Livres - Mangas / Manhwa / Manhua

Blue Giant Supreme de Shinichi Ishizuka

Titre : Blue Giant Supreme

Auteur : Shinichi Ishizuka

Editeur vf :  Glénat (seinen)

Année de parution vf : Depuis 2020

Nombre de tomes vf : 5 (en cours)

Histoire : Après avoir conquis le Japon, Dai s’attaque à l’Europe ! Suite directe de Blue Giant, manga traitant de l’évolution du jeune saxophoniste Dai Miyamoto dans le milieu du jazz. Blue Giant Supreme voit le héros débarquer en Europe ! Fraîchement arrivé à Munich sans parler un mot d’allemand et avec un anglais approximatif, il parvient tant bien que mal à se trouver un toit, un repas et une bière, mais peine à obtenir le plus important : un lieu où il peut faire écouter sa musique ! Au passionnant récit initiatique qui enchante tout mélomane, s’ajoute là une dimension supplémentaire : la découverte d’une nouvelle culture. Sa musique au son unique trouvera-t-elle un écho chez les Européens ?

Mon avis :

Tome 1

Grande fan de la première série, Blue Giant, où j’avais adoré suivre la découverte du saxophone et du jazz par Dai, jeune garçon passionné issu de la campagne japonaise, je ne pouvais que continuer à suivre son parcours dans Blue Giant Supreme où après Tokyo, il se rend en Europe et plus particulièrement à Munich. Cependant, ce premier tome fut difficile et n’a pas eu la fougue que j’attendais de lui.

J’ai vécu cette lecture comme une transition entre deux moments très importants du parcours du héros : l’au revoir au Japon et à son groupe de là-bas, et la découverte d’un nouvel environnement où tout est à recommencer. Alors forcément, cela ne pouvait pas de suite être l’enthousiasme d’autrefois. On ne repart pas vraiment à zéro avec le héros en le changeant de décor, ce n’est pas un reboot de Blue Giant. Non, le héros a un passé et forcément la situation difficile dans laquelle il se retrouve lui pèse et l’ambiance est différente.

En cela, j’ai trouvé que l’auteur avait fait un excellent travail. A chaque changement de lieu dans la série, on sent bien que l’ambiance et le ton sont différents. Il y avait la solitude de Dai dans sa campagne mais sa volonté d’avancer. Puis il y a eu la fougue de la découverte d’autres passionnés comme lui à Tokyo avec en prime ses premiers concerts. A Munich, c’est radicalement différent. Les gens sont ultra calmes lors des concerts, ce qui n’est pas enthousiasmant. Les gérants de boîtes laissent peu leur chance aux petits jeunes seuls et en plus étrangers… Pas facile pour le héros de se refaire une place, surtout qu’il a peut-être tendance à vouloir aller trop vite parce qu’il a déjà connu mieux.

Ce premier tome est donc nécessairement calme car il faut reposer de nouvelles bases, se refaire des connaissances, trouver de nouvelles marques, etc. J’ai aimé la découverte de ce nouveau lieu où le jazz était vécu différemment. J’ai aimé la rencontre fortuite que va faire Dai et qui va tout changer, même si c’est un peu gros ^^! Maintenant, il me manque juste de retrouver sa passion, sa fougue et de voir enfin un public transporté parce que je me suis rendue compte que la passion seule du héros ne me suffit pas apprécier le titre, il faut aussi que ça touche d’autres personnes en faces et qu’elles l’expriment.

Pour les lecteurs de Blue Giant, première série du nom, il n’y aura donc pas de surprise ici. La narration est sensiblement la même. On retrouve notamment ces petits interviews à la fin témoignant du passé de Dai avant qu’il soit connu. On retrouve la même envie du héros de jouer partout tout le temps et notamment sous les ponts ^^ On retrouve ce même trait rond et passionné qui prend vie et force quand le héros se met à jouer, et qui est également très détaillé en terme de décors, ce que j’apprécie.

