Livres - Fantasy / Fantastique

L’ours et le rossignol de Katherine Arden

Titre : L’ours et le rossignol

Auteur : Katherine Arden

Éditeur vf : Denoël (Lunes d’Encre)

Année de parution vf : Depuis 2019

Nombre de tomes vf : 2 / 3 (en cours)

HistoireAu plus froid de l’hiver, Vassia adore par-dessus tout écouter, avec ses frères et sa sœur, les contes de Dounia, la vieille servante. Et plus particulièrement celui de Gel, ou Morozko, le démon aux yeux bleus, le roi de l’hiver. Mais, pour Vassia, ces histoires sont bien plus que cela. En effet, elle est la seule de la fratrie à voir les esprits protecteurs de la maison, à entendre l’appel insistant des sombres forces nichées au plus profond de la forêt. Ce qui n’est pas du goût de la nouvelle femme de son père, dévote acharnée, bien décidée à éradiquer de son foyer les superstitions ancestrales.

Mon avis :

Tome 1 : L’ours et le rossignol 

L’ours et le rossignol est le premier tome d’une trilogie de Katherine Arden, autrice que je découvre ici. J’ai d’emblée été attirée par sa belle couverture aux airs de contes de fées russes, ainsi que justement par son ambiance des pays nordiques. En plus, Denoël et sa collection Lunes d’encre, est un éditeur à qui je fais confiance depuis ma découverte chez eux de Robert Charles Wilson, devenu l’un de mes auteurs de SF préféré depuis. Je partais donc assez sereine pour cette découverte et je ressors tout aussi ravie de ma lecture. L’ours et le rossignol a su m’apporter tout ce que je recherchais dans ce titre aussi bien au niveau de l’ambiance, de la mythologie que de la plume.

Commençons par celle-ci, Katherine Arden est le genre d’autrice à la plume très simple mais hautement évocatrice qui me plait beaucoup. Tout comme Robin Hobb, une des autrices de SFFF que je vénère, elle sait en quelques lignes magnifier la nature mais également rendre des personnages, pourtant agaçants, attachants. J’ai donc été d’emblée sous son charme.

De plus, elle propose un univers inédit pour moi dans ce genre. Je me suis retrouvée plongée dans le folklore du fin fond de la Russie médiévale, où créatures d’un autre temps et quotidien rude cohabitaient, tandis que la politique venait y mettre son nez et qu’une certaine « modernité » voulait tout transformer. C’est très riche et immersif.

On suit les aventures de Vassia que l’on découvre avant même sa naissance et qu’on accompagne jusqu’à l’âge adulte. Celle-ci est élevée assez librement dans une famille pourtant noble, mais on la laisse vagabonder dans la forêt et parler avec des créatures qu’elle seule peut voir. Tout irait très bien si son père ne se remariait pas avec une femme qui voit elle aussi ces créatures mais qui en a peur et qui décide de faire en sorte que la religion chrétienne vienne s’imposer sur ses terres quitte à risquer la disparition des divinités protectrices du coin, ce qui profiterait à d’autres créatures bien plus obscures.

Katherine Arden m’a donc proposé quelque chose d’inédit. J’ai eu l’impression de me retrouver à la fois au milieu de contes slaves et d’une histoire naturaliste à la Robin Hobb dans Le Soldat chamane. On y ressent sans cesse son amour pour ces deux composantes, ce qui rend son intrigue très belle et surtout extrêmement prenante à suivre, alors que pourtant le rythme est longtemps plutôt lent. Les débuts sont très calmes, tout comme la neige qui recouvre tout. L’autrice prend le temps de poser son histoire, son décor, sa mythologie. Tout ne se dévoile que progressivement au fil des pages. On n’a pas de tableau complet avant un long moment mais c’est d’autant plus bon, parce qu’on est plongé nous aussi dans les mystères de ces rudes terres.

Pour cela, on suit l’héroïne Vassia, qui est une enfant puis une jeune fille très différente des autres. Elle a de suite un caractère très affirmé, elle sort du lot par rapport aux autres enfants mais aussi par rapport aux autres membres de sa famille, ce qui la rend vraiment attachante. Elle vit des aventures dignes d’Alice au pays des Merveilles, et autres personnages de contes de fées. Elle entend et parle avec des créatures, elle apprend à comprendre et communiquer avec les chevaux, elle est libre. C’est une héroïne vraiment comme je les aime, qui jette un regard différent sur le monde et est fidèle à ses idéaux. Elle saura se battre contre le patriarcat et l’aveuglement sectaire quand cela sera nécessaire. Elle marquera le lecteur.

Autour d’elle, il y a aussi une galerie de personnages frappants, que ce soit son père qui l’aime tant et est tenaillé entre ce qu’il pense être ses devoirs et son amour pour sa fille ; sa belle-mère qui est rongée par la folie à force de voir ce qu’elle ne devrait pas et de recevoir de mauvais conseil ; le prêtre qui s’amourache d’elle et ne sait comment lutter contre son désir ; son frère qui ne la comprend pas mais fait toujours tout pour l’aider ; ou encore sa nourrice toujours près d’elle, à la soutenir envers et contre tous. C’est une belle brochette de personnages très bien croqués et variés, avec chacun leurs forces et faiblesses que l’autrice nous propose. Ils forment tous une famille et cela donne un aspect de cocon aussi à l’histoire.

En effet, celle-ci se déroule, dans ce premier tome, dans un espace assez restreint, celui des terres ancestrales autour de la demeure de Vassia et son père, avec sa mystérieuse forêt. On voyage bien brièvement vers de plus grandes villes, mais ce n’est clairement pas le coeur de l’histoire ici. Non, il est question de créatures fantastiques attachées à la terre, à la nature, qu’on ne peut donc retrouver qu’à la campagne. Vassia va apprendre à les connaitre. Elle a va tenter de percer leurs mystères mais elle va surtout se retrouver embarquée dans une histoire qui la dépasse, une histoire qui concerne deux divinités frères qui se disputent pour des enjeux bien au-delà de l’histoire des mortels. C’est d’une poésie dramatiquement sombre et cruelle mais on ne le découvre pas de suite, ce qui fait vraiment la force de ce récit. Le fantastique y arrive petit à petit graduellement, avant de monter en puissance dans le dernier tiers du roman, ce qui rend impossible de le lâcher. On n’a pas de l’action débridée mais une ambiance sombre et pesante, une tension qui nous gagne et des révélations qui nous balaie, pour donner un final vraiment passionnant.

L’ours et le rossignol propose donc un vrai voyage en plein coeur de la Russie auprès d’une héroïne différente et dans un univers inédit pour moi, mais qui fait écho à mes lectures sur les contes de fées d’autrefois. J’ai beaucoup aimé cette ambiance calme et tranquille des débuts avec une grande place accordée à la nature, ainsi que les sombres ombres qui se sont peu à peu introduites dans ma lecture avant de m’entrainer toujours plus loin dans d’ultimes pages stressantes à souhait. C’était vraiment une excellente lecture d’ambiance, très bien écrite et qui change de la fantasy que je suis habituée à lire. J’en redemande ! Ça tombe bien, le tome 2 est déjà sorti et le 3e est en cours de traduction !

Ma note : 17 / 20

7 commentaires sur “L’ours et le rossignol de Katherine Arden

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