Livres - Mangas / Manhwa / Manhua

Black-Box de Tsutomu Takahashi

Titre : Black-Box

Auteur : Tsutomu Takahashi

Traduction : Julien Favereau

Éditeur vf : Pika (seinen)

Années de parution vf : Depuis 2022

Nombre de tomes : 3 / 6 (en cours)

Histoire : Un père en prison pour meurtre, un grand frère arrêté pour le même motif : Ryoga Ishida fait partie d’une “famille de tueurs”. Malgré l’agitation des médias qui le soupçonnent d’être lui aussi un assassin, Ryoga s’accroche à son talent et aux lettres que lui envoie son père pour faire ses premiers pas en tant que boxeur professionnel. Son but ? Devenir le plus grand des champions.

Mon avis :

Tome 1

Appréciant pas mal les mangas de Tsutomu Takahashi en ce moment et venant de découvrir avec bonheur le manga culte Ashita no Joe sur la boxe, j’étais curieuse de voir ce que pourrait donner la réunion des deux. Si je suis séduite par l’univers graphique de l’auteur, je dois reconnaître cependant qu’il manque le souffle et la complexité dramatique de Joe, qui ici sont remplacés par quelque chose de bien plus superficiel pour accrocher un public d’amateurs peut-être en manque de sensations fortes. C’est donc divertissant mais ça n’a pas la profondeur de son aîné mais je n’ai pas pour autant boudé mon plaisir.

Tsutomu Takahashi, je l’ai d’abord découvert en France avec ses titres Bakuon Rettou et Blue Heaven puis plus récemment quand il est revenu ces dernières années avec NeuN, Sidooh et Soul Keeper tout récemment. J’ai de suite adoré son trait très sombre et torturé qui donne l’impression que la Terre est l’Enfer de Dante et que les flammes du feu de l’Enfer lèche chaque partie de notre quotidien. C’est un trait qui colle à merveille avec ses titres où l’on sent la révolte souffler et c’est encore le cas ici.

Cependant Black Box n’ai rien d’original. Il reprend pas mal d’éléments phares de la série culte Ashita no Joe. On retrouve un héros en butte à la société pour lequel la boxe va être un moyen de s’émanciper voire de crier haut et fort sa colère. On retrouve un coach prêt à tout pour son poulain, un poulain qui suit un plan pour atteindre son but, et l’auteur va même jusqu’à singer certaines scènes phares comme lorsqu’il court au bord du fleuve au-dessus d’un pont rappelant celui en-dessous duquel s’entraîne Joe ou lors de certaines phases de combat où les images sont des copier-coller de celles de Joe… Les références sont flagrantes mais elles s’arrêtent là.

Contrairement à son aîné, Ryoga Ishida est en apparence bien plus sombre. Pour bien coller au style de l’auteur, que je trouve pour ma part volontiers provocateur mais du coup un peu superficiel quand on creuse et juste dans le « c’est cool d’être dark« , le héros traîne un lourd passé familial. Son père est en prison pour meurtre et son frère vient également d’être arrêté pour avoir tué quelqu’un. Alors forcément quand la presse apprend que le troisième rejeton de cette famille veut devenir pro dans la boxe, ça titille leur intérêt mais ça fait aussi craindre le pire. Avec la même dynamique de chien-chat, que son aîné Joe entretient avec une certaine fille de bonne famille qui va l’entraîner dans le milieu de la boxe, nous allons suivre les débuts du parcours du Ryoga à travers les yeux d’une jeune journaliste qui va suivre sa carrière et l’afficher dans son magazine.

Les premières étapes de la vie d’un boxeur sont respectées. On le voit s’entraîner, passer le concours de cat.C pour devenir pro, chercher un partenaire d’entraînement et se livrer à son premier match en tant que pro. Tout est validé et respecté. Le dessin de Takahashi comme promis fait des merveilles, même si j’aurais à dire sur certaines poses qui m’ont semblé plus venir de ses recherches sur le combat de sabres de Sidooh que des postures qu’on peut véritablement trouver chez des boxeurs… Mais l’intensité est là, on ressent toute la force des coups des boxeurs et toute la rage du héros.

Ce qui fait l’originalité du titre pour le moment, c’est plus le lien qu’on cherche à faire entre le passé familial de Ryoga et sa passion pour la boxe. On s’interroge sur ce que son père et son frère ont vraiment fait, sur leurs motivations et sur ce qu’en pense celui encore libre. On se demande d’où lui vient sa passion et jusqu’où elle va le conduire. On tremble un peu de ce que cette passion journalistique pourrait causer comme dommages. Bref, on est beaucoup dans la projection car le tome présent est surtout une introduction un peu lisse et prévisible.

Bien que je n’ai pas boudé mon plaisir en lisant ce premier tome de Black Box, je dois aussi reconnaître avoir trouvé en lui une pâle copie d’Ashita no Joe. L’auteur fait énormément d’emprunts ou de clin d’oeil, c’est selon, à l’oeuvre fondatrice de ce sport en manga. Manque de chance, c’est plutôt à ses dépends car on sent pour l’instant combien Black Box est lisse et consensuelle en comparaison. Tsutomu Takahashi fait du Tsutomu Takahashi mais dans le milieu de la boxe avec un héros plein de rage qui n’est pas sans rappeler l’un des frères de Sidooh dont on retrouve d’ailleurs clairement le style graphique. Donc bien que fort divertissant, il serait souhaitable que la série prenne son envol par la suite et se détache de ses aînés bien trop présents.

PS : J’adore les couvertures en mode affiche d’annonce de combat. Très stylé !

> N’hésitez pas à lire aussi les avis de : L’Apprenti Otaku, Vous ?

