Livres - Mangas / Manhwa / Manhua

Akira de Katsuhiro Otomo

Titre : Akira

Auteur : Katsuhiro Otomo

Éditeur vf : Glénat (seinen)

Année de parution vf : 1991-1996 (1e édition) / 2016-2019 (pour la nouvelle édition n&b)

Nombre de tomes vf : 6 (pour cette édition n&b)

Histoire : 2030. Néo-Tokyo est devenue une gigantesque poubelle hi-tech. Tetsuo, Kanéda et leur bande de jeunes du centre d’insertion et d’apprentissage professionnel foncent dans la nuit sur des motos volées, sans autre but que de repousser toujours plus loin les limites du speed. Quand ils croisent un drôle de petit garçon au visage de vieillard, leur premier réflexe est de l’agresser mais cette créature perdue possède un étrange moyen de défense… Ils viennent de faire connaissance avec le nº26 et de franchir, sans s’en rendre compte, la première étape d’un processus irréversible : le réveil d’Akira…

Mon avis :

Tome 1

Il était temps après toutes ces années que je me lance dans ce titre culte pour tout fan de manga. Akira est longtemps resté pour moi, un manga que je pensais trop fouillis voire mal dessiné, et je lui préférais sa version animée. Mais comme j’avais tort. Je m’accrochais à mon souvenir de jeune ado de la version colorisée. En ouvrant cette nouvelle édition grand format et surtout noir & blanc que Glénat a sortie ces dernières années, je me suis rendue compte à quel point je me trompais.

Akira est un titre dont on connait presque tous l’histoire grâce au film animé, mais en découvrant le manga je me suis rendue compte de la richesse de l’univers mis en place par Otomo, richesse qui a été largement simplifiée dans le film. C’est donc avec la sensation de découvrir une toute nouvelle oeuvre que j’ai abordé cette lecture.

Celle-ci se fait à 100 à l’heure. Les personnages, qui sont dans un univers post-apocalyptique plus vrai que nature, sont sans cesse en mouvement. Il leur arrive des aventures en permanence et cela rend la lecture très dynamique. On ne souffle jamais avec eux. Quand je dis eux, je parle de la bande de motards de Kaneda que l’auteur nous présente rapidement. Ils sont en conflits avec d’autres bandes, avec la police, avec les institutions en général, image par excellente des ados rebelles. L’ensemble crée un univers décalé et survolté mais extrêmement prenant.

Et alors qu’on pourrait s’attendre à une banale histoire de loubards révoltés et un peu accros à la dope, le mangaka introduit avec audace un élément fantastique qui vient tout faire basculer. On sent alors à quel point il a bien pensé l’ensemble de son univers. Il a bâti un monde où il y a eu une mystérieuse catastrophe autrefois et qui semble avoir du mal à s’en remettre, un monde qui est sans cesse sur la corde raide, comme les personnages que l’on suit. Puis, brusquement quelque chose ou plutôt quelqu’un vient refaire tout basculer et la menace gronde de plus en plus, mais une menace encore bien imprécise. D’où viennent ces manifestations de pouvoir ? Que cache le gouvernement ? Le héros, Kaneda, se retrouve pris au milieu de tout ça sans le vouloir, et c’est à travers son regard et ses aventures qu’on va découvrir une histoire bien plus vaste, impliquant aussi bien ses amis, qu’une mystérieuse organisation et le gouvernement.

Du côté des dessins, j’ai été surprise par la modernité de ceux-ci. C’est un découpage classique et très sobre mais impactant pile quand il faut. Les designs sont marquants et assumés. Le dessin un peu rond d’Otomo me plaît assez. Et surtout, j’aime beaucoup l’utilisation importante qu’il fait des décors et des méchas. J’ai été surprise de le trouver autant d’actualité, même si années 80 oblige, je ne peux m’empêcher de trouver un petit air de Terminator et Blade Runner à cet univers ^^

Le premier tome d’Akira fut dense à la lecture mais c’était nécessaire pour nous présenter la richesse et le potentiel de l’histoire. La nouvelle édition de Glénat est parfaite pour découvrir cette oeuvre culte. Culte, non seulement de par son histoire en France, mais culte aussi de part son contenu. C’est pour moi un titre majeur à découvrir pour tout fan de manga et plus largement de SF.

Tome 2

Quelle claque encore avec ce deuxième tome ! Otomo pause son histoire, il prend un peu plus le temps mais l’action est encore présente à chaque tournant et on a du mal à reprendre notre souffle. La tension est omniprésente également entre Kaneda et Kei qui s’enfuit pendant que Tetsuo prend les autres enfants paranormaux d’assaut. Et une fois les infos récoltés ici, il met direct le cap sur le fameux Akira !

C’est extraordinairement bien fait, on se croirait en plein film d’action. On passe d’un personnage à l’autre, d’un lieu à l’autre avec une facilité folle. J’ai rarement lu un titre aussi dynamique et bien mis en scène. Alors certes, on n’apprend pas grand-chose de neuf ici, on reste sur les mêmes bases que dans le tome 1, mais ça reste très prenant. Du coup, on continue à s’interroger sur le mystérieux Akira, ce qu’il a pu faire et comment, surtout quand on voit les réactions du gouvernement face à la menace qu’il semble incarner. Il y a une vraie science du suspense chez l’auteur pour cela.

