Livres - Jeunesse / Young Adult

La Fille du phare d’Annet Schaap

Titre : La fille du phare

Auteur : Annet Schaap

Traduction : Maurice Lomré

Éditeur : L’Ecole des loisirs (Médium)

Année de parution : 2022

Nombre de pages  : 366

Histoire : Imaginez une nuit de tempête durant laquelle tout va de travers. Les éléments se déchaînent et un bateau se fracasse sur les récifs. Le fanal du phare qui devait guider le navire ne s’est pas allumé. Que s’est-il passé ?
Imaginez également une imposante et inquiétante demeure, la Maison Noire. Elle appartient à l’amiral, et on prétend qu’elle abrite un monstre. Qui peut croire ça ?
La fille du gardien de phare apportera des réponses à ces deux questions et à beaucoup d’autres. Rien ne l’arrêtera dans sa recherche de la vérité. Elle croisera en chemin des humains amicaux ou menaçants, des créatures mystérieuses et des pirates en colère. Elle découvrira aussi la saveur de l’amitié.

Mon avis :  

Depuis que je me suis mis à relire certains classiques de la littérature pour enfants tels qu’Anne de Green Gables ou Les Quatre filles du Dr March, j’ai également envie de découvrir les titres qui seront peut-être les classiques de demain. C’est ce que je pressentais en voyant la présentation de La fille du phare, ce ne fut malheureusement pas le cas à lecture de ce titre de part trop déstabilisant.

Avec sa superbe couverture toute de bleue avec son dessin naïf à la Sempé, ce roman avait de gros atout pour lui : c’est un bel objet livresque doté d’illustrations entre les grandes parties que j’ai trouvées parfaites pour accompagner le propos de l’oeuvre et mettre dans l’ambiance ; et c’est un titre qui promettait une belle évasion avec ce phare, ces monstres et cette sirène en couverture. Mais à la lecture, même si j’ai retrouvé ces marqueurs, cela ne s’est pas passé comme prévu.

Malgré une lecture vraiment très bien ciblée pour son public, qui n’a pas été sans me rappeler Les Orphelins Baudelaire, belle série à succès, dans sa narration et plume un peu vieillotte, je n’ai jamais vraiment réussi à rentrer dans l’histoire. La faute à un ton trop décalé de bout en bout qui m’a semblé manquer d’émotion à cause de nombreuses scènes que j’ai trouvées écourtées, comme coupées dans leur élan. Impossible alors de vraiment plonger dans cette ambiance malgré ses atouts.

Je ne mentirais pas, si vous ne ressentez pas ce heurt comme moi, je pense que l’histoire doucement tragique de cette petite fille qui vit seule avec son père dans un phare et qui se retrouve enlevée à lui du jour au lendemain pour suspicion de maltraitance avant d’être placée dans une riche maison pour travailler, devrait vous émouvoir. Il y a là tous les codes d’une certaines littérature enfantine qui fonctionne : un pauvre père, veuf, esseulé qui noie son chagrin dans l’alcool et ne fait plus attention à sa fille ; une petite fille triste mais débrouillarde qui adore son père ; des adultes extérieurs qui pourraient sembler méchants du point de vue d’un enfant de par leur ingérence maladroite ; un nouveau lieu de vie et ses habitants mystérieux. Tout est réuni pour créer un récit qui est censé happer et interroger.

J’ai apprécié, malgré ses faiblesses dont je parlais plus haut, la découverte du mystérieux nouvel environnement de Loupiote / Emma. C’était touchant de la voir découvrir, en frissonnant, les lieux. J’ai aimé la relation qu’elle va tisser avec le fils du propriétaire, un garçon mystérieux doté d’une queue, qui n’arrive pas à marcher. Cependant, j’ai trouvé assez maladroit la façon dont l’histoire va peu à peu s’orienter vers lui, légèrement au détriment de Loupiote avant de revenir brusquement sur celle-ci. Le va-et-vient est mal géré. C’est dommage parce que par contre le traitement de la différence de chacun, elle, est bien faite, que ce soit illettrisme d’Emma, la difformité d’Edward ou le retard mental de Nick. L’autrice en parle avec finesse et subtilité, intégrant ces personnages à l’histoire, leur faisant vivre à leur tour l’aventure qui se joue, sans différence, ce qui m’a beaucoup plu.

L’aventure fut vraiment étrange et déstabilisante dans son écriture et son ambiance générale qui semble recouverte d’une épaisse brume. Elle se partage entre découverte de la vie au phare d’Emma, basculement dans les mystères d’une nouvelle demeure, recherche de l’identité d’Edward et des raisons de ses particularités et sauvetage du père d’Emma. On passe pour cela avec aisance d’un lieu à l’autre : phare, manoir (Maison Noire), foire, mer. L’autrice joue sur plein de registres : mer / piraterie, aventure, fantastique. C’est très divers et on n’a pas le temps de s’ennuyer. Si ce n’était ce sentiment de manque d’aboutissement à chaque fois, qui s’est encore plus fait sentir dans la fin très abrupte qui appelle presque une suite, cela aurait pu être une très belle lecture avec des thèmes forts autour du handicap et de la différence. Je regrette donc vraiment ses maladresses qui sont vraiment propres à l’autrice et non à l’âge cible, comme je peux le reprocher parfois.

J’ai donc vécu un moment assez singulier avec cette lecture. Entre fascination face aux aventures fantastiques vécues par la jeune héroïne et frustrations face à des sentiments inaboutis que l’autrice a tenté de me forcer à ressentir : tristesse face à la situation misérable de ces enfants, espoirs de reconnaissance parentale, dépassement de soi et acceptation. Au final, c’est un thème que je n’attendais pas : la différence, qui a tiré son épingle du jeu et m’a séduite. Malgré ses faiblesses, je serais curieuses de voir ce que l’autrice a à proposer d’autre pour voir si elle pourrait corriger cela. Une aventure humaine inattendue.

> N’hésitez pas à lire aussi les avis de : Vous ?

5 commentaires sur “La Fille du phare d’Annet Schaap

  1. J’attendais avec impatience ton avis sur ce roman qui m’a tout de suite attirée, mais que je ne pensais pas autant déstabilisant. Dommage pour les bémols, mais la thématique de la différence, que j’apprécie, semble bien amenée. Et je suis assez curieuse de découvrir ce mélange mer / piraterie, aventure, fantastique que tu évoques. 🙂 Quant à la fin, j’espère que son côté abrupt ne sera pas trop frustrant.

    Aimé par 1 personne

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s