Livres - Science-Fiction

Dominium Mundi de François Baranger

Titre : Dominium Mundi

Auteur : François Baranger

Editeur : Critic (grand format) / Pocket (poche)

Années de parution : 2013-2014

Nombre de tomes  : 2 (série terminée)

Histoire : 2202. Né des cendres d’une conflagration planétaire, l’Empire Chrétien Moderne règne sur une Terre ravagée et irradiée. Urbain IX, pape tout puissant, contraint les populations à vivre selon un mode de vie médiéval, restaurant ainsi le Dominium Mundi. Sous son impulsion, un vaisseau colonisateur est envoyé vers Alpha du Centaure, dans l’espoir d’y trouver de nouveaux territoires pour l’humanité. Lorsque les passagers abordent une planète et son peuple, les Atamides, le choc est grand. Mais ce n’est rien en comparaison d’une découverte encore plus bouleversante : le véritable tombeau du Christ ! Guidés par leur foi inébranlable, les missionnaires tentent de s’en emparer, en vain. Les indigènes les massacrent. Sur Terre, la nouvelle se répand comme une traînée de poudre. Deux ans plus tard Urbain IX achève d’armer un gigantesque vaisseau, le St-Michel, capable d’abriter un million d’hommes. Pour Tancrède de Tarente, le Méta-guerrier héros des champs de bataille, et Albéric Villejust, le génie de l’Infocosme enrôlé de force, débutera une Croisade sanglante vers une nouvelle Jérusalem… Les événements feront-ils bégayer l’Histoire ?

Mon avis :

Tome 1

Je suis toujours un peu réticente à l’idée de lire un space opera car si j’aime les rencontres entre deux populations, la partie technique des voyages spatiaux, j’ai souvent peur de m’y ennuyer. Or ici, François Baranger propose un univers tellement original, pour moi, que je n’ai pas pu décrocher une fois le roman commencé.

François Baranger est un homme qui a de nombreuses cordes à son arc. Il a réalisé plusieurs courts métrages d’animations, il est concept artist dans les jeux vidéos, auteur d’une BD ainsi qu’illustrateur pour le cinéma et l’industrie du livre pour laquelle il a réalisé plusieurs couvertures de romans et titres graphiques. C’est notamment lui qui a illustré la très belle édition des Montagnes hallucinées de Lovecraft chez Bragelonne l’an passé (lien). Sachant tout cela, il n’est pas surprenant de trouver dans Dominium Mundi un récit abouti, très visuel, dont en plus il a réalisé la couverture mettant en scène le vaisseau phare de l’histoire.

Celle-ci se déroule à bord du Saint-Michel, un vaisseau affrété par la papauté du XXIIIe siècle pour se rendre sur une lointaine planète habitée où l’on aurait découvert rien de moins que le vrai tombeau du Christ ! Dans un monde où l’Eglise est partout, rien de plus normal que d’envoyer toute une flopée de politiques et guerriers, des croisés des temps modernes, pour aller faire la lumière de tout ça. Nous voilà donc partis pour un voyage des plus singuliers !

La première fois où j’ai lu ce résumé mélangeant affaires politiques, religieuses et guerrières dans un univers futuriste, j’ai été très curieuse mais un peu sceptique. J’avais peur que l’aspect religieux me rebute, moi l’athée acharnée, or lors de ma lecture c’est l’une des choses que j’ai trouvée la plus intéressante. En effet, la religion n’est pas insérée à l’histoire pour l’ériger en modèle mais au contraire pour avoir un regard critique. Nous sommes dans un monde qui tient de celui des croisades version XXIIIe avec des hommes et des femmes pour qui la religion tient une place centrale que ce soit au niveau de leurs croyances ou de leur vie quotidienne, car celle-ci régente tout. Or, plusieurs personnages, croyant ou non, questionnent celle-ci, son rapport à la foi, à l’autre, aux reliques, à la justice, à la politique, etc. C’est foisonnant et très bien mis en scène. Il n’y a nul côté moralisateur, bien au contraire.

François Baranger propose en fait une aventure très politique où les différents clans présents sur le vaisseau s’affrontent dans l’ombre à fleurets mouchetés sans que le gros des troupes ne le sache. On assiste à leurs réunions plus ou moins secrètes. On découvre les plans des uns et des autres, les attaques auxquelles ils se livrent de manière plus ou moins concrètes, le tout dans un paysage moderne puisque nous sommes à bord du vaisseau se rendant sur une planète d’Alpha du Centaure. L’intrigue est donc un agréable mélange entre voyage spatial, complots politiques et surtout thriller, grâce à mystérieux meurtre qui a lieu au début, mystère que l’on retrouve dans la figure du Fossoyeur, le mythe urbain de ce vaisseau. J’ai vraiment beaucoup aimé cet agrégat de thèmes que je n’aurais pas vu se mélanger ailleurs. L’idée de transposer les Croisades à la période moderne est excellent. Ajouter une enquête et un mystère comme ceux-ci dans un voyage stellaire qui aurait pu être très statique, rend la lecture vraiment prenante.