Les personnages, dans ce cadre-là, ont beau être au début des gamins banals, ils en deviennent vraiment très charismatiques. Ils incarnent à merveille cette figure qu’on retrouve souvent en SF de la personne normale qui se retrouve embarquée malgré elle dans quelque chose qui la dépasse complètement, sorte de témoin privilégié du drame qui se joue. Le duo Kaneda-Kei fonctionne assez bien sur une dynamique de « je t’aime – moi non plus » avec beaucoup d’humour. Les adultes qui les rejoignent et les entourent n’ont pas encore été assez développés et servent plus de cameo, c’est dommage. J’ai même eu du mal à me rappeler qui était qui parmi ceux qui pénètre dans le bunker secret.

Akira confirme son statut d’oeuvre culte avec ce deuxième tome qui forme un tout avec le précédent. J’ai très hâte de poursuivre l’aventure et de découvrir le fin mot de cette histoire.

Tome 3

Mon dieu, mon dieu, mon dieu. J’étais sur le point de dire qu’on avait eu un tome assez calme mais Otomo m’a fait mentir à quelques pages de la fin avec un dernier chapitre juste haletant et bluffant !

Dans ce tome 3 qui marque déjà la moitié de l’histoire, le mangaka mélange encore plus intrigue politique, scientifique et humaine. On découvre des gouvernants juste pourris, qui cherchent à tout prix à tout cacher au public, un peu comme lors de Tchernobyl (je suis en train de regarder la série d’HBO sur le sujet et ça fait terriblement écho avec ce que j’ai lu ici). En prime, on a droit à un joli coup d’état qu’Otomo met parfaitement en scène, tout comme les scènes de guérilla urbaine qui lui succèdent. On est en plein titre apocalyptique où tout part à vau l’eau et on tremble pour les personnages.

Au milieu de cette panique, nos héros doivent faire face à tout ce qui leur tombe dessus et ce n’est pas simple. L’auteur a beau essayer de détendre l’atmosphère avec le personnage gaffeur et mal embouché de Kaneda, la tension est belle et bien présente, et monte encore d’un cran. Tout le monde court après Akira qui s’est réveillé. C’est passionnant de suivre les différents groupes lui mettre la main dessus, le perdre, le retrouver, s’affronter, s’enfuir, etc Ça rend la lecture très dynamique et je suis une fois de plus bluffée par la maestria de la mise en scène d’Otomo, qui jongle avec une facilité folle entre les différents personnages pour petit à petit les pousser dans les bras les uns des autres, tendant ainsi son piège d’un oeil d’expert.

Ça laisse la place à un final qui en remuera plus d’un. Certes, on attendait ce moment mais peut-être pas déjà et ça donne terriblement envie de se jeter sur suite où un nouveau duo d’enfer se profile ainsi que les conséquences du drame qui vient de se jouer. Décidément l’auteur sait nous donner envie d’avancer dans son histoire même s’il reste encore plein de mystères à découvrir.

Tome 4

Ça y est nous sommes embarquée dans la seconde partie de l’histoire et celui-ci nous plonge en plein drame post-apocalyptique. Otomo calme le jeu dans un premier temps. Il a redistribué les cartes et doit nous présenter les nouveaux enjeux, les nouveaux personnages. Il prend le temps de le faire et comme toujours son oeil de cinéphile se fait sentir aussi bien pour la mise en place, la mise en scène que le tour d’ensemble. Du coup, même s’il y a moins d’action c’est très prenant.

De plus, il dessine un tout nouveau paradigme. Suite à la nouvelle catastrophe occasionnée par Akira, une nouvelle force politique est apparu « Le grand empire de Tokyo » qui fait encore plus basculer l’histoire dans un mélange de guérilla urbaine et de secte toute puissante. C’est terrifiant de découvrir les images de cette nouvelle Tokyo, ravagée par l’explosion, mais également de découvrir comment les hommes ont tourné, cherchant toujours la bagarre ou une fille à violer. Glaçant ! J’ai aussi trouvé tout au long de ma lecture un petit air de La planète des singes dans l’ambiance qu’a voulu donner Otomo même si ces grands primates n’apparaissent pas. Il y a la même ambiance de guerre souterraine, de rébellion décimée et impuissante, de manipulation génétique ayant mal tournée, etc.

Dernier point, c’est assez saisissant de voir un leader muet comme Akira diriger finalement tout ce petit monde l’air de rien. Il est le personnage titre de l’histoire et pourtant c’est celui qui se fait le plus discret. Otomo préfère mettre en avant le charismatique Tetsuo qui est de retour et dont la folie fait toujours aussi froid dans le dos maintenant qu’il cherche à se faire une place au sommet grâce à Akira. Le mangaka met aussi pas mal sous le feu des projecteurs la jeune Kei, qu’on suit depuis le début, et qui n’a rien perdu du feu sacré qui l’anime. Avec elle, l’action est toujours présente parce que les ennuis ne sont jamais loin, mais j’admire le fait d’avoir droit à une femme forte comme elles et son acolyte Choko dans un titre des années 80.

