Livres - Science-Fiction

Les Chants de Nüying d’Emilie Querbalec

Titre : Les Chants de Nüying

Auteur : Emilie Querbalec

Éditeur : Albin Michel Imaginaire

Année de parution : 2022

Nombre de pages  : 464

Histoire : La planète Nüying, située à vingt-quatre années-lumière du Système solaire, partage de nombreux traits avec la Terre d’il y a trois milliards d’années. On y trouve de l’eau à l’état liquide. Son activité volcanique est importante. Ses fonds marins sont parcourus de failles et comportent quantités de sources hydrothermales. Elle possède une magnétosphère et une atmosphère dense, protectrice. Tout cela en fait une bonne candidate pour héberger la vie. La sonde Mariner a transmis des enregistrements sonores de Nüying : des chants qui évoquent par analogie ceux des baleines. Quand elle était enfant, Brume a entendu cet appel. Désormais adulte, spécialisée dans le domaine de la bioacoustique marine, elle s’apprête à participer à la plus grande aventure dans laquelle se soit jamais lancée l’Humanité : rejoindre Nüying au terme d’un voyage spatial de vingt-sept années. Que va-t-elle découvrir là-bas ? Une civilisation extraterrestre ou une remise en cause totale de ses certitudes ?

Mon avis :  

 Quand on associe Emilie Querbalec (dont j’ai beaucoup aimé le premier roman), la superbe couverture signée Manchu nous plongeant en pleines abîmes sous-marines et un résumé qui parle d’aller à la rencontre d’une civilisation extraterrestre, on me vend du rêve. Rêve j’ai bien eu mais pas celui que j’attendais et la surprise fut totale sur bien des points.

Emilie Querbalec, je l’ai rencontrée en 2020 avec le poétique Quitter les monts d’automne où l’autrice m’avait séduite avec un style simple mais évocateur, et surprise avec une aventure qui m’avait emmenée vers des recoins insoupçonnés, le tout dans une ambiance japonisante qui ne pouvait que me séduire. En 2022, elle revient avec un nouveau roman bourré de surprises où l’on retrouve à nouveau son intérêt pour les thèmes de la mémoire et de l’immortalité.

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En découpant son récit à nouveau en plusieurs parties, l’autrice nous entraîne dans un sacré voyage. La 4e de couverture évoque un rencontre avec une civilisation extraterrestre lointaine et un voyage financé par un magnat, l’histoire se révèle bien plus riche et complexe, et surtout la rencontre intervient bien tardivement. Le message est donc tout autre.

Avec un rythme assez lent et saccadé, même, l’autrice nous berce d’un lieu à l’autre. La première partie de son histoire se concentre sur la préparation de ce voyage et les problèmes que pose la cryostase envisagée pour certains vis-à-vis de leur mémoire (tiens, un thème cher à l’autrice). C’est très bien écrit mais étrange car on se retrouve avec une histoire faites de plein de petits riens, de petits moments anecdotiques qui au final vont nous brosser peu à peu le portrait des membres clés de l’expédition sans que l’on s’en rende compte. L’autrice est forte pour nous prendre par la main pour embarquer dans son voyage.

Je me suis ainsi plu à découvrir l’univers uchronique qu’elle avait imaginé qui avait de forts relents de For All Mankind, pour ceux qui connaissent la série tv uchronique où Américains, Russes et Chinois se tirent la bourre pour être les premiers sur la Lune puis sur Mars (Les autres, filez la regarder !). Ce monde futuriste dont elle nous décrit quelques uns des aspects à travers le quotidien de ses héros m’a fascinée, notamment dans l’évolution géopolitique qu’elle a imaginée avec cette Chine conquérante, ou à travers les possibilités philosophiques offertes par la science dans nos contacts avec les animaux.

Mais cette partie est avant tout l’occasion de découvrir ceux que nous allons suivre et ils seront un certain nombre, tous plus fascinants mais humains les uns que les autres, de Jonathan, le propriétaire du vaisseau spatial en quête d’une forme d’immortalité dans ses réincarnations grâce à une mémoire numérique, en passant par William son premier assistant, cybernéticien et amant de Brume qui peine à trouver sa place, ou encore cette dernière qui est spécialisée dans les chants de la mer, qui aime tant les animaux, est fascinée par la rencontre qui va avoir lieu, mais peut se couper aussi brutalement des autres. Ils seront épaulés entre autre par Dana, une psychologue (?) en couple avec Meriem avec qui elle forme une jolie famille avec leur fille sélène Anouk, ce qui aura une dramatique importance.

Tout ce petit monde va embarquer à bord du cargo-monde Yutu Meng, ce que l’autrice nous fait découvrir dans une deuxième partie tout aussi déstabilisante que la première, car elle va nous faire vivre la vie à bord de ce vaisseau et celle-ci sera riche en surprises. Alors que je croyais qu’ils allaient tous, ou presque, faire le voyage endormis, j’ai été surprise de débarquer alors qu’une grande partie avait fait le voyage éveillés depuis des années, ce qui va changer pas mal de choses.

