Livres - Contemporain

La Papeterie Tsubaki d’Ito Ogawa

Titre : La Papeterie Tsubaki

Auteur : Ito Ogawa

Traduction : Myriam Dartois-Ako

Éditeur : Philippe Picquier (Japon) – Poche

Année de parution : 2018-2021

Nombre de pages  : 402

Histoire : Hatoko a vingt-cinq ans et la voici de retour à Kamakura, dans la petite papeterie que lui a léguée sa grand-mère. Le moment est venu pour elle de faire ses premiers pas comme écrivain public, car cette grand-mère, une femme exigeante et sévère, lui a enseigné l’art difficile d’écrire pour les autres.
Le choix des mots, mais aussi la calligraphie, le papier, l’encre, l’enveloppe, le timbre, tout est important dans une lettre. Hatoko répond aux souhaits même les plus surprenants de ceux qui viennent la voir : elle calligraphie des cartes de vœux, rédige un mot de condoléances pour le décès d’un singe, des lettres d’adieu aussi bien que d’amour. A toutes les exigences elle se plie avec bonheur, pour résoudre un conflit, apaiser un chagrin.
Et c’est ainsi que, grâce à son talent, la papeterie Tsubaki devient bientôt un lieu de partage avec les autres et le théâtre de réconciliations inattendues.

Mon avis :  

Je me suis toujours promis de lire plus de littérature japonaise car je ne sais pas pourquoi, j’ai toujours été intimidée. Pourtant à chaque fois que j’en lis un roman, c’est avec bonheur que j’y plonge et regret que j’en sors tant j’aime la peinture qui est fait des différents aspects de ce pays et cette culture.

Avec ce roman, j’étais à peu près sûre d’aimer car j’avais déjà testé avec bonheur la plume d’Ito Ogawa dans l’émouvant Restaurant de l’amour retrouvé. Je savais donc où j’allais et que cette plume allait me séduire. Pourtant les premières pages furent un peu abruptes. J’ai trouvé la plume ou plutôt sa traduction plutôt simple voire trop simple pour moi. Les phrases étaient trop courtes manquant de cette poésie que j’aime tant pour un texte avec seulement sujet verbe et peu de compléments. J’avais peur de ne pas ressentir l’émotion que j’avais trouvée autrefois. J’ai cependant fini par la trouver mais pas véritablement dans la richesse de la plume de l’autrice mais plutôt dans les sentiments que cette simplicité cachait. Ce fut une belle surprise.

Pourtant comme je le disais, le texte et la narration même sont un peu arides. Nous suivons pendant de longues pages et de longs chapitres, le texte n’étant coupé qu’en 4 parties pour les 4 saisons de l’année, le retour à Kamakura, de la jeune Hatoko qui vient reprendre la papeterie de sa grand-mère décédée. A ses côtés, c’est son travail d’amoureuses de la calligraphie, des pinceaux, crayons, plumes et papier que nous allons découvrir avec une grande richesse mais une certaine étrangeté. Car qui ici est passionné par la calligraphie et les supports que cela recouvre ? Pas moi, en tout cas. J’ai donc parfois été perturbée par la minutie que l’autrice a mise dans sa description de la passion de l’autrice jusque dans le moindre détail. C’était étrange.

Mais cette étrangeté a une explication qui nous apparaît peu à peu et surprend par l’émotion qu’elle nous transmet d’un coup. Il faut donc oser dépasser cela pour aller chercher dans le texte en profondeur. Cette profondeur, elle nous amènera à la relation singulière de l’héroïne avec sa grand-mère décédée, sa mentor dans sa passion et sa mère dans la vie. Avec beaucoup de sensibilité et de finesse l’autrice nous décrit cette relation étrange presque en huis clos que ces femmes entretiennent depuis longtemps, l’une transmettant à l’autre l’importance des mots qu’on écrit et de la forme qu’on leur donne, faisant d’elle l’écrivaine publique fine et sincère qu’elle sera et que nous allons découvrir. C’est très beau.

A travers cette passion pour les mots et l’écriture, l’autrice nous fait donc pénétrer un métier peu connu mais également une relation familiale très particulière et marquante. Nous lecteurs, nous allons suivre au fil des saison l’héroïne à qui cette richesse va se dévoiler sans qu’elle s’y attende. Elle revient au début juste pour reprendre l’affaire familiale sans s’attendre à tout ce qu’elle va découvrir de la vie, d’elle-même et de sa grand-mère, ce qui est très beau. Cependant pour en arriver là, la narration est très lente, très molle même parfois, reposant sur de petits moments de vie fugaces et un ensemble de missions confiées à l’écrivaine publique qu’elle est qui nous apparaîtront anecdotiques d’abord avant de révéler leur force. Et à partir de là, chaque rencontre ne fera qu’apporter quelque chose de nouveau à l’héroïne, la faisant passer de femme solitaire à femme entourée d’amis fidèles comme la petite QP, ce qui est très émouvant. C’est vraiment une histoire qui se mérite.

