Livres - Mangas / Manhwa / Manhua

Le Son des Morts de Daruma Matsuura

Titre : Le son des morts

Auteur : Daruma Matsuura

Éditeur vf : Delcourt-Tonkam (seinen)

Année de parution vf : 2023

Nombre de pages  : 192

Résumé : Yato Tsurumi, professeur d’art, a perdu sa femme il y a deux mois, emportée par une crue avec leur maison… Il passe depuis toutes ses journées à broyer du noir, son aptitude à voir les lieux disparus n’arrangeant rien. Sa rencontre avec Ima Hayabuchi, une élève submergée par sa capacité à entendre le « son des morts » depuis qu’elle a perdu son père, va bouleverser son quotidien.

Mon avis :

Daruma Matsuura est une autrice que j’aime beaucoup suivre depuis ma découverte de Kasane, ce qui s’est renforcé avec son titre actuel La danse du soleil et de la luneElle a une grande puissance évocatrice, de vrais angles de vues et des ambiances marquantes. Avec cette oeuvre en un seul tome, elle semble faire la liaison entre ses univers passés et futurs.

Cette mangaka est vraiment une force de la nature pour moi. Avec Kasaneelle m’avait percuté grâce au discours sans concession qu’elle portait sur notre société d’apparence et de rejet envers ceux qui ne collent pas à nos critères de beauté. Dans La danse du soleil et de la luneelle en remet une couche avec en prime une teinte historico-fantastique des plus savoureuses. Le oneshot dont je vais vous parler Le son des morts est également une histoire où le fantastique occupe une place non négligeable mais où ce n’est pas une critique à charge contre notre société mais plutôt une oeuvre introspective sur nous-même et notre rapport aux autres et à la mort.

De plus en plus de titres mettent en scène le deuil dans le domaine des mangas et j’en suis ravie, car c’est un sujet propice à l’émotion qui me plaît énormément. Les mangakas parlent tour à tour de comment l’accepter, se relever ensuite, avancer. Ils mettent en scène les enfants ou les conjoints des personnes disparues mais rarement comme ici un élève disparu tragiquement. Ça change.

L’autrice cependant se perd un peu dans ses ambitions. Elle nous offre tout d’abord une histoire poignante qui se serait suffit à elle-même sur un professeur en art dont la compagne, elle-même artiste, est disparue tragiquement. Puis dans un second temps, c’est une seconde histoire avec une seconde disparition autour du même professeur, mais cette fois avec l’un de ses élèves, qu’elle relate. Ça fait un peu trop. La première histoire suffisait amplement, la seconde aussi en soi. J’aurais préféré qu’elle fasse un choix ou ne lie pas les deux car cela n’a pas vraiment d’intérêt, si ce n’est celui d’exploiter la particularité dont elle a doté son héros.

Car en effet, Daruma Matsuura ne compte pas parler du deuil comme tout le monde. Elle focalise ce moment tragique de la vie à travers le prisme du regret et celui-ci se matérialise ici à travers les pouvoirs extraordinaires de certains personnages : un professeur voyant des vestiges passés dans les lieux, une collégienne entendant des sons fantômes, et… Je vous laisse découvrir le dernier. Je ne vais pas mentir, j’ai beaucoup aimé cette teinte fantastique qui apporte un vrai plus et souligne le poids du deuil sur nos esprits. Ça va en plus à merveille avec la philosophie bouddhiste et shintoïste des Japonais, leur rapport aux morts et aux esprits. Et l’ambiance que cela confère au récit est sombre, poignante et un tantinet tragique, un mélange que j’aime beaucoup.

Cependant, le récit va également parfois un peu vite, notamment dans ses dénouements. Les personnages sont assez archétypaux en soi, avec le fait qu’ils cachent leur particularité et que certains le voient même comme une tare ou un mensonge. On se retrouve ainsi avec une collégienne déscolarisée en mode « c’est sa faute, elle doit faire des efforts… » Bof. Il y a aussi, la classique fille ultra lumineuse avec le looser de service, ou encore le jeune doué qui ne supporte pas la pression qu’il se met et finit mal. Ce sont des schémas qui manquent de finesse. Ainsi, si j’ai aimé le questionnement sur le deuil, les regrets qu’on a des derniers instants, des dernières paroles, de ce qu’on n’a pas fait pour aider, il y a quand même pas mal de grosses ficelles pour nous tirer quelques larmes (qui ne sont pas venues chez moi…).

Enfin, connaissant l’autrice et son travail précédent sur Kasanej’attendais un travail graphique de plus haute volée que ce que j’ai eu ici. Il y a certes des compositions intéressantes autour du rapport à l’art, au cadrage des tableaux, aux intentions qu’on y met, à l’inspiration qu’on puise, ainsi qu’autour de ces vestiges fantômes qui accompagnent le héros, mais l’ensemble est un peu fade. L’autrice est capable de bien plus percutant et saisissant. J’ai trouvé le dessin des personnages assez maladroits, surtout au vu de ses autres travaux.

Titre qui a étrangement atterri chez D/T alors que les autres sont chez Ki-Oon, ce oneshot de Daruma Matsuura fait la transition entre deux sagas fantastiques dingues de l’autrice sur le thème du rejet des personnes différentes dans nos sociétés. Il y est ici question de deuil et le goût de l’autrice pour le fantastique le teinte d’une belle atmosphère poignante où la question des regrets est centrale. Quelques maladresses d’exécution, notamment dues au format, le rendent moins marquant que ses copains mais l’intention est là et fait mouche.

(Merci à Dlcourt-Tonkam et Sanctuary pour cette lecture)

>> N’hésitez pas à lire aussi les avis de : Vous ?

2 commentaires sur “Le Son des Morts de Daruma Matsuura

  1. Je viens de le lire.
    Je l’ai trouvé pas mal, j’ai bien aimé le thème, après je reproche qu’tome est bien trop court, et qu’il aurait été facile d’en faire 2 ou 3 pour prolonger l’histoire, nous en dire plus sur tout le monde, et pourquoi pas faire un happy end.
    Au moins qu’on sache si l’héroïne a repris goût à l’école.
    Graphiquement, c’est beau, mais en-dessous de « la danse du soleil et de la lune » qui est 100 plus beaux.
    Au niveau du scénario j’ai bien aimé l’aspect surnaturel, et la manière de voir les morts qui diffèrent et qui change du « je vois des gens qui sont morts » (film Sixième Sens).

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    1. J’aurais effectivement bien vu une anthologie, avec un tome = une longue histoire plus développée, tu as raison.
      Je te rejoins aussi sur les dessins tellement plus beaux et impactants dans La danse du soleil et de la lune. C’est le jour et la nuit.
      Mais aucun regret à l’avoir lu tout de même. C’était émouvant ☺️

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