Livres - Fantasy / Fantastique

Vita Nostra de Marina Diatchenko et Sergueï Diatchenko

Titre : Vita Nostra

Auteurs : Marina Diatchenko et Sergueï Diatchenko

Editeur : Atalante (La Dentelle de Cygne)

Année de parution : 2019

Nombre de pages  : 525

Histoire : Vita nostra brevis est, brevi finietur…
« Notre vie est brève, elle finira bientôt… »
C’est dans le bourg paumé de Torpa que Sacha entonnera l’hymne des étudiants, à l’« Institut des technologies spéciales ». Pour y apprendre quoi ? Allez savoir. Dans quel but et en vue de quelle carrière ? Mystère encore. Il faut dire que son inscription ne relève pas exactement d’un choix : on la lui a imposée… Comment s’étonner dès lors de l’apparente absurdité de l’enseignement, de l’arbitraire despotisme des professeurs et de l’inquiétante bizarrerie des étudiants ?
A-t-on affaire, avec Vita nostra, à un roman d’initiation à la magie ? Oui et non.
On évoque irrésistiblement la saga d’Harry Potter et plus encore Les Magiciens de Lev Grossman.
Mêmes jeunes esprits en formation, même apprentissage semé d’obstacles. Mais c’est sur une autre terre et dans une autre culture, slaves celles-là, que reposent les fondations d’un livre qui nous rappellera que le Verbe se veut à l’origine du monde. 

Mon avis :

Dès les premières apparitions de ce roman, j’ai été attirée par lui. Il se dégageait un je ne sais quoi de singulier de la couverture avec cette jeune femme en mouvement qui se décompose recompose. La vidéo de présentation de l’éditeur (lien) était également étrange tout comme le résumé, j’ai donc hésité un certain temps. Puis en voyant que le roman avait remporté le prix du « meilleur roman étranger » aux Imaginales de 2020, j’ai craqué.

Vita Nostra est le premier tome d’un triptyque sur les Métamorphoses qui sera d’ailleurs le seul fil conducteur, chacun pouvant se lire indépendamment. Ils sont l’oeuvre de deux auteurs de SFFF reconnus en Ukraine, en Russie et en Pologne qui écrivent depuis 1994 et ont déjà reçu le prix du « meilleur auteur » à l’Eurocon de Glasgow en 2005. Marina et Sergueï Diatchenko ont déjà écrit une trentaine de romans et une centaine de nouvelles et récits. Ce ne sont pas n’importe qui.

Ce professionnalisme, je l’ai ressenti dès les premières lignes où la plume simple et affutée qui est la leur m’a d’emblée transportée. Pourtant, il ne se passait rien d’extraordinaire aux côtés de l’héroïne, Sacha, qui avait une vie assez monotone auprès de sa mère célibataire et qui laissait les derniers jours de son adolescence défiler. Mais quelque chose dans l’écriture m’a de suite plu. La simplicité peut-être, la poésie des mots et des phrases, en tout cas, j’ai enchaîné et enchaîné les pages de ce roman singulier qui ne comporte aucun chapitre mais juste de très vastes parties et au cours duquel je me suis souvent demandée où les auteurs voulaient nous emmener.

Car si je parle de récit singulier, c’est vraiment parce que je n’avais jamais lu une telle histoire avant, une histoire à l’univers aussi classique et opaque en même temps, une histoire empreinte de fantastique ou on se demande longtemps si c’est vraiment de la magie ou si c’est autre chose. C’est très déroutant et c’est aussi ce qui fait clairement la force de ce livre et le détache des autres. On a d’un côté la vie assez terne et morne de Sacha, elle même assez banale au début, et de l’autre la rencontre étrange qu’elle fait et qui va petit à petit la faire basculer dans un univers étrange et pourtant familier. Pendant des vacances, Sacha va rencontrer un drôle d’homme qui va l’obliger à faire ce qu’il souhaite, des sortes de défis qui ne prêtent pas à conséquence a priori mais qui vont bouleverser sa vie. Car est-ce normal de devoir aller nager en pleine nuit et de recracher ensuite non de l’eau, mais des pièces ? Ce ne sera que le début de l’aventure.

Si le récit peut paraitre assez plat et linéaire, il ne l’est pas du tout en fait. Les aventures que va vivre Sacha sont très riches et c’est une vraie initiation qu’elle va connaître. A quoi ? C’est toute la question, dont je n’ai pas forcément la réponse même après avoir terminé le roman et ça ne me dérange pas pour autant tant j’ai aimé le voyage. Suivre Sacha qui va s’émanciper de sa mère, se plonger à coeur perdu dans les études, découvrir et perdre l’amour, découvrir l’amitié et la sororité, etc, fut très plaisant.

