Livres - Fantasy / Fantastique

Le Cycle des Princes d’Ambre de Roger Zelazny

Titre : Le Cycle des Princes d’Ambre

Auteur : Roger Zelazny

Éditeur vf : Denoël Présence du futur / Folio (SF)

Année de parution vf : 1990-1993 (années 1970 pour la vo)

Nombre de tomes vf  : 10 (série terminée)

Histoire : Ambre est un royaume médiéval ; comme tous les autres il possède une capitale, un palais, une cour, une famille royale et des intrigues. Mais Ambre est aussi bien plus : lieu mythique considéré comme le centre de l’univers. Seul lieu réel, tous les autres n’en sont qu’un reflet, dans l’ombre, comme la Terre. Considérée comme très intéressante par la plupart des princes d’Ambre, elle leur sert de résidence secondaire, voire de cachette. Car la vie d’un prince ou d’une princesse n’est pas de tout repos. Seuls dépositaires du pouvoir quasi divin de se déplacer entre les mondes, ils n’en restent pas moins humains : au mieux rivaux, ils sont le plus souvent ennemis jurés. En effet, depuis la disparition mystérieuse d’Obéron, le père de cette grande famille, le trône est vacant et la succession des plus agitée.

Mon avis :  

Tome 1 : Les Neuf Princes d’Ambre

Quand j’ai découvert la saga des Princes d’Ambre jeune adolescente, en entrant au collège, j’ai de suite été fascinée par l’univers imaginé par Roger Zelazny, qui était probablement l’une de mes premières incursions dans de la fantasy pour adulte. J’ai ainsi dévoré les 10 tomes la composant, étrangement présents au CDI, mais depuis je n’ai jamais osé relire la saga de peur de ne pas retrouver cette même fascination. J’avais tort car elle est toujours bel et bien présente !

Roger Zelazny, c’est un auteur culte dans le domaine de l’imaginaire. Il a écrit de nombreux textes que ce soit en fantasy ou en science-fiction et a remporté de nombreux prix, mais c’est souvent avec Les Princes d’Ambre qu’on en parle car c’est celle-ci qui l’a fait connaître, malgré son prix Hugo quelques années auparavant pour Toi, l’immortel, ex aequo quand même avec Herbert pour Dune !

Je comprends parfaitement pourquoi les gens ont adoré ce titre car il en est de même pour moi. Malgré ses défauts et il y en a, l’univers imaginé par l’auteur fascine, de même que ses influences puisant dans de nombreuses mythologies et sa narration inspirée des jeux d’échec. C’est tout bonnement excellent !

Zelazny nous plonge dès les premières lignes dans un récit où il met le narrateur à la même hauteur que le lecteur : Corwin est amnésique. Nous allons donc nous coller à ses pas pour essayer de comprendre les mystères entourant sa vie et ceux-ci sont forts nombreux et assez incroyables. Avec une belle maîtrise d’un fantastique des plus classique, Zelazny va peu à peu nous conduire jusqu’à un point de bascule, le tout en étant aussi aveugle que son héros, ce qui est fascinant. Tout comme lui, on marche sur deux oeufs. Tout comme lui, on ne comprend pas grand-chose et c’est le génie de la chose. Ainsi, ce qui passerait pour une narration floue et incompréhensible avec des pouvoirs qu’on peine à cerner, devient en fait un ressort narratif propre à l’auteur pour mieux nous immerger dans son histoire et ça fonctionne.

Le récit est court mais vif et percutant. L’auteur ne perd pas de temps dans ces 250 pages à peine que compte le premier tome. Il nous présente la vaste famille de Corwin, prince d’un royaume caché : Ambre, dont les membres s’entre-déchirent pour obtenir la couronne. Corwin fait partie d’une fratrie dont il reste 9 frères survivants et 4 soeurs, souvent de mères différentes et dont le père est passé on ne sait où. Corwin redécouvre pas à pas ce qui unit et désunit surtout chacun d’entre eux. En allant à la recherche de sa mémoire, il va replonger dans les jeux d’intrigues de ces derniers et avancer à marche forcée vers les problèmes, ce faisant. Dans ce premier tome, nous allons donc plonger dans les pouvoirs de la famille princière, manipulant les ombres pour se déplacer et se battre, et utilisant des cartes, les atouts, pour communiquer et se déplacer. Ils sont fascinants.

Alors que l’auteur n’a que peu de pages, il parvient à rendre cela très vivant. On cerne rapidement la personnalité des chacun des membres de cette famille qu’on croise. Ils ne sont tous que fourberie, ce que j’ai adoré ! Comme dans un jeu d’échec, tout n’est que manipulation, coup foireux et entourloupe pour parvenir à ses fins. On ne sait jamais sur qui compter et qui va trahir qui à quel moment. Les batailles sont nombreuses et surprenantes, se passant tantôt dans notre monde, tantôt dans celui des ombres, tantôt à Ambre. Cependant, elles sont parfois compliquées à visualiser notamment au début. Je comprends l’effet de style souhaité par l’auteur mais c’est frustrant tout de même. Cela devient heureusement plus clair par la suite.

