Livres - Mangas / Manhwa / Manhua

Fool Night de Kasumi Yasuda

Titre : Fool Night

Auteur : Kasumi Yasuda

Traduction : Hana Kanehisa

Éditeur vf : Glénat (seinen)

Année de parution vf : Depuis 2022

Nombre de tomes vf  : 3 (en cours)

Résumé : Depuis cent ans, un épais nuage empêche le soleil d’éclairer la Terre. La nuit et l’hiver se prolongèrent à jamais et la plupart des végeétaux périrent. L’humanité plaça ses espoirs dans la technique de “transfloraison”, consistant à transformer un humain en plante. Bien évidemment, ces opérations sont limitées aux personnes en fin de vie, pour une raison éthique… mais lorsqu’une prime de dix millions de yens est accordée aux volontaires, certains n’hésitent pas à contourner les règles pour s’inscrire sur les listes. Toshiro est l’un d’entre eux : sans aucun avenir et fatigué de la vie, il va choisir de se transformer en plante. Mais cette opération va lui accorder des talents qu’il ne soupçonnait pas !
Fool night est un récit d’anticipation dystopique où le jeune auteur Kasumi Yasuda a su créer un univers original, où humains et végétaux se confondent. Avec un graphisme rappelant parfois Otomo ou encore Urasawa, le titre a été plébiscité par des auteurs comme Sui Ishida (Tokyo Ghoul) et Shuzo Oshimi (Les Liens du sang), qui admirent ce jeune talent. Une belle surprise, pour tous ceux qui aiment découvrir une nouvelle génération de mangaka.

Mon avis :

Tome 1

J’ai toujours aimé les récits dans un décor post-apocalyptique et il faut avouer que les japonais sont assez forts dans leur genre pour cela, avec une imagination très fertile. Pourtant la couverture de Fool Night ne m’inspirait pas plus que ça avec ce clown triste se dessinant un sourire avec des pétales issus d’un coeur rougeoyant… Il a donc fallu les avis plus qu’enthousiastes des copains blogueurs pour me lancer.

Nouvel auteur chez nous, Kasumi Yasuda offre pourtant un univers solide aux influences bien pensées et au développement réfléchi. Avec des influences comme Otomo (Akira) ou Sui Ishida (Tokyo Ghoul) pour le dessin très pur en noir et blanc au gris peu présent, et Sho-U Tajima (MPD Psycho) pour l’idée des corps se transformant en plantes, l’auteur est parti sur de très bons rails. Sa critique de notre société qui fait tant de mal à ses membres et à la nature qui l’environne fait mouche direct.

Grâce à une narration particulièrement efficace et immersive, l’auteur nous plonge dans un monde où la Terre est recouverte d’un épais nuage empêchant le soleil de traverser. Du coup, les plantes « normales » ont disparu et le seul moyen trouvé par les humains pour conserver celles-ci dont le rôle est essentiel dans notre survie, c’est de transformer certains d’entre nous en plante à l’approche de la mort, c’est la « transfloraison ». Cependant, si tout était si simple, tout irait bien, mais notre société déjà fortement inégalitaire n’a fait qu’empirer et il est de plus en plus dur de survivre dans ce monde où les inégalités entre riches et pauvres se sont encore creusées.

Le héros, Toshiro, est fortement touché par ces inégalités. Il n’a pas fini le lycée, il a un job de merde mal payé et il doit s’occuper de sa mère malade qui devient violence dès qu’elle n’a plus ses médocs, s’en prenant à lui et l’attaquant. Dur dur alors qu’il ne rêve que de reprendre ses études pour avoir une vie meilleure. L’abattement qu’il ressent est une belle image de celui que doivent ressentir bien des gens dans la misère déjà actuellement. L’auteur profite juste de ce décor futuriste pour insister encore plus, mais la solitude des aidant, l’abattement ressenti face à une société et un monde qui leur échappe, existe déjà et j’ai aimé la justesse des émotions retranscrites ici.

Car au-delà de cette société qui vit dans la morosité et peine à ressentir du bonheur dans ce monde fait uniquement de survie, c’est le portrait de notre société que l’on voit. Quand l’auteur fait le portrait d’un aidant comme Toshiro, que ce soit dans ce monde futuriste ou le nôtre, il ressentirait le même mal être. Quand plus tard, il nous amène à la rencontre d’une jeune femme autrefois maltraitée par son père, dans notre monde aussi, elle peinerait à avancer au vu de ce qu’elle a subi. C’est donc un bel effet de miroir que nous propose Kasumi Yasuda ici.