J’ai beaucoup aimé que telles des paraboles nous suivions le passage de l’enfance à l’âge adulte de Sacha. La critique qui est faite également de la pression que l’on met sur les étudiants est intéressante dans le fond et la forme. Pourquoi dis-je cela ? Parce que les auteurs nous laissent libre de penser ce qu’on veut. Ils nous présentent les bons et les mauvais côtés, libre à nous ensuite d’en tirer les conclusions que l’on souhaite. En plus, vu que le décor est un pays à la culture slave, il est intéressant de voir l’importance du choix de l’université où l’on fait ses études là-bas et en allant plus loin, j’ai aimé voir la dynamique des liens familiaux et des interactions sociales propres à cette culture si différente de nous. C’était dépaysant et je dis ça à nouveau sans le moindre jugement puisqu’il n’en est pas question ici. Vita Nostra est un roman tout en nuances.

En tout cas, c’est un univers très singulier que l’Ecole des sciences techniques où va se retrouver Sacha où on manie avec une complexité inégalée le langage en tant que concept. A l’image de ce dernier point, tout y est étrange, mais un étrange plaisant pour moi, pas aussi flamboyant que dans Les Magiciens de Lev Grossman, mais qui pose autant de questions. Le ton est lent et contemplatif. Les professeurs qui donnent les cours ne sortent d’aucun moule et frappent par leur attitude de tortionnaires. Les étudiants croisés sont des archétypes mais leurs interactions avec l’héroïne leur donne un tout autre relief. Et surtout celle-ci sort du lot et fait porter un autre regard sur ce qui se passe et qui ne correspond pas à ce à quoi je m’attendais après les premières descriptions d’étudiants-zombies croisés dans les premiers temps. C’est singulier, je n’ai pas d’autres mots pour décrire ça, mais la vie estudiantine vécue et racontée par Sacha a eu un effet envoûtant sur moi. J’ai tourné les pages sans m’en rendre compte, curieuse de voir ce qui allait lui arriver d’encore plus étrange et dangereux, et surtout curieuse de voir comment elle allait affronter ça.

Sacha est d’ailleurs un personnage lui aussi très singulier et marquant. Elle a soif d’apprendre et de comprendre son environnement à la fois ordinaire, avec les cours comme au lycée et la vie à l’internat, et surréaliste avec sa part d’inconnu et de magie, si je puis dire, avec les cours de spécialités, les étranges étudiants plus âgés, les profs qui tiennent plus de tortionnaires que de pédagogues et cette ville qui semble hors du temps. Pourtant Sacha lutte au milieu de tout ça et fera tout pour essayer de comprendre comment cela fonctionne. Du coup, comme elle, on se retrouve prit d’une frénésie et les pages défilent.

Je ne sais pas si un tel récit pourra plaire à tout le monde car c’est très différent de ce qu’on peut lire de part ailleurs. Il n’y a pas d’aventures au sens propre. C’est assez terne et morne à première vue, mais moi j’ai trouvé ça puissant, poétique et surtout philosophique. Ça pousse à réfléchir, à imaginer plein de pistes, et la fin ouverte en rajoute une couche. Alors oui, il y a une légère frustration quand même de ne pas avoir de suite a priori mais je pense que je relirai ce titre un jour pour voir si je n’ai pas manqué des messages cachés à la première lecture.

Je ressors pour ma part marquée par cette lecture puissante qui pousse à la réflexion. Nous sommes en présence d’un objet singulier où la culture slave des auteurs transpirent de chaque page avec cette ambiance floue et angoissante qui nous entoure en permanence. On ne peut rester indifférent au parcours initiatique de l’héroïne.

Ma note : 17 / 20

Je n’ose en dire plus de peur de vous gâcher le plaisir de la découverte mais il y a un nombre effrayant de niveaux de lectures dans ce titre. Je vous invite d’ailleurs à lire les chroniques d’autres amis blogueurs peut-être plus bavards si ça vous dit : Just a word, Le bibliocosme, Chut maman lit, Au pays des cave trolls, Sometimes a book, Mhaaswriter.

5 commentaires sur “Vita Nostra de Marina Diatchenko et Sergueï Diatchenko

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