La magie d’Ambre et les personnalités retorses de ces princes et princesses sont vraiment le gros point fort ici. Ils fascinent. Rien n’est manichéen ici, tout est tordu, même le héros a un je ne sais quoi d’anti-héros aux yeux des autres et le frère qu’il va affronter : Eric m’a fait penser à Elric de Moorcock qu’il précède de peu ou encore aux Harkonnen de Dune qu’on a découvert quelques années plus tôt. Les deux se livrent à un sacré duel, même si Zelazny aime bien introduire pas mal d’ellipses dans son récit pour rendre celui-ci plus vif et incisif, ce qui empêche de voir la totalement de leurs affrontements, mais entre duel à l’épée, bataille navale, assaut du château, on a de quoi se mettre sous la dent.

Avec une plume qui n’a pas vieilli et qui demanderait juste à s’étoffer un peu de descriptions plus longues parfois, notamment lors des interludes et des scènes de combat, Zelazny propose ici une entrée en matière des plus savoureuse et piquante. J’ai adoré me sentir déstabiliser aux côtés de ce héros qui n’en savait pas plus que nous sur les étrangetés l’entourant au début. C’était passionnant de découvrir son monde, derrière le voile qui le protège, en se collant à ses pas et en doutant de tous. J’ai beaucoup aimé les références mythologiques et celtiques de l’oeuvre, ainsi que l’ambiance très « jeu de stratégie » qui se dégage de chaque passe d’arme et relation. Même si j’ai peut-être trouvé que ça allait un peu vite et que j’aurais aimé qu’on s’attarde sur les personnages, leurs relations ou encore la ville d’Ambre, j’ai été fascinée et passionnée par ce récit que j’ai dévoré. Zelazny a su imaginer un univers de haute volée où intrigues et complots politiques se marient à merveille avec un système de magie original et assez visuel. L’écriture a peut-être vieilli un peu par rapport à un Jay Kristoff ou un Sanderson qui écrivent des scènes d’action bien plus percutantes lors de l’utilisation de pouvoirs similaires mais ça reste excellent. Et ce n’est que le premier tome ! J’en redemande !

> N’hésitez pas à lire aussi les avis de : Xapur, Nevertwhere, Nicolas (Livre poche), Océan de pages, Nyx, Livrement Vôtre, Red Blue Moon, Mina, Vous ?

Tome 2 : Les Fusils d’Avalon

En débutant cette relecture, je savais que je m’engageais dans une sacrée épopée, mais j’avais oublié combien Zelazny pouvait être une auteur efficace et ingénieux.

A nouveau, en l’espace d’à peine plus de 300 pages, il m’a fait vivre une grande aventure. Avec une inspiration aux consonances arthuriennes, j’ai adoré retrouver son anti-héros Corwin qui tente de se venger de son frère Eric pour lui reprendre le trône d’Ambre. Pour cela, il va devoir tout reprendre à zéro ou presque et il va trouver sur son chemin des personnes inattendues.

Le premier tome consistait en une vaste mise en place. Le deuxième, lui, comme les suivant, nous permet de découvrir l’une des facettes de cette lutte de pouvoir fratricide. Nous allons ainsi à la rencontre de certains des membres de la famille que nous n’avions pas encore vu tandis que nous suivons la nouvelle ascension de Corwin.

J’ai beaucoup aimé la première partie du texte encore plus directement inspiré par les récits chevaleresques que les autres. C’était amusant de retrouver Corwin dans un royaume dirigé par un ancien soutien devenu ennemis : Ganelon, à qui l’auteur a donné le nom de celui qui a trahi Roland dans la chanson. On sent qu’il y a un joli sous-texte ici. De la même façon que j’ai aimé voir notre héros retrouver son frère Benedict et faire la connaissance de la mystérieuse Dara, qui est directement inspirée de ces personnages trompeurs comme Morgane. Les personnages sont vraiment très bien écrits.

L’aventure est également très bien écrites car de bout en bout de ce tome, il n’y a pas de temps mort. On passe d’un héros qui tente de se refaire et de retrouver son chemin, à un héros qui a trouvé un allié et va chercher à se procurer l’avantage tactique qui lui manque. J’ai adoré voir Corwin louvoyer entre les différents lieux où il se trouve et les différents personnages qu’il croise pour au final toujours retomber sur ses pieds, à savoir poursuivre sa quête de vengeance et de justice, du moins telle qu’il la voit.

L’auteur joue toujours autant sur la figure du héros qui n’est un héros que selon la personne qui le regarde. On découvre ainsi que Corwin n’est pas très apprécié dans les autres réalités où il passe. On découvre qu’Eric n’est pas tellement détesté par les autres membres de sa famille puisqu’il protège leur royaume. Tout est question de point de vue et j’aime cette subtilité dans l’écriture des membres de cette famille où aucun n’est celui qu’on croit au début mais se révèle bien plus complexe.

