Livres - Mangas / Manhwa / Manhua

Parasite d’Hitoshi Iwaaki

Titre : Parasite

Auteur : Hitoshi Iwaaki

Éditeur vf : Glénat (seinen)

Années de parution vf : 2002-2004 (1e édition) / Depuis 2020 (nouvelle édition)

Nombre de tomes vf : 10 (1e édition) *série terminée* – 3 / 8 en cours (nouvelle édition)

Histoire : Cette nuit des choses étranges pleuvent. Venues du fin fond de l’espace, de la taille d’une balle de tennis, en nombre inconnu, elles arrivent, et s’ouvrent. Une espèce de ver en sort, qui rampe à la recherche d’un hôte… Rentrant par l’oreille de cet homme endormi, il prend le contrôle de son cerveau.
Autre lieu, autre ver, autre hôte : un jeune homme non dénué de réflexes. Le parasite se propulse, tel une flèche vivante, Shin’Ichi l’arrête avec sa main…
Enfin… Le parasite perfore son bras et y rentre, seulement arrêté dans sa course vers le cerveau par un garrot hâtivement posé.
Puis, plus rien. Tout est à nouveau normal.
Sauf que de par le monde sont commises d’atroces boucheries par des humains qui n’en sont plus, qui ont une force incroyable et une malléabilité extrême dans leur partie parasitée. Quant à la main de Shin’Ichi, et bien…

Mon avis :

Tome 1

Saga revenant régulièrement dans les tops de bien des amateurs de manga, Parasite est pourtant un titre à côté duquel j’étais complètement passée à côté à l’époque. Pourquoi ? Je ne comprends pas très bien maintenant, parce qu’en dehors de son dessin daté (et j’en ai lu des pires), l’histoire de SF qu’elle développe a tout pour me plaire.

Hitoshi Iwaaki imagine ici une Terre présente où les hommes continuent à faire du mal à la nature et où des organismes intelligents venant d’une autre planète arrivent et parasitent le corps le plus proche. L’un d’eux se retrouve dans la tête d’un père de famille, mais le héros, lui, rate son coup et se retrouve dans la main d’un lycéen avec qui il va devoir cohabiter. Sauf qu’on ne va pas les laisser tranquillement faire connaissance, ni apprendre l’un de l’autre, d’autres organismes vont vite venir leur chercher des noises.

La lecture de ce premier tome de Parasite fut un vrai bon moment de lecture, dans le sens où il m’a poussée à la réflexion grâce à son univers présent et aux thèmes abordés. L’auteur, sous couvert de récit de SF, comme c’est souvent le cas dans le genre, dénonce le comportement des hommes, leur façon de se nourrir, de se traiter entre eux, de traiter la nature, etc, grâce au contre-pied qu’offrent ces créatures d’un autre monde.

Pour cela, l’auteur utilise un enrobage très proche du shonen, je trouve, avec juste une pointe de noirceur supplémentaire pour un public plus âgé. On se retrouve ainsi avec des chapitres qui se suivent de manière assez indépendante au début, où les héros font une nouvelle découverte à chaque fois, souvent un autre confrère parasite qu’ils doivent combattre. Mais petit à petit les histoires se font plus longues et les chapitres se rassemblent entre eux, ce qui m’a plu. Je n’aurais pas aimé suivre tout du long des chapitres quasi indépendants.

Autour de cela, on retrouve un univers très sombre et violent, avec des parasites qui n’hésite pas à se nourrir d’humain et à se combattre grâce au corps qu’ils ont sous contrôle. Ils font cela de façon brutale et sanglante en utilisant tous les bouts de peau à disposition. Cela donne un rendu horrifique glaçant, très proche de la conception asiatique de la Dark SF, je trouve. C’est un univers très Lovecraftien dans l’imaginaire des créatures. Certains, moi la première, pourront trouver cela fort dérangeant et c’est là la force du mangaka car ces créatures terrifiantes créent un impact visuel fort.

Graphiquement, le titre est vraiment daté, il a été publié au début des années 90 au Japon et le look et le design des personnages s’en ressent. On aimera ou pas. Pour ma part, ça m’a plu et ça m’a aidée à me plonger dans l’ambiance des familles et lycées japonais de l’époque. C’était dépaysant. De plus, malgré ce dessin un peu trop carré et cet encrage très contrasté entre noirs et blancs, j’ai trouvé le trait vraiment dynamique notamment dans les scènes de combat. Ce même trait était également parfait lors des apparitions inquiétantes des créatures, participant parfaitement à l’horreur du récit.

