre comme notre petite Heidi, entouré des bêtes de son pâturage et avec l’aide pleine d’entrain du dieu Pan. Mais cette vie coupée du monde va être chamboulée par la rencontre d’un groupe de jeunes garçons venus chasser dans la forêt qui va avoir besoin de son aide. Se liant à eux, Usum va voir ses horizons s’élargir d’un coup !

Le titre a vraiment une aura toute particulière faite de la naïveté de l’enfance, avec ce héros vierge de tout qui va à la rencontre de jeunes garçons encore tout naïf avec qui iel va vivre plein d’aventures et probablement découvrir la réalité de la vie et sa dureté. C’est hyper rafraîchissant, rappelant des récits d’enfance plein d’action et de bons sentiments. S’y ajoute une dimension plus mystérieuse avec ses origines, sa raison d’être ici et la vive intelligence dont iel fait preuve à plusieurs reprises pour toujours inventer la bonne machine correspondant à la situation du moment. J’ai adoré cet aspect de l’oeuvre même si j’y ai perçu, je pense, plusieurs anachronismes faits pour nous faciliter la compréhension… Enfin, l’oeuvre se triple d’une dimension historique qui ne peut que me plaire dès qu’on découvre le village dont sont issus ses garçons et l’identité de l’un d’eux. On sent que tout cela bouillonne sous ces dehors de village tranquille fait pour nous montrer le passage de la vie pastorale à la vie urbaine dans les premiers temps de l’humanité. Cela confère vraiment une aura particulière au titre.

Tout cela est rendu dans un dessin extrêmement fouillé, riche dans ses décors, mais également ses costumes drapés, ses postures et ses expressions. Tout est réfléchi et pensé, on le sent, pour conférer à cette composition la puissance narrative nécessaire à un conte mythologique et historique. Si le dessin des enfants est vraiment plein de charme, de rondeur et de candeur enfantine, je suis moins fan des adultes plus « mastoc » et figés, notamment les hommes de pouvoirs dont on sent toute la lourdeur et l’incapacité à bouger jusque dans le design qu’on leur a choisi. Quant aux passages mythologiques, ils sont empreints de légèreté et de poésie. C’est juste sublime, du grand art, comme c’était le cas dans les derniers tomes de Berserk.

Ce qui m’amène à ma déception, en revanche, avec le second pan de ce volume : les pages du projet original. Celui-ci, intitulé « Amazones » n’a vraiment que peu de choses à voir si ce n’est l’ambiance antique. Mais surtout, il a l’air d’être une redite de récits déjà connus avec des personnages mythologiques vus et revus comme Achille, Penthésilée ou Ménélas, ce qui ne m’inspire pas. Le fait de l’avoir inclus dans un récit qui était alors un isekai, genre dont on nous a trop abreuvés, n’arrange rien. Du coup, cela ne m’a pas du tout intéressée de lire le scénario, les dialogues, les idées, etc. Par contre, voir les esquisses des personnages, ça oui c’était beau, même si à nouveau peut-être un trop classique et dans le canon pour du Miura. Heureusement cependant qu’il n’y avait pas que ça dans ce volume sinon j’aurais été déçue.

Oeuvre inachevée Dur-An-Ki est en plus un objet singulier, tout comme l’avait été La forêt millénaire de Jiro Taniguchi où les éditeurs avaient également fait le choix de publier tout ce qui était disponible autour de ce projet. Cependant ici la frustration est grande après cet abandon car il y avait ici une histoire à gros potentiel pour moi qui suis fan de mythologie et d’histoire antique. Sous le trait du Studio Gaga et avec l’aura de Miura, on tenait quelque chose. Berserk a été repris depuis et se poursuit dans le magazine d’origine avec la supervision d’un ami proche de Miura ainsi que les dessinateurs de son studio, j’aurais aimé qu’il en aille de même ici et si des auteurs souhaitent se pencher sur ce type d’univers, ils sont les bienvenues, tant cela semble oublié dans ce qui parvient jusqu’à nous en France.

>> N’hésitez pas à lire aussi les avis de : …, Vous ?

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©Studio GAGA 2021 / © Kentaro Miura 2021 / © 2022 Editions Glénat

4 commentaires sur “Dur-An-Ki de Kentaro Miura et Studio Gaga

  1. Je n’ai pas encore acheté ni lu le volume, mais rien qu’en sachant ce qu’il contient, j’ai comme toi pensé au dernier titre inachevé de Taniguchi.

    Tout ce que tu en dis me parle quand même pas mal, malgré la frustration évidente. Mais ça reste une bonne chose de nous proposer cette lecture, même si je tique un peu sur le fait de vendre ça comme un one shot classique en oubliant volontairement de préciser que c’est surtout un projet mort-né.

    Aimé par 1 personne

    1. Le lien était facile à faire.
      L’éditeur précise bien en 4e de couv que c’est une oeuvre inachevée mais la frustration reste bien présente car il y avait un sacré potentiel et que je ne vois pas pourquoi le Studio Gaga ne continue pas cette série alors qu’ils le font pour Berserk. Bref.
      La mythologie est en tout cas vraiment intéressante et je ne suis pas surprise que ça te parle 😉

      J’aime

      1. Je pense que Studio Gaga continue Berserk car ça tombe sous le sens, et que Dur-An-Ki est pas un projet porté par une vision d’artiste, ni par un fort potentiel commercial. A mon avis c’est l’explication la plus simple mais qui doit être proche de la réalité.

        Mais oui, je ne doute pas que ça m’intéresse

        Aimé par 1 personne

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