Celle-ci l’est encore plus grâce aux personnages qui peuplent le vaisseau et qui ont été très bien caractérisés par l’auteur. Grâce à une narration à plusieurs points de vue dynamique, nous faisons vite la connaissance des hommes et des femmes qui seront là au service de l’histoire. Il y a tout d’abord Tancrède, la définition même du héros, un homme de guerre mais qui a de l’esprit. Il est en quête de sens après un passé assez rude. C’est lui qui va faire se mouvoir l’histoire grâce à ses interrogations et ses actes, héroïques le plus souvent. Il appartient à l’Ordre des Templiers, qui remet en cause l’autorité du Pape, tandis que son oncle appartient au Conseil de ce dernier pour diriger le vaisseau. C’est un personnage charismatique et simple pourtant auquel j’ai de suite accroché. Il me rappelle des figures comme les héros de K.Dick dans Total Recall ou Blade Runner, toujours en mouvement mais avec une réflexion sur eux-même et la société qui les entoure. Il est rejoint par Albéric Villejust, un enrôlé de force, un classe 0, programmateur de génie, qui est le narrateur du roman. Celui-ci est longtemps en arrière-plan mais se fait peu à peu connaitre ainsi que les actions qu’il commet pour la rébellion des inermes (les classe 0). J’attends encore de voir ce personnage s’épanouir. Viennent ensuite des personnages à la place plus minime dans la narration mais non moins importants pour l’histoire, comme l’ennemi de Tancrède qui cherche à lui prendre ses terres en semant le trouble sur le vaisseau, mais aussi le meilleur ami que Tancrède va se faire sur lors de ce voyage et qui va devenir comme un frère pour lui, le poussant à agir. Enfin, il y a le mystérieux Fossoyeur, qui a su me captiver par son audace et son rôle obscur. Il y a encore énormément de seconds couteaux dont je pourrais parler mais je ne veux pas vous gâcher la surprise, sachez juste que chacun de ces personnes, chacune de ces rencontres vont avoir une influence sur le héros, le poussant à mettre en branle des choses dont on ne peut encore juger l’importance mais qui en auront j’en suis sûre.

François Baranger tisse ainsi une véritable toile de personnes se croisant au cours de ce long voyage, qui vont chacune apporter leur pierre à l’édifice et rendre ce périple plus que supportable pour le lecteur, qui dis-je passionnant à suivre et vraiment je ne m’y attendais pas. Quand j’ai lu le résumé, je pensais qu’on aurait un voyage plan plan en attendant d’arriver sur la fameuse planète lieu de tous les mystères, mais en fait que neni. Au contraire, le périple est au coeur de l’intrigue car c’est lui qui permet d’amorcer tout le reste, c’est pendant qu’on le fait que chaque pièce est posée sur l’échiquier avant que quelqu’un en joue une fois débarqué. Je me suis ainsi retrouvée avec un récit qui n’avait rien à voir avec ce que j’attendais et pour une fois, j’en fus ravie !

Pourtant ce n’était pas gagné, les premiers temps je trouvais la narration compliquée. Les chapitres sont assez longs. Ils sont d’abord rythmés par un sorte de compte à rebours avant le décollage puis par quelques dates éparses. Dans les premières pages, l’auteur accumule pas mal de données essentielles pour la suite mais du coup, ça fait beaucoup de noms, de relations et de fonctions à retenir. On peut se sentir noyé et avoir peur pour la suite. Cependant, une fois que le vaisseau a décollé, la narration change du tout au tout. Elle devient plus aéré, plus rythmée aussi. En passant d’un personnage à l’autre, on passe d’un lieu et d’une strate de la société à l’autre. On découvre plein de choses sur l’univers où on est tombé et sur les enjeux de ce voyages qui sont plus nombreux que prévus. On n’a plus de moments où on est assommé par trop de données à la fois, au contraire l’auteur reprend et développe au mieux ce qu’il a déjà juste abordé, composant petit à petit sa toile. On sent que c’est vraiment maîtrisé.

Ainsi alors que j’étais curieuse mais anxieuse à cause de l’univers promis, mélange de SF et de religion, je me suis certes retrouvée avec ces deux éléments mais de manière bien plus fine que prévu et dans une histoire où l’on retrouve également enquête et mystère en plus de réflexion sur la société et la foi. C’est riche et pourtant très accessible. Le tome 2 est d’or et déjà dans mes prévisions d’achat !

