Livres - Mangas / Manhwa / Manhua

En proie au silence d’Akane Torikai

Titre : En proie au silence

Auteur : Akane Torikai

Editeur vf : Akata (Large)

Année de parution vf : Depuis 2020

Nombre de tomes vf : 2 / 8 (en cours)

Histoire : Misuzu exerce ce que certains appellent le plus beau métier du monde… Mais entre le désintérêt de ses élèves et surtout la blessure qu’elle porte en elle, la jeune femme essaie tant bien que mal de mener son existence, la tête haute. Hélas, quand Minako, sa meilleure amie, lui annonce ses fiançailles avec Hayafuji, son petit ami de longue date, le quotidien de cette professeure vacille pour atteindre, peut-être, un point de non-retour. Pourra-t-elle trouver son équilibre dans une société si foncièrement inégale et injuste ?

Mon avis :

Tome 1

Je suis un peu gênée pour évoquer ce titre. Quand Akata en a parlé, ils le vendaient comme un titre dénonçant le sexisme, la misogynie et les inégalités hommes-femmes dans les sociétés modernes grâce à une autrice importante dans son pays : Akane Torikai, qui n’avait jusque là jamais été publiée chez nous. Ils ont pour cela choisi En proie au silence, seinen en 8 tomes. Le problème, c’est que je ressors un peu mitigée de ma lecture, dans laquelle on retrouve bien ce que l’éditeur annonçait, mais qui m’a profondément dérangée dans sa mise en scène.

Dans En proie au silence, nous suivons deux héros victimes de la vision sexiste que la société et ses membres ont des gens : une jeune professeure et l’un de ses élèves. La première a l’air complètement froide et transparente au premier abord, mais elle cache bien des secrets, de terribles secrets. Le second a l’air tout aussi ordinaire, le modèle parfait de garçon pouvant être brimé par les autres, mais une rumeur va transformer sa vie et peut-être pas de la meilleure façon.

Tout au long de ma lecture, comme son titre l’annonçait, j’ai eu l’impression de subir une chape de plomb et d’angoisse. J’ai parfaitement ressenti le malaise de chacun des personnages au point que cela a rendu ma lecture vraiment malaisante. Je n’ai pas aimé le regard froid et calculateur mais honnête jeté par l’héroïne sur son environnement de travail, le lycée. C’est assez terrible et cynique. Je sais que ça donne une touche réaliste à l’histoire mais moi, ça m’a surtout mis mal à l’aise. Je n’ai pas aimé ce personnage et je n’ai pas beaucoup aimé ma lecture non plus à cause de ça, mais sûrement parce que je ne suis pas amatrice de ce type de récit trop dur.

Je reconnais tout de même un certain talent à l’autrice pour évoquer cela. Oui, c’est dérangeant mais le malaise est amené vraiment progressivement, malgré un début un peu brouillon et fade. On ne se doute vraiment pas de ce que cachent les personnages au début et au fil de l’histoire on tombe un peu des nues quand on découvre certains secrets. Si j’ai été touchée par celui du garçon, Nizuma, qui m’a bouleversée, ce ne fut pas le cas pour les autres. J’ai eu un sentiment de surenchère au bout d’un moment avec l’accumulation de personnages étant détestables ou dérangés. Je n’ai aussi pas compris comment l’héroïne pouvait se retrouver dans une telle situation après les révélations de la fin du tome. C’est trop surréaliste et ça ne sonne pas juste pour moi à nouveau.

Alors oui le discours sur le sexisme m’intéresse. J’aime la façon dont l’autrice nous amène petit à petit à comprendre que rien ne va, que des propos ordinaires ou certaines situations banales, ne devraient pas l’être mais devraient choquer et être interdits. J’ai aimé surtout qu’elle veuille nous montrer que ces violences ordinaires touchent aussi bien les hommes que les femmes, et que quand on est victime ça peut fausser notre façon de voir les choses et nous amener à être injuste, voire pire, à notre tour. Du moins, c’est ce que j’ai voulu voir dans les derniers chapitres où un personnage tient des propos terriblement choquant qui m’ont fait bondir. Elle n’épargne personne et nous montre une vérité crue qui fait mal. Ça, ça me plaît, mais est-ce que cela sera suffisant par la suite, je ne sais pas. Si elle tombe vraiment trop dans la surenchère de situations glauques pas forcément justifiées, ce sera trop pour moi et je m’arrêterai là.

Au passage, petit avertissement, cette série est dure et contient des scènes très difficiles : sexisme ordinaire, impunité des coupables, agressions sexuelles, viols… et les scènes ne sont pas justes évoquées. Soyez prévenus !

