Livres - Mangas / Manhwa / Manhua

Si nous étions adultes… de Takako Shimura

Titre : Si nous étions adultes…

Auteur : Takako Shimura

Editeur vf : Akata (L)

Année de parution vf : Depuis 2021

Nombre de tomes : 2 (en cours)

Histoire : Ayano est professeure d’école primaire. Un soir, après une longue journée de rencontres avec les parents des élèves, elle décide de faire un détour avant de rentrer chez elle. Dans le petit bar-restaurant qu’elle aime fréquenter, elle rencontre Akari. Entre elles, le courant passe très vite… Sous l’effet de l’alcool, les deux femmes finissent par s’embrasser. Mais Ayano n’est pas aussi libre qu’elle le laisse paraître…

Mon avis :

Tome 1

Après avoir raté le coche lors de la sortie des Fleurs Bleues, je me rattrape, comme d’autres lecteurs je l’espère, grâce à Akata qui nous propose à nouveau des titres de la singulière Takako Shimura. Après Comme un adieu qui fut une lecture d’abord étrange puis coup de poing, je me relance dans une nouvelle aventure avec Si nous étions adultes… un josei au démarrage aussi compliqué, étrange et malaisant que son prédécesseur.

Pour cette autrice qui avait disparu de nos radars, Akata a fait le choix de la relancer à la fois avec son titre court Comme un adieu, dont nous venons d’avoir la conclusion, et avec Si nous étions adultes… qu’ils publiaient en parallèle en numérique chapitre par chapitre, ce qu’ils poursuivent en plus de la sortie en reliée désormais. C’est le dernier titre en cours de l’autrice mais on aimerait bien la découvrir ensuite dans ses titres plus anciens si les actuels fonctionnent car elle a vraiment un style étrange et percutant bien à elle.

Sa nouvelle histoire commence par un rythme lent et entêtant, une narration douce et tranquille mais qui assène des vérités qui font mal. Nous faisons la rencontre de deux héroïnes atypiques : une femme mariée, Ayano, qui pour la première fois succombe au charme d’une autre femme et une femme lesbienne, Akari, qui ne fait que tomber dans des relations compliquées, par exemple avec des femmes mariées ou qui vont le devenir. Avec elle, nous avons le portrait de la vie difficile d’une femme lesbienne au Japon et ce n’est pas la rencontre des deux qui va améliorer les choses.

Akari et Ayano se rencontrent un soir dans un bar, alors que la première veut décompresser un peu de son boulot d’instit et de sa vie de femme mariée. Le problème, c’est qu’à aucun moment elle n’en parle à Ayano et que les deux se sentent irrémédiablement attirée l’une par l’autre, et se lancent dans quelque chose de nouveau. Mais très vite le statut marital d’Ayano va venir compliquer les choses sans que leurs sentiments ne puissent être étouffés. L’autrice ose donc nous conter une histoire d’adultère, une histoire de quête de soi.

Entre les mains de Takako Shimura, l’étrangeté de son titre, le thème central de l’adultère, deviennent tout de même un récit qui se veut naturel et nonchalant. Nous suivons avec curiosité et non sans émotion nos deux héroïnes en quête d’elles-mêmes mais un peu à la dérive quand même. Elles cherchent à savoir qui elles sont vraiment et ce qu’elles veulent vraiment. La franchise des deux femmes surprend, notamment chez Ayano, la femme mariée, SPOILER : qui en parle même à son mari. C’est étrange, singulier, ça interpelle. On ne sait pas vraiment sur quel pied danser. Faut-il les apprécier ou les juger ? S’émouvoir de leur quête ou leur reprocher ce qu’il se passe ?

J’ai trouvé ce portrait d’adultes dans la trentaine, de leur vie tranquille et de leurs sentiments de désœuvrement assez réaliste. Il y est question de l’emploi alimentaire vs emploi plaisir/passion, des enfants, du mariage et de la pression que fait ressentir la société japonaise à ces sujets. L’autrice ose vraiment mettre le doigt sur ce qui pose question et ce qui pose problème même encore à l’heure actuelle alors qu’on pensait que la société avait évolué. Ce malaise des personnages, c’est celui d’une génération, qui se reconnaîtra certainement dans ce que relate Takako Shimura.

A côté de ça, son beau dessin est doux avec un travail sur les regards qui attrapent et happent le lecteur par leur profondeur et leur richesse. La froideur apparente d’Ayano devient un masque derrière lequel elle se cache, tout comme la naïveté qu’elle déploie. L’assurance d’Akari est également une façade pour cacher ses souffrances et ses doutes. Ce sont deux très belles femmes sous le trait de la mangaka, mais deux femmes fragiles quand on regarde dans leurs yeux. Et le découpage très sobre propre au josei qu’on retrouve dans le style de la mangaka ne fait que renforcer chaque émotion.

Au final, à nouveau comme dans Comme un adieu, ce premier tome est étrange et ne permet pas vraiment de savoir vers où va nous mener l’autrice, mais ayant adoré la conclusion de sa précédente série, je lui fais confiance. Le voyage risque d’être rude et complexe mais je suis sûre qu’il me touchera. Déjà, j’aime énormément le ton de vérité qui se dégage du titre. Ça me fait d’autant plus regretter d’avoir manqué son tout premier titre chez nous, auquel il est fait référence en couverture du dernier chapitre, et j’aimerais beaucoup voir Wandering Son (Infos) dont les thématiques à fleur de peau ont aussi l’air superbes.

 >N’hésitez pas à lire aussi les avis de : Les instants volés à la vie, Vous ?