Tome 2

Avec toujours de grosses vibes à la Ashita no Joe, Black-Box se poursuit avec son héros rebelle qui doit faire avec sa chère journaliste qui colle à la culotte et un nouvel adversaire aussi singulier que similaire à lui dans son arrogance. Un mélange assez addictif, ma foi.

Le titre tient surtout aux dessins vifs et incisifs de Takahashi Tsutomu qui donnent corps à cette colère qui gronde dans le héros et aux feux de l’enfer qui le consument quand il se bat. On sent littéralement les flammes nous lécher quand on tourne les pages et le feu monter à chaque échange. C’est littéralement scotchant. Il se dégage vraiment quelque chose de ces longs corps énergiques qui frappent et frappent encore pour donner leur pleine puissance et qui même au repos dégage quelque chose de félin et brutal.

J’ai ainsi été ravie de voir arriver un rival à la hauteur de notre héros entêté, quelqu’un qui a autant de confiance en lui et d’arrogance que Ryoga mais qui ne joue pas dans la même cours. En effet, Reon est un kickboxeur, lui. Cependant leur rencontre fait des étincelles et nous offre de superbes planches, maintenant que Ryoga s’est fait remarquer et que peu de boxeurs veulent bien l’affronter tant il fait peur. Les deux voient leurs égos s’affronter et la mise en scène claque. Cependant même si c’est intense, j’avoue avoir plus vibré avec ceux de Joe dans la série éponyme car l’auteur prenait le temps de construire ses adversaires, ce qui n’est pas le cas ici, pour le moment.

Celle qui est peut-être la mieux développé avec Ryoga, c’est Kimura la journaliste, qui fascinée par lui, va venir s’inscrire à des cours à son club de boxe, le suivant encore plus et s’immisçant dans son quotidien. C’est une groupie d’un nouveau genre, mais qui tente également de comprendre Ryoga, un peu comme nous. Elle apporte la touche féminine de l’histoire, mais comme dans Joe, elle est plus figure de rejet que figure romantique, et j’aurais peut-être aimé que l’auteur se détache de son modèle.

Peut-être est-il de se défaire de l’aura d’Ashita no Joe, mais je trouve la série très présente dans chacun des développements de ce tome. Et si la série tient largement la route graphiquement parlant avec un mangaka aux traits sublimes et extrêmement vivants, c’est moins le cas pour une histoire archi classique et une écriture des personnages un peu beaucoup déjà vue. J’apprécie l’expérience mais je m’attendais à mieux.

Tome 3

Avec ces couvertures telles des coupures de journaux à sensation, Tsutomo Takahashi continue de nous raconter le destin passionnant de son jeune boxeur aux envies de revanche.

Ce nouveau tome est à nouveau très intense mais je ne peux m’empêcher de faire la comparaison avec Ashita no Joe, une comparaison malheureusement au désavantage de la série actuelle, tant l’ancienne avait une profondeur de ton absente ici. Car il ne faut pas être dupe, derrière le joli habillage que nous fait le mangaka dans Black Box, la série est bien tendre et naïve par rapport à son modèle. C’est même un peu surfait.

Cependant, je ne boude pas mon plaisir face à cette distraction actuelle où l’auteur a su écrire un héros intéressant et émouvant à sa façon dans sa quête de titre pour son frère mort. Il est vraiment à fleur de peau. Il est aussi quelqu’un capable de tout donner et d’aller loin pour sa passion. Je n’en dirai pas de même pour son adversaire, légèrement en carton pâte, lui, et même franchement glauque quand il viole sur sa copine parce qu’il est excité après son entraînement avec Ryoga. C’est abject et je ne vois pas trop l’intérêt d’une telle scène à part vouloir faire une scène choc pour s’affirmer auteur choc… L’écriture des personnages offre donc pour moi un entre deux, avec des choses que j’aime et d’autres beaucoup plus soumises à caution, mais surtout des figures qui claquent au premier abord mais semblent un peu pâles par rapport à leurs aînés.

Formellement, je suis quand même contente de voir l’histoire évoluer dans ce tome avec un adversaire clé clairement affiché, la recherche d’un entraîneur et de nouvelles techniques et la prévision d’un futur match. L’auteur ne perd pas son temps maintenant que nous sommes au milieu de la série. Chacun de ces éléments est mis en scène énergiquement avec un match d’entraînement explosif, un entraîneur qui est le cliché du héros déchu et alcoolo que la jeune génération va tenter de sauver, et un futur match qui s’annonce marquant au vu des personnalités des acteurs en jeu.
On plonge également encore plus dans le milieu de la boxe. L’auteur nous parle du déroulement des entraînements et de la façon dont ils servent à acquérir de nouveaux coups, des préparations des matchs, des différentes catégories de boxeurs ou encore des arrangements avant match… C’est très intéressant. Il cherche à donner du relief à tout ça en opposant traditionnellement l’outsider populaire qu’est Ryoga face au chouchou des médias qu’est le riche Reon. Classique mais efficace. Il se réfère en plus pour cela à des figures célèbres du milieu comme Tyson, qui ont eu des parcours achoppés également.
En plus, les dessins sont toujours aussi chouettes, affûtés et vraiment percutants. On sent bien toute la violence intrinsèque du titre et l’intensité des coups, ainsi que les corps brûlants des athlètes. J’aime beaucoup. C’est clairement le gros atout du titre.
Black Box est donc à la fois un titre que je prends énormément de plaisir à lire grâce à la narration et aux dessins percutants de Takahashi. Clairement sur le moment, je m’éclate. En revanche, dès que je laisse poser, je me rends compte que c’est une lecture plaisir uniquement dans l’instant et qu’elle n’a pas du tout le même impact que son aînée, et je n’arrive pas à me départir de cette comparaison ^^!

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