Livres - Mangas / Manhwa / Manhua

Ce printemps rémanent de Shiki Kawabata

Titre : Ce printemps rémanent

Auteur :  Shiki Kawabata

Traduction : Aline Kukor

Éditeur vf : Akata (M)

Année de parution vf : Depuis 2022

Nombre de tomes vf  : 3 / 5 (en cours)

Résumé : aruta est une autrice de mangas dont la première série est devenue un énorme best-seller. Comme son titre phare touche à sa fin, son éditeur s’attend à ce qu’elle se lance rapidement dans un nouveau titre. Il y a juste un petit problème : elle se sent totalement incapable d’y arriver, et pour cause ! La jeune femme n’est pas à l’origine de son propre succès, elle a volé le scénario de son manga à un camarade de lycée, aujourd’hui décédé. Mais le destin va lui donner une opportunité de se racheter… En remontant le temps, pourra-t-elle réécrire l’histoire et effacer ses regrets ?

Mon avis :

Tome 1

Akata est un éditeur que j’apprécie beaucoup pour de multiples raisons, l’une d’elle : c’est le suivi de ses auteurs. Découverte en 2016 avec Rouge Eclipse, un récit âpre que j’avais déjà beaucoup aimé à l’époque, l’éditeur français a continué à suivre Shiki Kawabata dans ses oeuvres suivantes, nous permettant de la voir évoluer au fil de celles-ci, jusqu’à Ce printemps rémanent, son oeuvre la plus aboutie jusqu’à présent.

Précédemment nous l’avions découverte avec Rouge éclipseune série en 3 tomes sur des jeunes ne s’aimant pas trop et échangeant leurs corps. Puis, nous l’avions retrouvé avec Le secret de l’ange, série en 4 tomes cette fois où nous suivions une enquête sur un meurtre étrange. Avec un tome de plus, c’est désormais une série en 5 tomes qu’elle nous offre avec Ce printemps rémanent où cette fois, l’autrice avare de tester de nouveaux genres scénaristiques à chaque fois, nous entraînent dans un voyage dans le passé.

Dans chacune de ses séries, Shiki Kawabata prend donc plaisir à expérimenter et à chaque fois elle gagne en assurance, ce qui se sent dans chacune de ses oeuvres aussi bien du côté des dessins que de la narration et des intrigues. Ici, dans cette troisième oeuvre à nous être parvenue, son trait semble enfin « fixé », plus doux et moins chaotique et maladroit qu’à ses débuts. Sa narration, elle, est devenue d’une grande fluidité, comme les plus grands.

Dans cette nouvelle histoire, après les échanges de corps et les meurtres à résoudre, place au voyage dans le passé en mode « j’y retourne tant que ce n’est pas réglé ». En effet, l’héroïne de l’histoire, Haruta une jeune mangaka, regrette énormément d’avoir volé l’oeuvre d’un confrère lorsqu’elle était lycéenne et est prête à tout pour s’en excuser et lui dire combien il lui manque.

D’entrée de jeu, l’ambiance est profondément mélancolique car on sait que l’héroïne a fait quelque chose de mal et le regrette, mais également qu’elle a perdu un être cher. Avec des allures, d’Orange, l’héroïne va donc tout faire pour corriger le passé une fois qu’elle y sera plongée à nouveau. Apprenant de ses erreurs, elle va essayer d’être plus honnête ce qui va la conduire à apprendre à mieux connaître son modèle : Yukishima.

Je suis une fan des voyages dans le temps alors j’ai forcément beaucoup aimé ce procédé. Cela m’a plu de voir notre héroïne se replonger dans son adolescence tout en gardant ses acquis d’adulte. Comme elle est devenue mangaka, l’histoire tourne autour des dessins et c’est un thème qui me plaît. A ses côtés, on découvre le travail que nécessite la création d’un manga et combien c’est dur de percer ou d’avoir une idée originale. Certes, c’est un peu survolé car ce n’est pas le seul thème de l’histoire mais c’est quand même joliment abordé et il suffit de compléter avec d’autres oeuvres si cela nous intéresse. Non, ce qui m’a encore plus plu c’est qu’on aborde le sujet sensible du vol d’une idée, thème rarement abordé alors qu’il est fort intéressant.