« Plutôt que de chercher ce qu’on a perdu, mieux vaut prendre soin de ce qui nous reste. »

Cependant pour le lecteur non ou peu connaisseur du Japon, de Kamakura, de ses us et coutumes, et traditions, le texte ne doit pas toujours être simple. L’autrice décrit leur quotidien saisonnier par le menu et le tout sans la moindre note explicative ou presque. Du coup, on se retrouve avec beaucoup de noms de plats, de boissons, de lieux, de fêtes, etc, qui peuvent ne rien dire si on débute dans ce type de littérature. Il y a aussi une sensibilité toute japonaise dans le rapport à l’autre, à la famille avec ce respect ancré au corps, qui peuvent sembler étrange, voire un peu ridicule pour une personne occidentale. Moi, j’ai l’habitude, je baigne dans cette culture depuis toujours, mais je ne sais pas comment un(e) novice peut appréhender cela sans la moindre clé de compréhension en dehors d’une rapide carte des lieux et de ce qu’on y mange en tout début de volume…

J’ai mis du temps à démêler mes sentiments et à m’extraire de cette gangue calligraphique singulière et étrange mais j’ai fini par être très touchée par l’histoire de cette jeune fille qui au fil des saisons, des missions et des rencontres va découvrir qui était sa grand-mère et combien elle l’aimait mais aussi combien elle aime son métier si particulier. C’est une très belle ode à l’amour filial, ainsi qu’à la calligraphie et le métier d’écrivain public. 

> N’hésitez pas à lire aussi les avis de : Ma lecturothèque, Helynna, Sophie, Emma, Nom d’un bouquin, Stephalivres, Krol, Zéa, Vous ?

15 commentaires sur “La Papeterie Tsubaki d’Ito Ogawa

  1. Je suis rassuré de ne pas être le seul à être intimidé, je n’aurais pas dit mieux, par la littérature asiatique. La particularité de cette littérature en fait son charme même s’il faut parfois savoir lire entre les mots comme avec Haruki Murakami dont j’apprécie pourtant les œuvres.
    Je vois que celle-ci semble t’avoir marqué et touché à sa manière, je me le note donc.

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    1. C’est tout à fait ça, c’est une écriture et une lecture souvent différentes de ce à quoi on est habitué mais c’est souvent très beau.
      Oui ici ça m’a clairement plu et je pense que l’attachement de l’héroïne aux mots et à l’écrit sous toutes ses formes devrait te plaire 😉

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  2. J’ai tenté de le lire cet été. J’aime beaucoup la littérature asiatique et surtout les livres de cette autrice que j’ai quasiment tous lu. Celui-ci, pourtant, n’a pas fait mouche. J’aime les romans contemplatifs mais là ça a été trop pour moi. Elle m’a perdu dans les descriptions calligraphiques et malheureusement trop peu de rebondissements dans son intrigue.

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  3. Comme toi j’ai de l’appréhension à me lancer dans la littérature japonaise et pourtant il y a de bien belles lectures. Pour ma part, je pense que cette crainte est liée à la différence culturelle qui existe inévitablement et qui me fait toujours peur de passer à côté de quelque chose d’important de l’histoire.

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    1. C’est vrai que c’est une culture tellement différente qu’à moins de très très bien connaître, il doit forcément y avoir des subtilités qui nous échappent mais le voyage est si beau. Il faut parfois se faire violence et essayer quand même 😉

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  4. Je suis un peu intimidée aussi à l’idée de lire des romans japonais, et contrairement à toi, je n’ai pas sauté le pas car en plus, j’ai très peu de connaissance sur ce beau pays. J’aurais peut-être peur justement d’être un peu perdu entre les noms de plats, de ville, les prénoms, qui ne résonnent pas forcément comme on a l’habitude ici. Pourtant je suis persuadé qu’une telle expérience pourrait me faire découvrir des plumes douces et pleines d’émotions. Et le sujet de ce livre pourrait réunir toutes ces belles choses, peut-être qu’un jour j’oserai. 😊

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    1. Je comprends parfaitement ton sentiment et si un jour tu veux te lancer, je ne saurais trop te conseiller d’aller en librairie pour demander peut-être le roman le plus accessible possible et avec des thèmes qui te parlent car c’est clairement une très belle expérience une fois qu’on ose ☺️

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