Tome 2

Décidément comme avec son titre précédent disponible chez Akata, Takako Shimura nous offre une oeuvre vraiment singulière et difficile à cerner mais avec un travail pointu sur la psychologie de ses personnages qui me séduit assez.

Si nous étions adultes… porte très bien son nom avec ses personnages qui se caractérisent par leur absence de certitude sur leurs sentiments et désirs, et qui avancent à tâtons dans leur vie. C’est encore plus saisissant dans ce tome où du coup j’ai eu un sentiment assez ambivalent moi aussi vis-à-vis des personnages, ne sachant si je les appréciais ou s’ils m’agaçaient. C’est pour moi la preuve d’une belle écriture très humaine car l’autrice rend à merveille leurs multiples facettes, même celles pas très reluisante.

Alors que le premier tome se concentrait sur la rencontre qui allait bouleverser la vie d’Ayano, le second lui s’intéresse plus à son mariage et sa vie de famille au sens large. C’est un choix osé et intéressant car le lecteur s’attendait peut-être un peu trop facilement à voir l’intrigue prendre un tournant plus romantique surtout au vu des aveux de l’héroïne. Cependant l’autrice ose montrer que ce n’est pas si simple, surtout dans une société aussi patriarcale et contraignante vis-à-vis des femmes que la société japonaise. J’ai été frappée par les interactions entre Ayano et son mari, Wararu. Ce dernier me perturbe beaucoup. A la fois, il accepte l’aventure de sa femme et en même temps refuse de se séparer d’elle. Sa famille fait d’ailleurs peser sur elle le poids de ce qui a eu lieu, ça je veux bien, mais en profite pour la culpabiliser et la coincer dans un mariage sans avenir. C’est terrible.

Il est alors étrange de voir Ayano continuer à approfondir sa recherche sur ces sentiments naissants pour une autre femme, alors qu’elle est de plus en plus coincée dans ce mariage et cette relation familiale, allant même jusqu’à emménager chez ses beaux-parents. Pour autant, elle va voir Akari, répond à ses appels et à ses demandes de la voir, laissant entendre qu’elle est bien accrochée. Elle repense même à son probable premier amour, se rendant compte avec le recul de ce qui a vraiment eu lieu. Et dans le cadre pro, elle ouvre de plus en plus les yeux sur les relations saphiques qu’entretiennent peut-être des élèves de son école. Ainsi, c’est cette ambivalence entre un quotidien de plus en plus oppressant et contraignant dans une relation maritale non souhaitée et cette liberté de penser dans laquelle elle s’épanouit et réalise ses sentiments homosexuels, qui me perturbe.

Mais l’autrice est vraiment forte pour nous faire comprendre toute la complexité de ce moment, tout comme j’ai énormément aimé qu’elle ajoute à son histoire un personnage tel qu’Eri, la soeur de Wataru qui vit isolée chez ses parents et passe par des phases dépressives extrêmement lourde. Elle semble être une hikikomori mais est loin des clichés habituels et l’autrice met beaucoup de finesse dans sa description et celle de ses symptômes au quotidien et de sa façon d’appréhender la vie. J’y ai vu beaucoup de bienveillance et en même temps un regard lucide, ce qui m’a fait reconsidérer mon avis sur la mère de Wataru que j’ai finalement trouvé très ouverte et sensible à sa façon toute japonaise où il ne faut pas faire de vague.

Ce n’est donc pas avec ce deuxième tome que je peux encore vraiment me prononcer sur cette étrange série. Elle continue à m’interpeller, me perturber et m’émouvoir, ce qui est déjà pas mal. Mais elle me met aussi très mal à l’aise dans sa description d’une certaine société japonaise et j’ai du mal à comprendre certains de ses choix qui me prennent à contre-pied. Cependant, elle met une telle finesse dans l’écriture de la psychologie de ses personnages où elle se refuse à la facilité que ça me plaît quand même beaucoup.

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© 2019 Takako Shimura / © 2021 Editions Akata

 

7 commentaires sur “Si nous étions adultes… de Takako Shimura

  1. A priori, je fuis les histoires d’adultère, mais ce manga a l’air d’être bien plus que cela et semble dégager quelque chose de spécial qui m’intrigue pas mal… Je suis également toujours intéressée quand un manga aborde certains aspects de la société japonaise.

    Aimé par 1 personne

  2. Ho mais tu m’apprend quelque chose, je n’avais pas fait le rapprochement avec comme un adieu et je retiens rarement le nom des mangaka ( je suis vieille ). D’ailleurs il faut encore que je finisse comme un adieu, qui m’attends… dans ma pile lol. Suivant si j’aime ou non du coup comme un adieu, et bien je pourrais très bien prendre celui là également… J’avoue que c’est pas forcément le genre d’histoire qui m’intéresse le plus ( j’ai lu tellement de shojo… ), MAIS j’aime beaucoup la maison d’édition Akata et en général j’accroche pas mal sur leurs propositions.

    Aimé par 1 personne

    1. Akata a vraiment une belle image de marque, c’est clair.
      J’ai aussi lu beaucoup de shojo mais celui-ci change clairement, d’ailleurs c’est un josei 😉
      Je croise les doigts pour que toi aussi tu aimes la fin si complexe de Comme un adieu 🤞

      J’aime

      1. Comme beaucoup et dont certains spécialistes du manga, je ne suis pas d’accord avec eux. Le josei existe et est une catégorie éditoriale reconnue au Japon dans les mag et en librairie, désolée pour eux 😉

        Pour la question du type d’histoire, je peux comprendre, on a chacun(e) nos préférences et la trouillarde en moi a du mal avec l’horreur lol

        Aimé par 1 personne

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