Livres - Mangas / Manhwa / Manhua

Le Bleu du ciel dans ses yeux de Yaeko Ninagawa et Cho Heiwa Buster

Titre : Le Bleu du ciel dans ses yeux

Auteurs : Yaeko Ninagawa et Cho Heiwa Buster

Traduction : Essia Mokdad

Éditeur vf : Delcourt-Tonkam (Moonlight)

Année de parution vf : 2022

Nombre de tomes  : 1 / 4

Résumé : Aoi Aioi, une lycéenne de 17 ans passe son temps à jouer de la basse au lieu de préparer ses examens. Elle inquiète sa sœur ainée, Akane, qui endosse le rôle de parents, lorsqu’un jour Aoi voit apparaître sous ses yeux un certain « Shinno ». Il ressemble étrangement à Shinnosuke, l’ex-petit ami d’Akane, parti vivre à Tokyo après le lycée et dont elle n’avait plus eu de nouvelles…

Mon avis :

Tome 1

Avec une couverture me rappelant les derniers oneshots de Kaori Ozaki que Delcourt-Tonkam avait pris l’habitude de nous publier, j’ai de suite eu envie de découvrir Le Bleu du ciel dans ses yeux et ce sans rien savoir de l’histoire à part cette héroïne jouant de la basse, mais j’ai toujours aimé les histoires musicales et celle-ci ne sera pas différente.

Le manga est en fait l’adaptation d’un film d’animation sorti en 2019 par le studio CloverWorks sous le nom de Her Blue Sky (Sora no Aosa wo Shiru Hito yo en vo), qui a dû avoir son petit succès puisqu’il a été, dans la foulée, décliné en roman et manga. Ce dernier, dessiné par Yaeko Ninagawa de 2019 à 2021 pour le magazine Comic Newtype de Kadokawa, compte en tout 4 tomes. Delcourt-Tonkam nous propose ce mois-ci et le début du manga et le roman, dont voici la couverture ci-dessous.

Je n’ai pas eu tort de penser à Kaori Ozaki en voyant la couverture, il y a effectivement un petit quelque chose tenant de Golden Sheep dans cette histoire d’adolescente amoureuse de sa basse mais terriblement seule. Ce premier volume assez court, cependant, ne nous offre que les prémices d’une histoire gentiment dramatique.

Nous découvrons à l’aide de flashbacks judicieusement placés, le destin de deux soeurs qui perdent leurs parents trop tôt suite à un accident. L’aînée, alors lycéenne, est obligée de rester dans sa ville pour s’occuper de sa petite soeur et doit laisser partir l’amour de sa vie, un jeune guitariste, qui monte à Tokyo pour faire carrière.

Il y a d’emblée une très belle atmosphère mélancolique dans ce titre. On sent bien le poids des décisions dans la vie d’Aoi et de sa soeur Akane. Celles-ci ont beau d’adorer, leurs regards réciproques semblent bien mornes. La tristesse est partout, dans les accords qu’Aoi joue au bord du fleuve, tout comme dans ces échanges bien difficiles entre les deux soeurs dans la voiture d’Akane. Le passé leur pèse.

J’ai beaucoup aimé ce démarrage assez classique nous présentant les traumas des deux soeurs et les raisons de leur aphatie. Il faut passer par ces pages douloureuses pour en venir à ce qui fera sûrement la lumière des tomes suivants : un projet de la ville, porté par un de leurs amis, qui va faire revenir la musique et un certain musicien qui a bien changé. Les promesses sont là.

Il y a en plus, une jolie petite touche fantastique qui vient se glisser là de manière totalement inattendue, quand Aoi va jouer de la basse dans l’ancienne salle de répétition du groupe de son enfance. Elle va alors tomber sur quelqu’un qu’elle n’aurait pas dû croiser, ce qui va forcément titiller notre curiosité.

Les dessins de Yaeko Ninagawa ont une belle rondeur et un enthousiasme certain. Elle sait nous communiquer toute la palette des émotions des héroïnes de leur apathie bien compréhensible, à leur colère et frustration rentrée. J’adore son travail leurs sourcils et l’expressivité qu’ils revêtent, c’est rare de voir ça. Plus classiquement, j’aime aussi beaucoup la façon dont elle rend la puissance cathartique de la musique, même quand ça fait mal.

