Livres - Science-Fiction

Ru de Camille Leboulanger

Titre : Ru

Auteur : Camille Leboulanger

Éditeur : l’Atalante

Année de parution : 2021

Nombre de pages  : 307

Histoire : Le ciel est rouge chair pour le peuple de Ru.
« Ru ? Pourquoi Ru ? Il n’y a pas assez de salles de concerts à l’air libre, peut-être ? »
Les rues sont rouge sang à la fin des manifestations contre la préfecture.
« Tu n’as jamais eu envie de savoir ce que cela fait de chanter à l’intérieur d’un être vivant ? »
Dans les entrailles de Ru, la grogne embrasse Regard Rouge.

Mon avis :  

Avec Steven de Maven Litterae, c’est en tombant sous la plume enchanteresse et conteuse de Camille Leboulanger que nous avons eu envie de découvrir sa bibliographie. Après le puissant Chien du forgeron, le dépaysant Bertram le Baladin, nous pensions retrouver la même poésie et le même lyrisme dans Ru, la fresque SF de l’auteur. Nous avons vite déchanté face à l’âpreté et à l’aura contestataire de l’oeuvre qui nous a laissés un peu sur le carreau malgré plein de choses intéressantes à dire.

Pour Steven, c’était l’une de ses rares incursions en SF, pour ma part, c’est un genre que je côtoie et affectionne un peu plus que lui, ainsi même si ce fut un total dépaysement de retrouver Camille Leboulanger dans ce décor après mes lectures précédentes, je n’étais pas totalement perdue. Ru est pour moi un mélange de SF d’anticipation et de SF d’utopie/dyptopie, malheureusement pas forcément les genres dont je raffole, avec en prime, et là on était plus en terrain conquis, une SF organique me rappelant ces titres où les vaisseaux spatiaux sont des corps vivants.

Alors en quoi ai-je été surprise ? Je ne m’attendais pas du tout à trouver ici un roman où les personnages humains n’étaient pas les personnages principaux. L’auteur m’avait habituée avec son ton de conteur à me mettre dans mes petits souliers, au coin du feu de préférence, aux côtés de ses héros. Ici, le héros est bien plus difficile à appréhender : c’est l’unité RU, cette ville, cette île, cette chose vivante dont les parties où vivent les habitants sont nommés d’après des parties du corps humain (anus, moelle épinière, colon, intestin, etc). C’est brillant et totalement déstabilisant à la fois, car du coup, je n’ai pas pu ressentir la moindre empathie réelle avec les personnages qui peuplaient ce héros bien particulier.

« Maintenant qu’il est pleinement Youssoupha, il n’a plus de problème à rejoindre les autres enfants. Il fait partie du collège, partie de la Paroi et de l’Intestin. Ru a assimilé le corps étranger. Youssoupha est Ru. »

Autre problème, l’auteur m’a habituée à une plume facile d’accès, lyrique, avec des airs de conteur ou troubadour, ici, rien de cela. Nous sommes face à une entité beaucoup plus âpre, plus sèche aussi, où je n’ai pas retrouvé la poésie de l’auteur à part à de très rares moments. Mais dans le contexte de l’histoire, je comprends pourquoi. Le monde futuriste qu’il nous propose de découvrir a quelque chose de primitif et de bouillonnant de colère. Nous sommes dans un monde clos où les gens commencent à se réveiller face à l’organisation sectaire à laquelle ils se sont habituées et qui ne fonctionne pas si bien. Le propos de l’auteur n’est donc pas de nous emmener dans une chanson de geste mais de nous faire participer à un chant contestataire.

Les personnages que l’on croise vivent effectivement sur / dans un lieu clos où ils ont développé une forme d’utopie mais ils réalisent peu à peu qu’elle n’en est pas une. Telle la légende de l’Île Tortue, c’est tout un monde qui se cache dans les recoins de cette Ru si difficile à appréhender en se croisant, en l’explorant les habitants de celle-ci vont prendre conscience de ce qui ne va pas. C’est à travers le regard, manquant de connivence avec le lecteur, de 3-4 personnages que l’on va découvrir peu à peu ces failles et entendre la voix du peuple. Il y a Y ou Youssoupha qui représente le racisme et la crise migratoire ; Agathe – Coré, les violences policières et le système de castes ; Alvid et son compagnon, les problèmes de gouvernance et le fonctionnement caché de ce lieu. Normal donc d’entendre des voix qui grondent surtout quand s’y ajoutent encore des questions d’écologie ou de croyance.

L’auteur a ainsi peut-être voulu raconter un peu trop de choses en peu de pages et a oublié de développer une histoire autour qui aurait mêlée l’ensemble des personnages et nous aurait fait ressentir une connivence. Là, telle une Ursula Le Guin moderne, il se pose plutôt en ethnologue observant cette étrange société et l’étrange lieu hyper organique dans lequel ils pensent vivre une vie tranquille qui se révèle bien plus défaillante que prévue. Cela m’a donc laissé un goût mitigé, à la fois de trop peu et de trop. Étrange comme Ru.