Sur Terre, il y avait déjà des tensions de par la situation géopolitique inédite et les aspirations de ceux vivant déjà sur la Lune ou dans l’espace, celles-ci sont encore accentuées à bord du cargo-monde. L’autrice nous livre alors un très beau et intéressant développement autour de la religion-philosophie quand on est en vase clôt et que différents groupes n’ont pas les mêmes aspirations et n’arrivent pas à communiquer. Elle a choisi pour cela, chose que j’ai rarement croisé dans mes lectures, d’utiliser le Bouddhisme ou plutôt une variante de celui-ci dans une intrigue assez riche autour des questions de réincarnation, vie éternelle, voyage spatial et des tensions entre jeunes et anciennes générations, entre ceux qui ont connu la Terre et ceux qui n’ont connu que l’espace.

Avec toujours le même rythme lent et un peu saccadé, du fait de plusieurs micro-bonds dans le temps et d’ellipses, elle nous décrit ainsi comment cela peu mal tourner au cours d’un tel périple. J’avoue avoir été fascinée comme on l’est parfois devant un train qu’on voit sur le point de dérailler. J’ai senti venir le drame mais je n’ai pu m’empêcher d’attendre cela en trépignant tant j’étais fascinée à l’idée des conséquences que cela aurait et des mécanismes qui étaient en jeu. Ce fut pour moi le point culminant du titre avec un drame digne d’une tragédie grecque.

En revanche, arrivée à la troisième et dernière partie, la frustration d’avoir surtout parlé de la préparation du voyage puis de la vie à bord, des questions de réincarnation, d’expériences mystiques et d’incarnation de la mémoire et de l’être, a fait que j’étais un peu agacée de n’avoir toujours pas eu ce premier contact tant attendu. L’autrice, en ajoutant en plus de nouvelles ellipses, m’a un peu perdue parfois et j’ai eu le sentiment de décrocher, tout comme les personnages décrochaient eux-mêmes de cette aventure face à la lassitude de tout ce qu’ils avaient vécu. On était synchro eux et moi ^^!

Pourtant surprises et aventures sont bien là jusqu’au bout. L’autrice ne nous épargne aucun retournement de situation, aucune tragédie et nous fait bien sentir qu’avec ce type de voyage rien ne se passe jamais comme prévu. Elle nous montre aussi combien cela met à mal nos certitudes et nos interactions avec les autres, ce que j’ai beaucoup aimé. Mais j’ai trouvé la narration un peu brusque et vraiment j’attendais désespérément ce premier contact et je commençais à me moquer un peu du reste de leurs ennuis une fois arrivés.

Cependant je dois reconnaître que jusqu’au bout, l’autrice livre un travail puissant sur notre connexion aux autres et à nous-même, sur notre envie de découvrir l’autre peu importe sa forme, et qu’il y a des pages juste splendides sur le sujet, s’inspirant apparemment du travail fait avec les créatures marines terrestres telles que le dauphin. Cela m’a fascinée.

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Pour résumer cette longue chronique, Emilie Querbalec a composé ici un voyage sans retour des plus fascinants où l’étrange côtoie des évolutions dramatiques mais logiques de notre humanité. J’ai beaucoup aimé la puissance de sa plume, le choix de ses thèmes et les surprises, nombreuses, qu’elle nous a offerts. Cependant, j’ai aussi trouvé sa narration parfois maladroite, avec trop d’ellipses et des changements de rythme pas toujours judicieux, comme cette fin expédiée bien trop rapidement et sèchement à mon goût. Ça ne m’a pas dérangée de ne pas avoir l’histoire de premier contact que j’attendais et de vivre plutôt une aventure spatiale et philosophique mais j’aurais aimé que le fil tendu autour des questions d’identité, de mémoire et de philosophie de vie, se tienne encore plus. Il y a plein de belles idées, mais j’ai eu l’impression parfois d’avoir seulement une juxtaposition de nouvelles dans un même univers avec un manque de liant, et d’avoir des relations familiales ou de couples incomplètes. Après, c’est aussi le reflet de la vie mais dans la fiction j’aimerais ne pas ressentir la même frustration que dans la réalité ^^

Une découverte encore une fois poétique, dépaysante et surprenante qui nous conduit à un final attendu par des voies bien détournées.

(Merci à Albin Michel Imaginaire pour cette lecture et leur confiance.)

> N’hésitez pas à lire aussi les avis de : Maki, Le nocher des livres, L’épaule d’Orion, Selbon, Les pipelettes en parlent, Vous ?

8 commentaires sur “Les Chants de Nüying d’Emilie Querbalec

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