Livres - Mangas / Manhwa / Manhua

Mei Lanfang : Une vie à l’opéra de Pékin de Lin Ying

mei-lanfang-1-urban

Titre : Mei Lanfang : une vie à l’opéra de Péki

Auteur : Lin Ying

Editeur vf : Urban China

Année de parution vf : 2016-2017

Nb de tomes : 5 (série terminée)

Résumé du tome 1 : Le 8 aout 1961, la Chine pleura la mort d’un de ses artistes les plus populaires : Mei Lanfang. Ce chanteur de l’Opéra de Pékin, qui faisait frémir d’émotion ses diverses audiences lors de ses interprétations de rôles féminins, commença sa carrière en 1904, à l’âge de dix ans. Pendant des heures, il entraina sa voix, appris la danse et répéta ses acrobaties, jusqu’à atteindre un niveau de raffinement qui le propulsa en Chine, mais également sur la scène internationale.

Mes avis :

Tome 1

Nous voici encore en présence d’un bien bel ouvrage chez Urban China. La couverture est de toute beauté et rend bien hommage à l’Opéra de Pékin avec ces couleurs vives et percutantes.

Au premier abord, l’histoire est un peu ardue à suivre. On est plongé directement en plein dans le milieu de l’Opéra chinois avec un premier acteur célèbre qui vient se produire devant l’Impératrice. Puis, on change de point de vue et on commence à suivre le jeune Mei dans son apprentissage. Autant vous dire que j’ai dû revenir plusieurs fois en arrière pour comprendre de qui on parlait où en présence de qui on était. J’ai eu beaucoup de mal avec les noms, une fois de plus (j’ai vraiment du mal avec le chinois…). Mais l’immersion dans le monde de l’Opéra est vraiment total. J’ai beaucoup aimé suivre les aventures de Mei, le voir dépité de ne pas y arriver, le voir se sentir rejeté, le voir envier ses camarades plus doué. Puis l’histoire s’emballe quand il commence à avoir un nouveau maître qui a su voir au-delà de ses maladresses, mais on ne voit pas encore assez son entraînement à mon goût même si certains courts passages lui sont consacrés. L’auteur préfère se consacrer aux relations de Mei avec ses condisciples. Elle nous montre les différents rôles qu’il peut jouer ainsi que son parcours pour y parvenir. J’ai beaucoup aimé découvrir toutes les coulisses de cet art typiquement chinois dans sa forme. Les dessins le subliment avec la magnificence des costumes et décors. Il y a une grande attention portée aux visages aussi qui sont l’outil de travail premier de ces acteurs avec leur corps et leur gestuelle. Le tout est rendu avec beaucoup de grâce alors que le crayonné peut parfois être très gras et contrasté comme dans les encres chinoises. On sent vraiment que l’auteur s’est inspiré aussi bien de l’art pictural que des arts du quotidien chinois et le rendu est superbe.

Je conseille donc fortement ce titre à  toute personne curieuse de découvrir les envers de l’Opéra de Pékin à travers la vie de l’un de ses célèbres interprète : Mei Lanfang, ainsi qu’à tous les amateurs de beaux graphismes chinois entre tradition et modernité.

Tome 2

La suite est à l’aune du premier tome, toujours aussi passionnante. J’ai beaucoup aimé la façon dont l’opéra et l’Histoire se mélangent. C’est intéressant de voir l’évolution des Chinois à travers ce titre. Le changement de régime est brutal mais en même temps on a l’impression que l’opéra et les divertissements ne sont pas vraiment touchés et continuent tranquillement leur petit bout de chemin. Concernant Mei, ce tome est consacré à sa relation naissante avec Monsieur Qi qui va être pour lui un proche conseiller. Il va l’aider à progresser et ainsi à se faire connaître. J’ai la façon tranquille dont on nous raconte la montée en popularité de Mei tout en nous montrant en parallèle la chute peu à peu de Huixin. Ils ont tous les deux des conceptions diamétralement opposée de leur métier et cela se reflète dans leur jeu et leur carrière. C’est triste et tragique comme certaines des pièces qu’ils jouent.

