Livres - Mangas / Manhwa / Manhua

L’Eau Amère de Kan Takahama

Titre : L’Eau Amère

Auteur : Kan Takahama

Traduction : Xavier Hébert, Naomiki Satô

Éditeur vf : Sakka (Auteur)

Année de parution vf : 2009

Nombre de pages  : 228

Résumé : L’équilibre entre amour et sexe tient à un fil. Les histoires courtes que nous donne à voir Kan Takahama dans ce recueil nous font partager un bout de la vie sentimentale des personnages, tous à un stade crucial de leur vie.
Un vieil homme proche de la mort est hanté par le souvenir d’un amour passé, souvenir qui amène son entourage à s’interroger sur la force du sentiment amoureux.
Un couple en instance de séparation s’accorde une pause loin de tout, l’occasion pour eux de faire le point sur ce qui les a menés à prendre cette décision. Une jeune femme, à qui l’amant marié fait miroiter un bonheur possible, finit par prendre son destin en main.
Un quinquagénaire prend soin d’une jeune fille handicapée, devenue au fil du temps sa seule raison de vivre. Kan Takahama continue d’explorer et de mettre en image le quotidien de la société moderne.

Mon avis :

Il y a des sujets qui ne sont pas faciles à mettre en scène, des sujets un peu controversés, des amours interdits mais qui existent pourtant. Kan Takahama va dans ce recueil de nouvelles choisies exprès par elle tenter d’exprimer avec sincérité tous ces sentiments complexes.

Découverte avec La Lanterne de Nyx, sa série terminée en 6 tomes, je n’en finis pas d’explorer les publications antérieures de l’autrice. Je suis d’abord aller vers des titres plus japonisant comme Le dernier envol du papillon, mais j’ai désormais envie aussi de découvrir le pan plus contemporain de son oeuvre avec des titres tout aussi doux-amers. Dans L’Eau Amère, en 2008, l’autrice avait choisi 8 histoires exprès pour nous, public français, afin d’explorer les « contradictions, les aveux et non-dits, d’amant et de parents qui se cherchent, se trouvent parfois, se fuient souvent ».

 Couverture La Lanterne de Nyx, tome 1 Couverture Le dernier envol du papillon

Avec ce grand cadre noir autour des pages qui donne une unité à l’oeuvre, nous retrouvons le trait si singulier de Kan Takahama, un trait proche de certains studios d’animation français, qui a peu à voir avec celui de ses compatriotes. Dans ce délavé de gris, avec comme un voile permanent sur son dessin, l’autrice nous entraîne dans des histoires qui font mal. Sous des dehors souvent un peu drôle et cocasse, ce sont des histoires d’amour interdites ou qui finissent mal qui nous sont contées.

L’autrice écrit avec beaucoup de subtilité sur ces histoires parlant d’adultère, de séparation, d’amour non accepté par la famille, de fin de vie, de suicide… Ce ne sont pas des histoires simples et pourtant l’autrice, tout en nous en faisant toucher l’amertume, ne tombe jamais dans le misérabilisme. A chaque fois, ses personnages gardent la tête hors de l’eau et luttent pour assumer leur histoire et se dire un beau au revoir. Ce ne sont pas des histoires simples, ce sont souvent des histoires qu’on voudrait cacher et pourtant ici l’autrice les met, avec subtilité, en pleine lumière. Elle ose parler de ces relations qui existent mais que la société peine à assumer car elles n’ont souvent pas de valeurs positives à ses yeux. On ne peut pas dire qu’on prend plaisir ou qu’on approuve de lire une histoire avec un homme ou une femme adultère, mais l’autrice parvient à nous faire comprendre toute la profondeur et la complexité de leurs sentiments et nous touche ainsi.

Elle capte vraiment avec sensibilité la maladresse de ces gens amoureux et c’est touchant. J’ai aimé chacune des histoires malgré les malaises qu’elles sous-tendaient, que ce soit celle de ce couple qui se sépare parce que l’homme a fait un bébé à une autre, cette jeune handicapée qui se rend compte que son amant est marié, cette femme qui regrette d’avoir couché avec le mari de sa meilleure amie, cette working girl qui se rend compte que son amant la trompe avec une collègue, cet épicier qui craque pour une lycéenne qui lui met un vent, ou cet homme marié qui se rend chez sa maîtresse qui vient de faire une tentative de suicide. C’est souvent un peu glauque, un peu malsain et pourtant cela reste étrangement émouvant sous sa plume.

L’autrice capte avec humanité la complexité de ces sentiments décriés par la société. Elle ne juge jamais, elle raconte seulement avec honnêteté et sensibilité. C’est ce qui touche. Déjà en 2008, Kan Nakahama était ainsi cette autrice pleine de douceur envers l’être humain et ses amours qu’ils soient valorisés ou non par notre société, elle nous acceptait dans notre entièreté avec émotion. Cette eau amère, elle nous la fait donc boire jusqu’à la lie mais elle nous en sort la tête aussi si on y plongeait par mégarde trop profondément. Un bien touchant recueil.

> N’hésitez pas à lire aussi l’avis de :  Vous ?

Ce diaporama nécessite JavaScript.

8 commentaires sur “L’Eau Amère de Kan Takahama

  1. Tu en parles tellement bien que j’en viens à me dire que si j’arrivais à surmonter certains idéaux et préjugés, c’est un recueil donc je pourrais apprécier l’humanité d’autant qu’on ne tombe pas dans le pathos à outrance. L’autrice possède une certaine audace à aborder cette question des amours interdits et des histoires qui finissent mal…

    Aimé par 1 personne

  2. J’adore la sensibilité de l’auteure. J’aime beaucoup son truc de la complexité des êtres humains et nous faire apprécié des personnages qui sortent du cadre. Par contre, certaines planches me font tiquer. Les dessins me plaisent beaucoup mais il y a une planche que tu montres où j’accroche pas au dessins. Je verrais sur le réseau de bibliothèque de Paris.

    Aimé par 1 personne

  3. J’ai eu plusieurs essais peu concluants avec l’autrice mais j’ai ce manga en réserve et vu comment tu en parles j’ai bien envie de le lire! Surtout que ça fait un moment que je n’ai pas lu du Kan Takahama et que mon ressentis a pu changer avec le temps

    Aimé par 1 personne

    1. J’ai l’impression de partir un peu à reculons dans la découverte de son oeuvre et même si’ ce sont des thèmes qui achopent, je trouve toujours ça bien traité. Après je ne sais pas si c’était pareil dans ses premiers textes … Tu as lu quoi d’elle ?

      Aimé par 1 personne

      1. Tu vas enchainer sur Mariko Parade et Kinderbook du coup ? J’avoue que ce sont ces récits anciens m’attirent le plus
        J’ai lu 2 expressos, Tokyo amours et libertés et Le dernier envol du papillon donc ces récits de milieu de carrière et le coté âpre et sexualisé des 2 premiers one shot sorties chez Glénat m’avait un peu surpris (les thèmes qui achoppent comme tu dis). Je pense que je devrais reprendre tout à zéro avec Kan Takahama^^

        Aimé par 1 personne

      2. J’aimerais bien oui, si je les trouve en occaz à un bon prix comme les autres.
        J’ai aussi lu Tokyo amour et liberté dont je parlerai prochainement et j’ai plutôt aimé encore une fois étrangement, car j’y ai trouvé une belle forme de modernité avec le couple mis en scène et l’époque m’intéressait.

        J’aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s