Livres - Science-Fiction

Les Flibustiers de la mer chimique de Marguerite Imbert

Titre : Les Flibustiers de la mer chimique

Auteur : Marguerite Imbert

Éditeur : Albin Michel Imaginaire

Année de parution : 2022

Nombre de pages  : 464

Histoire : Une folle odyssée sous des cieux aveuglants, sur des mers acides qui empruntent leurs couleurs à une délicieuse poignée de bonbons chimiques.
Tout commence par un naufrage. Ismaël, naturaliste de Rome, agonise sur un radeau de fortune quand il est repêché par le Player Killer, un sous-marin capable de naviguer dans les courants acides. Maintenant prisonnier des flibustiers de la mer chimique et de leur excentrique capitaine, Ismaël se demande comment réussir sa mission. Sur la terre ferme, la solitude n’a pas réussi à la graffeuse Alba – omnisciente ou presque. Bien qu’elle ait tendance à confondre les dates et les noms, elle est choisie pour incarner la mémoire des survivants. Dans une Rome assiégée par les flots toxiques de la Méditerranée, la jeune femme va apprendre à ses dépens que toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire.Et si, séparés par des milliers de kilomètres, ignorant tout l’un de l’autre, Ismaël et Alba cherchaient à percer la même énigme ?

Mon avis :  

 J’ai toujours aimé les histoires de pirates et dans la SF, je garde un très bon souvenir, notamment de Mer Mortes d’Aurélie Welleinstein où on suivait certains d’entre eux dans un monde ravagé. Forte de cette idée en tête et avec la couverture post-apo de Sparth qui a également des faux airs de cyberpunk à la Gunnm, j’étais parée à l’aventure. Je ne le regrette pas.

Marguerite Imbert est une jeune autrice guadeloupéenne dont ce n’est ici que le deuxième roman, mais qui a déjà un univers très marqué. Après avoir parlé de la ZAD de Notre-Dame-Des-Landes dans Qu’allons-nous faire de ces jours qui s’annoncent ? l’an passé chez Albin Michel, elle revient ici avec à nouveau des questions de politique et d’écologie mais dans un monde ravagé par une catastrophe sans précédent. Et avec une plume mystérieuse et fort immersive, elle nous conduit pas à pas dans les méandres de cette société, tandis que de nouvelles questions apparaissent sans cesse pour le lecteur afin de comprendre ce qui se passe au juste. J’ai beaucoup aimé.

L’intrigue se partage en deux pôles tout aussi fascinants l’un que l’autre. Il y a tout d’abord Ismaël, naturaliste de Rome (nouvelle capitale) qui est repêché par un sous-marin capable de naviguer dans les courants acides qui peuplent désormais la Terre. A leur côté, il va partir en quête de cette mystérieuse Azote Bleue présentée comme le Saint Graal. Puis, de l’autre côté de la Terre, à Rome, une jeune femme qui semble porter la mémoire du monde dans sa tête est enlevée pour subir une opération forcée par la dirigeante de ce coin du monde. Quel est le lien entre les deux ?

Pendant une grande partie de ma lecture, j’ai aimé me laisser porter par les événements même si je ne voyais pas le lien entre eux. La vie à bord du sous-marin avec ses tensions, ses personnages atypiques et sa mutinerie qui gronde était entraînante. Découvrir la nouvelle ville de Rome et par là-même les fondements de cette nouvelle société post-catastrophe qui a décimé la société humaine était percutant. L’autrice nous offre pour cela des personnages haut en couleur, que ce soit Jonathan, la capitaine du sous-marin qui a un grain, ou encore Jericho et la Métareine, les deux nouveaux dirigeants de la frange occidentale, qui font froid dans le dos dans leur manière de diriger et manipuler la population restante. Les héros, eux, sont peut-être un brin plus classiques, Ismaël m’a fait l’effet d’un vieux et gentil naturaliste, l’un de ces scientifiques à lunettes un peu mou qu’on aime tant, tandis qu’Alba, la Graffeuse à la mémoire incroyable, est le cliché de l’ado rebelle.

L’univers est à la hauteur de cette aventure. Nous découvrons très vite un climat inquiétant où il y a une folie ambiante à tous les coins de rue ou d’océan après la catastrophe qu’il y a eu. J’ai aimé voir une autrice qui ose proposer une humanité à la dérive qui se rassure en prenant des drogues, c’était osé. J’ai aimé aussi cette technologie à la fois proche et lointaine de nous que l’on découvre, et le pont qui est fait avec nous grâce à la mémoire encyclopédique d’Alba et ses situations artistiques et politiques toujours fort à propos. Il y a un humour grinçant aussi dans ce récit si âpre. J’ai été fascinée par le récit de ce qui a conduit à la catastrophe qui a drastiquement diminué la population humaine. C‘était original, bien écrit, bien mené, avec un mélange de science et d’ésotérisme bien balancé. Le message derrière sur notre rapport à la nature est puissant et en même temps l’autrice ne fait pas de bourrage de crâne, elle laisse le libre arbitre à chacun. 

Il faut cependant accepter de ne pas forcément comprendre où cela nous mène pendant un moment. Il faut accepter les retournements de situations imprévus et les personnages plus anti-héros que héros. Ça tombe bien, j’adore ça, ça change des récits prévisibles et linéaires. Les révélations arrivent tard mais ont d’autant plus d’impact et font réfléchir à ce qu’on a lu jusqu’à présent, nous poussant à voir les choses parfois sous un autre oeil. C’est intelligent.

Ce fut donc avec bonheur que j’ai embarqué pour cette aventure inattendue à bord du Player Kill, pour plonger dans les mystères de cette Terre du futur ravagée par une catastrophe. Les paysages saisissants de l’autre, son intrigue écolo et humaine, ses personnages atypiques et portés par la folie, m’ont fait passer un excellent moment. C’est une belle fable nous appelant à revoir nos rapport à la nature mais aussi à la politique et j’espère que le message sera entendu.

(Merci à Albin Michel Imaginaire pour cette lecture et leur confiance.)

> N’hésitez pas à lire aussi les avis de : Boudicca, Le nocher des livres, Weirdaholic, Ombre Bones, L’Épaule d’Orion, Vous ?

14 commentaires sur “Les Flibustiers de la mer chimique de Marguerite Imbert

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