Livres - Classique

Le bruit et la fureur de William Faulkner

Titre : Le bruit et la fureur

Auteur : William Faulker

Éditeur vf : Folio

Année de parution : 1929 (1e édition vo) ; 1938 (1e édition vf)

Nombre de pages : 372

Histoire : L’histoire se déroule dans la région de Yoknapatawpha, imaginée par Faulkner. Le drame se déroule entre les membres d’une de ces vieilles familles du Sud, hautaines et prospères autrefois, aujourd’hui tombées dans la misère et l’abjection. Trois générations s’y déchirent : Jason Compson et sa femme Caroline née Bascomb ; leur fille Candace (ou Caddy), et leurs trois fils, Quentin, Jason et Maury ; Quentin enfin la fille de Caddy. Autour d’eux trois générations de « nègres » : Dilsey et son mari Roskus ; leurs enfants, Versh, T.P. et Fron ; plus tard, Luster, fils de Frony.

Mon avis :

Avec mon envie de découvrir des auteurs emblématiques, je suis partie un peu la fleur au fusil pour lire Le bruit et la fureur de William Faulkner, auteur américain emblématique de la première moitié du XXe dont c’est ici le quatrième roman.

Publié en 1929, ce roman n’est pas d’un abord facile. Divisé en quatre parties, Faulkner y utilise notamment la technique du « courant de conscience«  où l’on suit les vagabondages de l’esprit avec un enchevêtrement de flashbacks, de digressions, d’errances, de flashforwards et de pièges qui perturbent grandement le lecteur. Ainsi j’ai eu beaucoup de mal à me retrouver dans l’histoire de cette famille du Sud profond dont on suit la vie tragique lors de quatre dates clés :

  • Le 7 avril 1928 dans la première partie où l’un des fils de la famille, Benjy Compson (un attardé mental) est le narrateur ;
  • Le 2 juin 1910 dans la deuxième partie où l’on suit cette fois un autre fils : Quentin Compson, étudiant d’Harvard qui a de drôle de pensées concernant sa soeur ;
  • Le 6 avril 1928 dans la troisième partie où l’on découvre le dernier frère : Jason Compson, qui est détestable ;
  • et enfin le 8 avril 1928 dans la quatrième et dernière partie centrée sur le personnage de Dilsey, la domestique noire de la famille.

Dans Le Bruit et la Fureur, Faulkner a voulu faire un récit du désordre de l’esprit, du bruit et de la fureur des âmes tourmentées. Ce fut complètement le cas de ma lecture. J’ai découvert péniblement au fil des pages la structure de cette famille que je suivais, ainsi que la personnalité tourmentée de ses membres. Je dis péniblement car malgré une plume très abordable, la structure narrative alambiquée a fait qu’il fallait vraiment s’accrocher pour relier tous les éléments entre eux et en faire un tout cohérent et compréhensible. Par exemple, dans la première partie où Benjy est la voix que l’on suit, la narration fait que la lecture est aussi perturbée que peut l’être l’esprit du narrateur. Dans la deuxième qui se passe 18 ans plus tôt, j’ai eu du mal à comprendre qui était ce Quentin homme que l’on me présentait alors qu’on m’avait parlé d’une Quentin femme dans la première partie… Seules les deux dernières parties, qui avaient une narration plus classique, ont été plus simples à suivre et à comprendre. Il m’a donc fallu m’accrocher.

Cependant, j’ai vraiment aimé cette lecture. Le cadre très âpre imaginé par Faulkner est excellent. La tension dramatique est omniprésente. Le portrait de l’Amérique profonde est saisissant. On y retrouve le destin d’une famille lambda qui subit les chaos de la vie, entre un père alcoolique, une mère un brin hypocondriaque et fragile mentalement, un fil handicapé, une fille un peu trop libérée pour l’époque, un fils aîné fragile et perturbé qui a tout de l’artiste maudit et qui aime un peu trop sa soeur, et enfin le benjamin qui devient terriblement cynique et sadique après tout ça. C’est une famille qui n’est pas facile à aimer au premier abord et que pourtant on se découvre peu à peu à plaindre. J’ai beaucoup aimé la soeur, Caddy, qui est en avance sur son temps. J’ai trouvé la mère bien plus forte que son portrait ne veut nous le faire croire. J’ai été extrêmement touchée par Benjy, ce jeune handicapé qui n’arrive pas à s’exprimer et ne peut que crier face à toute la détresse qu’il vit. Même les deux autres frères qui ont des traits assez détestables ont fini pour m’émouvoir à un moment où un autre tant ils sont coincés dans cette vie pourrie qu’ils subissent.

Faulkner fut aussi doué pour nous dépeindre cette famille que le cadre dans lequel ils vivent. Son portrait des États du sud est assez fidèle à l’image que je m’en fais, même s’il place son histoire dans la région imaginaire de Yoknapatawpha. Il présente bien les changements qui se sont produits à vitesse grand V entre la fin de la Guerre de Sécession et la fin des années 1920. Je l’ai aussi trouvé assez en avance sur son temps dans sa façon de parler de la population noire même si bien sûr on ne peut éviter certains écueil dus au fait que c’est un homme blanc du début XXe. J’ai beaucoup aimé son personnage de domestique noire (Dilsey) qui est au coeur de la dernière partie où elle montre tout son dévouement pour cette famille dysfonctionnelle.

Le bruit et la fureur fut donc une lecture difficile lors de laquelle j’ai dû m’accrocher pour suivre et comprendre, mais cette exigence fut récompensée par le plaisir que j’ai pris dans le portrait fait de cette famille si âpre et tourmentée par la vie. C’est un roman marquant aussi bien dans sa forme que dans son propos. Je suis ravie d’avoir découvert l’écriture de Faulkner avec lui et j’ai très envie de voir le film de Martin Ritt qui l’a porté à l’écran en 1959 avec Yul Brynner, Joanne Woodward, Margaret Leighton, Jack Warden ou encore Françoise Rosay.

Ma note : 15 / 20

2 commentaires sur “Le bruit et la fureur de William Faulkner

    1. Je connais très mal la littérature américaine moi aussi, d’où mon envie de découvrir Faulkner.
      Je pense que j’ai eu du mal au début parce que la surprise fut totale pour moi, je ne savais presque rien sur l’oeuvre et j’ai été déstabilisée, mais si t’es prévenue, ça ira peut-être mieux 😉

      Aimé par 1 personne

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