En conclusion, je comprends pourquoi tant de gens vantent les mérites de cette saga et je n’en suis pourtant qu’au début. C’est un récit de SF à la fois classique et inventif, qui graphiquement marque et dont les thèmes sont encore et toujours d’actualité. Cependant, ayant appris qu’une nouvelle édition devait voir le jour au début de l’année prochaine, je m’arrêterai là pour l’instant afin de poursuivre avec celle-ci.

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Édit (Après la sortie de la nouvelle édition en février 2020) :

Qu’apporte de plus cette nouvelle édition par rapport à l’ancienne ?

Nous avons tout d’abord une saga en 8 tomes au lieu de 10, grâce à des livres plus épais (ici 2 chapitres supplémentaires). Ensuite, il y a de nouvelles jaquettes avec des illustrations plus sobres et plus modernes qui donnent un vrai effet de collection. Les pages couleurs ont été ajoutée au bien au début qu’en cours de lecture. De la même façon, on trouve des pages où l’auteur répond à ses lecteurs. Enfin, Glénat dit avoir revu la traduction, pour ma part n’ayant rien trouvé de dérangeant dans la première, je n’ai pas remarqué de changements majeurs. C’est donc du tout bon. Le seul petit point faible vient du prix, un poil cher quand même pour le format, je trouve… (10,75€ contre 6,90€ avant)

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Tome 2

En découvrant Parasite j’avais déjà pris une bonne claque tant j’avais trouvé l’imaginaire de l’auteur fou et sa narration parfaitement maîtrisée, ce nouveau tome m’a remis une autre tape derrière la tête et l’auteur m’a une fois de plus scotchée !

Après un premier tome plus centré sur la rencontre entre Miggy, le parasite, et son hôte humain, ainsi que la découverte des fonctionnements basiques de ce dernier par la première et notamment de la notion de désir, et des affrontements avec d’autres parasites, nous partons ici dans une dimension encore plus philosophique. Ce tome est en effet consacré à la notion d’identité et autant vous dire que j’ai été scotchée par les idées et la mise en scène d’Hitoshi Iwaaki.

Le tome s’ouvre tranquillement au début sur de petites scènes humoristiques mettant en scène un héros nonchalant qui ne se rend pas bien compte des changements qui se sont opérés en lui depuis sa rencontre avec Miggy. L’auteur montre cependant l’air de rien aux lecteurs qu’ils ne sont pas dans une petite comédie humoristique mais bien dans un titre de SF et de fantastique où il est question d’interrogations plus profondes que la dernière fille que va emballer le héros. Ainsi, le mangaka fait brutalement basculer son titre après la rencontre d’un nouveau parasite qui a l’air tout à fait anodin et ne semble pas être une menace comme ceux rencontrés précédemment. On le présente comme assez banal mais c’est cette banalité qui va cacher toute l’horreur et la cruauté qui vont si vite nous éclater au visage et à partir de là, rien ne sera plus pareil.

L’éveil que va alors vivre le héros m’a fait figure de passage brutal de l’enfance à l’âge adulte, Shin’ichi devant se débarrasser d’un coup de sa candeur d’enfant et affronter le monde des adultes avec toutes les difficultés qu’on peut y trouver. Certes, ici, c’est symboliser par un événement complètement impossible sous cette forme dans la vraie vie mais c’est une belle métaphore des aléas de la vie que l’on peut rencontrer et qui peuvent nous pousser brusquement à évoluer. J’ai vraiment adoré ce passage avec sa mise en scène cinématographique où l’on passe d’un petit moment banal, tranquille, à une vie bouleversée où la tension est omniprésente. Pour cela, l’auteur prend son temps. Il choisit bien ses mots, son cadre. Il définit le poids des rôles de chacun et l’impact est d’autant plus fort. La perte que va vivre le héros est irrémédiable tout comme les changements qui vont s’opérer en lui à tous les niveaux et le parallèle entre les deux me marquera longtemps.

Cela aboutit à une toute nouvelle donne, une nouvelle donne pour le duo Shin’Ichi-Miggy qui sortira changé de tout cela, ensemble et individuellement. La nouvelle Miggy semble de plus en plus humaine, tandis que le nouveau Izumi semble transcender son humanité. Les courbes croisées de chacun frappent et je suis ravie que les hasards du calendrier aient fait que le tome 3 soit déjà disponible afin de pouvoir me jeter sur la suite pour voir comment cela va évoluer.