Ce 4e tome qui annonce un vrai tournant dans l’histoire reste d’excellente qualité. Il allie action, redistribution des cartes, petites révélations sur des personnages clés et une mise en scène encore une fois époustouflante, le tout avec des dessins d’un Tokyo ravagé plus vrai que nature. Un must !

Tome 5

Toujours une ambiance de folie dans cette série et pourtant avec le nombre de pages qu’on a derrière nous, on pourrait croire qu’un coup de mou allait venir, mais non, le rythme ne retombe pas.

Dans ce nouveau tome, Otomo introduit encore de nouvelles forces, les Américains, qui rentrent en jeu au moment où les autres camps ont aussi décidé de passer à l’action. Tout se resserre donc pour se lancer bientôt dans un geste désespéré. Les Américains ont compris, ou du moins le croient, la menace représentée par Akira grâce à l’équipe de scientifiques qui l’étudient, mais ils sont bien loin du compte. Akira, lui, continue à être la figure mystérieuse de la série, le gosse qui ne parle quasiment jamais et n’agit que très peu mais dont la présence seule fait trembler. Cependant, on nous livre de toutes petites informations sur lui cette fois au détour d’une case tandis que ces anciens amis à numéros se décident enfin à agir. J’aime leur plan où ils cherchent à unir leurs forces dans un vaisseau humain, mais c’est un peu le calme avant la tempête et j’attends vraiment le déclenchement de celle-ci. Surtout que notre cher Tetsuo est à nouveau sur le devant de la scène, ce qui est une excellente chose, parce qu’au final c’est lui qui nous fait le plus peur ici. Son corps le lâche de la pire des façons – merci le spoil de la couverture… Et c’est ce cher Kaneda, revenu d’entre les morts, qui se met en tête de l’affronter.

Ce 5e tome, encore bourré d’action, on le sent est le tremplin pour un futur dernier tome dantesque où tous les pouvoirs et les rancoeurs accumulées vont pouvoir exploser. J’ai vraiment hâte !

Tome 6

Comme je m’y attendais, Otomo nous livre dans cet ultime tome un final d’anthologie ! Son art de la mise en scène est à son comble, au point qu’on se croirait au cinéma et ça fait d’autant plus regretter que l’adaptation animée n’ait pas été plus fidèle.

Tetsuo a atteint le pic de ses pouvoirs. L’heure est donc venue de l’affronter. A grand renfort de pouvoirs psychiques (merci Kei et les triplés), d’armes à feu diverses (merci les Américains), d’engins mécaniques (merci les copains de Kaneda) et de laser (merci Kaneda), la bataille qui se livre est rude et sans pitié. Ça canarde de partout et on se demande bien comment la ville fait pour résister. Les métaphores autour de ces scènes d’affrontements sont lourdes de sens : sur la course à la puissance voulue à une époque par certains japonais incarnés ici par les scientifiques du projet Akira, mais aussi sur l’ingérence américaine et pour résoudre tout ça sur l’esprit de corps du peuple japonais face à l’adversité. Otomo ne se gêne pas pour critiquer ni pour encourager non plus. C’est émotionnellement fort et visuellement ça claque !

Visuellement justement, c’est du grand art avec un superbe rendu de ce monde post-apocalyptique extrême violent où tout ne tient qu’à un fil. Ça donne un ensemble extrêmement dynamique où l’on passe d’un personnage à l’autre, d’une scène à l’autre en moins de deux. Les courses poursuites et les combats semblent plus vrais que nature et en même temps transcendent l’espace dans un sorte de ballet aérien de toute beauté. Les héros en font de même avec leurs pouvoirs, Kei en tête qui m’a bluffée dans ce tome, car pas facile de se tailler une place face à deux garçons à l’ego masculins si disproportionné, je parle bien sûr de Kaneda et Tetsuo.

Maintenant l’action a beau être menée tambours battants dans cette conclusion, celle-ci n’en reste pas moins perfectible. Il reste encore pour moi trop de zones d’ombre autour d’Akira et de ses pouvoirs, pour lesquelles les brèves explications finales ne suffisent pas à combler ma curiosité. De même, je ne suis pas entièrement convaincue par l’issue politique choisie par l’auteur même si je vois le cheminement qu’il y a eu derrière. En tout cas un véritable espoir est présent et j’aime l’idée de cette fin ouverte.

En conclusion : Akira est définitivement une saga culte magistralement mise en page par Otomo tout au cours de ces 6 tomes. L’univers post-apocayptique créé est culte lui aussi. Les personnages ont un charisme fou et l’auteur a su donner leur place à des figures féminines fortes, chapeau pour l’époque ! Les thèmes développés sont forts et marquants tout en étant très japonais. Un titre à lire pour tout fan de manga et/ou de SF !

Ma note : 18 / 20

2 commentaires sur “Akira de Katsuhiro Otomo

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