De plus, cadre lycéen oblige – oui, je sais c’est triste à dire -, on sent que nous avons également une jolie romance qui risque de pointer le bout de son nez et vu la tendresse que l’autrice met dans l’écriture de ses personnages, cela sent les gros sanglots à venir. Un peu comme dans Orange, on sait que ça risque de mal finir pour l’un des personnages, cela a donc un sens tout particulier de les voir s’ouvrir peu à peu l’un à l’autre et aux autres. Amitié et amour tiennent donc une belle place à venir.

En navigant entre passé et présent, vie lycéenne et création d’oeuvre, l’autrice a construit un récit riche et fort sympathique à lire où les pages s’enchaînent rapidement portées par le regard sensible d’Haruta. J’aime ses va-et-vient en pensée entre passé et présent, quand elle utilise ce dernier pour enrichir le premier et tenter de le rendre meilleur en se rendant meilleure, elle. Être meilleure, c’est être plus sensible aux autres mais aussi apprendre à mieux se connaître et à avoir confiance en elle, ce qui porte de belles valeurs.

Avec son trait doux, fin et très printanier, la mangaka nous offre de plus de bien belles pages. Son héroïne est lumineuse malgré son caractère pleurnichard. Son modèle Yukishima respire la gentillesse mais d’autres personnages ont des côtés plus sombres et dramatiques que l’autrice sait rendre désormais avec son trait varié et dynamiques qui retranscrits avec justesse toute la palette des émotions de ses héros. Elle attache en plus un soin tout particulier à ce qui entoure la passion des héros pour le manga, ainsi les décors liés à leurs créations sont particulièrement fouillés pour tenter d’être au plus juste je pense, et il se dégage une grande fraîcheur mais aussi une ambiance très cocooning de leur club, qui donne envie d’y aller.

C’est le coeur charmée que je ressors de cette douce lecture où j’ai été contente de retrouver une autrice que j’ai appris à apprécier grâce à Akata et dont je suis ravie de continuer à voir l’évolution. Son nouveau titre est encore différent des premiers mais on y retrouve le même soin dans le travail des personnages et la même qualité dans les valeurs choisies pour être mises en avant. Ce nouveau drame à la Orange n’aura peut-être pas la force de son aîné mais il saura lui aussi conquérir son public grâce à un fort joli duo attachant et déchirant. J’ai hâte de voir si Haruta parviendra à relever le défi qu’elle s’est fixée.

Tome 2

Après un premier tome accrocheur, j’attendais de l’autrice qu’elle tienne ses promesses. Avec ce deuxième tome où elle calme le jeu, je ne peux pas dire qu’elle m’a déçue mais j’attendais peut-être un peu plus tout de même.

A projet ambitieux, attentes importantes. En introduisant un nouveau personnage dans l’équation : Arashi, le futur éditeur d’Haruta, l’autrice m’a fait plaisir car j’avais peur que le huis clos des héros tourne vite en rond, mais en même temps, il a freiné le rythme de l’histoire, ce qui me laisse un peu mitigée.

Je pensais que l’autrice allait jouer à fond la carte du voyage dans le temps et de la maladie de Yukishima. Ce n’est pas le cas. A la place, et ce n’est pas mauvais, elle prend le temps d’approfondir ses personnages et en particulier son héroïne, Yukishima étant pas mal laissé de côté. Ce tome 2 est donc l’occasion d’entendre parler et de découvrir Arashi, un jeune garçon attachant de par son histoire avec son frère et sa belle-soeur. En devenant le confident d’Haruta, il nous permet de voir celle-ci d’un autre oeil et crée une nouvelle dynamique dans l’histoire.

Il y a désormais deux personnes voulant voyager dans le temps, deux personnes traquant également les changements et deux personnes dans le projet : sauvons Yukishima. Cela permet d’appuyer sur ce que cache Haruta et notamment son rapport aux dessins et aux mangas, dévoilant une histoire familiale plus complexe que la plupart. Cependant, j’ai eu le sentiment que tout cela était amené aux forceps avec une bonne dose de maladresse et de lapins sortis du chapeau. C’est ainsi que je vois le/la mangaka Maruo Gorilla qui sort de nulle part et vient mettre son grain de sel.