Bien sûr, le fait d’avoir un héros qui a une espérance de vie limitée, qui va se transformer en plante sur le court terme, qui se fait embaucher dans une entreprise gouvernementale secrète parce qu’il peut « entendre » la voix des plantes, apporte une saveur toute particulière au récit. A l’abattement, s’ajoute l’émotion de ces êtres à la dérive et la peine face à leur espoir qui s’est éteint. C’est donc un récit très âpre et touchant qui se met en place. Je me demande juste si on finira par avoir une pointe de lumière car c’est très sombre pour le moment et sans espoir véritable.

Fool Night est un titre surprenant qui arrive chez nous. Construit de manière fort solide avec un dessin et un univers qui tiennent parfaitement la route, il propose au lecteur une critique frontale de notre société maltraitante et égoïste. Il est fascinant par l’ambiance imaginée avec ces hommes et femmes se transformant en plante et communiquant toujours avec nous sans qu’on le sache. Reste à voir la direction que prendra l’histoire et jusqu’où elle ira.

> N’hésitez pas à lire aussi l’avis de : L’étagère imaginaire, Floriane, Vous ?

Tome 2

Après un tome 1 au ton et à l’univers assez fascinant, je me demandais tout de même la direction qu’allait prendre la série, car je lui trouvais un petit côté anecdotique derrière ses belles idées. Hasumi Yasuda et moi-même sommes raccord puisque dès ce deuxième volume un vrai fil rouge se détache et il promet !

Avec toujours beaucoup de noirceur et de mélancolie aussi bien dans les dessins que dans le ton du récit, l’auteur nous emmène dans son univers futur désespéré où l’oxygène a disparu et où l’humanité doit bien trouver un moyen de survivre quitte à en transformer une partie en plante.

Les premières pages de ce deuxième volume sont d’abord consacrées à clore l’histoire commencée dans le tome précédent avec cette jeune pianiste au père si sévère qu’il l’en aurait presque dégoûtée de la musique. Texte plutôt intimiste, ce n’est pas avec lui que l’histoire va démarrer mais avec le suivant.

Dès que l’auteur a évacué cette conclusion, il entre dans le vif du sujet et nous conduit dans un vrai thriller qui permettra de voir l’évolution de son duo de héros et de l’univers qui les entoure avec une belle promesse de complexification. On découvre qu’un serial killer oeuvre en ville et s’attaque à certaines familles sans qu’on sache bien pourquoi ni comment il procède tant cela semble atypique. Par un certain concours de circonstance malheureux, nos héros vont se retrouver aux aussi impliqués aux premières loges, et il leur sera impossible de ne pas participer à l’enquête.

J’ai beaucoup aimé le ton que va prendre l’histoire. On sent qu’on entre dans le vif du sujet et que ça va être sérieux. Avec une jolie influence du cinéma et des séries télé, l’auteur se saisit de ce point de bascule pour mieux nous plonger à notre tour dans cet étrange thriller floral. Les pouvoirs du héros seront alors aussi bien d’une grande aide que d’un grand danger dans la résolution de ce mystère, car l’identité ou du moins l’apparence du serial killer va très vite être démasquée, et qu’il va se lancer à sa poursuite avec une nouvelle équipe.

J’ai vraiment aimé ce basculement de l’intrigue. On ne reste pas sur quelque chose de tranquille et de figé comme dans le tome 1 où cela avait des allures d’histoire épisodique. Là, on s’embarque dans quelque chose de plus vaste où Toshiro va grandir d’un coup et passé de l’ado nonchalant se complaisant un peu dans son malheur à adulte responsable qui va tenter d’agir pour que ça aille mieux. Il va entrer dans un nouveau groupe d’enquête et se mettre en danger car ses pouvoirs sont secrets et pourraient lui valoir de devenir à son tour un cobaye. Il va prendre le rôle de l’enquêteur mais aussi du défenseur car il fait tout cela pour protéger sa coéquipière et amie. Il y a vraiment une belle évolution.

L’univers de la série, lui, s’élargit également puisqu’on se retrouve doté d’un serial killer bien mystérieux et particulier qui remet en question ce que l’on savait de la transfloraison et qui pose pas mal de questions sur son identité, ses motifs, etc. On découvre par ce biais de nouveaux personnages et de nouvelles factions, ce qui donne une belle dynamique à l’oeuvre et offre potentiellement de futurs développements intéressants autour des rivalités qu’il y aura, des prises de position différentes sur les questions de l’humanité, la transfloraison, les coupable vs les cobayes, etc. Ça s’annonce passionnant.

J’avais déjà adoré le potentiel pressenti dans le tome 1, j’aime encore plus celui qui commence à voir le jour ici. Loin de l’intrigue un peu statique et dormante que je craignais, l’histoire prend au contraire son envol ici et nous entraîne dans de superbes questions philosophiques sur l’humanité et l’éthique, dans une ambiance thriller particulièrement soignée où la noirceur des dessins de l’auteur prennent tout leur sens. Je suis déjà fan.