– C’était tout de même plus facile avant les Jours rouge !

– C’était peut-être justement le problème. Plus c’est facile de prendre des décisions pareilles, moins on réfléchit à les prendre.

En reprenant tout un tas de codes de genres divers et variés de la SF, Camille Leboulanger a imaginé un univers très ambitieux, peut-être trop, car il m’a laissée de côté alors qu’il m’avait habituée à m’embarquer avec lui dans ses histoires. J’ai aimé être fascinée par cette mystérieuse Ru, qui est un nouveau type de personnage principal à mi-chemin entre le vivant et le non-vivant. J’ai compris mais n’est pas forcément été séduite par l’exercice de style de cette immense métaphore contestataire dénonçant notre propre présent. Et j’ai surtout cruellement manquée d’incarnation avec des personnages qui m’ont toujours paru extérieurs. J’aurais aimé aimer cette histoire autant que les idées qui l’animent.

> N’hésitez pas à lire aussi les avis de : Steven, Yuyine, Papillon, Syndrome Quickson, Chroniques du Chroniqueur, Mana, Vous ?

17 commentaires sur “Ru de Camille Leboulanger

  1. Cette idée d’un auteur qui se positionne en ethnologue me plaît beaucoup, tout comme la dimension métaphorique comme outil de dénonciation, mais le roman n’a pas l’air des plus simples d’accès et je crains l’âpreté du ton. Comme je le disais à Steven, je pense m’orienter plutôt vers Bertram.

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  2. Ce titre me fait un peu peur, je l’avoue. Je crains de pas accrocher au côté « organique » et comme toi, les utopies (moins les dystopies) ne sont pas mon genre favori. Néanmoins, l’auteur m’avait charmé avec Malboire ! Je tenterai à l’avenir son œuvre fantasy, qui semble vous avoir tous les deux charmés.

    Aimé par 1 personne

    1. Oh, on peut trouver ton avis de Malboire sur ton blog ? Le titre lu comme ça m’intrigue.

      En tout cas Ru est particulier, c’est vrai. On peut adhérer ou pas à la démarche, être gêné ou apprécier ce côté organique, c’est vraiment selon la sensibilité de chacun ^^!

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      1. J’ai lu son avis. J’aime bien l’univers de cet auteur, mais je pense effectivement qu’il vaut mieux être dans le bon état d’esprit si on veut pouvoir profiter de ses œuvres. Bon, je ne ferme pas la porte à ce titre, mais ce sera pour plus tard. Je dois déjà m’attaquer à son Eutopia, un gros pavé.

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  3. Et bien clairement et même si nos avis se rejoignent, il est indéniable que l’auteur est parvenu à te toucher davantage que moi.

    Ta chronique, bien que moins enthousiasme qu’à l’accoutumée, rend un véritable hommage à cette œuvre viscérale et atypique qui n’a, malheureusement, pas su raisonné totalement en nous. Finalement, nous avons été tous deux sensibles au soins apporté à l’univers de Ru et tout deux imperméables aux sorts des protagonistes présentes sans fil conducteur comme tu le soulignes si bien.

    A voir si nous continuons notre incursion ou si nous attendons la prochaine œuvre de Camille Leboulanger pour le retrouver.

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    1. Et pourtant, tu es moins sévère que moi dans ta note sur LA lol
      Oui, j’ai absolument voulu mettre en avant les qualités du titre même si ça ne l’avait pas fait avec moi.
      En revanche, j’ai regardé et vu que ses autres titres que j’ai trouvés sont des post-apo, j’ai pas très très envie de poursuivre ^^!
      On se régalera plus avec Le château des Trompe-l’oeil, je pense 😉

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  4. Le côté organique m’intrigue énormément, mais j’avoue qu’en lisant ta chronique je suis déstabilisée aussi en voyant que chaque lieux/états porte le nom des organes humains (tels que colon ou intestin), ça donne vraiment un ton particulier. Pour le manque de poésie que vous aviez tant aimé, je ne serais pas surprise n’ayant jamais lu l’auteur. En revanche, je suis plutôt comme Steven, pas une grande lectrice de SF alors je serais certainement déstabilisé par ce nouveau monde. Mais malgré tout, vous m’avez fortement intriguée tous les deux, alors merci pour vos chroniques !

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    1. Avec plaisir ! Tu démontres qu’on a bien su partager nos ressentis. Après c’est une lecture qui se vit vraiment. Elle peut autant déstabiliser qu’interpeler ou déranger, c’est selon, mais clairement elle ne laisse pas indifférent.

      Pour revenir au fait que tu lis peu de SF, je ne pense pas que ce soit un frein en soi tant les ponts à faire dans l’oeuvre, le sont avec notre société actuelle 😉

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