Ma note : 15 / 20

Tome 2

Après un premier tome qui m’avait surpris dans le bon sens du terme, me voilà quelques mois plus tard face à la belle brique tout aussi surprenante que fut le tome 2. Je dois d’abord dire que j’ai trouvé ce tome tout aussi complexe et divertissant que le premier mais peut-être plus classique et convenu.

Après le space opera du tome 1, place au planet opera maintenant qu’ils ont atterri sur la planète convoitée. Après un léger bond dans le temps, nous retrouvons l’ensemble des personnages et des clans dans ce nouveau cadre qui est le leur. Malgré le nombre assez important d’entre eux, au final comme l’auteur se focalise vraiment sur certaines figures de proue, je n’ai pas du tout été perdue, c’est assez rare pour le souligner. Mais surtout, avec un sens du rythme bien dosé, il m’a directement embarquée dans cette nouvelle histoire.

Fini le huis clos dans le vaisseau, et ça m’a manqué parce que j’avais vraiment aimé cette ambiance, place aux grands espaces et aux mystères de la planète où aurait été trouvé le tombeau du Christ. Fini tous les croisés unis, place à un groupe de rebelles, ingénieurs à ses heures perdues, qui a fui la colonie provisoire. Fini Tancrède aveuglément aux basques du pouvoir, place à un homme qui ose penser par lui-même et se rebeller contre des ordres absurdes. Une nouvelle donne classique mais extrêmement bien mise en scène.

La force de François Baranger dans ce tome, et ce n’avait pas forcément été le cas dans le tome précédent, c’est un rythme soutenu avec une histoire pleine de rebondissements. On commence ainsi avec une espèce de guerre des tranchées face aux Atamides pour conquérir la capitale où se trouve le tombeau, on poursuit avec une crise de foi et une fuite, puis une rébellion qui se met en marche et finalement on achève bien le lecteur avec un affrontement final très tendu et des révélations qui pleuvent et impactent lourdement les personnages. Extrêmement prenant.

Si cela m’a autant plu, je pense que c’est surtout grâce aux personnages. Je me suis beaucoup attachée à la figure de Tancrède dont j’ai aimé voir l’évolution, les amitiés et les nouvelles interactions. C’est un homme qui grandit et devient de plus en plus ouvert d’esprit, en lutte contre l’obscurantisme. Son amitié avec Liétaud, soldat plus bas que lui dans la hiérarchie, m’a touchée tout du long parce qu’ils se sont toujours soutenu dans les moments difficiles. J’ai beaucoup aimé la rencontre avec les Atamides, un peuple intéressant sur plus d’un point, mais je n’en dirai rien pour ne pas spoiler. En revanche, ça n’a pas collé avec le narrateur, l’ingénieur Albéric. Il dégage un je ne sais quoi qui m’agace, je le trouve vraiment irritant comme type, désolée. J’ai également été très déçue par les personnages féminins qui ont quasiment disparu de l’histoire et sont devenus particulièrement clichés et pénible, Clorinde en tête. Un énorme gâchis de personnage pour moi. Heureusement que les antagonistes, eux, ont tenu toutes leurs promesses et se sont montrés retord à souhait, cela a vraiment fait vivre cette seconde partie.

Mais plus que tout, j’ai aimé les idées développées ici et même si je les ai déjà croisées dans d’autres lectures, ça m’a plu d’avoir un récit aussi bien construit autour d’intrigues religieuses, politiques, scientifiques et philosophiques solides. L’auteur joue avec son lecteur, plantant le décor dans une croisade et un monde futuriste d’inspiration médiévale pour mieux détricoter celui-ci et en montrer les dérives, ce qui décourage les nostalgiques de l’époque d’y revenir. C’est très bien amené. Surtout que cette fois, c’est associé petit à petit avec la distillation d’informations sur la Terre d’origine et les raisons de cette croisade, ce qu’on n’avait pas encore eu, et l’auteur a très bien pensé son univers. Classique, simple mais efficace.

Dominium mundi est donc un divertissement très efficace, qui malgré son grand nombre de pages parvient à soutenir l’attention du lecteur de bout en bout, grâce à la construction d’un univers classique mais solide, avec des personnages marquants, une intrigue bien narrée avec un rythme soutenu et des surprises aux moments où il faut, et des thèmes politiques et religieux qui s’entremêlent à merveille pour dénoncer tous les dangers de dirigeants s’appuyant trop sur une idéologie. Une bien belle découverte et un auteur à suivre.

Ma note : 15 / 20

2 commentaires sur “Dominium Mundi de François Baranger

  1. Ta chronique est géniale ! J’ai adoré ces deux tomes qui sont vraiment trop méconnus à mon goût. Les thématiques, les personnages, la narration, j’ai trouvé que tout était mené d’une main de maître et je n’ai pas pu décrocher de ma lecture. Bonne lecture du second tome !

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