Tome 3

Comme sa couverture qui ne prend sens qu’en se déployant, il faut laisser sa chance à l’histoire de pleinement déployer ses ailes au fil des chapitres labyrinthiques de l’intrigue. La claque est ensuite bien au rendez-vous !

Comme bien des oeuvres de SF japonaises, nous sommes ici dans un versant très sombre de futur imaginé pour l’humanité. Rappelant un peu le Search & Destroy d’Atsushi Kaneko, Kasumi Yasuda nous propose une dystopie glaçante où le soleil a disparu et où l’oxygène est devenu si rare qu’on propose aux gens de se transformer en plantes pour en fournir. Cette base est vraiment à l’origine de tout et développe au fil des chapitres de chaque tome une intrigue dense autour des injustices de ce monde.

Pour tisser sa toile, l’auteur prend son temps. Il met en place une narration lente et entêtante où plusieurs fils d’histoire semblent se dérouler en parallèle, sans lien au début, mais avec des ramifications évidentes très rapidement, ce qui crée une ambiance générale très malaisante.

Dans ce tome, le héros de l’histoire, Toshiro, poursuit une personne transflorée qui a mal tourné et commet de nombreux meurtres en apparence sans raison. Avec son pouvoir, il va tenter de la retrouver et de comprendre le pourquoi. En parallèle, la police développe une arme contre cet être insaisissable et très fort formé uniquement de lianes ce qui rend leurs autres armes inopérantes. Et la coéquipière de Toshiro, blessée grièvement, doit se faire opérer ce qui le fait partir en vrille. C’est sans compter en plus, le récit de ces petites gens qui assistent à tout cela à travers leur télé et voient la grogne monter contre ce monde où la transfloraison, l’impôt sur l’oxygène et bien d’autres éléments leur semblent terriblement injustes. C’est une situation explosive.

L’auteur met très bien cela en scène. Sous des dehors calme et froid, on découvre un monde désespéré avec un vrai fossé entre riches et pauvres ou juste riches et personnes ordinaires qui vont finir par tomber dans la pauvreté avec tout ce qu’on leur demande. Le récit de ce père de famille célibataire qui tente de survivre et de payer les études de sa fille malgré toutes les échéances qui lui tombent dessus est édifiant. Normal que tout cela fragilise certains esprits et les pousse dans les bras des extrêmes. J’aime beaucoup la description qui est faite de manière insidieuse de ce basculement possible dans le camp des anti. C’était saisissant.

A côté, la poursuite d’Ivy, la liane meurtrière, elle, offre une enquête prenante et oppressante avec ce sentiment de criminel surpuissant, toujours en fuite, qui échappe à tout. J’ai donc apprécié de voir les différents camps chercher des solutions et des indices pour l’arrêter, faisant de sacrées découvertes. Mais c’est LA confrontation avec Toshiro qui marque le point culminant, nous révélant la tragédie à l’origine de tout et nous faisant assister à une nouvelle tragédie mise en scène de manière vive et tranchante par l’auteur. Magistral !

Dans ce monde où rien ne va plus, l’auteur nous emmène petit à petit derrière les décors de calme et contrôle que les gouvernants tentent d’imposer et la réalité est alors glaçante. Entre société en plein décrochage et grondant de colère, sentiment d’injustice et envie de se faire justice soi-même, la situation est explosive et Ivy n’en est qu’un des symptômes les plus visibles. Quelle excellente dystopie !

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2 commentaires sur “Fool Night de Kasumi Yasuda

  1. Le Tome 1 était vraiment sympa, un sujet assez spécial mais bien développé et très travaillé.
    Un peu de mal avec les dessins, mais rien de rédibitoire.
    Par contre, ce monde n’augure rien de bon : misère sociale, détresse, boulots effrayants, manque de nourriture, place des femmes dans la société en cas de problème etc…
    J’espère que ce n’est qu’une dystopie et non un futur possible.

    Pour le tome 2, effectivement, j’ai été surpris par ses histoires de meurtres, on balaie d’un coup les enquêtes pour retrouver les fleurs et on passe à un autre sujet.
    On se retrouve alors avec 2 personnes qui ont muté, notre héros et son don, mais aussi ce méchant et ses capacités.

    Aimé par 1 personne

    1. Personnellement j’aime assez les visions sombres comme ça du futur. Ça a un petit côté électrochoc qui me parle et que j’aimerais en voir réveiller plus d’un.
      Et le virage du tome 2 me plaît assez. Je me dis qu’il y a moyen de mixer cela avec l’ambiance des anciennes enquêtes et des plantes qu’on écoutait. Donc ça reste très prometteur ^^

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