Livres - Mangas / Manhwa / Manhua

Blue Heaven de Tsutomu Takahashi

Titre : Blue Heaven

Auteur : Tsutomu Takahashi

Éditeur vf : Panini Manga (seinen)

Année de parution vf : 2005 (réédition 2022)

Nombre de tomes vf  : 3 (série terminée)

Résumé : Le « Blue heaven » est le plus grand navire de croisière jamais conçu, seul Las Vegas pourrait rivaliser avec lui et son propriétaire n’en est pas peu fier. Pourtant un événement inattendu va se passer là -bas. Lors d’une traversée, il croise la route d’un bateau de pêche visiblement en détresse. A son bord deux survivants, l’un épuisé, l’autre complètement terrorisé. Ce dernier est d’ailleurs retrouvé dans une salle des machines couverte de sang, mais cela n’empêchera pas les sauveteurs de les embarquer sur le Blue Heaven.
Par la suite c’est une série cauchemardesque qui attend les passagers.

Mon avis :

Tome 1

Je commence à développer une certaine addiction avec Tsutomu Takahashi, celle d’acheter toutes ses oeuvres et avec les rééditions que nous offre Panini en ce moment, ainsi que les inédits chez Pika, je suis servie.

Cette fois avec Blue Heaven, on retrouve l’auteur dans ce qu’il sait faire de mieux (il faut que je relise Bakuon Rettou pour pouvoir dire le contraire ou pas), une histoire stressante et légèrement fantastique en 3 tomes, à bord d’un bateau cette fois.

Ce huis clos se met en place très rapidement et efficacement, reprenant des tropes assez faciles du genre mais parfaitement maîtrisés par l’auteur. Nous avons ainsi un riche bateau de croisière d’un côté avec des tensions entre propriétaire et commandant, et un simple mais étrange bateau de pêche qui ne bouge plus de l’autre. Cela rappelle bien des films et séries d’horreur où cela commence comme ça : on tombe sur un endroit qui semble vide et/ou détresse. La suite sera terriblement classique mais percutante !

L’auteur fait progressivement monter la tension avec brio, emmenant ses lecteurs de découvertes en découvertes. On découvre d’abord la vie facile à bord du bateau de croisière avec les différents groupes à bord. Ce n’est pas le plus intéressant mais ce sera nécessaire pour la suite, vu le carnage qui pourrait s’y produire. Pourquoi je parle de carnage ? Parce qu’à bord du bateau de pêche c’est ce qu’il semble y avoir eu lieu. De manière totalement improbable, Takahashi a imaginé la présence à bord de cette petite embarcation d’un tueur fou, qui a été rendu ainsi suite à des maltraitances totalement orientées. Glaçant !

Ce premier tome pose surtout le décor et permet de découvrir les mécanismes en jeu. On découvre les lieux du crime ou des crimes, ainsi que l’antagoniste : le terrifiant et fascinant homme sans nom du bateau de pêche, et sa « technique ». Il n’y a rien d’extraordinaire en soi. L’auteur reprend une esthétique, un rythme, une narration, des mystères déjà vus et revus mais ça fonctionne super bien ! Notamment grâce au trait toujours aussi vif et tranchant de Takahashi qui colle super bien à ce genre d’histoire. Ses grands traits hachés tranchent dans le vif et donne le sentiment de malaise et rapidité nécessaire ici. Il est saisissant. Il capture ainsi bien le luxe des croisiéristes que l’horreur brutale des crimes de notre antagoniste et la terreur qui peu à peu s’installe avec ces visages rongés par la peur. C’est excellent.

Histoire très classique dans le fond, Blue Heaven convainc quand même grâce à tout le travail d’ambiance que fait le mangaka aussi bien par sa narration que ses dessins. On se retrouve scotché face à ce qui va devenir une histoire de survie face à une bête féroce diablement intelligente lâchée là où il ne le fallait pas. J’ai hâte d’assister aux autres actes de ce drame qui démarre à peine.

> N’hésitez pas à lire aussi l’avis de : Nolhanev, Yuya, Vous ?

Tome 2

A première vue, ce deuxième tome est à nouveau fascinant et percutant. Il nous entraîne dans une spirale de folie totalement abracadabrantesque que nous laisse scotché au bastingage, incrédule face à ce qui se produit. Mais quand on creuse un peu, on peut aussi trouver cela assez vain, voire vide…

Alors que tout allait bien sur ce bateau de croisière voguant sur les mers. Il n’a fallu que l’arrivée d’un élément perturbateur, pourtant bien silencieux, pour que tout bascule. Alors oui, la narration de Tsutomu Takahashi rend le lecteur totalement captif de ce qui se passe sous ses yeux, mais est-ce que ça suffit à lui enlever son regard critique ? J’espère que non, car au final, quand on prend du recul, l’histoire ne repose sur pas grand-chose et c’est dommage.

Histoire d’une crise de folie passagère qui va peu à peu toucher tout un bateau, Blue Heaven est également le récit de la fascination d’un auteur pour la violence et ses mécanismes. Ainsi plus qu’une histoire fouillée, c’est le récit de la mise en branle d’un mécanique que l’auteur nous raconte à travers les portraits des membres de la famille Junau, et c’est cela qui est fascinant.

L’histoire, en elle-même est vide, mais assister à la manière dont de père en fils, les membres d’une puissante famille font communiquer leur folie à l’ensemble d’un bateau a quelque chose de puissant et fascinant. On retrouve chez eux, comme chez d’autres héros de l’auteur dans d’autres séries, cette haine et cette peur de l’autre qui vont tout déclencher et servir de moteur ensuite à entretenir leur folie meurtrière dévastatrice. Ici, le bouc émissaire est tout trouvé : les asiatiques, et c’est avec stupeur qu’on va suivre le reste de l’équipage les suivre.

Il y a cependant quelques failles dans cette mise en scène pourtant calibrée pour être percutante et choquante. Il est difficile de croire qu’après avoir vu quel psychopathe était le fil Junau, personne ne se lève pour le dénoncer et qu’au contraire tout le monde le suive dans sa folie. J’ai eu du mal à croire cela et cela a cassé un peu la mécanique bien huilée de l’auteur. De la même façon, j’ai trouvé que malgré tout, on oubliait un peu vite « la source du mal » qui avait débarquée à bord du bateau. Après lui avoir offert le premier rôle dans le premier tome, on bascule un peu vite sur cette famille qu’on n’a découvert que sur le tard.

Pour le reste, la mise en scène était parfaite pour nous faire trembler et frissonner d’effroi. Entre coup de folie meurtrier, tuerie de masse dans une pièce close, échange de balle dans les coursives, déclenchement d’incendie pour éliminer une partie des passages, lutte pour lancer le sauvetage avec les chaloupes encore disponibles, tout était très bien pensé. L’auteur zoome et dézoome l’action à loisir, se focalisant sur notre famille de barjots pour mieux ensuite rebasculer vers des figures plus héroïques inattendues dans le petit peuple. C’est hyper entraînant et le trait très crayonneux de l’auteur fait bien ressentir la violence aussi bien physique que psychologiques de ces moments.

Ainsi bien qu’un peu maladroit narrativement, Tsutumu Takahashi parvient tout de même avec brio à nous conter la mécanique qui peut se mettre en branle quand la folie s’empare d’un groupe d’individus et se transmet d’une figure « forte » vers celles plus faibles qui l’entourent. Avec son trait ravageur et sa mise en scène brutale, l’auteur nous fait exploser cette violence sectaire à la figure et nous remplit d’effroi. Une lecture parfaite en cette saison !

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6 commentaires sur “Blue Heaven de Tsutomu Takahashi

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