En conclusion, comme annoncé par l’éditeur français, En proie au silence est un titre qui ne peut pas laisser indifférent. Il questionne notre société sur certains de ses vices cachés qui ne devraient plus l’être et qu’il faut dénoncer en plein jour. Mais pour le moment, je trouve le titre inabouti, alors que vu la réputation de l’autrice, je m’attendais à quelque chose de plus fin…

Tome 2

Difficile de trouver les mots après la lecture de ce nouveau tome. Je ne suis toujours pas convaincue. Il y a énormément de choses qui me dérangent dans ce titre, dans les paroles mises dans la bouche des personnages et dans les éléments dénoncés qui me font me sentir très mal. Je sais que c’est voulu par l’autrice mais par moment j’ai du mal à voir où elle se situe et ça n’aide pas. Je continue donc à trouver le titre too much et à ne pas savoir me positionner dessus.

Je m’attendais après la lecture du tome 1 à voir une dénonciation des violences sexistes et sexuelles faites aux femmes aussi bien qu’aux hommes, ce qui aurait été révolutionnaire. Malheureusement, ce n’est pas le cas. On ne se concentre que sur les femmes. Les hommes sont cependant traités de façon plus nuancée et ne sont pas tous mis dans le même panier, ouf ! Cependant, je continue à trouver le discours un peu trop à charge par moment et j’aurais aimé ce contre point avec Niizuma mais ça ne vient pas…

Ce fut une lecture très dense avec beaucoup de personnages qui interviennent, vivent des choses différentes et tiennent des propos différents car leurs positions et visions du monde diffèrent. Cependant, j’ai eu l’impression d’une « accumulation » de cas encore une fois. Ce serait bien aussi de croiser des gens « normaux » au milieu de tout ça et pas que des victimes ou des pervers… Cependant je reconnais que la narration est bien menée, on passe d’un personnage à l’autre, d’une histoire à l’autre avec beaucoup de fluidité et la découverte de chaque exemple de « maltraitance » est intéressante.

Le cas de Misuzu qui fut le point de départ, n’est qu’un parmi d’autre ici, et en plus il n’avance pas beaucoup avant le cliffhanger car elle reste enfermée dans sa position de victime. Au passage le moment où on la montre comme victime prenant du plaisir fut très très dérangeant pour moi, je ne cautionne pas ! Cependant c’est le cas qui va donner envie à certains de se bouger et j’aimerais vraiment voir cela dans les prochains tomes. Je trouve intéressant que certains remarquent que quelque chose clochent et cherchent à se mobiliser, à voir comment. Concernant Niizuma, son pendant masculin, j’ai plus de mal, ça me dérange de le voir fantasmer sur sa prof dans le contexte de l’histoire. Cependant, il ressemble à un vrai ado entre guillemets avec ses désirs incontrôlés, ses envies de découvertes et pourtant sa naïveté. C’est un gentil garçon qui ne fait pas n’importe quoi, il me plait. Sa copine Mika me fait de la peine, elle n’a aucune confiance en elle à cause de ses rondeurs et du dictat de notre société qui ne valorise que les filles minces. Du coup, elle ne s’appuie que sur sa poitrine et ça lui joue bien des tours. A l’inverse, une de leurs camarades, Midorikawa, a parfaitement compris comment fonctionnait la société et préfère en jouer. Ça a l’air d’une fille forte qui pourrait ruer dans les brancards ! Enfin, il y a le fameux couple ultra dysfonctionnel des amis de Misuzu qui me donne envie de vomir. Entre elle qui se conforte dans sa vision passéiste et soumise de la femme, et lui qui est un violeur récidiviste mettant tout sur le dos des femmes, c’est révoltant !

Alors oui, l’autrice remue beaucoup de choses en moi. Je ressors écœurée, dégoutée et énervée de cette lecture. Mais je ne trouve pas cet effet « coup de poing » que j’attends pour le moment. J’ai juste la sensation d’une accumulation de situations glauques et malsaines sans rayon de lumière, sans espoir et moi j’ai besoin d’espoir dans ce genre de situation. Peut-être que la prise de conscience des petits jeunes fera bouger les choses, je l’espère, parce que pour le moment on est juste dans du sombre, très sombre et sans issue, ce qui est fort triste.

Ma note : 14 / 20

©Akata 2020 / ©Akane Torikai, Kodansha Ltd.

7 commentaires sur “En proie au silence d’Akane Torikai

    1. Beaucoup de gens ne l’ont pas ressenti comme moi, alors peut-être que ça passera mieux chez toi. J’avoue que j’ai du mal avec la sensibilité du titre même si je soutiens tout ce qu’il dénonce et dont il faut parler, c’est juste la manière de le faire qui passe mal chez moi ^^!

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