Malgré un premier tome fort court, associé aux premières pages du roman qui font un peu redite…, j’ai senti beaucoup de potentiel dans cette belle histoire de vie, déchirante et âpre pour le moment, qui montre que parfois on doit faire des choix cornéliens pour le bien des autres et assumer ensuite, même si c’est dur. J’ai aimé la mélancolie du titre, l’écriture et le dessin des personnages, mais encore plus les promesses de métamorphose et renaissance pour la suite.

Tome 2

Même si c’est toujours avec maladresse, les auteurs continuent de nous conter une belle histoire légèrement fantastique si la difficulté à grandir, à suivre ses rêves et à conserver une âme d’enfant. C’est parfois un peu à côté mais toujours touchant.

Le tome 1 avait été un peu écourté à cause des pages du roman présentes à la fin, ce n’est pas le cas ici et on peut pleinement en profiter pour voir l’histoire se dévoiler un peu plus et les personnages s’étoffer, mais 160 pages, ça reste peu et on aimerait plus. L’histoire conserve sa touche fantastique qui intrigue mais surtout fait de plus en plus le va-et-vient entre passé et présent des héros pour développer un très beau discours.

Notre héroïne Aoi, soeur adolescente d’Akane, est notre narratrice, c’est elle qui nous donnera la main dans cette histoire. Elle sera à la fois la voix des adolescents que furent sa soeur et Shinno mais aussi celle qui ruera dans les brancards dans le présent pour secouer les adultes qu’ils sont devenus. Car clairement, leur vie présente n’a rien de réjouissant. Ces deux personnages représentent bien ce qu’on peut devenir quand on a foiré le rêve qu’on avait adolescent. Akane est en pilote automatique, ayant tout sacrifier pour sa jeune soeur et sa vie professionnelle. Shinno est devenu un sale trentenaire acariâtre qui certes est devenu musicien professionnel mais pas celui dont il rêvait ce qui l’a rendu amer. Il est méconnaissable. Aucun n’a réalisé son rêve, n’a vu ses sentiments s’épanouir et le vit mal.

Alors le fait qu’Aoi rencontre celui que Shinno était autrefois avec la créature fantastique dans le temple voisin de chez elle est une belle mise en abyme. Elle permet au lecteur et à la jeune héroïne aussi de réfléchir sur ce qu’elle souhaite pour son futur. Ne doit-elle pas tout faire dès maintenant pour réaliser ses rêves ? Ne sera-t-il pas trop tard ensuite ? La vie d’adulte est-elle toujours aussi triste ? Est-on obligé de changer et renier celui qu’on était ? Voilà autant de questions que pose la série en filigrane et qui enrichit celle-ci.

Parce que sinon la narration est assez maladroite. Cho Heiwa Buster en fait trop, rendant les personnages caricaturaux, surtout le Shinno adulte, repoussant et détestable au possible. Tout s’enchaîne maladroitement avec une mauvaise exploitation du fantastique introduit dans la série. Heureusement, on sent aussi toute la ferveur de la jeunesse dans le personnage d’Aoi, qui est vraiment celle qui porte l’histoire avec sa musique. Elle fait vibrer les pages quand elle laisse son coeur s’exprimer et crier à travers ses riffs de guitare et ça, ça vaut le coup, ça réveille. On se laisse alors à rêver d’une histoire où la fougue adolescente de la jeune fille réveillerait le vieux Shinno, qui se reprendrait en main, ce qui réveillerait Akane, son ancienne copine, et donnerait le happy end attendu.

Fable adolescente transposée en fable adulte, Le bleu du ciel dans ses yeux n’est pas sans défaut mais conserve encore et toujours un souffle qui donne envie de basculer la table pour crier ce qu’on a sur le coeur et libérer tout le poids qui pèse sur lui. La série interroge de manière pertinente sur l’âge adulte, le passage de l’adolescence libre aux responsabilités des adultes, sur les regrets aussi des rêves déçus. C’est émouvant, c’est âpre et amer, on espère juste que le récit s’équilibrera, exploitera mieux le fantastique et sera moins caricatural à l’avenir.

(Merci à Sanctuary et Delcourt-Tonkam pour ces lectures)

> N’hésitez pas à lire aussi l’avis de :  Vous ?

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4 commentaires sur “Le Bleu du ciel dans ses yeux de Yaeko Ninagawa et Cho Heiwa Buster

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