Ce premier tome lance bien la série, et s’il n’a pas encore la fougue et la force de la série précédente, il pose de bonnes nouvelles bases qu’il ne reste plus qu’à exploiter pour l’auteur. J’ai hâte de voir ce que le destin réserve à Dai parce que je me doute bien qu’il ne va pas en rester là et que ça va vite remuer !

Tome 2

Je suis une fan de la première heure de la série mère qui m’avait frappé par sa fougue, sa passion, son énergie et la beauté de la narration percutante de son auteur. Le premier tome de cette suite m’avait un peu laissée sur ma faim car il était dur de repartir de zéro avec une telle apothéose. Cependant avec ce tome 2 que je tiens entre mes mains la série semble repartir sur de bons rails.

J’ai à nouveau retrouvé la passion des débuts, celle qui monte petit à petit crescendo jusqu’à nous prendre à la gorge, celle qui part de rien pour nous emmener dans les étoiles. Dai poursuit son rêve et ne lâche rien. Pourtant ce n’est pas simple dans un environnement qui semble aussi austère que celui dans lequel il a atterri. Mais avec sa joie de vivre communicative, il va réussir à transmettre ce sentiment et à nous faire vibrer à nouveau.

Il y a beaucoup d’éléments que j’ai aimé dans ce tome et en premier lieu le fait de suivre toute la première partie à partir du regard de l’homme très généreux qui a accueilli Dai chez lui et qui l’a aidé à trouver sa place dans cette nouvelle vie en l’introduisant dans le club/café où il a enfin pu jouer devant un public. Ce changement de regard était nécessaire pour se décentrer du héros qu’on avait suivi jusqu’à présent afin de prendre un nouveau départ.

C’est là que va se produire le déclic qui va embarquer la série dans une nouvelle voie : celle de trouver de nouveaux membres avec qui jouer. Dai va faire LA rencontre qu’il attendait en entendant jouer une contrebassiste dont la force lui rappelle la sienne : Hannah. Mais comme toujours dans la série, la suite n’a rien d’aussi facile. Il va donc partir à sa poursuite mais dans un pays comme l’Allemagne, puis dans une ville comme Hambourg, c’est comme chercher une aiguille dans une botte de foin. Cependant, cela redonne de la niaque à Dai et cela permet d’assister à de belles rencontres.

J’ai beaucoup aimé le portrait de ce vieux propriétaire de magasin d’instruments de musique qui se prend d’amitié pour notre électron libre. J’ai beaucoup aimé découvrir également Hannah en tant qu’artiste avec ses forces et ses faiblesses. On sent qu’on n’est qu’au début de quelque chose de génial et de très puissant !

A l’image des scènes où Dai monte sur scène, c’est à nouveau toute la puissance de la musique jazz que l’on ressent à nouveau ici. La narration de l’auteur retrouve également ses lettres de noblesse avec une mise en scène magique qui souligne à merveille la puissance de la musique, la force de Dai mais également la difficulté de repartir à zéro dans un nouveau environnement. Ainsi, j’ai adoré cet enchaînement de planches muettes à mi-parcours, mais également celles où le héros monte sur scène et frappe tout le monde par la richesse de son son. Magique !

Ce tome 2 de Blue Giant Supreme, où Dai se retrouve et fait LA rencontre qu’on attendait et qui était nécessaire pour lui, m’a permis de renouer avec la série et de me lancer à ces côtés dans cette nouvelle voie même si je suis encore triste de ceux qu’il a laissé derrière.

Tome 3

Petit à petit la suite de Blue Giant commence à prendre son envol et l’auteur commence à envoyer du lourd graphiquement, quelle claque !

Même si je n’ai pas encore retrouver l’intensité de la série mère, petit à petit au fil des chapitres je sens le son redevenir de plus en plus puissant, et les rencontres de Dai redevenir de plus en plus marquante. Ainsi ce tome est sous le signe de sa nouvelle collaboration avec Hannah, petite contre bassiste de génie. Quand on se rencontre de manière impromptue comme eux, forcément le duo ne va pas de soi. On assiste ainsi pendant une partie du tome à leurs réglages, leurs disputes et leurs premières fois. Mais l’auteur a décidé d’aller vite cette fois pour faire exploser le talent de son poulain, il les envoie donc rapidement sur les charbons pour les tester et quel grand moment !