Graphiquement, c’est en plus toujours aussi excellent, malgré un côté old school qui ne plaira pas à tout le monde. Les références aux créatures de Lovecraft se font toujours autant sentir. Les combats sont particulièrement vifs et bien menés. Les scènes clés marquent par leur mise en scène simples mais terriblement efficaces avec des visuels forts et très symboliques. C’est vraiment excellent. Je me rappellerai longtemps du message graphique muet de certaines pages qui sont une déchirure.

En tout cas, j’ai été frappée par l’événement charnière qui s’est produit dans ce tome. Je n’aurais pas pensé voir une telle chose si vite et si brutalement. J’aime la philosophie qui se détache de cela et le soin que l’auteur semble avoir pris à bâtir cette histoire, une histoire plus profonde que juste celle d’un parasite occupant le corps d’un humain.

Tome 3

Encore un nouveau tome ultra percutant et déroutant de l’auteur qui ne se contente pas de dérouler un simple défilé de monstre mais va beaucoup plus loin en élargissant son univers dans ce tome. Alors c’est peut-être moins choquant que le précédent car le héros ne subit pas la même perte, mais ça reste de très haute volée !

L’auteur nous emmène encore vers de nouvelles hauteurs dans un tome où l’on voit de plus en plus de monde s’interroger et remarquer ses parasites qui sont parmi nous. Il y a tout d’abord Murano qui constate des changement chez Shin’Ichi et a l’impression d’être face à un autre. Puis il y a la fille du gang du lycée voisin, ainsi qu’une du club de dessin du lycée, qui remarquent un nouvel élève fort étrange. C’est amusant de voir comme l’auteur dote les femmes d’une sensibilité et d’un sens de l’observation supérieur à celui de leurs congénères mâles. Bref, c’est l’occasion de s’interroger à nouveau sur ce qu’occasionne cette fusion entre humain et parasite. Qui influence qui ? Comment ? Vers quoi ? Qu’est-ce qui définit un humain ? Ses sentiments ? Sa compassion ? Son sens des responsabilités ? L’auteur pose mille question et nous laisse y réfléchir pour nous enrichir nous-même sans trop nous orienter. Il propose tout de même un discours écologique, humaniste et pacifique fort intéressant qu’il développe au fil des tomes et qui marque.

Le nouvel élève, disons-le rapidement, le nouveau parasite, apporte donc une belle dynamique au tome. Avec lui, Shin’Ichi se retrouve confronté à la même situation que par le passé mais qu’il gère différemment car depuis il a changé, il s’entend mieux avec Maggy et son corps à évolué ainsi que son mental. On assiste ainsi à un duel tendu, sur le fil entre les deux, comme deux prédateurs qui se jugent en permanence et attendent que l’un d’eux attaque, à la différence de Riyoko Tamiya qui elle joue les observatrices de tout ça de loin. On ressent donc une pression grandissante et un malaise hyper fort tout au long du tome, jusqu’à l’explosion finale : une boucherie inattendue, déclenchée par une action isolée, qui n’a rien à envier aux tueries dans les lycées américains. C’est glaçant à voir.

Enfin de toute cette horreur ressort une chose importante, les autorités savent des choses sur ses créatures. Elles savent qu’elles sont parmi nous, qu’il faut faire quelque chose. On commence donc à assister en sous main à la mise en place d’une cellule de crise et d’études qui va s’intéresser au sujet et qui va probablement venir bouleverser notre héros dans les prochains tomes. Ceux-ci trouvent une manière originale de distinguer les parasites mais surtout musèlent l’information de main de maître. Terrifiant !

Parasite devient au fil des tomes un titre de plus en plus complet, où horreur, science-fiction, thriller et portrait de la société japonaise se mélangent. C’est extrêmement bien mis en scène. Impossible de décrocher une fois commencé peu importe la longueur du tome. Je ne pensais pas autant aimer cette lecture vu ma petite nature mais c’est tellement complexe et la réflexion sur l’humanité et notre rapport à la nature sont tellement intéressants que je suis sous le charme.

Ma note : 17 / 20

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©2003 Hitoshi Iwaaki / Kodansha Ltd. – © Glénat, 2020

6 commentaires sur “Parasite d’Hitoshi Iwaaki

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