Livres - BD / Illustrations

Ira Dei de Vincent Brugeas et Ronan Toulhoat

Titre : Ira Dei

Auteurs : Vincent Brugeas (scénario), Ronan Toulhoat (dessins et couleurs)

Editeur vf : Dargaud

Année de parution : Depuis 2018

Nombre de tomes  : 3 (en cours)

Histoire : L’ennemi, c’est l’autre. Tous les autres.
En 1040, les armées de Byzance tentent de reconquérir la Sicile, alors aux mains des Arabes. Alors que la ville de Taormine résiste à Harald, le général Maniakès, un Normand nommé Tancrède et un jeune moine, Étienne, légat du pape proposent les services de leur petite troupe de mercenaires. À la demande d’Étienne, Tancrède se rapproche d’Harald et lui propose un marché : il fera tomber Taormine en trois jours, en échange de quoi il recevra les richesses de la cité. Même s’il comprend que Tancrède est en mesure de réaliser ce prodige, Harald se méfie de cet homme dont les yeux révèlent qu’il a « traversé les Enfers » et dont le passé mystérieux ressurgit peu à peu… Pourquoi l’Église a-t-elle fait de lui une arme au service de Dieu ? Et quelle revanche veut-il prendre aujourd’hui ?

Mon avis :

Tome 1 : L’or des caïds

Avec les 48h de la BD chaque année, j’en profite vraiment pour découvrir des BD que je n’aurais probablement pas lues autrement. C’est le cas pour Ira Dei, car si j’aime l’Histoire, je ne suis pas une fanatique du Moyen Âge et surtout, j’ai souvent été déçue par le traitement de celle-ci dans les BD européennes. Je leur préfère donc en général leur pendant romanesque.

Ira Dei est le fruit de la collaboration de Vincent Brugeas et Ronan Toulhoat, deux auteurs que je découvre ici même s’ils ont plusieurs titres à leur actif, dont Block 109 sur lequel ils ont déjà travaillé en commun avant Ira Dei. Ce dernier d’ailleurs toujours en cours puisqu’il manque le deuxième tome du deuxième cycle annoncé en 4e de couverture. Ira Dei se découpe donc en deux cycles : Le cycle sicilien et le cycle italien. Le premier qui nous intéresse débute avec L’Or des Caïds et se poursuit dans La part du diable. Le second commence avec La fureur normande et se termine avec Mon nom est Tancrède. L’ensemble semble donc former une histoire complète s’articulant autour du héros que je vais vous présenter.

Ira Dei repose en effet sur le destin d’un homme, Robert, alias Tancrède, qui cherche à se venger après qu’on l’ait dépossédé de son titre, de ses terres, qu’on l’ait marqué au fer rouge et qu’on l’air exilé dans une mine de laquelle il a réussi à s’enfuir. Désormais mercenaire, il vend ses services et ceux de ses hommes aussi bien au sein siège qu’aux grands de ce monde. L’histoire débute en Sicile, alors que celle-ci est aux mains des musulmans. L’empereur byzantin espère jouer sur les troubles intérieurs qui secoue le pouvoir de l’Emir pour reprendre l’île. Tancrède arrive avec ses hommes pour aider à la reprise de la cité de Syracuse qui tarde à venir.

Comme l’annonçait la couverture, nous sommes bien en présence d’un titre 100% historique n’en déplaise au lecteur. J’ai pour mon part beaucoup aimé cela. C’est totalement premier degré, les auteurs ne font pas dans la fioriture, la réflexion ou autre, mais ça fait tout à fait son job. Nous sommes en présence d‘une histoire avec un vrai décor, solide, historique. On croise des musulmans, des guerriers byzantins et normands, des représentants de l’Eglise, des mercenaires d’origines diverses et variées, le tout dans un décor 100% sicilien. Il y a 0 tromperie.

Malheureusement, si j’ai aimé le décor, je n’ai pas aimé l’histoire en elle-même. J’avais l’impression de me retrouver dans un titre du siècle dernier. Tout est extrêmement classique et prévisible. Le héros est un ancien grand déchu qui cherche juste à se venger et potentiellement à retrouver son titre et ses terres. On retrouve les chrétiens contre les musulmans. Les femmes ont encore un rôle d’un autre temps, espionne, soeur soumise au joug de son frère *lève les yeux au ciel*. Tout est 100 % caricatural ici.

En plus, la mise en scène est pauvre. On se retrouve avec des affrontements bien trop rapides où peu de cases montrent la violence ou l’astuce des meneurs d’homme. Du coup, c’est assez fade et tout va trop vide pour qu’on soit soufflé par ce à quoi on assiste. On est plus dans une histoire qui se passe dans les coulisses et c’est moins flamboyants donc moins accrocheurs.

