Livres - Mangas / Manhwa / Manhua

Les années douces de Jirô Taniguchi

Titre : Les années douces

Auteur : Jirô Taniguchi

Éditeur vf : Casterman (écriture)

Année de parution vf : 2010-2011

Nombre de tomes vf : 2 (série terminée)

Histoire : Dans le café où elle a ses habitudes, une trentenaire, Tsukiko, fait la connaissance d’un homme solitaire et élégant, de plus de trente ans son aîné. Elle réalise qu’elle le connaît : il fut autrefois son professeur de japonais. Elle est célibataire, il est veuf. Complices, ils prennent l’habitude de se revoir dans le même café, au hasard de leur emploi du temps, puis bientôt d’improviser des sorties ensemble. Insensiblement, à petites touches légères, une connivence s’établit, puis une véritable affection, et peut-être même…

D’après un roman du même nom d’Hiromi Kawakami

Mon avis :

Tome 1

Ça faisait quelques temps que je n’avais pas lu un titre de Jiro Taniguchi, ça me manquait. Celui-ci est pourtant un peu différent des derniers que j’ai pu lire car Les années douces est l’adaptation d’un roman d’Hiromi Kawakami, un titre très « tranche de vie » où l’on suit les rencontres d’un professeur à la retraite et d’une de ses anciennes élèves qui se sont recroisés par hasard des années plus tard.

Dans ce titre, Taniguchi laisse libre court à toute la poésie et la finesse dont on le sait capable depuis Quartier Lointain et le Journal de mon père. Les petites scénettes mettant en scène les deux héros rappellent bien l’ambiance mélancolique de ces deux titres, sauf qu’ici l’histoire est plus filante et tenue, puisque nous n’avons droit qu’à des instantanés de la vie des deux personnages principaux. On les voit donc se rencontrer régulièrement dans un petit troquet où ils partagent un repas aux mets traditionnels, partageant ainsi également leurs solitudes, celle d’une jeune célibataire pour Tsukiko et celle d’un vieux professeur divorcé pour M. Matsumoto. Au fil des rencontres une relation très particulière se noue entre eux sans qu’aucun ne puisse y mettre les mots, ni eux, ni nous lecteurs, et pourtant on sent bien l’importance qu’elle revêt. C’est très touchant de les voir évoluer et se rapprocher, surtout que cela se passe lors de moments typiquement japonais mais qu’on peut aussi transposer chez nous : soirées au bistrot autour d’un verre et d’un repas, sortie au marché, randonnée à la montagne, discussion autour du sport national, rencontre pour le Nouvel an, soirée sous des cerisiers en fleurs, etc. Les seuls reproches que je ferais, c’est tout d’abord que l’histoire est très très calme, quasi linéaire, sans presque aucune tension narrative et que ça peut freiner certains lecteurs, et ensuite il y a très peu de personnages gravitant autour d’eux, voire aucun, ce qui donne un sentiment de huis clos qui enferme trop l’histoire à mon sens et qui la rend répétitive parfois.

Pour ce qui est des dessins, on est dans la norme de ce que sait faire Taniguchi. Sans surprise, on retrouve son trait fin et sa ligne claire typique entre Japon et Occident. Les décors sont soignés, les personnages quoique peu bavard parfois sont très expressifs et leurs regards et gestes en disent long. On sent dans son dessin toute la retenue et la réserve typique des Japonais qui rendent les rencontres entre ce professeur et son ancienne élève si fortes en sentiments non dits.

En conclusion, j’ai apprécié l’ambiance poétique et mélancolique de ce titre ainsi que l’angle de l’histoire mettant en scène les rencontres entre un professeur à la retraite et son ancienne élève devenue adulte. J’ai aimé assister à la naissance de cette relation qui se noue entre eux. Après, je trouve quand même l’histoire très lente et l’absence de tension narrative rend la lecture un peu fade par moment, ce qui fait que ce n’est pas mon titre préféré de l’auteur même si ça reste un très joli titre.

Tome 2

Deuxième partie de ce diptyque où Jirô Taniguchi adapte un roman d’Hiromi Kawakami. J’avais déjà trouvé le premier tome un peu fade et assez différent des titres que j’ai eu l’habitude de lire de lui. Cela s’est malheureusement confirmé dans cette suite dont je n’ai pas du tout aimé la tournure… Jirô Taniguchi n’y est pour rien, je sais que cela vient du matériau original, mais n’empêche j’ai trouvé cette lecture assez malaisante.

Alors que nous suivions pour moi les retrouvailles entre un prof et son ancienne élève sur des bases tout à fait platonique et amicale, avec peut-être tout de même une femme qui voit dans ce prof une certaine forme de figure paternelle. L’autrice prend un tout autre parti pris, que j’ai détesté, celui de faire naitre des sentiments amoureux entre eux. J’ai trouvé ça totalement déplacé et pas nécessaire. Je n’ai pas aimé leur rapprochement, les scènes « sensuelles » m’ont vraiment dérangée et mise mal à l’aise. Ce n’était pas ce que je cherchais ici et je ne cautionne pas la tournure prise.

Je pense que mon blocage est en partie dû au caractère des personnages. On nous présente Tsukiko comme une femme finalement assez immature pour son âge et à cause de cela, la naissance d’un sentiment amoureux pour son ancien professeur bien plus âgé qu’elle, donne l’impression qu’elle cherche en lui un second père pour une relation incestueuse. De son côté, M Matsumoto est quelqu’un de mûr avec la tête sur les épaules, qui la traite souvent comme sa fille, du coup ça rend les sentiments qu’il semble développer pour elle incompréhensibles à nouveau pour moi. Ce n’est donc pas tant la différence d’âge qui m’a gênée que leur différence de maturité et surtout la nature des sentiments qui pour moi se cachait derrière leurs interactions.

Je suis d’autant plus déçue de ne pas avoir aimé cet aspect de ma lecture que tout le reste m’a plu. Les réflexions de Tsukiko sur le fait qu’elle était dans un corps d’adulte mais qu’elle avait l’impression d’être moins mature que d’autres du même âge ont fait raisonnance avec ma situation. Elle se trouvait plus mûre que les autres étant jeune mais ce n’est plus le cas. Je me retrouve dans ce qu’elle dit. La douce lutte de M Matsumoto pour mettre de la distance puis le moment où il rend les armes et cède sont des moments forts et très bien mis en scène.

Mais surtout, j’ai adoré la balade offerte par cette histoire. Balade culinaire d’abord avec des plats mis en image et en scène de façon très alléchante. Il reprend probablement ici des éléments de son Gourmet Solitaire de la décennie précédente, que je dois encore lire. Balade paysagère ensuite parce qu’il nous fait voyager aussi bien dans des terres lointaines et dépaysantes, que dans des lieux de notre quotidien qu’on voit sous le prisme de la poésie tranquille du mangaka. Il est vraiment doué pour poser une ambiance magique et hors du temps alors qu’il met en scène des lieux ordinaires. C’est un magicien pour ça.

Ainsi même si le choix scénaristique pris pour l’autrice à l’origine de cette adaptation fut un vrai frein à mon appréciation de l’histoire dans sa globalité, j’ai tout de même beaucoup aimé la touche Taniguchi. Son goût pour les voyages, les paysages, la nourriture, les interactions sociales me plait et me parle toujours autant. Cette histoire-là n’était pas pour moi mais le travail de ce mangaka est toujours un régal et je compte me lancer prochainement avec plaisir dans le Gourmet Solitaire.

Ma note : 13,5 / 20

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