Il y a aussi de la part de Zelazny une facilité fascinante dans son écriture du système de magie qui a cours dans la saga. Lors des pages et des pages où l’on suit Corwin qui traverse ou manipule les Ombres, je suis à chaque fois scotchée. J’ai presque l’impression qu’il froisse et défroisse les ombres comme je le ferai avec les pages de ce livre et qu’il les dessine et refaçonne comme il le ferait avec de la glaise. C’est bluffant. C’est la même chose avec la partie chevaleresque du récit. Les scènes de disputes et d’affrontement, voire de guerre et de bataille, sont hyper percutantes sans que l’auteur ait besoin d’en faire des tonnes et de s’étaler. Il va à l’essentiel et ça nous scotche comme devant un très bon film d’époque.

Mon voyage auprès des Princes d’Ambre n’en finit pas de me fasciner et de me passionner. Impossible de cerner ce héros qui a tout de l’anti-héros dans sa quête de vengeance qui peut l’emmener très loin. Impossible de cerner cette famille qui s’aime et s’entre-déchire sans arrêt. Impossible de cerner cette magie tellement changeante mais toujours fascinante. J’adore cet univers et je suis scotchée par ce que l’auteur arrive à faire à chaque en terme de densité de récit et intensité d’émotions en si peu de pages !

Tome 3 : Le signe de la licorne

Cette relecture continue de se passer extrêmement bien. Je n’arrive pas à réaliser que l’auteur a écrit cela dans les années 70 et non de nos jours tant sa plume n’a presque pas vieillie. Il propose des aventures toujours aussi entraînante avec cette fois un petit air d’Agatha Christie avec cette lutte à huis clos pour la couronne du royaume d’Ambre.

Les deux premiers tomes formaient un tout, la suite semble aussi dessiner un nouvel arc. Corwin est désormais sur le trône mais tout n’est pas fini loin de là. Son père est toujours disparu, il ne sait toujours pas qui a tenté de l’assassiner et ce que peuvent bien tramer ses frères et soeurs. Il va donc se lancer sur leurs traces et enquêter.

Les premiers chapitres m’ont semblé un peu mollasson mais une fois l’intrigue bien lancée, nous sommes face à une intrigue stressante qui rebondit sans cesse et nous emmène sur tout un tas de pistes dans des lieux et temps différents, nous permettant de faire enfin la connaissance d’autres frères et soeurs du héros.

Dans cette vaste famille, nombreux sont les alliés et les ennemis de Corwin. Ce fut donc riche d’assister aux discussions qui ont lieu entre tout ce petit monde dans une ambiance à huis clos assez étouffante et inquiétante où on sait que tout peut arriver. J’ai beaucoup aimé découvrir les uns et les autres, même si un petit schéma n’aurait pas été de trop pour retenir qui est qui, qui est où dans l’ordre de succession et qui descend de quelle union, tant c’est riche et complexe. Mais l’auteur semble également sur cela pour créer le flou en nous comme il le crée dans son héros qui passe d’un intuition à l’autre pour comprendre qui risque de le trahir.

Pas de développement majeur de l’univers cependant cette fois. On parle seulement à nouveau des Atouts et de la Marelle et de leurs possibilités, mais cela avait déjà été fait alors même si certains mouvements sont nouveaux, il n’y a pas de vraies surprises en ce qui me concerne. Les surprises viennent plutôt des frères et soeurs extrêmement retords de Corwin. On ne sait absolument pas sur lequel compter, lequel ment ou dit la vérité, lequel va le soutenir ou le trahir et cette incertitude donne tout son sel à la lecture de ce tome. Grâce à cela, on revient sur le passé du roi et on découvre qui avait programmé son accident et ce qui lui est arrivé à ce moment-là. Très bien vu !

Le final a également une saveur toute particulière, relançant l’intrigue dans une nouvelle direction après avoir passé l’ensemble du tome, ou presque, enfermé entre quatre murs à chercher des réponses. Là, on est propulsé dans un endroit inattendu qui va pousser le héros à changer de braqué dans le prochain volume. C’est très attirant.

Toujours écrit avec plein d’entrain, Les Princes d’Ambre renouvellent bien leur intrigue d’un tome à l’autre malgré un fil rouge bien bien présent autour de cette querelle de succession pour le trône. C’est diablement bien écrit, on se croirait dans une pièce historique dramatique ou dans les Rois Maudits de Druon tant tout ce monde est retord et leurs plans tortueux. J’adore !

9 commentaires sur “Le Cycle des Princes d’Ambre de Roger Zelazny

  1. Les dix tomes, tels qu’illustrés en intro à l’article, sont des rééditions en Présence du futur, illustrés par Florence Magnin. Ils présentent une particularité graphique. Mis côte à côte dans leur ordre de parution: leurs dos assemblés montrent une onzième image.

    Aimé par 1 personne

  2. J’ai croisé Ambre (le cycle)il ya maintenant très longtemps, dans des circonstances presque identiques à celles décrites ici, jusqu’à me résorber itou à une relecture que je redoute vieillie. La présente chronique semble montrer le contraire et éveille en moi des envies de m’y recoller. Va me falloir montrer au grenier ..!

    Aimé par 1 personne

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s