J’ai vraiment vibrer graphiquement à plusieurs reprise dans ce tome, grâce à une mise en scène vraiment impactante des phases clés du jeu des héros. Le premier chapitre dessiné à travers le regard de Dai est génial. Le second quasi muet où les deux commencent à répéter ensemble pour la première fois continue à envoyer du lourd. Cela monte progressivement pour exploser quand ils vont monter sur scène pour la première fois. A nouveau l’auteur nous fait ressentir toute la hargne d’Hannah qui recherche la perfection sans l’atteindre. Il nous fait ressentir aussi la puissance et la magie du jeu de Dai en solo, mais également la beauté de son soutien quand il vient aider Hannah. C’est magique. Le découpage où l’on voit peu à peu son saxo soutenir la contrebasse m’a bluffée, tout comme quand leur musique explose en une pluie étoilée de notes, magique !

L’auteur nous fait vraiment vibrer à merveille comme il sait le faire, mais il ne se contente pas que de ça. Comme il va assez vite dans le développement du duo qui part ensuite à la recherche d’autres musiciens pour compléter leur groupe, il lui est aussi nécessaire de calmer le tempo parfois pour donner plus de corps à son histoire. Il le fait toujours avec talent, le temps de petites scènes de vie qui se veulent anecdotiques mais qui en disent long, que ce soit Hannah avec le chien errant sur lequel elle tombe, Dai et ses histoires de fric, ou Dai qui joue pour la première fois en public en pleine rue en Allemagne, tout est parfaitement calibré. Il en va de même lorsqu’il nous présente un nouveau musicien à la toute fin. Il a l’air de nous raconter l’air de rien la vie de celui-ci, mais il assène des vérités fortes aussi sur ce dernier, le milieu d’où il vient et sa conception de la musique. J’ai hâte de voir la dynamique qu’il va apporter au duo déjà formé.

Blue Giant Supreme s’achemine petit à petit de plus en plus vers le génie qu’avait été pour moi sa série mère qui m’avait vraiment retournée la tête. L’auteur va peut-être un poil trop vite dans ce tome mais il me fait vibrer comme jamais dès qu’il met son héros sur scène, donnant vie à sa musique tel un magicien. Intense !

Tome 4

Nouveau tome clé qui signe la formation du nouveau groupe de Dai, si j’ai passé un très beau moment avec, une fois de plus, je n’ai pas vibré autant que souhaité…

Pour célébrer ce moment de réunion entre 4 grandes personnalités, cette fois j’ai lu mon tome en écoutant les morceaux interprétés au fil des pages. Ce fut à la fois une riche idée et une erreur car l’auteur n’a pas du tout la même intensité que celle des morceaux joués, il est bien plus vif et profond, du coup ceux-ci m’ont un peu ralenti dans ma lecture et je me demande si ça ne joue pas sur mon interprétation.

Maintenant qu’il a trouvé Hannah avec qui former un super duo, Dai a besoin d’autres musiciens. Il y a bien Bruno, le pianiste de génie, mais il manque encore quelqu’un pour la batterie. C’est alors qu’on leur conseille Raphaël, un autre musicien au caractère bien trempé et surtout très indépendant, qui ne va pas être facile à convaincre. Peut-être est-ce dû à toutes ces individualités et la façon un peu éclatée qu’ils ont eu tous de se rencontre, mais je n’ai pas ressenti la même osmose que dans le précédent groupe de Dai au Japon… Pour se réunir et se convaincre les uns les autres, l’auteur propose tout de même une session de génie où chacun individuellement est incroyable et où le groupe fonctionne dans le sens où ils impressionnent le public chacun par leur talent, mais c’est plus de l’esbroufe pour moi.