Petit bonus : j’ai trouvé les pages d’explications culturelles et historiques à la fin très intéressantes.

Tome 3

Je ressens comme un coup de mou dans cette partie de l’histoire. En effet, ce tome 3 est presque exclusivement consacrée à Mei. On ne voit presque plus Huixin alors que c’est un personnage que j’appréciais beaucoup. A la place, on rencontre la future femme de Mei et on suit la lente évolution de leur relation. Vu à travers le prisme d’aujourd’hui,celle-ci me dérange assez. Je n’ai pas aimé voir cette femme talentueuse s’effacer pour l’homme qu’elle aime et perdre tous ses moyens à cause de lui. Ensuite, j’ai trouvé l’histoire moins passionnante parce que l’Histoire s’y mêle moins. Il y a aussi moins de tensions et comme en plus je ne connais pas l’histoire de l’opéra ou de la Chine de l’époque, j’ai trouvé ça assez plat. On voit juste Mei devenir de plus en plus populaire et prendre conscience de sa popularité tout en restant humble et en n’oubliant pas d’où il vient. J’ai par contre aimé les brefs passages où on en apprenait plus sur le contexte de l’époque : l’influence des sociétés secrètes (mafia ?) pékinoises, les amis artistes qui gravitent autour de Mei, ses voyages au Japon… Cela reste un titre intéressant mais qui n’exploite pas tout son potentiel.

Tome 4

Ce nouveau tome est très riche et cela s’en ressent dans le rythme qui s’accélère sensiblement. Du coup, on passe bien trop rapidement sur plein de moments importants de la vie de Mei et cela donne aussi une certaines froideur à l’ensemble, ce qui est fort dommage. Il est pourtant question de sujets très intéressants comme le séjour de Mei aux Etats-Unis où il acquiert une grande notoriété, ou tout le passage sur la Chine en guerre contre le Japon et l’occupation subie par les premiers. Ce dernier passage et ce que j’ai trouvé le plus intéressant, voir comment étaient alors considérés les artistes et comment ils ont passé ses années de guerre. En parallèle dans ce tome, on voit surtout la fin d’une génération entre la disparition d’un maître de Mei, puis celle de ses amis et sa séparation d’avec son nouveau mentor, sans parler de la découverte d’un disciple qu’il perd aussitôt. Les dernières pages sont par contre ambigües, l’auteur donne l’impression de finir ainsi sa biographie de Mei Lanfang, et pourtant l’éditeur annonce au moins encore un autre tome. Et pour tout cela, les quelques annexes à la fin qui survolent les événements clés du tome sont particulièrement intéressantes.

Tome 5

L’histoire de Mei Lanfang s’est belle et bien terminée au tome précédent et celui-ci est un petit peu un dernier au revoir que l’auteure a voulu faire à son personnage. Elle nous remontre ainsi des moments clés de sa carrière et nous rappelle à la fois tout son talent mais aussi tout son engagement à son art et à son pays. Ainsi on voit l’annonce de sa mort mais aussi celle de sa naissance. On le croise lors de plusieurs de ses représentations devant des personnages importants, en 1915, en 1931 ou encore en 1946. On le voit aussi lutter pour ne pas jouer devant les Japonais en 1942, ou encore lors de son retour triomphant en 1950. A travers ces récits qu’on pourrait prendre pour des anecdotes, Lin Ying semble faire un portrait assez juste de cet artiste.

J’ai vraiment beaucoup aimé cette série. On ressent un vrai bien être en la lisant ce qui s’est aussi retrouvé ici malgré les événements durs que l’on croise parfois. Il n’y a aucun manichéisme. La fin de l’Empire chinois, puis la Guerre contre les Japonais nous sont racontés avec pas mal de recul, je trouve. J’ai beaucoup aimé en apprendre plus sur l’Histoire chinoise par ce biais et ça m’a donné envie de me documenter dessus. J’ai également aimé en apprendre plus sur les moeurs, les us et les coutumes des chinois du début du XXe siècle. L’auteure sait vraiment faire partager sa passion pour son pays et son opéra. Je suis presque triste de déjà les quitter.

Ma note : 15 / 20

5333ee53046940f4936c91271669f81b