Cependant, je pardonne ces maladresses car cela introduit aussi mystères et révélations sur les personnages et que ça permet de parler de création de manière différente. On voit la jalousie de Yukishima face à ce qu’il croit être le talent d’Haruta, son agacement face à sa vision toujours sombre d’elle-même et son envie de percer. On nous dévoile pourquoi Haruta s’est lancée dans ce média et pourquoi Arashi, son éditeur, fait ce métier et la passion qu’il cache à côté. J’ai vraiment apprécié tout ça. Quant à Maruo Gorilla, c’est le nouvel électron libre et iel semble en savoir bien plus long qu’iel le dit pour l’instant.

Avec cette dynamique différente, plus portée sur l’aventure, j’ai peut-être ressenti moins d’émotion que lors de ma lecture du tome 1, mais la série démontre qu’elle est solide et qu’elle en a encore sous le pied. C’est tellement sympa d’entendre parler de création de manga de manière différente, avec passion mais également pathos et relation compliquée à la création et aux rivaux. J’aime être surprise à chaque tome par la direction prise.

Tome 3

Après des débuts sympathiques mais pouvant mieux faire, j’ai eu l’impression dans ce tome que l’autrice avait su trouver la juste formule entre mystères et boucle temporelle, ce qui a donné une lecture très addictive rendant l’attente de la suite difficile !

Même si depuis quelques chapitres, j’ai l’impression qu’on oublie un peu trop le volet émotionnel de l’histoire avec ces jeunes hommes qui doivent disparaître et qui motivent le retour dans le passé des personnages, je prends vraiment plaisir à suivre les mécanismes de ces boucles temporelles et des personnages impliqués.

Le fait que nous ayons maintenant un duo, puis un trio, de voyageurs et donc d’enquêteurs change la donne. C’est très sympa de suivre Haruta et Arashi dans leur enquête. J’ai aimé les voir remonter le fil des indices pour trouver d’autres voyageurs et tenter de comprendre comment ça fonctionne et ce à quoi cela peut aboutir. Il y a une bonne dynamique entre eux. L’ajout du 3e voyageur est une belle idée également car il apporte de nouveaux questionnements et mystères quant à ses intentions malgré un discours bien ficelé. Quel suspens !

A côté, il y a toujours ces questions pertinentes sur la création, même si ça reste plutôt en filigrane et que je ne serais pas contre une place plus importantes de celles-ci. J’ai apprécié surtout les relationnels que cela implique : relations entre mangaka, entre mangaka et assistant, entre mangaka et responsable éditorial. C’est une vraiment une histoire de personne avant tout que Shiki Kawabata met en scène.

Elle nous offre cependant ici une belle aventure avec de beaux rebondissements et une narration efficace et addictive dotée d’un joli dessins. Je suis particulièrement fan de la version décoiffée et naturelle de Shû. Je regrette juste que celui-ci soit si discret dans ce tome. On le voit à peine en coup de vent, alors que pourtant il est à l’origine de ces boucles et que Mahoro semble même avoir d’autres souvenirs qui viennent titiller notre curiosité. Cependant, l’autrice ne maîtrise pas pleinement tout cela et quelques incohérences pointent le bout de leur nez. A voir si cela sera corrigé par la suite.

En tout cas, j’ai pris un grand plaisir à suivre les aventures temporelles de Mahoro et sa recherche d’autres voyageurs pour l’épauler dans sa quête. C’est une aventure originale, rondement menée dans l’ensemble, avec dynamisme et émotion, dont j’aimerais seulement que l’ensemble soit un peu approfondit, car le rythme élevé enlève un peu de la profondeur du récit pour le moment, mais ça reste une belle surprise.

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2 commentaires sur “Ce printemps rémanent de Shiki Kawabata

  1. J’aime aussi beaucoup les histoires de voyage dans le temps et comme tu le mentionnes, le vol d’idée est une thématique peu commune… Il semble aussi intéressant de découvrir, même si c’est sommairement, ce qui se cache derrière la création d’un manga. Si j’ai un peu peur du côté dramatique appréciant que tout se finisse bien, ce mange n’en reste pas moins très tentant et ses illustrations très attrayantes.

    Aimé par 1 personne

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