Malgré la tentative de donner une véritable aura au héros à l’aide de flashbacks (toujours trop courts et trop rapides) sur sa captivité et de moments où on le voit faire preuve d’astuce et d’intelligence malgré sa soif de vengeance, ça n’a jamais fonctionné avec moi. Et les autres personnages sont invisibles à côté de lui, du coup impossible de se rabattre sur eux…

Il en va de même pour les dessins, qui n’auront peut-être rien de rédhibitoires pour certains mais que je trouve très datés pour ma part. Ils me rappellent l’ancienne école d’artistes à la Rahan. Ce n’est pas le style de dessins que j’affectionne. Et en prime, la colorisation manque cruellement de nuances dans tous les sens du terme. J’ai soupiré bruyamment quand j’ai vu les scènes nocturnes où apparaissent quelques dérives et corps nus forcément représentées dans une atmosphère d’un rouge suffocant… Bref, ce n’est pas l’identité graphique que j’aime.

Ma lecture n’a pas été mauvaise pour autant. L’histoire est racontée sur un ton dynamique, on enchaîne donc les pages avec beaucoup d’allant. On a envie de découvrir ce que mijote Tancrède pour séduire le commandant des troupes devant reprendre Syracuse, dans quel but il fait cela, ce qu’il a à y gagner, etc. Les scènes s’enchainent à un bon rythme. Les personnages quoique rapidement caractérisés tiennent bien leur rôle et leurs promesses. Tout est là pour les amateurs du genre.

Malheureusement, je ne fais pas partie de ces derniers, je suis donc passée complètement à côté de cette lecture comme je le craignais. Décidément, même si je n’aime pas me fermer des portes, je dois quand même reconnaitre qu’en général quand je tombe sur de type de dessins datés, je n’aime pas l’histoire qu’il y a derrière, rien n’y fait…

Ma note : 12 / 20

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© 2018 Dargaud

9 commentaires sur “Ira Dei de Vincent Brugeas et Ronan Toulhoat

  1. On en avait brièvement parlé, mais je confirme que nos ressentis sont assez différents sur cette BD. Je ne sais pas si c’est parce que j’ai lu très peu de BD historiques, mais j’ai vraiment accroché à l’histoire, à la critique sur le clergé, au personnage de Tancrède avec son côté fin stratège qui est toujours quelque chose qui me plaît et à la mise en couleurs qui m’avait semblé parfaitement correspondre au ton du récit. Mais c’est vrai que les dessins en tant que tels peuvent paraître assez dépassés et que les femmes ont finalement un rôle assez stéréotypé.
    En tout cas, j’ai trouvé ton analyse très intéressante 🙂

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    1. Merci ^^
      Effectivement, on n’a pas du tout vécu notre lecture de la même façon. Après, je dois avouer que je ne suis pas du tout fan des récits se passant au Moyen Âge de base. C’est vraiment la grande période historique que j’aime le moins avec l’époque contemporaine >< Alors ça n'a pas dû aider.
      Merci pour ton retour en tout cas 🙂

      Aimé par 1 personne

  2. Livre lu mais pas chroniqué (comme la bd la brigade des cauchemars)… Ben je te rejoins totalement ! C’est effectivement caricatural, les persos secondaires sont ternes et les dessins ne m’ont pas transportée. Je suis moins enthousiaste que toi sur l’action qui n’a pas su relever les points négatifs. Pas pour moi non plus ! 😦

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      1. xD tu m’étonnes !
        Perso, je mets ça en adulte. Après, je vais avoir droit à des parents d’ados scandalisés (alors que l’ado s’en tape, en fait… Quand on voit Tokyo Ghoul, des séries mangas remplies de fan service ou Attaque des titans qui marchent bien ic… :D).

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      2. Pour moi, c’est clairement un titre que peuvent lire les ados, du moins fin collège-début lycée pour profiter de tout le contexte.
        On est bien d’accord qu’ils lisent des choses bien violentes sans que les parents sachent. Je me rappelle encore de ma découverte fortuite de Gunnm à l’école primaire ><

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  3. Aï, dommage! Mais je suis coscient sur le duo Toulhoat/brugeas fait des bd de garcons a la caricature assumee. Ce sont des series b au moyen age un peu comme un tarantino transposé a cette epoque. Je suis archi fan de leur boulot et les trouve courageux de tenter de la bd d’aventure/action historique. Par contre je ne suis pas du tout d’accord sur le qualificatof « vieille ecole ». Graphiquement Toulhoat (qui est un bosseur fou et un des meilleurs dessinateurs en activite je trouve malgre ses nombreux tics graphiques ) est de l’ecole Lauffray, tres encré. Je pense que la colorisation (assez brute et qu’il a initiee sur cette serie) a du jouer dans ton impression, personnellement je ne la trouve pas adaptée et il ferait mieux de publier en nb ou avec un coloriste. Jusque recemment il bssait quasi en nb ou monochromie/bichromie. Ton avis féminin sur une bd de garcon est interessant, je n’avais pas vu cela commenca mais du coup je confirme en optant pour le second degre. Apres on imagine que les auteurs sont pas tres loin des moeurs de l’epoque (brugeas est historien). Tu peux tenterble Roy des ribauds, polar noir medieval vraiment bon. Sauf si tu n’accroche vraiment pas aux dessins, qui sont le gros point de ces albums tout de meme avec une mise en scene too much en lode cinoche que perso j’adoooore.😉

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