Heureusement visuellement, ça claque. La puissance sonore de leur musique fait vibrer les pages. C’est à cet instant qu’écouter le morceau joué les dessert car ils sont tellement plus intenses sur les pages de  Shinichi Ishizuka qu’il vaut mieux les lire sans musique. En tout cas, le mangaka est passé maitre pour les mettre en scène dans ses moments de vie intense où la moindre note nous transperce et fait écho en nous. Je suis époustouflée devant tant de talent ! Cependant, ça tranche encore plus ensuite avec les moments plus calmes de leur quotidien et cela rend ceux-ci bien fade, ce qui n’aide pas à retrouver l’équilibre perdu dans cette seconde saison.

Je suis donc un peu les fesses entre deux chaises. C’est très bien écrit et particulièrement efficace. J’aime le rêve qui poursuit Dai avec ce désir absolu de ne vivre que de sa musique et peu importe le reste. J’aime individuellement les musiciens qu’il a trouvés pour jouer avec lui qui ont tous des marqueurs très forts qui se ressentent dans leur musique. J’adore la représentation archi vivante de celle-ci. Mais il n’y a pas encore d’osmose entre tout ça et ça reste un peu plat parfois comme dans ce tome où il y a beaucoup de discussion autour de la musique voire même trop de discussions par rapport à la musique en live. Alors oui, c’est nécessaire pour faire avancer l’histoire mais ça donne un tome un peu en creux pour moi.

Tome 5

Bien que très bonne série, très intéressante sur la construction et le démarrage de ce nouveau groupe de Jazz multiculturel, je peine toujours à retrouver l’enthousiasme et la passion que j’avais éprouvé dans la première saga, où j’avais été soufflée par les héros et leur musique. Ici, c’est bien fait mais presque mécanique et plus plan plan, même si c’est un très bon plan plan.

Nous retrouvons donc Dai, Hannah, Bruno et Raphaël pour leur tout premier concert ensemble. L’auteur nous avait montré qu’il n’est pas simple de former un groupe et de trouver d’autres musiciens. Il nous montre qu’il est tout aussi compliqué de s’entendre pour jouer ensemble sur scène la première fois, surtout avec d’aussi forte individualité qu’ici. J’ai beaucoup aimé toute la mise en scène parfaitement calibrée autour de ce moment. Les chapitres précédents préparent tout ça, de la compo de Dai, en passant par la venue de Boris, tout est très bien pensé. Puis vient le grand moment et là, la cacophonie se fait ressentir aussi bien dans les images que sur scène… Je trouve ça génial qu’un auteur ose montrer ses héros en plein échec. Ça pourrait être négatif, mais c’est au contraire très positif dans leur construction. Un schéma classique mais efficace dans les shonen et seinen autour d’une passion.

La vie du groupe est au coeur de ce tome. Un groupe ce n’est pas que des musiciens doués acceptant de jouer côte à côte. Il est donc temps désormais de forger un vrai esprit de groupe, ce qui manquait terriblement ici. Et là encore, l’auteur a su trouvé les bons mécanismes pour cela. Il met le groupe sur la route avec un nouveau personnage dont j’ai adoré la caractérisation : le neveu de Boris, Gabriel. Avec lui, le groupe va être poussé dans ses retranchements car pour le moment certains sont trop portés par leur orgueil et pas assez par leur passion et leur envie de la transmettre. On va ainsi assister à une lente remise en question et une lente transformation. Ce n’est pas ce qui est le plus vendeur, car c’est pointer du doigt les défauts de chacun, mais c’est nécessaire.

Avec un tome plein d’introspection où le goût de la défaite est bel et bien présent, l’auteur bouscule ses héros comme il bouscule le lecteur. Utilisant des ressorts bien connus, il met pousse son groupe à se remettre en question pour évoluer et changer et transformer ces instants sur scènes pour le moment un peu fades en moment bouillonnant. J’ai hâte que ce soit vraiment le cas car je trouve la série bien timide pour le moment par rapport à sa grande soeur. Les nouveaux personnages sont difficiles à aimer par rapport aux anciens et Dai patauge vraiment avec eux sans l’alchimie qu’il avait avec ses anciens amis. Ce n’est vraiment pas simple de monter un groupe ^^!

©2017 Shinichi ISHIZUKA / SHOGAKUKAN – ©2020 Editions Glénat

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s