Livres - Mangas / Manhwa / Manhua

Ritournelle d’Aoi Ikebe

Titre : Ritournelle

Auteur : Aoi Ikebe

Traduction : Ryoko Sekiguchi et Patrick Honnoré

Éditeur vf : Komikku (Horizon)

Année de parution vf : 2015

Nombre de pages : 225

Résumé : Un couvent de femmes dans un pays peut-être d’Orient, peut-être d’Occident, peut-être au Moyen-Âge ou au début du XIXe siècle, ou nulle part. Toute ressemblance avec une religion existante ne saurait être que pure coïncidence. Sous la paix et la tranquillité, une inquiétude se laisse parfois entrevoir. Des pensées qui ne peuvent se dire, des cœurs qui ne seront jamais comblés… À quoi ont-elles voué leur existence ? Au service de qui ont-elles sacrifié leur vie ?
En entrant, je pensais avoir tout laissé, tout perdu… Où suis-je arrivée ?

Mon avis :

Aoi Ikebe est une autrice bien trop rare chez nous. Avec seulement deux oneshots parus chez Komikku dans leur collection « Horizon », elle nous a pourtant offert deux petits bijoux aussi beaux que puissants, de belles histoires de femmes marquantes et riches.

N’hésitez pas à lire le dossier consacré à l’autrice sur Manga News, il est éclairant sur celle-ci et tout ce qu’elle aurait à nous apporter si elle était à nouveau publiée chez nous.

Autant j’avais de suite acquis Au fil de l’eau, sur plusieurs générations de femmes vivant au bord de l’eau, autant je n’avais pas osé prendre Ritournelle à l’époque car il semblait mettre en scène des femmes dans un couvent et que moi et la religion ça fait deux. Mais l’envie persistante de retrouver son doux trait et sa mise en couleur si particulière ont fait leur chemin et j’ai craqué. J’ai bien eu raison !

J’ai adoré m’immerger dans l’univers calme et silencieux mais non dépourvu de sentiments de Ritournelle. Dans ce texte un peu hors du temps, nous suivons un groupe de jeunes femmes d’âges différents vivant dans ce qui ressemble à un couvent. Mais l’autrice brouille volontairement les pistes. Sommes-nous aux côtés de chrétiennes, de musulmanes ou d’autres croyantes ? Sommes-nous en France, en Italie, en Orient ? Tout se mélange pour une superbe histoire portée par des personnages sensibles.

Le fil rouge de l’histoire sera soeur Marwena, une jeune femme calme et pondérée, qui semble parfaite en tout. Elle est la guide de la jeune Amilah, petite rouquine qui a été recueillie très tôt par le couvent et qui est bien maladroite. A leurs côtés et aux côtés d’autres soeurs, nous allons découvrir leur quotidien dans ce lieu reculé du monde. Ce n’est pas le genre de texte qui est rempli d’aventures, on suit une petite vie assez banale faite de prière, de cuisine et de ménage. Les soeurs discutent entre elles des sermons qu’elles doivent faire, des tâches à accomplir, des conseils à donner aux plus jeunes. Alors que je pensais que ça m’ennuierait ou m’agacerait, car tout ce qui a trait à la religion m’irrite bien souvent, ce ne fut pas du tout le cas. J’ai au contraire été charmée par leur simplicité et l’amour qui transparaissait entre elles.

Le lien de sororité entre ces femmes est très fort. Elles se sont coupées de tout, du monde et des hommes. Elles tiennent un discours très âpre sur ceux-ci et seules les plus âgées peuvent de temps en temps les côtoyer, les plus jeunes ne sortent qu’une fois tous les 7 ans pour une procession en ville. Tout est en vase clos. Pourtant rien n’est fermé. Les soeurs sont très présentes les unes pour les autres et beaucoup rêvent sans le dire d’un ailleurs. C’est le cas de soeur Marwena dont on découvre au fil des pages le désir qui la déchire de l’intérieur.

C’est doux, c’est intime, c’est poétique et c’est puissant. Le dessin de l’autrice est sublime. Elle fait un travail merveilleux sur les couleurs et la lumière, tout étant très symbolique ici. Les pages sont très blanches quand on est dans le couvent et bien plus chaudes dès qu’on en sort avec une dominante du rouge de la tentation. Elle joue sur les moucharabiehs pour marquer cette limite si tentante entre l’intérieur et l’extérieur, la communauté fermée et le monde si ouvert au dehors. Elle joue également sur la volubilité des robes des soeurs et aspirantes pour montrer le mouvement qu’il y a tout de même dans ce couvent et ses vues aériennes sont magnifiques pour transcrire cela avec les ronds de couleurs fournis par les plus jeunes qui papillonnent. Alors que la couverture appelle à un titre silencieux, celui-ci est en fait plein de vie.

J’ai vraiment été charmée par le trait si riche et lumineux de l’autrice, de son dessin des décors si évocateur dès les premières pages, à celui des personnages plein de douceur et de nuances qui en dit long au final. Aoi Ikebe est une autrice des évocations, des non-dits, ce qui rend ses oeuvres d’autant plus puissantes et majestueuses. Moi la réfractaire aux histoires « religieuses », j’ai été émerveillée par ce que l’autrice dit ici de la richesse de la foi, foi en un être supérieur, mais surtout foi en l’être humain et en son prochain. J’ai été très émue par la relation entre Marwena et la petite Amilah, mais aussi par les aspirations refoulées de cette première et son tiraillement vis-à-vis d’Amilah. C’était beau et émouvant.

Aoi Ikebe est donc définitivement une autrice que j’adorerais relire en français. C’est une mangaka sensible à la plume puissante et au trait tellement riche et évocateur qui sait composer des pages merveilleuses. Messiers les éditeurs, redonnez-lui sa chance !

>> N’hésitez pas à lire aussi les avis de : L’heure de lire, Litt’ 150 000, Vous ?

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5 commentaires sur “Ritournelle d’Aoi Ikebe

  1. Je n’aime pas non plus les histoires où la religion est très présente, mais les graphismes m’ont fait craquer. Pour le moment, je ne l’ai que feuilleter mais j’ai encore plus hâte de le sortir de ma PAL après ton avis, notamment pour la relation forte et la solidarité qui unissent ces femmes.

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